Ne vous impatientez pas, il finira bien par arriver ce petit journal prévu par mes folles ambitions pour le Festival. Mais dans la mesure où je préfère aller voir des films que louper une séance pour gratter sur la précédente, il y aura sans doute léger retard sur l’horaire.
Cinéma
Monsieur rêve de formes oblongues (air connu). 2012 est manifestement le temps des limousines, longs cercueils qui roulent silencieusement, destinés semble-t-il à protéger d’esseulés passagers du monde extérieur.
Enfer et caméras putréfiées !
Après moult atermoiements — et quelques obligations — voici le programme aux petits oignons que je me suis concocté pour cette 10e édition du Festival Paris Cinéma en espérant pouvoir tenir la distance, ne pas égarer mon agenda et survivre à deux nuits blanches.
Oyez ! Oyez !
Comme chaque année, depuis 2003, Paris s’offre son festival à l’orée de l’été, du 29 juin au 10 juillet.
La ballade sauvage. La Grande Bretagne randonneuse est en danger. Tina (petite souris effacée qui rêve d’un autre maître que sa mère) et Chris (géant roux intolérant et bas du front se réinventant en grand écrivain-explorateur) ont eu le tort de se rencontrer et de se plaire.
Autant en emporte le drame. Martha (Sandra Hüller, une sacrée découverte) et Paul (Felix Knopp) forment un couple heureux. Ils s’aiment d’amour tendre, ont un avenir tout tracé par la formidable réussite de Paul qui les oblige — avec leur consentement mutuel — à déménager à Marseille.
La mémoire des peuples. Il faut prendre le temps de se laisser happer par le second long métrage de fiction d’Özcan Alper — Le temps dure longtemps — dont les plans fixes, d’une étonnante beauté plastique, recèlent une langueur quasi hypnotique.
Ballade de l’intranquillité. Tu crois vraiment tout ce que l’on te dit ? demande doucement Avé à l’empoté qui craint de la blesser. Non.
Fatum. Comme ce fut le cas pour Tire, Django, tire, le titre français de Manos torpes (soit, les mains malhabiles) est des plus fantaisistes puisqu’il n’y a pas l’ombre d’un Sa(r)tana qui tienne. Cette mauvaise plaisanterie mise à part, le film de Rafael Romero Marchent se révèle une excellente découverte.
Fils de personne. Il est certain que Spara, Gringo, spara (Inutile de chercher Django, il est aux abonnés absents et son patronyme n’a été utilisé que pour de basses raisons commerciales), signé Bruno Corbucci, souffre du rapprochement avec les réussites westerniennes du grand frère Sergio.
Escape from MS One. Seul contre 500… où est le problème ? nous apostrophe pince-sans-rire la baseline de Lock out, film écrit et réalisé à quatre mains par James Mather et Stephen St. Leger, d’après — rions un peu — une idée de Luc Besson. Bah ! Dans la mesure où, en 1997, un certain borgne a échappé à une ville entière, puis s’est payé le luxe d’éteindre la planète en 2013, rien ne peut plus nous surprendre.
La source de tous nos maux. Travailler fatigue affirme le titre du premier long métrage de Juliana Rojas et Marco Dutra. Certes. Mais dans un système économique où être sans emploi vous rend invisible et vous soustrait du monde des vivants pour vous métamorphoser en statistique, ne pas travailler peut tuer, voire vous mener aux confins de la folie si vous êtes chanceux. Et être victime de cette mésaventure sous le soleil brésilien ne change rien à l’affaire.
Sur quelques films de 2011. Il est plus que temps de sacrifier comme chaque année au fameux marronnier des cinéphiles de tous poils, soit annoncer le top des tops cinéma.
Bas les masques. Inspiré des mémoires d’Hansa Wadkar, scandaleuse actrice des années 40, Bhumika, drame intimiste et magnifique portrait de femme, accompagne son héroïne Usha/Smita Patil sur les chemins tortueux de l’émancipation.
Écrit sur du vent. Mélodrame insensé — et accessoirement connu pour être le premier film indien en cinémascope —, Fleurs de papier est considéré comme le chant du cygne de Guru Dutt, réalisateur écorché vif, au pessimisme latent, se torturant inlassablement de questions existentielles et vivant par ailleurs une relation extraconjugale conflictuelle avec son actrice principale. Ironiquement, c’est sa propre épouse qui fut engagée pour interpréter les airs tragiques dédiés à son héroïne.
A l’ombre de la Grande Mosquée. Younes (Tahar Rahim, qui craquerait bien de temps à autre les coutures d’un costume trop étriqué) émigré algérien pas pratiquant pour deux sous et adepte du marché noir dans le Paris de l’Occupation, se fait épingler par la charmante police du coin (Bruno Fleury, plus pétainiste que le maréchal, arbore une petite moustache des plus facétieuses et en fait des tonnes dans l’ignominie) après une bien mauvaise action, avoir troqué deux paquets de clopes contre un magnifique instrument de musique que lui abandonne en désespoir de cause un vieux compatriote.
Bienvenue dans le monde du réel. De bon matin, Paul (Jean-Pierre Darroussin, hallucinant) se lève, comme d’habitude, se brosse consciencieusement les dents, revêt un beau costume, noue soigneusement ses lacets et avant de partir, embrasse son épouse endormie (Valérie Dréville, parfaite).
Luxe, commerce et cruauté. Nulle nostalgie dans L’Apollonide ou ses souvenirs, mais bien plutôt un hommage à ces belles d’un soir cloitrées dans ces maisons que l’on disait de tolérance.
Je filme, donc je vis. Il a beau rigoler le Jafar, ravi du pied de nez qu’il fait à ses juges trop pressés de le condamner, il n’en mène quand même pas large.
To live and d[r]i[v]e in LA. L’homme sans nom de Drive préfère à n’en point douter l’asphalte aux hautes plaines mais ses principes sont tout aussi persistants.