Festival Paris Cinéma [07/07/12 — Journal de bord 9. Part 2] : Patrick Tam, Yuen Wo Ping, Tsui Hark & Pang Ho-cheung

Samedi, c’est également jour de la brocante.

Ayons donc une pensée pour tous ceux qui ont décidé de braver les intempéries pour y exposer ou y chiner.

Quant à moi, je poursuis mon marathon du week-end avec ce brave Pat’.

© Mei Ah Entertainment Group Ltd

13h. Nomad/Lie huo qing chun de Patrick Tam_1982
avec Leslie Cheung, Ken Tong, Patricia Ha et Cecilia Yip

Plein soleil. 4 jeunes gens, beaux, plus ou moins riches — mais partageurs — et qui semblent s’ennuyer à périr jouent nonchalamment au jeu de l’amour vache et du hasard (Mention spéciale pour le couple Leslie Cheung dont on espère à tout moment une danse hypnotique et lascive devant le miroir d’une armoire* et Cécilia Yip, excellente en infernale chipie entretenue) tout en trainant un mal de vivre indéfinissable dans un Hong Kong nocturne d’une beauté inouïe.

Vivre vite, mourir jeune en laissant un beau cadavre semble être leur crédo. Ça tombe rudement bien. Leur existence oisive va prendre un étrange tournant lorsque l’ex-amant d’une des filles, dissident de l’Armée Rouge japonaise, vient se réfugier auprès d’eux et les invite à séjourner avec lui sur son bateau baptisé Nomad. Et le spectateur de se demander combien de temps il va falloir à notre ménage à trois pour imploser.

Mais l’homme est poursuivi par une de ses anciennes camarades, du genre hargneux, chargée de l’abattre. Ignorant tout de la menace qui rôde, voilà nos amoureux qui se livrent avec délices à leurs ébats, s’abandonnent pleinement aux caresses du soleil — il faut voir comment le réalisateur filme en long plans langoureux ses actrices, mais surtout ses acteurs, à moitié nus, endormis comme deux chérubins sur le sable, en saisissant en quelques plans la vanité de leurs jeunes chairs corruptibles pour avoir le souffle coupé — et attendent, on ne sait quoi. Et de nous inquiéter sur l’avenir improbable de ces petites créatures sans défense.

L’épilogue d’une invraisemblable brutalité — notre vengeresse ninja débarquant en plein farniente sabre au clair en vue de régler définitivement le sort des traitres de tous poils — ne laissera personne indemne et surtout pas le spectateur qui se demande volontiers si Patrick Tam n’aurait pas filmé cette romantique aventure que dans le seul but de la saccager et d’occire méchamment ses protagonistes. Comme si le bonheur n’était qu’utopie, voire niaiserie en ce bas monde. Surprenant !

* Ceux qui ont vu Nos années sauvages de Wong Kar Wai réalisé quelques huit années plus tard approuveront vivement.

*****

Si quelques fous rires nerveux ont accueilli le massacre final, un charmant jeune homme, encore abasourdi, m’a demandé près de la sortie comment j’entendais cette fin si étrange alors que tout le film était voué à l’exaltation d’une jeunesse libre et triomphante… Mais renseignements pris, il n’avait pas vu My love is that eternal rose ou il se serait méfié.

Je retrouve Shunrize qui avait mis le Yuen Wo Ping à son programme et  nous croisons dans la salle 6 ce brave Alexandre Mathis échappé de la forêt où il réalise depuis un moment un court-métrage, flanqué de Nico et de Viguen.

*****

© Hong Kong Film Archive

15h. Iron Monkey de Yuen Wo Ping_1993
avec Donnie Yen, Yu Rong-guang, Jean Wang, Tsang Sze-man et Yam Sai-koon

Danse avec les rondins. Iron Monkey est un robin des bois as du Kung-fu qui vole aux riches corrompus pour redistribuer ses rapines aux pauvres. Les hauts fonctionnaires ne l’entendant pas de la même oreille se mettent dans l’idée de faire embastiller toute personne pratiquant peu ou prou les arts martiaux, ce qui offrent quelques scènes réjouissantes pour les zygomatiques tant leurs sbires sont décrits comme d’improbables crétins (la palme à celui qui arrête un capucin).

Les geôles se remplissent mais le hors-la-loi sévit toujours. Profitant de l’arrivée d’un étranger en ville, fort versé dans les sports de combat et flanqué de son bambin, ils ne trouvent rien de plus intelligent que de le faire chanter en lui subtilisant le marmot qui ne retrouvera la liberté qu’en échange de la capture de cette fichue canaille d’Iron Monkey.

Bien mal leur en prend de caresser une idée si saugrenue. Après une échauffourée où les deux combattants s’observent, se jaugent et apprennent à reconnaître la noblesse de leurs intentions, voici nos preux chevaliers qui se liguent illico contre l’oppresseur.

Exaltant les qualités de cœur des âmes pures, Iron Monkey est une succession de combats, souvent nocturnes et magnifiquement chorégraphiés, où les adversaires jonglent aussi bien avec des ombrelles que du mobilier, s’envolent et se jouent de la pesanteur, cavalent sur les toits du village, échappent aux policiers — l’un d’entre eux ressemble à s’y méprendre à ce pleutre de sergent Garcia — en les ridiculisant, se dédoublent par la grâce de leurs disciples — Jean Wang est si charmante que notre voyageur s’en trouvera momentanément ému — et où, comme de bien entendu, les gens de bien triompheront inéluctablement du mal.

Sans compter que nos deux héros, Donnie Yen et Yu Rong-guang ne sont pas désagréables à regarder. Ils nous offrent par ailleurs, doués comme ils le sont également pour les tâches ménagères, une joute culinaire de derrière les fourneaux qui nous fait foncièrement saliver.

Si l’on précise qu’à leurs ennemis jurés se joignent en désespoir de cause des nonnes en délire commandées par un moine Shaolin, vendu au démon et spécialiste d’un superbe coup bas baptisé « la paume de King Kong », avec lequel nos vertueux vont entamer une homérique danse sur des rondins enflammés, il va de soi que le spectacle est enchanteur et le délire, particulièrement jouissif (et ce ne sont pas quelques menus problèmes techniques qui vont nous faire bouder notre plaisir).

A noter que vous pouvez retrouver Yuen Wo Ping dans sa masterclasss animée par Nicolas Saada aux 3Luxembourg intégralement enregistrée par 1kult ici.

*****

Les papilles en émoi, je me balade avec Valérie qui tient à faire un tour à la brocante et lui vante sournoisement les qualités de Nomad — et notamment son prodigieux final — avant de lui proposer de poursuivre l’après-midi avec le dernier opus de Patrick Tam prévu aux festivités, Love massacre, précédé ici d’une très flatteuse réputation de film culte où nous devons retrouver Chris et Anna, également tentés par l’expérience.

Miss Shunrize, que je commence à soupçonner d’être atteinte de masochisme latent, consent… Et débute un grand moment de rigolade que nous ne sommes pas prêtes d’oublier.

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© D&D Limited

17h. Love massacre/Ai Sha de Patrick Tam_1981
avec Brigitte Lin, Charlie Chin, Chang Kuo-chu, Tina Lau, Deanie Yip, Patrick Lung Kong et Ann Hui

Mélodie meurtrière en bleu blanc rouge. Second film de Patrick Tam et tourné en grande partie à San Francisco, Love massacre débute comme un drame existentiel où les héros totalement déconnectés de la vie réelle sombrent les uns après les autres dans une dépression carabinée avant de virer au jeu de massacre — au sens propre — lorsque l’un des protagonistes, à la santé mentale chancelante, laisse libre court à la violente frustration engendrée tant par le suicide de sa sœur cadette que par l’incapacité de survivre à une rupture amoureuse. Notre bonhomme se met à massacrer consciencieusement toutes les jeunes femmes habitant sous le même toit que celle qui l’a quitté et qu’il ne peut toutefois se résoudre à occire.

Love massacre est une œuvre tout bonnement effarante. Si l’on savait déjà que Jean Luc Godard est une de ses idoles, Patrick Tam s’embarque dès le prologue — une femme à la robe écarlate s’enfonce dans le désert et nous rappelle la fuite des héroïnes (é)perdues chères à Antonioni — dans des expériences visuelles étonnantes. Rendant tout autant hommage à Mark Rothko — le couple qui se délite erre longuement dans une galerie qui expose ses toiles hypnotiques — qu’à David Hockney, le réalisateur fait évoluer des personnages comme vidés de leur substance, qui s’intègrent au décor ou s’en détachent inconsciemment, images à peine mouvantes dans des plans sublimes où tranchent le bleu (des murs ou du ciel), le blanc (des vêtements) et le rouge (du sang qui gicle).

Si la palette dans la seconde partie du film — place désormais au slasher glauque — fait immanquablement songer aux recherches plastiques des maîtres du giallo, c’est pourtant un film en noir et blanc — où sont néanmoins insérés, comme  des blessures, quelques plans en couleurs — qu’évoque irrémédiablement Love massacre, soit Les anges violés de Koji Wakamatsu, tourné en 1967 et inspiré du même fait divers sanglant qui endeuilla Chicago en 1966 et sur lequel la scénariste Joyce Chan (également auteur de Ah SzeThe spooky bunch et The secret de Ann Hui) a brodé cette schizophrénique variation.

Dans le rôle de la maîtresse infortunée, Brigitte Lin (future reine de glaces dans Zu, les guerriers de la montagne magique de Tsui Hark_1983 et héroïne en 1994 de Chungking express puis des Cendres du temps de Wong Kar Wai) balade son spleen d’héroïne tragique avec une grâce toute somnambulique tandis que le sinistre Charlie Chin est parfaitement répugnant dans le rôle du psychopathe. La scène finale entre les deux amants est proprement ahurissante de grandiloquence mélodramatique et de malaise diffus.

Notons que l’on ne peut parfois s’empêcher de rire tant certains dialogues, tantôt d’une niaiserie abyssale — ainsi un gandin souhaitant négligemment une bonne nuit à notre héroïne folle d’inquiétude tandis que derrière la porte notre dingo s’excite comme un foufou à poignarder ou étouffer la maisonnée — sonnent (involontairement ?) creux.

Il y a comme un détachement du réalisateur bien trop empressé à lécher ses plans qu’à offrir un peu de chair à ses ectoplasmes. Quoiqu’il en soit, Love massacre — qui fut un échec sanglant (sans jeu de mot) au box office — mérite d’être vu, ne serait-ce que comme curiosité tant il tranche de par l’intransigeance de ses partis pris stylistiques sur la production de l’époque.

*****

Valérie me maudit donc, mais à moitié, tant son voisin qui y croyait à fond et sursautait à chaque Bouh! l’a mise en joie.

Un peu échaudée par la mésaventure Wild, wild rose, je décide de privilégier une révision sur grand écran du chef d’œuvre nihiliste de Tsui Hark — accessoirement, pour me faire pardonner, j’y entraine Valérie qui ne l’a jamais vu et décide pour la peine de profiter de la première projection de Vulgaria dans la foulée, ce qui me prive de la découverte des films de Ton Shu-shuen, mais me permettra lundi de me lever un peu plus tard que prévu.

Le film de Tsui Hark est présenté par Léonard Haddad que nous aurions bien écartelé lorsqu’il s’avisa de causer du décorum de la dernière scène du film… Mais rendons toutefois grâce à HK Video (et à Christophe Gans) pour avoir en d’autres temps édité les deux versions du film. Celle qui nous est présentée aujourd’hui est le director’s cut  que les producteurs retirèrent de l’affiche et pour laquelle Tsui Hark retourna quelques scènes qui n’édulcorèrent guère la critique corrosive émanant du projet. Ceci expliquant pourquoi les scènes censurées sont d’une piètre qualité technique. Mais ne boudons pas notre plaisir, notamment lorsque retentissent Dawn of the dead de Goblin emprunté à George Romero ou Oxygène de Jean-Michel Jarre (!).

Liste non exhaustive des morceaux de la bande (pas très) originale à lire ici.

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© Fotocine Holding

19h. L’enfer des armes/Di yi lei xing wei xian de Tsui Hark_1980
avec Lo Lieh, Lin Chen-chi, Albert Au, Paul Che et Lung Tin-sang

Les quatre de l’apocalypse. Après The butterfly murder_1979 et Histoire de cannibales_1980, L’enfer des armes (Dangerous encounter of the first kind ou Don’t play with fire) est un damné brûlot d’un cynisme éhonté qui clôt sur une note insolemment tragique la trilogie du chaos de Tsui Hark avant qu’il ne décide de s’embarquer dans d’ébouriffants spectacles débordant de guerrières acrobatiques, de combats de sabre et de manifestations fantasmagoriques.

Dès le prologue, le rouge est mis. Une bande de gamins s’amusent à balancer de la peinture rouge dans la cour de leur immeuble, éclaboussant au passage une des habitantes qui les maudit.

Trois étudiants bien propres sur eux, manifestement doués mais livrés à l’ennui décident, par défi, de fabriquer une bombe et de la poser dans un cinéma où, ironie du sort, est projeté un film de guerre explosif (rappelons que Tsui Hark s’est inspiré d’un fait divers qui secoua les bonnes âmes de Hong Kong à la fin des années 70). Manque de bol pour le trio, une jeune fille qu’ils pensent tout d’abord aisément impressionnable a été témoin de leur saloperie et en profite pour les faire chanter.

Nos velléitaires ne sont pas au bout de leur surprise. Car la belle orpheline élevée par son flic de frère* — un type alcoolique et violent en butte avec sa hiérarchie, dépassé autant par les événements que par cette adolescente révoltée qu’il ne comprend guère — est une anarchiste à tendance hautement suicidaire, une vraie de vraie, de celle qui ne fait pas dans la dentelle et n’a strictement rien d’autre à perdre que le dégoût de l’existence, en bref, une sociopathe de première dont on se demande si sa propension à supplicier et massacrer des bestioles sans le moindre repentir ne relèverait pas de la camisole. La demoiselle s’imagine dès l’abord qu’elle vient de croiser des frères de sang aussi prompts qu’elle à adopter contre une société qu’elle abhorre la solution finale : flinguer en masse, sans distinction en bombardant la cité en loucedé. Alléger sa douleur de vivre par la destruction systématique de l’autre, et surtout de ses biens, voilà qui titillait chaque jour la vénéneuse psyché de notre terroriste en herbe avant qu’elle ne tombe sur les trois stooges.

Mais ils ne viennent pas du même monde et nos petits bricoleurs ne sont guère enclins à se mélanger avec cette drôlesse qui les empêcherait plutôt de se ré-emmerder en rond. Nos lascars ont toutefois le plus grand mal à se débarrasser discrètement de cette verrue qui les colle jusqu’à ce qu’ils se découvrent un ennemi commun. Soit une bande de mercenaires menée par un Rambo blondinet (atroce caricature du vétéran du Vietnam revanchard, tatoué et psychopathe) auquel ils dérobent des bons au trésor auxquels était joint un mystérieux contrat avec lequel les petits anges se sont fait un plaisir de se torcher. Bras d’honneur face caméra auquel vont répondre tortures et rafales d’armes lourdes.

L’enfer des armes est sans appel, rappelant brutalement à tous leurs véritables places dans la chienlit ambiante. Les américains (Humour involontaire ? Les acteurs occidentaux débitent tous leurs lignes comme des croquemitaines issus d’une série Z, ce qui accroit encore la dinguerie de l’ensemble) ne sont que de vulgaires tueurs sans scrupule, le gouvernement en place, des gredins et les expatriés qui profitent des bienfaits de la ville, de vils colonisateurs. Il faut d’ailleurs noter de quelle manière le flic renvoie aux anglais leur propre racisme quand il se met dans l’idée de tabasser deux businessmen qu’il a pris pour des malfaisants sous le fallacieux prétexte qu’ils se ressemblent tous (rires dans la salle).

Mais il ne faut pas s’imaginer que Tsui Hark excuse automatiquement l’imbécillité des collégiens ou cautionne la folie de son héroïne — prodigieuse Chi Len Li à qui l’on filerait volontiers le pardon de bouddha sans confession —, la plus ahurissante des forcenées à avoir jamais erré dans son univers. Bien au contraire. Pour lui, on hérite des enfants que l’on mérite. Et manifestement, le temps n’est plus à leur abêtissement. Dans une société devenue sans repère, crevant dans l’œuf les espoirs et les ambitions d’une jeunesse déjà perdue, où ne règne plus que résignation et appât du gain, et qui ploie encore sous le joug des colonisateurs qui se partagent toujours les meilleures parts d’un gâteau qu’ils vont rétrocéder dans quelques années à un pays guère avenant, le réalisateur distribue à tout un chacun son dû.

Entraînés par notre passionaria qui ne songe qu’à tout brûler, nos bad boys de pacotille vont bientôt reconnaître l’évidence, qu’ils ne sont que de stupides chiots incompétents face aux impitoyables chiens de guerre, mafieux et autres profiteurs de tous poils. Pris dans le maelström d’une histoire qui les dépasse, leur cavale les mènera aux confins de la folie pour certains, directement à la mort pour d’autres. Le bloodshed hargneux sur lequel s’achève cette histoire pleine de bruit et de fureur laisse totalement pantois.

Amoureux des chats, des jeunes filles en fleurs et nostalgiques du bon vieux temps des colonies, s’abstenir. Merci.

* Magnifiquement interprété par Lo Lieh, qui trouve avec ce rôle de poulet borderline fringué comme l’as de pique, franc du collier et éminemment sympathique, l’occasion rêvée d’offrir un second souffle à une carrière débutée sous les auspices de la Shaw Brothers qui le cantonnait généralement dans des rôles d’affreux.

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© Golden Scene

21h. Vulgaria de Pang Ho-cheung_2012
avec Chapman To, Dada Chan, Ronald Cheng, Susan Shaw et Hiro Hayama

Se payer sur la bête. Pan Ho-cheung, réalisateur du mémorable Dream Home, film d’horreur viscérale sous couvert d’une critique acerbe des dérives immobilières à Hong Kong et présenté à L’Etrange festival 2010 s’essaie avec Vulgaria — qui porte remarquablement bien son titre — à la comédie burlesque mâtinée de mélancolie. Dur combat.

Un producteur de films de série Z (Chapman To, remarquable dans ce rôle de loser bien peu reluisant) est invité à causer de son grand œuvre devant des étudiants en cinéma. Définissant son métier comme celui d’un simple comptable prêt à toutes les bassesses pour taper les gens fortunés, il égrène sans fausse gêne des souvenirs quelque peu honteux ayant préludé au remake d’une comédie érotique des seventies tout en crachant subtilement dans la soupe et lève un voile sur la réalité peu glorieuse des conditions de travail dans l’industrie cinématographique hongkongaise (dont il profite cependant éhontément).

Dénonçant en une scène les liaisons dangereuses de producteurs aux abois avec un chef des triades, ce plaisantin de Pang Ho-cheung enfonce un clou déjà bien rouillé là où on ne l’attend pas, en transformant un diner d’affaires* en une orgie zoophile pas piquée des hannetons qui restera dans les annales et où l’expression « charger la mule » prend enfin tout son sens. Sans oublier des goûts tout aussi douteux en matière culinaire dont l’hénaurmité n’a d’égale que le désir de choquer le pékin.

La Chine en prend pour son grade, mais il va de soi que la plaisanterie est sans doute plus subtile pour les gens du cru, le réalisateur s’amusant des différences intrinsèques, tant de langage que de coutumes, qui séparent inéluctablement le hongkongais de base aux continentaux présentés ici comme une bande de peigne-culs. [Quoiqu’il en soit, de par son statut, Vulgaria ne passera jamais la frontière. Lire à cet effet l’excellente interview de Pang Ho-cheung sur Twitch].

D’ailleurs, tout à son récit, voici notre pathétique héros qui s’appesantit désormais sur l’échec total de sa vie familiale à peine tempéré par la rencontre d’une demoiselle de fort petite vertu, au surnom évocateur de Popping Candy, qui deviendra actrice tant ses compétences pour une certaine caresse buccale parfumée aux bonbecs  frizzy-pazzy — cascade hautement improbable à ne pas réaliser chez soi — saura toucher le cœur de notre impénitent jouisseur.

Si le réalisateur ridiculise les mafieux souhaitant s’offrir à bon compte une économie parallèle où blanchir leur argent de poche et assène quelques vérités sur les difficultés que rencontrent les acteurs de Category III (Hiro Hayama, héros valeureux du 3e opus de Sex and Zen — en 3D, ça laisse rêveuse — joue ici son propre rôle) pour accéder à un cinéma mainstream, Pan Ho-Cheung en profite lui, pour changer de style, et abandonne brusquement la trivialité pour réorienter son délire grassouillet vers une comédie romantique fort tendre qui menace de s’achever dans une écœurante félicité.

Au grand dam des étudiants qui se fichent comme d’une guigne que leur conférencier atteigne le nirvana et ne souhaitent rien tant que d’obtenir plus de détails graveleux sur certains épisodes passés sous silence.

Tout autant que le spectateur bien marri de s’être tant marré, auquel Pang Ho-cheung tend en définitive un miroir peu amène. Inutile de préciser devant cette mise en abyme parfaitement orchestrée que les tabloïds ont encore de bien beaux jours devant eux.

* A noter, à la même table, la présence imposante de Suet Lam, acteur de second plan perpétuellement atteint de fringale aiguë et bien connu des amateurs des films de Johnnie To.

*****

La nuit Infernal affairs est annulée pour cause d’amical diner. En définitive, et après avoir appris le KO par forfait — soit pour cause d’infernal public aux projections du 3Luxembourg — d’Alexis, le taulier de PixAgain, je n’ai aucun regret.

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat
  • Jour 6, Part 1 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Wu Ma & Kirk Wong
  • Jour 6, Part 2 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung & Allen Fong
  • Jour 7 — jeudi 5 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Ann Hui, Elmin Alper & Allen Fong
  • Jour 8 : Les délibérations — vendredi 6 juillet 2012 — avec Allen Fong
  • Jour 9, Part 1 — samedi 7 juillet 2012 — avec Patrick Tam & Ann Hui

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 201

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