Festival Paris Cinéma [09/07/12 — Journal de bord 11] : Lau Kar-leung, Peter Chan & Cécilia Rouaud

Jour du Palmarès.

D’avoir vu Vulgaria samedi soir m’a offert l’occasion de me lever un peu plus tard, soit juste une heure de rab’ pour mon horloge interne.

Petite journée que ce lundi puisque la distribution des prix a lieu ce soir.

© Celestial Pictures Limited

15h. Martial Club de Lau Kar-leung_1981
avec Gordon Liu, Karry Hui, Mai Tak-lo, Ku Feng et Johnny Wang

Art et morale. Fi des moumoutes et des rôles d’affreux, avec Martial club de Lau Kar-leung, nous revoilà en terrain connu avec un Gordon Liu à longue natte dans le rôle qui lui fut assigné à la Shaw Brothers au regard de sa charmante frimousse, soit le garnement indocile possédant nonobstant une belle âme*.

Martial club est placé dès son prologue sous le signe du challenge et du dépassement de soi avec une joute homérique entre deux conceptions de la danse du lion qui, si elle semble un peu longuette, a le mérite de présenter les protagonistes et d’insister sur l’esprit de corps censé habiter tout disciple du kung-fu qui se respecte.

Deux élèves doués mais turbulents (Gordon Liu et Te-Lo Mai, dont la sœur discrète et raisonneuse interprétée par Kara Hui n’est pas non plus manchote question bataille rangée), fils héritiers de deux établissements de la ville sont amis et, négligeant leurs études au grand dam de leurs paternels respectifs, passent leur temps à se mesurer l’un à l’autre — au niveau triche, belles parlottes et descentes dans les boxons, ils en sont à un point partout — tout en mettant à sac les tavernes qui veulent bien encore leur faire crédit.

La menace va sourdre d’une troisième école dirigée par des malfaisants qui se foutent comme d’une guigne de leur premier mantra et espèrent bien supplanter leurs concurrents par la grâce d’un grand maître venu de l’ouest joué par Johnny Wang, cantonné habituellement dans le rôle de la vermine.

Ici, le coquin ne va pas manquer de se mesurer au petit Gordon certes, dans un superbe combat final où les deux adversaires rivalisent d’invention et d’élasticité tout en cheminant l’air de rien dans une ruelle devenant de plus en plus étroite, mais rappellera également à la bande de fourbes les valeurs fondamentales de l’art martial et ce, sans débordement de violence inutile.

Outre le duel — opposant Gordon Liu à Johnny Wang — qui clôt le film, deux autres échauffourées d’anthologie rythment l’aventure. L’une, subrepticement anarchique et résolument urvoltée, prend place dans un théâtre bondé, l’autre, d’une beauté ravageuse, se déploie sur des rouleaux de tissu aux couleurs chatoyantes.

Du beau spectacle en somme, à la morale cinglante.

* A noter qu’il offre ici une facette un tantinet plus digne de la fougueuse jeunesse du fameux héros Wong Fei-hong, interprété par Jackie Chan dans Drunken master.

*****

© Warner Bros

16h50. Comrades, Almost a love story de Peter Chan_1996
avec  Maggie Cheung, Leon Lai, Eric Tsang, Christopher Doyle et Kristy Yang

Nos plus belles années. Si les voies de la destinée sont en général impénétrables, il semble impossible à Peter Chan* — et aux spectateurs qui sentent battre sous leurs carapaces de cinéphiles endurcis un cœur de midinette tant ils sont submergés de sentiments complexes à la vision du couple si charmant que forment Maggie Cheung et Leon Lai — de ne pas se laisser aller à un romantisme échevelé où hasards et coïncidences complotent à réunir au bout de dix ans deux personnes si différentes et manifestement peu faites l’une pour l’autre qu’elles ne peuvent qu’enfin vieillir dignement ensemble.

Quiao/Maggie Cheung est la reine du système D. Se faisant passer pour une autochtone, elle profite éhontément de ses compatriotes émigrés à Hong Kong et ne s’agenouille que devant le solde de son compte bancaire qui grossit au gré de ses boursicotages. Jun/Leon Lai est un grand naïf persuadé que toute vie se gagne à la sueur de son front et animé par la volonté d’engranger suffisamment pour faire venir sa fiancée de Chine, l’épouser, lui faire plein d’enfants qui travailleront à leur tour très dur bref.

Ces deux là n’étaient fait que pour se croiser dans un Hong Kong de haute solitude, le temps que Quiao envoie Jun prendre des cours d’anglais (le professeur est interprété par Christopher Doyle qui magnifiera à tout jamais quatre ans plus tard la beauté singulière de Maggie Cheung dans In the mood for love de Wong Kar Wai) et empoche une commission au passage. Mais c’était compter sans la ténacité du bonhomme ravi d’avoir trouvé une épaule entreprenante et amicale sur laquelle s’appuyer… Un bon gros bêta, on vous dit.

Bien évidemment, et nous attendons impatiemment que nos deux zèbres passent  à l’acte, ils succomberont mais de vils coups du sort se chargeront de séparer nos tourtereaux, Quiao perdant sur un coup de dé toute sa fortune mal acquise et Jun convolant avec sa belle — comme il se l’était promis. Envers et contre tout. Et tant pis si les sentiments manquent à l’appel.

N’étant guère femme à se laisser abattre aussi facilement, Quiao parviendra à ses fins, dut-elle succomber au charme rugueux d’un truand sensible (étonnant Eric Tsang, inoxydable chef de triade dans Infernal Affairs d’Alan Mak) rencontré dans la pénombre d’un salon de massage — la manière de flirter du mafieux laisse d’ailleurs pantoise — où, nouvelle pauvre, elle a échoué et dont le scénario scellera d’ailleurs fort opportunément la fin.

Peter Chan nous fait partager cette drôle de passion au long cours entre deux rêveurs effrénés, mêlant à ces vies bien privées les bouleversements politico-économiques vécus par Hong Kong, et notamment l’angoisse et la folie qui ont précédé l’année de la rétrocession. Tout en décrivant cette maladie de l’exil qui frappe nos héros, leur bougeotte et insatisfaction perpétuelles les poussant à émigrer continuellement vers des terres promises toujours plus excitantes.

Il est également bon de noter que les trois femmes de la vie de Jun (sa tante qui l’héberge, Quiao sa sex-friend et son épouse, moins timide et docile qu’il ne se l’imaginait) sont non seulement dotées d’une volonté inflexible et d’une certaine noblesse d’âme mais possèdent en sus un don quasi inné pour la survie.

La voix de la diva taïwanaise Teresa Teng — héroïne bien malgré elle d’une combine malheureuse de Quiao  — parcourt le film et son tragique destin scellera à jamais dans une rue new yorkaise celui de nos amoureux, au ravissement des spectateurs énamourés.

Si Leon Lai, de par sa beauté un peu molle, fait reconnaissons-le de la figuration intelligente, c’est Maggie Cheung** — merveilleuse, est-il besoin de le souligner — qui porte le film sur ses frêles ( ?) épaules et nous transporte, impériale, au gré de sa fantaisie et de ses chagrins.

*  Réalisateur des Seigneurs de la guerre_2007 avec Jet Li, Andy Lau et Takeshi Kaneshiro
** Ultra primée pour ce rôle qui lui valut le prix de la meilleure actrice lors des Hong Kong Film Awards et des Hong Kong Film Critics Society Awards entre autres, tandis que Peter Chan et Eric Tsang y étaient également honorés

*****

Retrouvailles du jury à l’occasion de la cérémonie de clôture. Chris a tombé sa veste de survetque nous lui envions toutes et s’est fait tout joli pour monter sur scène et annoncer notre palmarès. Et je ne retire rien de ce que j’ai pu en dire.

Place au film présenté en 2 temps/3 mouvements par la réalisatrice entourée de quelques acteurs silencieux et bien figés. Seule une Vanessa Paradis un poil fébrile se fendit d’une intervention qu’elle voulait sans doute enthousiasmante. Selon elle, nous allions chacun reconnaître notre famille dans le film. Help !

*****

© Origami Films

21h. Je me suis fait tout petit, Cécilia Rouaud_2012
avec Denis Ménochet, Vanessa Paradis, Léa Drucker, Laurent Lucas, Laurent Capelluto, Louise Grinberg, Angèle Garnier, David Carvalho-Jorge, Valérie Karsenti et Grégory Gadebois

Chronique à venir.

*****

Il faut bien reconnaître que nous sommes quasiment tous restés avachis dans nos fauteuils par pure courtoisie.

Le générique de fin à peine entamé, nous nous enfuyons vers le Limelight où j’aurais enfin l’occasion d’échanger quelques mots avec Phil Siné croisé quelques jours plus tôt, ainsi qu’avec Agnès, une des étudiantes et où nous retrouverons Jérome pour boire un verre ou deux jusqu’au bout de la nuit.

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat
  • Jour 6, Part 1 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Wu Ma & Kirk Wong
  • Jour 6, Part 2 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung & Allen Fong
  • Jour 7 — jeudi 5 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Ann Hui, Elmin Alper & Allen Fong
  • Jour 8 : Les délibérations — vendredi 6 juillet 2012 — avec Allen Fong
  • Jour 9, Part 1 — samedi 7 juillet 2012 — avec Patrick Tam & Ann Hui
  • Jour 9, Part 2 — samedi 7 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Yuen Wo Ping, Tsui Hark & Pang Ho-cheung
  • Jour 10, Part 1 — dimanche 8 juillet 2012 — avec la Fresh Wave
  • Jour 10, Part 2 — dimanche 8 juillet 2012 — avec Zhu Shilin, Doe Ching & Patrick Lung-Kong

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012

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