Festival du Film Coréen à Paris 2014 — Jour 2 : Shin Jun-Hwan, Jung Yoon-suk & Jang Joon-hwan

Du lauréat sexy, des serial-killers et un ogre.

Le plus difficile dans un festival est d’essayer de faire en sorte de ne pas se tromper de film — argh ! ce choix que l’on maudit parfois en entendant parler avec enthousiasme les sortants d’une salle adjacente ! — et de tenter, surtout ici au FFCP, d’en voir un maximum (manie de cinéphage qui se respecte). J’ai décidé que si je tenais le rythme, je ne manquerai (la mort dans l’âme) que la seconde session des shortcuts, ayant eu l’occasion de voir quelques films à l’affiche. Pour ce qui est d’une rencontre avec les réalisateurs, c’est une autre paire de manches. Le film prime, quoiqu’il en soit.

© FredMJG/Instagram
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Il est également bon de noter que si je n’ai pas oublié d’emporter mon appareil pour filmer les diverses interventions au cours du festival, voyant un tantinet flou, le point l’a été de facto. Je vous ferai donc grâce de ces horreurs et me contenterai, le son n’étant guère mauvais, de résumer les paroles échangées. En ce qui concerne les photos, c’est moins grave, nous allons admettre que le flou chez Instagram y est purement artistique…

A l’honneur aujourd’hui un Spécial FlyAsiana. Ce prix récompense le meilleur court-métrage montré lors des éditions du FFCP qui propose trois sessions « Shortcuts ». Shin Ju-hwan, jeune réalisateur — Sexking est son film de fin d’études — mais également acteur se voit donc offrir une rencontre avec le public qui par la même occasion découvrira non seulement ses courts antérieurs, mais également ceux de ses petits camarades qui ont bénéficié de sa participation.

Puis un documentaire de Jung Yoon-suk sur deux faits-divers qui ont défrayé la chronique sud-coréenne au début des années 90.

Souhaitant ensuite quelque peu m’éloigner de ce monde sans pitié, j’ai revu avec grand plaisir le second film ultra-violent de Jang Joon-hwan, Monster Boy: Hwayi, déjà programmé en septembre par L’Étrange Festival. C’est dire s’il est bon.

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Shin Ju-hwan, lauréat du Prix FlyAsiana 2013 © FredMJG/Instagram
Shin Ju-hwan, lauréat du Prix FlyAsiana 2013 © FredMJG/Instagram

Le jeune réalisateur est présent et répondra ensuite gracieusement aux questions du public, sans oublier ensuite la session photos et autographes.

© FFCP 2014
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Sinthome de Shin Ju-hwan_2010 [11’]

Une banale lecture d’acteurs convoqués pour tourner dans un court métrage est le premier symptôme d’une contamination générales. L’un des acteurs se met à rire. Follement. Bientôt suivi par d’autres. Toute personne se trouvant dans la même pièce qu’eux deviennent eux aussi victimes de la contagion. Et nous, on ne rit pas. Mais alors pas du tout. Quoique l’on devrait. Mourir en rigolant n’est-ce pas encore la meilleure manière d’exorciser notre angoisse de l’ailleurs ? Un petit huit-clos rondement mené.

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Hemo Philia de Shin Ju-hwan_2009 [17’]

Un jeune américain adopté d’origine coréenne rentre au pays pour tenter de retrouver les traces de sa mère biologique. Il croise une japonaise et s’y attache. Le réalisateur se met lui-même en scène dans cet essai intime et un peu brouillon. Bénéficiant d’une jolie présence, il en profite pour peaufiner son jeu d’acteur. Quoiqu’il en soit, son héros est suffisamment intrigant pour qu’on s’y attache.

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Part 1 de Kim Wan_2010 [15’]

Deux jeunes gars que tout semble opposer attendent un type à qui ils doivent livrer un mystérieux colis. Le spectateur a deviné depuis longtemps ce que le paquet contient mais les « apprentis », par le conflit absurde qui les sépare bientôt, ne font que révéler leurs incompétences crasses en la matière.

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Part 2 de Kim Wan_2010 [13’]

Suite du précédent court, voici nos pieds nickelés qui attendent toujours Godot accompagnés de l’encombrant fardeau. Malgré son évidente photogénie, Shin Ju-hwan n’hésite pas à jouer les crétins de haut vol et cela lui va bien.

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Black man de Kim Byungsuk_2013 [13’]

Shin Ju-hwan interprète ici un agent du service social coréen qui décide de « nettoyer » le parc où il travaille en tentant de se débarrasser d’un étrange SDF qui s’est peint le visage en noir. Réflexion en creux sur le racisme ? la peur de l’autre ? Plaidoyer pour l’acception des différences ? Peu importe. Le métrage met mal à l’aise, et à nouveau, la contamination est en marche ; car, qui que l’on soit et où que l’on vive, en Corée ou ailleurs, on est toujours le « noir » d’un autre.

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The interview de Kim Kihoon_2010 [22’]

Changement de registre avec cette excellent court où un jeune réalisateur — le toujours sémillant Shin Ju-hwan — tente, après une rupture, de réaliser un documentaire sur le bonheur. Et de rencontrer une fille délurée. Shin Ju-hwan y démontre encore ici de vraies dispositions pour les comédies gentiment déjantées.

© FFCP 2014
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Sexking de Shin Jun-Hwan_2013 [34′]

Mieux vaut faire envie que pitié dit l’adage. Sexking est le surnom que ses camarades de classe ont donné à un de leur congénère, joli garçon, hautain, un peu froid et tombeur impitoyable de ces dames. Du moins, dans leurs fantasmes. Et dans l’image qu’un jeune garçon trop beau et affublé d’une extrême sensibilité s’est créé pour se protéger des chagrins d’amour et autres amitiés masculines trop intrusives. Shin Ju-hwan, qui s’est également octroyé le rôle principal, révèle dans ce court un vrai et subtil talent d’acteur mais aussi de réalisateur en alternant les points de vue et en se jouant de la chronologie des événements. Sexking démonte intelligemment les légendes estudiantines et refait le portrait d’un supposé narcissique avec tendresse et cruauté mêlées.

Il est intéressant de constater la maturité acquise au cours des années par Shin Ju-hwan, tant au niveau de la qualité du scénario et du montage que de son jeu d’acteur. Sexking est donc une vraie réussite, que le FFCP n’a pas manqué de récompenser l’année passée.

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Shin Ju-hwan et son fort seyant chapeau lors du Q&A avec le public © fredMJG/Instagram
Shin Ju-hwan lors du Q&A avec le public  © fredMJG/Instagram

A la fin de la projection, Shin Ju-hwan se prêta donc de bonne grâce au jeu du Q&A, se déclarant très honoré que ses films soient montrés à Paris.

S’étant excusé par avance de ne pas pouvoir s’exprimer autrement qu’en anglais, son français étant des plus sommaires, Shin Ju-hwan a été rassuré. La présence d’interprètes — qui feront par ailleurs un remarquable travail durant toute la semaine— a été prévue pour simplifier les échanges. Avant tout,

Shin Ju-hwan se destinait à être acteur mais l’université de Konkuk qu’il a intégrée proposant également en option des cours de mise en scène, il s’y est dès lors intéressé. Avouant avoir un peu honte de ses premiers essais, il considère que Sexking correspond réellement à ses ambitions. Remerciant son équipe technique et les acteurs de l’avoir continuellement soutenu dans son projet, il reconnaît  qu’il lui est difficile d’assurer les deux casquettes, bien qu’il espère pouvoir à l’avenir se consacrer aussi à la mise en scène et ce, dès que son statut d’acteur aura été consolidé. Il a depuis joué dans un film à visées commerciales qui devrait sortir dans son pays dans les mois qui viennent.

A un spectateur qui a cru reconnaître une influence signée QT dans son second film Sinthome, il répond très diplomatiquement que non, il n’avait pas Tarantino à l’esprit au moment du tournage mais qu’il en vient effectivement à se demander si elle n’était pas inconsciente*. Il nous apprendra par ailleurs avoir eu l’idée du film lors d’une discussion avec un ami sur l’effet que cela ferait de mourir de rire, littéralement. Les thèmes du rire et celui de l’oubli — plaie de la Corée au regard des morts du passé — ont donc prédestiné à son court-métrage. Les jeunes coréens ont donc des conversations fascinantes. Suite à la demande de quelques explications sur le court métrage Black man de Kim Byungsuk d’une spectatrice, il reconnut n’avoir pas compris lui-même grand chose au film* — bien que le tournage ait été agréable et rapide — et qu’il avait fallu que son ami réalisateur lui explique que c’était un film sur le mépris et l’idée que les gens ont souvent une bien plus haute opinion d’eux-mêmes que de leurs congénères.

Quant au prix FlyAsiana qu’il a gagné l’année passée, s’il affirme n’avoir pas changé, Shin Ju-hwan reconnaît que cela a fait grand plaisir à son agent et lui a ouvert quelques portes. Renouvelant ses remerciements au jury pour cette honneur et il s’en fut, sur un charmant sourire, se faire tirer le portrait.

* Ce sera une des constantes chez tous les invités du festival cette année, ne jamais contrarier le spectateur. L’autre sera d’esquiver adroitement les questions gênantes, en répondant gentiment à côté. NDLR

Shin Ju-Hwan de plus en plus hilare durant sa session photo où il a posé avec tout ce que le public comptait d'admiratrices © FredMJG
Shin Ju-Hwan de plus en plus hilare durant sa session photo où il a posé avec tout ce que le public comptait d’admiratrices © FredMJG

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© FredMJG/Instagram
© FredMJG/Instagram
Non-fiction diary de Jung Yoon-suk_2013

Chronique à lire ici.

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Jung Yoon-suk, réalisateur du documentaire Non fiction diary © FredMJG/Instagram
Jung Yoon-suk, réalisateur du documentaire Non-fiction diary © FredMJG/Instagram

J’ai un peu honte parce que plus on me pose ce genre de questions et plus je suis amené à critiquer le gouvernement. Jung Yoon-suk © Traduction : Kim Yejin

Le réalisateur, en fin de projection, vint répondre à quelques questions du public.

Sur la genèse du film : Le film a pris 5 ans. Environ 3 ans d’enquête et pour trouver des fonds. Le tournage a duré 6 mois, ce qui est relativement court mais le montage a duré un an et demi.

Sur le titre du film (« Documentaire ») : Le réalisateur trouve lui aussi qu’il s’agit d’un titre « étrange » et n’y voit pas de signification particulière. Certains spectateurs lui ont affirmé qu’il aurait du choisir un titre plus commercial comme « l’affaire des crimes de Chijon » pour assurer le succès du film mais il considère Non fiction diary comme une sorte d’essai, soit une œuvre de réflexion portant sur les années 90.

Sur la réception du film — très critique envers le gouvernement des années 90 — en Corée : Cf. citation ci-dessus, énoncée d’un air fichtrement navré (Il joue très bien la comédie. NDLR). Réception très controversée, qui a divisé le public, la moitié des spectateurs affirmant ne pas comprendre de quoi le film leur parlait, l’autre estimant qu’il s’agissait là d’une œuvre profonde. Quant à la presse, elle a automatiquement fait un parallèle avec la catastrophe du Sewol, le ferry ayant coulé en avril dernier, constatant qu’en 20 ans, rien n’avait décidément changé (l’enquête préliminaire a démontré que les normes de sécurité n’avait pas été respectées). Il estime que la société coréenne est toujours sous haute tension, préfère ignorer ce qui lui déplait et n’est donc guère encline à subir un stress supplémentaire dans les salles de cinéma. Il va donc essayer de la ménager pour son prochain film.

Sur le pourquoi du documentaire et non pas la fiction comme ses confrères Bong Joon-Ho (Memories of murder) ou Park Park Chan-wook qui se sont inspirés de « faits divers sordides » (je cite) : Parce que le non fictionnel est toujours plus fort que la fiction, et que l’on est obligé de faire face à la réalité. Sans compter que dans l’imaginaire des gens, la fiction nourrit mieux son réalisateur que le documentaire. Affirmant pince-sans-rire avoir choisi cette voix car les documentaristes sont considérés comme plus intelligents, profonds et activistes que le commun des réalisateurs, il tint à préciser que dans le traitement de la violence si présente dans le cinéma coréen, la fiction permet aux spectateurs de vivre une expérience alors que dans le documentaire, elle a valeur de souvenir, et par là, bien plus de force.

Sur le degré de difficultés rencontrées pour produire un sujet controversé : D’être confronté durant les trois ans de son enquête au souvenir de toutes les victimes innocentes mortes sous les coups du Clan Chijon ou dans l’effondrement du centre commercial Sampoong l’ayant profondément affecté, Jung Yoon-suk estime que la question posée est tout à fait secondaire au regard des interrogations qu’engendrent le film sur la nature humaine. (De l’art et la manière d’esquiver les questions. NDLR)

Sur la dernière scène du film : Jung Yoon-suk reproche essentiellement à la société coréenne, lorsque des crimes épouvantables sont perpétrés, de parler d’éthique ou de morale et de minimiser ce qui a pu les provoquer, comme s’il s’agissait d’une maladie qui n’engage que la responsabilité d’un seul individu. Il lui a paru nécessaire de provoquer un peu le système coréen qui engendre des drames sans en analyser les origines, ni reconnaître une possible implication. Non fiction diary est donc pour lui une « comédie noire », un « pied-de-nez » au système.

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Kim Yun-seok, invité d'honneur du FFCP 2014 © FredMJG/Instagram
Kim Yun-seok, invité d’honneur du FFCP 2014 © FredMJG/Instagram

Pour me remettre, je décidais donc d’aller revoir un film de fiction d’une violence extrême.

Kim Yun-seok vint présenter rapidement le film projeté dans le cadre du Focus qui lui est consacré cette année. Nous avons eu droit au détail de son menu du midi, généreusement arrosé, et à l’annonce de futures festivités sur un bateau-mouche où le vin promettait de couler également à flot.

Agapes mises à part, concernant Monster boy: Hwayi, après avoir affirmé qu’il s’agissait de son film le plus fort présenté cette année au FFCP, il rendit hommage au réalisateur, Jang Joon-hwan, auteur d’un unique film — Save the geen planet — qui date de dix ans et dont il apprécie beaucoup l’univers. Invitant à l’identification du spectateur, quelle que soit son origine. En quelques mots,

C’est l’histoire de deux générations, d’un père et d’un fils, du complexe d’Œdipe également, mais ce n’est surtout pas un film où vous allez vous prendre la tête comme la plupart des films français (rire tonitruant)…  il y a beaucoup de scènes d’action, vous allez beaucoup aimer le film et après en rentrant chez vous, je pense que vous allez aussi réfléchir aux messages qu’il y a dedans. Kim Yun-seok © Traduction : Kim Yejin

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© FredMJG/Instagram
© FredMJG/Instagram
Monster Boy: Hwayi/Hwayi: Gwimuleul samkin ahyi de Jang Joon-hwan_2014

avec Yeo Jin-goo, Kim Yoon-seok, Jo Jin-woong et Jang Hyun-sung

Chronique à lire ici.

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Un tantinet épuisée, je fais l’impasse sur une seconde vision de Haemoo. Je ne profiterai donc pas de la session Q&A avec Shim Sung-bo et Kim Yun-seok (néanmoins visible ici). La file d’attente est longue, très longue. Et j’ouïrai dans les jours qui viennent qu’il y a eu une heure de piétinements de plus, retard dû à l’intransigeance du réalisateur désireux d’offrir une copie parfaite aux spectateurs. On est perfectionniste ou on ne l’est pas.

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© FredMJG/Instagram
© FredMJG/Instagram

A consulter :
Le site du Festival
La page Facebook du Festival et celle de Cinéma Coréen où ont été publiées au fil des jours photos et vidéos

Si vous avez raté le début :

 

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