NON-FICTION DIARY de Jung Yoon-suk [FFCP 2014]

Selon que vous serez puissant ou misérable (air connu).

Premier long métrage de Jung Yoon-suk, Non fiction diary est un documentaire fascinant qui mériterait une seconde vision tant il est dense pour qui n’est pas trop versé dans l’histoire de la Corée. On peut même regretter, au vu de sa richesse et des multiples questions qu’il soulève, qu’il ne fasse que 90 minutes.

S’interrogeant activement sur le devenir de la démocratie en Corée du Sud et sur les bienfaits du capitalisme, le réalisateur s’est attaché à évoquer plusieurs faits divers qui ont défrayés la chronique à l’orée du XXIe siècle, évoquant l’héritage de la violence de par l’histoire mouvementée (euphémisme) du pays et sa place prépondérante dans la société coréenne actuelle.

Au menu, injustice sociale, illuminés nihilistes et corruptions affairistes.

1988 signe la chute du président Chun Doo-hwan et la fin de la dictature. S’ensuivent dans une société bouleversée un envol de l’économie — bientôt sanctionné par une crise sans précédent — et une industrialisation outrancière.

En 1994, les 7 membres du Clan Chijon (ou « gangsters suprêmes »), un groupe de jeunes gens issus d’une région campagnarde parmi les plus pauvres et les plus éprouvées par la guerre, ayant hurlé sa haine de la société consumériste et n’éprouvant aucun remord si ce n’est celui de ne « pas avoir assassiné plus de gosses de riches » sont condamnés à mort pour le kidnapping suivi de tortures et d’assassinats de cinq personnes. L’un d’entre eux avouera même s’être livré à des actes de cannibalisme. L’enquête qui sera menée prouvera notamment que leurs infortunées victimes n’appartenaient guère aux classes les plus aisées du pays.

Les images d’archive sont proprement hallucinantes, tant par les fanfaronnades du leader et de son groupe de déséquilibrés que par l’attitude des journalistes attirés par l’odeur du sang, prêts à se foutre sur la tronche pour obtenir un meilleur angle. Cette histoire est du nanan, la première à faire les choux gras d’une presse à sensation. Les criminels, convertis au christianisme lors de leur séjour en prison, n’échapperont pas à la vindicte populaire et seront jugés en un tour de main et condamnés à mort. Sans possibilité d’appel. La Corée, à l’aube d’une nouvelle ère, est soucieuse de se débarrasser de ses scories et ne peut regarder en face les monstres que son passé tumultueux a engendrés.

La même année, le pont Seongsu s’écroule, suite à un défaut de fabrication et fait quelques dizaines de victimes. En 1995, c’est au tour du centre commercial Sampoong de s’effondrer à Séoul et de traumatiser tout un pays par le nombre de disparus (plus de 500) et de blessés (près d’un millier). Bien que des preuves tangibles aient été apportées sur la responsabilité pleine et entière des propriétaires, impliqués avec de hauts dignitaires dans des affaires de corruption, les auteurs du sinistre ne seront condamnés qu’à des peines de prison.

Le point commun entre ces événements ? le policier qui a procédé à l’arrestation du clan et qui a mené les investigations sur la catastrophe du Sampoong. Qui redit l’horreur dont il a été témoin — la découverte des restes macabres des victimes des serial killers et le désespoir des familles des disparus du Sampoong venues en nombre rechercher les morceaux de leurs proches dans un décor apocalyptique — et son incompréhension sur la partialité des tribunaux et du pouvoir face à deux formes de criminalité. La mort pour les nihilistes, l’emprisonnement pour les mercantiles. Sans oublier la relaxe pour l’ancien dictateur Chun Doo-hwan, condamné à mort en première instance, puis gracié pour cause de « réconciliation ». Une logique du pardon pour le moins perverse.

Non fiction diary sonde intelligemment le pouvoir et la psyché coréenne, le sens du remords et de la responsabilité collective. Tout en posant les bases qui doivent présider à l’avènement de toute démocratie qui se respecte, l’équité pour tous et, par là en filigrane, l’abolition de la peine de mort.

Non fiction diary/Non-pik-syeon da-i-eo-li de Jung Yoon-suk_2013

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