Festival Paris Cinéma [08/07/12 — Journal de bord 10. Part 1] : La Fresh Wave

Festival International de Courts Métrages Fresh Wave.

Abandon ce jour du programme prévu (Man on the brink d’Alex Chung qu’il me semble avoir déjà vu au siècle dernier (bah ! quoi ?) dans une copie bien pourrave et les deux téléfilms d’Allen Fong — un crève cœur — réalisés pour la série Below the lion rock à laquelle a également participé Ann Hui) au MK2 Bibliothèque car 1/ me connaissant, je sais que je ne vais pas avoir le courage de reprendre le métro pour changer de cinéma 2/ c’est l’occasion de profiter un peu de Johnnie To en allant visionner les courts métrages de la Fresh Wave dont il est le parrain.

Direction donc le Forum des images en espérant fort qu’aucun sabotage ne vienne assombrir plus encore ce dimanche pluvieux.

© ADC

14h. 6th March de Wong  Chun_2011
avec Wong Yat-ho, Derrick Benig, Chan Wai-kin, Cheng Shu-fung, Yu Ka-lun et Charles Chan

Table ronde. Arrêtés lors d’une manifestation, trois étudiants — qui ressemblent comme des clones, conscience politique aiguë en sus, aux collégiens de L’enfer des armes — font face à 3 générations de policiers aux idées et aux méthodes dissemblables (le plus vieux est autrefois arrivé à la nage de la Chine continentale et leur reproche insidieusement de ne pas avoir les ambitions équivalentes à la chance qui leur est offerte de poursuivre des études, le plus jeune est le frère de l’un des protestataires).

Entre menaces sous-jacentes et leçons de morale édifiantes, 6th march renvoie dos à dos des gamins qui ne se retrouvent pas dans les idées de leurs ainés (l’ascension sociale doit obligatoirement se faire dans la souffrance et à la force du poignet tout en suivant aveuglément la ligne du parti si l’on en croit les fonctionnaires de police) et des adultes totalement dépassés face à une jeunesse qui refuse de jouer le jeu de l’individualisme à tout crin. Travailler plus pour gagner encore moins, voilà bien une idée universelle qui parcourt désormais le monde.

Si la corruption généralisée, la crise financière et surtout, la folie immobilière qui a toujours court à Hong Kong sont fustigées, Wong Chun n’en oublie pas de nous faire partager les affres familiales de ses jeunes héros, où l’ainé semble encore et toujours devoir se sacrifier pour les cadets.

Les six acteurs sont remarquables et la tension prégnante de bout en bout.

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© ADC

Basket de Wong Hin-Yeung_2009
avec Sin Ng-tsai, Lam Cham-yin Augustine, Law Ah-kau et Wong Kam-mui

Fils indignes. Délaissant la cartographie sinueuse de Hong Kong, Wong Hin-Yeung situe son court métrage dans un petit village de pêcheurs en pleine crise. Le poisson est rare, les bouches à nourrir trop nombreuses, la famille se doit donc d’ ‘éloigner’ les inutiles.

Basket est une sorte de mini Ballade de Narayama, sans la noblesse de cœur — la grand-mère que l’on va abandonner dans une crique comme on le ferait d’un clébard à l’orée d’une forêt est parfaitement gâteuse et son mutisme vaut condamnation —, dont la cruauté est soulignée à l’épilogue par la logique lapidaire d’un enfant. Cinglant.

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© ADC

Gwangong VS Alien de Leung  Chung-Man_2011
avec Chan Wai Sing, Choi Kit, To Ching Sing, Vito Kit, Torrice Tsui et Kwai Tin Pang

Godzilla pas mort. Un alien belliqueux aux allures de poussin en ferraille s’apprêtant à détruire Hong Kong, Pékin envoie sans coup férir son super robot de la mort, Lei Feng, héros de la propagande maoïste. Manifestement aussi obsolète que ses idées, notre androïde succombe sous les coups de l’envahisseur contre lequel, en désespoir de cause, est mandé le héros sans peur et sans reproche Gwangong.

Définitivement barré, Gwangong vs alien rappelle les San Ku Kaï et autre Bioman de notre enfance. Si ce n’est que, sous couvert d’un délirant film de monstres, Leung Chung-man critique de manière acerbe le gouvernement chinois tout en rendant un insolent hommage aux révoltés de Tien’anmen.

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© ADC

15h. 1+1 de Lai Yan-chi_2010
avec Ricky Yeung Sau-churk, Jocelyn Kan et Ducky Chi-tak

Le bonheur en héritage. Interprété par des non-professionnels — Ricky Yeung Sau-churk est cependant un artiste activiste reconnu — 1+1 rappelle, de par sa structure, les docu-fictions d’Allen Fong.

Le film de Lai Yun-chi suit un grand-père et sa petite fille dans les rues de Hong Kong où ce touchant duo plante des bambous au milieu du béton, marquant ainsi chaque endroit que le progrès et les entreprises immobilières vouent à la disparition.

Tout à leur villégiature, ils se créent des souvenirs, dissertent sur le temps qui passe, le bonheur d’être ensemble et notamment le pardon à accorder aux tiers et à soi-même par l’entremise du kidnapping d’une petite tortue, dont la libération en pleine ville a suffi à racheter les péchés de son propriétaire.

1+1 est un délicieux conte écolo-poétique où emmener de préférence les enfants turbulents qui y apprendront quelques leçons élémentaires de vie : profiter des gens qu’ils aiment avant qu’ils ne disparaissent et leur allouer pleine confiance pour ne pas risquer de se perdre définitivement.

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© ADC

The decisive moment de Vicky Wong_2010
avec Huang Xianguang, Tang Kwun-hang, Yow Chee-bore, Mak Lok-sun, Leung Pui-yee et Lam Kin-ming

Portrait d’un vieux briscard. Emprunt d’une certaine nostalgie, The decisive moment est le faux biopic — interviews de ses anciens collègues à l’appui — d’un reporter photographe , »Uncle Cheung » (Huang Xianguang), qui a bâti sa réputation sur un don imparable, la capacité quasi magique de capturer au bon moment le tragique d’une scène, et ce, sans états d’âme particulier. Jusqu’à ce qu’un jour, de l’autre côté de l’objectif, l’agonie d’un proche le force à se confronter à sa propre conscience et l’abandonne, impuissant à poursuivre son métier.

Désormais incapable de prendre une photo « intéressante » selon la nouvelle éthique des médias modernes engagés dans une course concurrentielle qui leur fait souvent oublier toute pudeur pour coller du sang à la une, Uncle Chung va trouver une nouvelle raison de vivre en prenant sous son aile un jeune collègue cynique et méprisant, quoique fasciné par cette gloire défunte. Disciple qu’il rendra célèbre, à son corps défendant. Mais le doigt sur le déclencheur comme si son appareil pouvait encore servir de bouclier et tenir la mort à distance.

Traitant judicieusement des dérives de la presse à sensation, The decisive moment interroge tout autant la fascination des sociétés modernes pour les faits divers que la difficulté des journalistes à calculer la saine distance entre voyeurisme et témoignage.

A lire : Sur EastAsia, l’entretien avec les réalisateurs Lai Yan-chi et Vicky Wong.

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A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat
  • Jour 6, Part 1 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Wu Ma & Kirk Wong
  • Jour 6, Part 2 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung & Allen Fong
  • Jour 7 — jeudi 5 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Ann Hui, Elmin Alper & Allen Fong
  • Jour 8 : Les délibérations — vendredi 6 juillet 2012 — avec Allen Fong
  • Jour 9, Part 1 — samedi 7 juillet 2012 — avec Patrick Tam & Ann Hui
  • Jour 9, Part 2 — samedi 7 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Yuen Wo Ping, Tsui Hark & Pang Ho-cheung

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012

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