Festival Paris Cinéma [08/07/12 — Journal de bord 10. Part 2] : Zhu Shilin, Doe Ching & Patrick Lung-Kong

Les femmes prennent le pouvoir.

Un léger problème sur le son lors de la projection de The decisive moment digéré, une pause café gourmand s’impose ; puis la journée se poursuit au Forum des images sans souci majeur, et ce, jusqu’au bout de la nuit.

© Hong Kong Film Archive

16h30. Sorrows of the Forbidden City de Zhu Shilin_1948
avec  Zhou Xuan, Shu Shi, Hong Bo et Tang Ruoqing

Dans les griffes de Cixi. Narrant les dernières années de règne de la dynastie Qing, Sorrows of the forbidden city est une œuvre remarquable, d’une beauté visuelle surprenante et qui fait la part belle aux femmes, victimes toujours sacrificielles de la raison d’état.

Sommé d’épouser la donzelle — une traitresse larmoyante et rapporteuse — choisie par l’impératrice douairière qui répugne à lui abandonner totalement le pouvoir, voilà notre falot empereur, Guangxu, réduit à l’état de simple pantin, qui s’entête toutefois à n’honorer que la première concubine (la ravissante Zhou Xuan), femme de cœur et de tête, dont il est éperdument amoureux.

Et la jeune femme de profiter de ces grâces et de cette position inopinée pour provoquer la vieille peau et tenter de moderniser le palais. Tandis que l’ambitieux caresse un enthousiaste projet de réformes tant politiques qu’administratives de la Chine. Tout en lorgnant sur le trône où il espère bien un jour pouvoir poser ses augustes fesses.

D’une grandeur tragique, Sorrows of the forbidden city est un étourdissant ballet d’intrigues et de trahisons avec son compte d’eunuque délateur et de ministres félons, où confinés dans une cage dorée où même les geôliers ne détiennent guère la clé, les princes, leurs favorites et leurs sbires s’affrontent et se défient au total mépris du peuple qui gronde aux portes de la forteresse, éternelle cible de guerres insensées et de défaites sanglantes.

Le film s’achève sur la fuite éperdue de l’empereur et de sa suite, tandis que la concubine, belle âme indomptable n’aura d’autre choix que l’obéissance aveugle et le déshonneur de la déroute ou le suicide et l’affirmation de soi et de sa liberté.

Triste constat où l’on voit les nobles se travestir en paysans pour échapper tant à la vindicte des vainqueurs qu’à la folie des Boxers, assassins nationalistes qu’ils ont réchauffés en leur sein, rêvant d’une armée secrète chargée de juguler l’avidité des puissances étrangères.

A noter pour la petite histoire que le film de Zhu Shilin fut jugé  — notamment à cause de sa critique acerbe des agissement des Boxers — antipatriotique et interdit par Mao Tse Tung et ce, sous l’impulsion de sa femme si l’on en croit la rumeur publique.

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© Hong Kong Film Archive

19h. Our Sister Hedy de Doe Ching_1957
avec Julie Yeh Feng, Hong Mu, Jeanette Lin Tsui, Dolly Soo Fung, Peter Chen Ho, Kelly Lai Chen et Wang Yuen-lung

4 mariages et un accident. Comme le Docteur March, monsieur Kong a fort à faire avec ses quatre filles. Bien que d’un tempérament différent mais sacrément cabochardes, elles ne vont cesser de se chamailler à tout propos — au sujet de leur avenir mais surtout bien évidemment de la gent masculine — durant près de deux heures.

Le film, bien qu’amusant, est un peu longuet puisque l’on devine très tôt que ce singulier quatuor va finir par se caser selon l’archétype représenté, au grand bonheur du papa gâteau, un tantinet dépassé.

Car malgré un suspense impitoyable pour cause d’un affreux drame qui s’abat sur le garçon manqué de la bande (la fameuse Hedy, grande gueule interprétée avec une belle assurance par Jeanette Lin Tsui) — et qui laisse augurer du pire avant de se résoudre en deux temps trois mouvements à l’hilarité générale des spectateurs — tout est bien qui finira merveilleusement bien. A la jeune mais sensible écervelée, un mariage d’amour ; à la vieille fille trop raisonnable, le veuf d’ores et déjà flanqué de deux gamines ; à la scandaleuse (la réjouissante Julie Yeh Feng en mante religieuse héroïne de quelques cha-cha-chas dévoyés), les épousailles de raison. Quant à notre brave Hedy, malgré ses dénégations, elle se noiera dans le regard velouté de Kelly Lai Chen et convolera également en justes noces après un infernal chassé-croisé amoureux où le téléphone joue malicieusement un rôle primordial.

Comédie de mœurs charmante bien qu’extrêmement datée — le rêve secret de toute damoiselle qui se respecte et ayant acquis son indépendance financière est manifestement encore et toujours de trouver, si ce n’est l’amour de sa vie, du moins un beau parti —, Our sister Hedy témoigne néanmoins de l’émancipation des femmes dans le Hong Kong bourgeois des années 50 et des transformations profondes de la société.

Le plus surprenant dans la réalisation très classique de Doe Ching est le manque total de fluidité entre les différentes scènes. Chaque petite vignette, qu’elle soit drolatique ou sentimentale, se clôture immanquablement par un brutal et expéditif fondu au noir qui tend de ce fait à étouffer la narration. Parti-pris fort singulier donc, qui heurte en permanence la rétine et tend à devenir fatiguant sur la longueur.

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© Hong Kong Film Archive

21h15. Teddy Girls/Fei nu zheng zhuan de Patrick Lung-Kong_1969
avec Josephine Siao, Kenneth Tsang Kong, Nancy Sit Kar-yin, Meng Li, Lydia Sum, Ha Ping et Patrick Lung Kong

Rebelles, et pour cause. Teddy girls nous plonge sans ménagement dans le monde brutal de la délinquance juvénile, côté filles. Et elles ne sont guère moins violentes que les mâles. L’héroïne (l’impeccable Josephine Siao, future héroïne de The spooky bunch de Ann Hui), qui vient d’un milieu plutôt aisé, ne sait comment exprimer son mal de vivre autrement qu’en participant à des bringues à tous casser — et surtout les têtes des gars qui oseraient s’approcher d’un peu trop près de ses copines.

Envoyée illico dans un centre de redressement, elle va se trouver confrontée à moult humiliations de la part de ses co-détenues — nettement moins sadiques cependant que dans les multiples séries B consacrées aux « femmes en prison » — qui vont lui faire passer le goût de la délation.

C’est que Josephine veut avant tout qu’on lui fiche une paix royale et caresse en loucedé l’idée de s’évader de sa cage pour faire payer au centuple sa génitrice, coupable d’avoir trompé son père jusque dans le lit conjugal, et surtout crever son beau-père, immonde gigolo qui a précipité la ruine de sa famille tandis qu’elle croupit en tôle.

Comprenant que l’union fait la force, Josephine fait un marché avec d’autres infortunées (dont Nancy Sit Kar-yin, sur le chemin quant à elle, de la réhabilitation), tout aussi résolues à se venger des hommes qui les ont subornées.

Maquereau d’une lâcheté exemplaire, traitre visqueux ou jeunes excités qui n’aiment rien tant que trousser les jeunes filles surtout quand elles disent non, le moins que l’on puisse remarquer est que la gent masculine est décrite ici de manière bien peu glorieuse. Il n’y a, pour sauver la dignité du sexe fort, que le bienveillant directeur de l’institution — porte-parole du réalisateur* — qui préfère, au grand dam de ses supérieurs moins enclins à l’indulgence, comprendre et conseiller plutôt que châtier aveuglément. Ainsi va-t-il encourager ses « pensionnaires » à s’exprimer au travers d’un défilé de mode, scène hautement ahurissante en un tel lieu.

Dès lors que les fugitives se consacrent à leur vendetta, le rythme du film s’accélère et les scènes de crime sont filmées dans un état d’hystérie totale, un frénétique meurtre à l’arme blanche révélant notamment la folie psychotique d’une des proscrites (Lydia Sum). Lorsque Josephine se retrouve face à sa proie, la voilà qui entame avec elle une danse de mort quasi orgasmique, où les rôles brusquement se trouvent inversés. A l’adolescente le pouvoir de vie ou de mort sur l’affreux, au beau-père désormais sans défense face à la furie, la peur abjecte.

Si Teddy girls évoque, sans toutefois égaler le sadisme inhérent au genre, les pelloches de la Nikkatsu exploitant à loisir le thème de la criminalité juvénile, et plus particulièrement la fameuse série des Stray Cat Rock** produite en 1970, le film s’inscrit nonobstant dans la droite lignée des mélodrames sociaux de Patrick Lung-Kung.

Pour preuve, le long discours très moral du directeur qui clôt le film où il s’interroge sur la part de responsabilité d’une civilisation répressive aux lendemains qui font déchanter une jeunesse en perte de repères et réaffirme l’importance de l’éducation parentale, tout en n’oubliant pas de pointer du doigt les inégalités sociales qui poussent au crime les plus démunis. Il est évident que pour lui, comme pour le réalisateur, toute société a les voyous qu’elle mérite. Édifiant.

* A noter que Patrick Lung-Kong s’est octroyé ici — après avoir interprété le flic tenace qui rendait la vie infernale au protagoniste de Story of a discharged prisoner — le rôle ingrat, qu’il tient à la perfection, du libidineux beau-père.

** Et surtout le fameux Boulevard des chattes sauvages de Yasuharu Hasebe, avec l’indomptable Mako Keiji — future Femme scorpion vengeresse — en tête d’affiche, projeté en début d’année à la Cinémathèque Française lors du centenaire de la Nikkatsu.

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A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat
  • Jour 6, Part 1 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Wu Ma & Kirk Wong
  • Jour 6, Part 2 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung & Allen Fong
  • Jour 7 — jeudi 5 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Ann Hui, Elmin Alper & Allen Fong
  • Jour 8 : Les délibérations — vendredi 6 juillet 2012 — avec Allen Fong
  • Jour 9, Part 1 — samedi 7 juillet 2012 — avec Patrick Tam & Ann Hui
  • Jour 9, Part 2 — samedi 7 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Yuen Wo Ping, Tsui Hark & Pang Ho-cheung
  • Jour 10, Part 1 — dimanche 8 juillet 2012 — avec la Fresh Wave

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012

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