Festival Paris Cinéma [07/07/12 — Journal de bord 9. Part 1] : Patrick Tam & Ann Hui

Jour 9, 9 films. Le compte est bon.

Du Tam en veux-tu, en voilà pour ce samedi. Je continue donc de découvrir son œuvre télévisuelle et deux raretés.

Pour m’en remettre, j’ai également mis au menu un thriller de Ann Hui et une seconde vision d’un wu xia pan de Yuen Wo Ping qui a offert hier une masterclass au Festival, tandis que je caresse l’idée de modifier en profondeur mon programme de fin de journée.

© TVB

09h. C. I. D.: Four Moments of life (Dawn, Noon, Dusk, Night) de Patrick Tam_1976
avec Simon Yam, David Lo, Chan Ka-yee, Lui Mo-kan, Ching Nai-kan et Yu Yueng

C.I.D. Four moments of life met en scène, à divers moments d’une journée et dans un style ultra réaliste, quatre policiers de la Crime Investigation Département dont les enquêtes vont révéler les craintes et désillusions quant au bien-fondé de leurs efforts et à l’avenir de leur métier.

Dawn. Au son de la 7e de Beethoven, un Simon Yam des plus jouvenceaux s’éveille sous le regard perçant d’Alain Delon mais sa vie n’a rien de glamour lorsqu’il est confronté à une enfant victime de maltraitance de la part de sa mère et ce, sous le regard complice du père.

Noon. Un flic déjà bien fatigué des aléas de sa fonction, traine les pieds pour répondre à une plainte pour regards salaces et toute à la nonchalance de son enquête va non seulement débusquer un pédophile mais perdre encore plus foi dans son prochain lorsqu’il interrogera — dans un somptueux plan séquence — la présumée victime, une adolescente abandonnée à elle-même et d’un cynisme absolu.

Dusk. Deux petits vieux se cherchent et s’affrontent dans une maison de retraite jusqu’à ce qu’une plaisanterie stupide mette un terme sanglant à leur dispute. L’humour qui présidait à cette scène se change brusquement en horreur totale. Confronté au désespoir du meurtrier, le policier compatissant qui le questionne va se retrouver obsédé par ce crime, y compris dans la chaleur de son foyer.

Noon. Un flic soupçonné par la police anti-corruption confit ses angoisses à une amie tout en essayant de retrouver le coupable d’un délit de fuite.

Les quatre histoires — à noter que de vrais policiers ont parfois été à l’origine des scénarii de cette série — racontées sans complaisance nous plongent au cœur même de la misère humaine et des faits divers sordides auxquels sont confrontés des fonctionnaires souvent méprisés — quand ils ne sont pas soupçonnés de malversations ou de négligences — et guère armés psychologiquement pour y faire face sans y perdre santé, conscience professionnelle ou innocence.

*****

© TVB

Thirteen: Traces of her de Patrick Tam_1977
avec Yung Wai-man, Yim Ho et Pang Nei

Une jeune femme disparaît du jour au lendemain corps et biens et c’est de la faute à Godard (ou presque).

Débutant cet épisode de la série Thirtheen sous le regard bienveillant de Anne Wiazemsky  – protagoniste en 1967 de La chinoise —, et traitant son histoire sous forme d’une enquête policière en questionnant relations estudiantines et amis, Patrick Tam procède à la reconstitution de la personnalité de son héroïne (la charmante Yung Wai-Man vue dans Father and son de Allen Fong) à la manière d’un puzzle ou bien plutôt selon les collages qu’a créés son petit ami — interprété par le réalisateur Yim Ho, auteur du très beau Homecoming —, un jeune photographe si obsédé par Jean-Luc Godard qu’il ne peut immortaliser, voire s’intéresser à sa bien-aimée, qu’en projetant inlassablement sur son corps des plans des films de son idole. On prendrait ses jambes à son cou pour moins que ça.

La résolution de « l’affaire » ne peut que confirmer la fuite en avant de la donzelle loin de l’existence des plus futiles qu’elle menait alors avec son fétichiste. L’anti Miu Kam-fung en quelque sorte.

*****

© TVB

Thirteen: Suffocation de Patrick Tam_1977
avec Chow Yun-fat et Lui Shui-yung

Le sens de la vie. Campé par un Chow Yun Fat d’une vingtaine d’années — et déjà irrésistible — Suffocation est un étrange objet en forme d’hommage foncièrement morbide à Michelangelo Antonioni et son fameux Blow up, dont le morceau de bravoure final est à placer très haut sur l’échelle de la folie pure.

Chow y est un photographe obsédé par la mort et la violence. Manifestement, le seul truc qui le fasse bander est de collectionner des clichés de sa superbe maitresse dans des natures mortes des plus sanglantes — ceux qui ont vu Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon d’Elio Petri_1970 et les extravagantes mises en scène de Gian Maria Volonté sur le corps de Florinda Bolkan peuvent aisément imaginer la chose — ou de payer des petites frappes pour qu’elles se bastonnent tandis qu’il les mitraille. Quant il ne photographie pas avec une délectation toute frénétique un homme qu’il croit mort à une table de restaurant. A voir sa tête dépitée quand l’inconnu reprend conscience en dit long sur sa santé mentale.

Le jeune homme perd peu à peu pied entre fantasme et réalité, surprend des fantômes de ses “victimes” dans les couloirs et n’hésite pas à agresser un jeune mannequin pour la déstabiliser et entrevoir enfin la vérité de la femme sous le vernis des faux semblants.

Tout à sa démence créative, il n’hésitera pas — le geste onaniste est alors filmé en un très long plan séquence devant nos yeux ébahis — à s’enfermer lui-même dans un immense sac plastique aux fins — le doigt posé sur le déclencheur — de surprendre sur son visage les prémices de l’asphyxie qui ne peut manquer de l’emporter… jusqu’à ce que d’un poing rageur*, il ne crève l’enveloppe-cocon dans laquelle il expire et ne revienne à la vie.

Suffocation, objet télévisuel radical, tout en bénéficiant d’un jeu halluciné extrêmement maitrisé de son interprète principal, confirme que Patrick Tam est définitivement cinglé.

* Le taulier de Filmosphère en riait encore dans l’après-midi lorsque nous nous sommes croisés entre deux séances.

*****

© Hong Kong Film Archive

11h10. The secret/Fung gip de Ann Hui_1979
avec Sylvia Chang, Angie Chiu, Tsui Siu-keung, Alex Man et Lee Hai-suk

Exercice de style extrêmement brillant et inspiré d’un fait divers qui défraya la chronique dans les années 70, The secret, premier long métrage de Ann Hui, oscille en permanence entre chronique sociale d’une famille désemparée par un crime odieux, thriller haletant et fantasque conte — nettement plus mélancolique ici que dans The spooky bunch — de fantômes. Nonobstant, la multiplication des personnages — donc, des suspects — et la déconstruction permanente d’une histoire solidement alambiquée ne fait pas perdre de vue au spectateur bien cartésien qu’on le mène généreusement en bateau.

Les corps mutilés d’un couple — celui de la femme a connu quelques ravages — sont retrouvés dans une forêt où vit un simple d’esprit (ce brave Norman Chu en profite pour cabotiner à mort) protégé par une mère aussi acariâtre que possessive. Parallèlement à la police, une jeune voisine — interprétée par Sylvia Chang — littéralement hantée par les mânes d’une des victimes, décide de mener ses propres recherches. Seront révélés quelques troubles secrets à base de double vie, d’enfant conçu hors mariage et d’adultère qui se résoudront par un twist final pas piqué des hannetons.

Cette révélation, filmée de manière outrancière et en totale contradiction avec l’atmosphère étrange et vénéneuse qui prévaut toute l’aventure, entraine derechef quelques fous rires nerveux tant la frénésie qui s’empare de quelques uns des protagoniste et la trivialité des enjeux mettent dangereusement à nu les croyances ancestrales acceptées de facto dès lors que notre délicate héroïne se voit entrainée dans les souffrances hallucinées d’une grand-mère endeuillée.

A noter, en marge de l’enquête policière, une exceptionnelle description des bas fonds et du petit peuple de Hong Kong, ville tentaculaire et potentiellement dangereuse, qui n’est jamais aussi photogénique qu’au crépuscule, lorsque les spectres — vrais ou faux, peu importe — l’envahissent.

*****

Un déjeuner peu diététique sur le pouce et me voilà en pleine forme.

Après Tony Leung et Chow Yun Fat ce matin, c’est avec Leslie Cheung que j’ai rendez-vous en ce début d’après-midi pour l’avant-dernier film projeté dans le cadre du focus Patrick Tam et je suis fort curieuse de découvrir à quelle sauce le choupinet a été dévoré…

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat
  • Jour 6, Part 1 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Wu Ma & Kirk Wong
  • Jour 6, Part 2 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung & Allen Fong
  • Jour 7 — jeudi 5 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Ann Hui, Elmin Alper & Allen Fong
  • Jour 8 : Les délibérations — vendredi 6 juillet 2012 — avec Allen Fong

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 201

15 responses to Festival Paris Cinéma [07/07/12 — Journal de bord 9. Part 1] : Patrick Tam & Ann Hui

  1. Sandra.M says:

    Alain qui?
    Je ne savais pas que ce festival durait trois mois…mais c’est un plaisir de continuer à te lire!

  2. FredMJG says:

    Ah ah ah. Moque toi donc mais sache que mon légendaire poil dans la main m’offre une bien agréable manière de continuer à festivaler égoïstement et pour mon seul plaisir.
    Alain, t’occupe, tu connais pas, c’est un obscur jeune premier qui n’a jamais percé ^^

  3. Sandra.M says:

    Je n’avais pas coché la case permettant de recevoir les commentaires, pas maligne que je suis…(merci de ne pas ajouter qu’il m’en manque une, de case, hein) sinon j’aurais répondu à l’appel des 10 lettres magiques illico. Fred ne peut pas parler de films récents, les 10 lettres magiques n’ont rien fait récemment et, franchement, quel intérêt d’aller voir un film sans les 10 lettres magiques au générique?! Voilà, histoire d’aggraver mon (déjà irrécupérable) cas.

    • FredMJG says:

      C’est quoi cette histoire de 10 lettre magiques ? tu fais des jeux sur mon blog maintenant ? Enfin, on sent bien la donzelle super en forme parce qu’elle se tire en vacances…
      Holy motors ? Ouais j’y songerais.
      Merci quand même ^^

      • inthemoodforcinema says:

        La donzelle récapitule : Alain = 5 Delon =5. La perfection jussque dans le nombre de lettres du prénom et du nom. Pffft.

        • FredMJG says:

          J’adore ! suffit de te demander pour que tu refiles la réponse. J’y songerais quand je viendrais gagner haut la main des badges pour Deauville et autres villes inconnues que l’on doit s’y ennuyer gravissime 😀

          • inthemoodforcinema says:

            Sauf que, là, il n’y avait pas de question… J’ai l’impression que tu joues toute seule, un peu. On s’ennuie à mort à Deauville, c’est pour ça que j’y retourne chaque année.

            • FredMJG says:

              Oui, Deauville. Et sans Trintignant. Ça doit être bien vide 🙂

            • inthemoodforcinema says:

              Ah, ah, je comprends mieux. A moi toutes les réponses du prochain concours.
              J’adore « Deauville sans Trintignant » et avec Delerm!

            • FredMJG says:

              Ah ben zut, en remontant la TL, je me rends compte que j’avais déjà donné la réponse. Non mais euh bon ça fait deux semaines que je suis rentrée hein, je fatigue, normal…

            • inthemoodforcinema says:

              Mais la réponse à quelle question? Tout va bien, t’es certaine?:-)

  4. Sandra.M says:

    Bon, j’aime bien Jean, Abel, Francis…mais vous n’avez rien compris : comment est-ce que ça peut marcher avec TOM RIPLEY, hein? Et ROCH SIFFREDI? Tancrède n’est parfait que quand il est (joue?) Alain Delon. Voilà que je me prends pour Jean-François maintenant, ses histoires de doubles m’ont fait tourner la tête (Jean-François qui ne gagne pas au petit jeu des lettres, mais cela n’étonnera personne).

    • FredMJG says:

      Tu as la dent dure non ? J’ai comme qui dirait la singulière impression que tu ne pardonnes point facilement…
      Promis, la prochaine fois que j’erre à la Cinémathèque et que JFR vient se vautrer à mes côtés, je t’envoie une twitpic ^^

  5. inthemoodforcinema says:

    Bon, j’aime bien Jean, Abel, Francis…mais vous n’avez rien compris : comment est-ce que ça peut marcher avec TOM RIPLEY, hein? Et ROCH SIFFREDI? Tancrède n’est parfait que quand il est (joue?) Alain Delon. Voilà que je me prends pour Jean-François maintenant, ses histoires de doubles m’ont fait tourner la tête (Jean-François qui ne gagne pas au petit jeu des lettres, mais cela n’étonnera personne). Et merci de ne plus parler de cette Laurence que le ciné de mon palindrome se refuse toujours à projeter.

    • FredMJG says:

      Mouarf ! même réponse que précédemment. Décidément, même WordPress te fait quelques misères.
      Bon, avoue tout de même que l’écrit est beau (et flatte).

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