Festival Paris Cinéma [30/06/12 — Journal de bord 2. Part 2] : Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho

Premiers devoirs.

Aujourd’hui, journée calme au MK2 bibliothèque.

Le seul événement d’importance de la journée — hormis le fait que les deux premiers films en compétition nous sont présentés dans la soirée — était de me lever assez tôt pour y être à 9h30 pour ne pas rater les programmes qu’Ann Hui a réalisé pour la télévision hong-kongaise en 1978 dans le cadre du cycle Below the lion rock.

© Radio Télévision Hong Kong

09h30. Below the Lion Rock: The boy from Vietnam de Ann Hui_1978
avec Tsang Chuen-sing, Lee Kwok-tsung, David King et Alfred Cheung Kin-ting

The boy from Vietnam est à l’image de son juvénile héros qui ne sourit jamais mais interroge inlassablement les hommes sur leur folie.

Pas une once de gras dans ce téléfilm où avec un souci constant de documentariste Ann Hui — ancienne assistante de King Hu — suit un jeune garçon solitaire illégalement débarqué à Hong Kong dans l’espoir d’y retrouver de lointains membres de sa famille et qui se heurte d’emblée à la saloperie de son prochain.

Débrouillard, le gamin hanté par la guerre survit obstinément malgré les obstacles et son jeune âge se révèle bien vite un atout dont il va profiter.

La réalisatrice va droit à l’essentiel, sans pathos ajouté dans ce portrait bien sombre où la ville est décrite comme un éternel chausse trappes pour les exilés. On peut également y lire en filigrane une subtile critique de l’ingérence des Etats Unis, qu’il s’agisse de leur présence meurtrière au Vietnam, de l’impunité des assassins de prostitué(e)s en situation irrégulière ou de ce mystérieux rêve américain de liberté que caresse chaque jour leurs victimes d’autrefois et qui les mène à leur perte.

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© Radio Télévision Hong Kong

10h30. Below the Lion Rock: The bridge de Ann Hui_1978
avec Wong Sun, Shirley Huang Sa-lei, Tim Wilson, Cheung Ying, Nansun Shi, Jeremy Eccles, Lai Cheuk-cheuk et Lo Yuen

En dépit du sens commun, un pont pour piétons reliant un ensemble de logements sociaux (comprendre bidonville) à la ville va être détruit.

C’est sur ce mince argument qu’Ann Hui filme un brûlot politique* où tout le monde en prend pour son grade ; le journaliste étranger un poil naïf qui prend fait et cause pour les victimes de cette décision parfaitement arbitraire mais oublie que, bien qu’il s’exprime en cantonais, son implication peut être prise pour une ingérence inacceptable — cf. la scène où il donne une leçon d’éducation à une quidam qui vient de punir son enfant —, la fonctionnaire de l’état — qui finira par cueillir les fruits du travail d’un autre —, les politiciens corrompus, les activistes qui en rajoutent dans le joyeux bordel ambiant et les habitants eux-mêmes, souvent trop âpres au gain et en conséquence aisément manipulables.

Il faudra la mort (annoncée) d’un enfant pour qu’une solution immédiate soit trouvée avant que les cartes ne soient redistribuées et que les magouilles ne reprennent. Quant au chroniqueur, il apprendra, mais un peu tard, qu’à Hong Kong, le linge salle se lave en famille. Brutal.

* A noter que la diffusion de ce téléfilm, réalisé comme un reportage, se verra bloquée pendant de nombreux mois.

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© Park Circus Ltd./Sony Pictures

14h30. Drunken Master de Yuen Wo Ping_1978
avec Jackie Chan, Simon Yuen Siu-tin, Hwang Jang-lee et Dean Shek

Pif paf pouf ! Premier film du chorégraphe Yuen Wo Ping et hilarant biopic de la jeunesse aventureuse du révolutionnaire et maître en arts martiaux Wong Fei-Hung, Drunken master est un petit chef d’œuvre de la Kung Fu comedy où explose un Jackie Chan juvénile et doté d’un brushing aérodynamique. Pas un tif ne bouge malgré les coups, les bosses, les envolées ou les torsions auquel il soumet son corps d’une effarante élasticité.

Adolescent des plus turbulents et quelque peu hardi auprès de la gente féminine guère moins batailleuse que les mâles — sa tante a tôt fait de lui botter le cul pour lui apprendre la politesse —, Wong/Jackie est expédié derechef chez son oncle (le tout aussi excellent Simon Yuen Siu-tin), un hargneux définitivement alcoolique, pour y apprendre à la dure quelques rudiments de Kung fu qui lui permettront de combattre les malfaisants — et surtout un fameux assassin (Le formidable Hwang Jang Lee) à l’impassible visage orné d’une moustache à la Fu Manchu et coiffé à la Stone qui possède un coup de pied du tonnerre.

L’entraînement est à se tordre, notamment lorsqu’est décliné l’art martial propre à toute ménagerie qui se respecte [se reporter éventuellement aux 5 venins mortels de Chang Cheh pour les plus audacieux] et qu’enfin le roué tonton se décide à lui inculquer les secrets des huit immortels bourrés — dont une dame (indignation du garçon à l’idée de tortiller de la croupe mais il est à noter que la préciosité sied à merveille à l’acteur) —, soit un combat à mains nues, le muscle zen mais le foie et la raison bien attaqués par la liqueur, où tout combattant éméché se doit de jouer un maximum avec le corps de son adversaire jusqu’à le rendre dingo et donc, passablement faillible. Attention : anatomie caoutchouteuse de rigueur exigée.

Ce film est un bonheur. Point.

NB. Ceux qui souhaitent en apprendre plus sur le Zui Quan ou « boxe de l’homme ivre » trouveront une petite explication de texte ici.

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© Cathay-Keris Films

17h. Deaf mute heroine/Long ya jian de Wu Ma_1971
avec Helen Ma, Tang Ching, Shirley Wong, Yeung Wai et Wu Ma

Dernier combat. Un Wu xia pian dont l’héroïne — sourde et muette comme le précise le titre anglais mais également pas très catholique — rattrape les flèches de ses agresseurs avec les dents ou les mouches qui l’importunent à table entre deux baguettes ne peut pas être complètement raté [même si la copie présentée ici est plus que passable*].

Pas de héros ultime sans peur ni reproche, mais de superbes combats virevoltants et des poursuites effrénées, dans cette pelloche où le seul acte de courage est mû par l’amour irraisonné d’un jeune teinturier pour une voleuse de grand chemin — mais qui pourrait croire, même pour rire, qu’une guerrière vengeresse va se transformer en femme au foyer à l’ombre d’un demi-sel ? — et automatiquement châtié par un prompt décès.

Histoire de vauriennes — les deux femelles en présence sont létales — et de coupe-jarrets, Deaf mute héroïne nous en offre, entre romance contrariée et trahisons multiples, pour notre argent. Ça charcle, ça s’envole, ça tranche, ça bondit, ça expire dans de déchirants râles et l’épilogue, soit un fantastique face à face de deux anciens amants épéistes et revanchards, filmé en danse macabre dans un paysage désertique, nous fait regretter que le film n’ait pas connu de restauration, surtout que de temps à autre quelques rares plans, notamment sur la garde robe de la malfaisante de service, témoignent de sa splendeur d’antan.

* Aurélien, le spécialiste es-films hongkongais du Festival nous avait prévenu que les sous-titres anglais étaient réduits de moitié (mais l’on comprend très bien l’histoire sans avoir besoin de les déchiffrer) et les couleurs « passées » (euphémisme pour ne pas nous avouer que tout le film est ahem, rose).

Attention. Le film de Wu Ma sera projeté une seconde fois lundi 9 juillet à 21H au MK2 Bibliothèque.

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Et en avant toute pour les deux premiers films de la compétition, dont vous ne saurez strictement rien, devoir de réserve oblige.

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© Shellac

19h. Tabou/Tabu de Miguel Gomes_2012
avec Teresa Madruga, Laura Soveral, Ana Moreira, Henrique Espírito Santo, Carloto Cotta et Isabel Cardoso

Le réalisateur était présent pour un petit Q&A avec le public. Silence radio comme convenu, la chronique n’arrivera qu’à la fin du festival [Enfin, disons plutôt seconde quinzaine de juillet], après l’annonce du Prix des blogueurs et du web.

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© Indiestory Inc.

21h30. The king of pigs de Yeun Sang-ho_2011
avec les voix de Yang Ik-june, Oh Jeong-se, Kim Hye-na, Kim Kkobbi et Park Hee-von

Déjà visionné lors de la reprise de la Quinzaine des réalisateurs MAIS même punition que précédemment. Le réalisateur étant à Taïwan, il n’y a donc pas eu débat.

Et après une discussion animée sur le chemin du métro en compagnie de quelques collègues, je me suis laissée aller à aimer mon lit comme jamais.

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012

2 responses to Festival Paris Cinéma [30/06/12 — Journal de bord 2. Part 2] : Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho

  1. Les films made in Hong kong m’ont toujours passionnés.C’est le genre de cinéma que j’aime bien .Tout comme l’animation aussi…

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