Festival du Cinéma Brésilien de Paris [4/04/2014 — Journal de bord 3] : Luiz Bolognesi, Roberto Farias & Bruno Barreto

© DR/JANGADA/FCBP
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De l’animation, de la torture et du fol amour au temps des dictatures.

Journée chargée. Le festival propose aujourd’hui le Cristal du long métrage au Festival d’Annecy 2013, un drame politique signé Roberto Farias alors que la dictature sévit encore dans le pays et deux films en compétition pour le Prix du Public : Fleurs rares de Bruno Barreto, dont personne n’a oublié l’exubérant Dona Flor et ses deux maris, qui arrive auréolé de nombreux prix glanés dans divers festivals de films gays et lesbiens américains et De menor, un drame social de Caru Alves de Souza, meilleur long métrage de fiction au Festival international du film de Rio 2013. Sur lequel je vais devoir faire l’impasse pour cause de fatigue oculaire.

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Rio 2096 : Une histoire d’amour et de furie/Uma historia de amor e furia de Luiz Bolognesi_2013

avec les voix de Selton Mello, Camila Pitanga et Rodrigo Santoro

Et que triomphe la liberté ! Vaste programme que nous propose ce beau film d’animation, soit nous conter en moins d’une heure trente, 600 ans de luttes pour la reconquête de la liberté par notre héros, guerrier d’Amazonie d’origine tupi, qui découvre opportunément peu avant l’invasion du Brésil par les portugais qu’il est immortel et peut échapper quand il le souhaite à un sort funeste sous la forme d’un immense oiseau.
Il traverse ainsi les âges et devient le témoin privilégié de quatre périodes troublées de l’histoire brésilienne : la colonisation, l’esclavage, la dictature militaire et — le réalisateur ayant anticipé une future guerre de l’eau — l’an 2096 sur lequel s’achève le film. Mais ce qui intéresse avant tout Luis Bolognesi est l’amour inconditionnel que voue le héros/narrateur à Janaína, superbe créature indomptable qu’il perd et retrouve à chaque étape importante de sa vie, jamais tout à fait la même, ni tout à fait une autre. Néanmoins toujours ignorante de la malédiction qui frappe son bien-aimé, condamné par les dieux à perdre régulièrement la femme dont il est épris. Quoiqu’il leur en coûte, nos deux amoureux se retrouvent toujours du côté des plus faibles, en éternel conflit contre l’oppression, d’où qu’elle surgisse.

Si Janaína ressemble lors de la première partie à s’y méprendre à Pocahontas (mais, du génocide des indigènes aux exactions commises par les esclavagistes, viol d’enfants compris, le traitement du film n’aurait guère été approuvé par l’oncle Disney), le souffle de l’épopée qui parcourt ce dessin animé nous emporte aisément au gré des combats incessants pour qu’enfin règnent sur le pays justice, égalité et tolérance. Un beau projet auquel on ne peut qu’adhérer.

Pour en savoir plus : La fiche du film

Un petit café, et je retourne fêter Pelé et les autres, arbres magiques camouflant une forêt emplie d’injustice et de terreur.

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© DR/JANGADA/FCBP
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Allez Brésil !/Pra frente, Brasil! de Roberto Farias_1982

avec Reginaldo Faria, Antônio Fagundes, Natália do Vale, Elizabeth Savalla et Carlos Zara

Déjà mort. On pourrait dire d’Allez Brésil ! qu’il est le versant « adulte » de l’histoire vécue par Mauro, le jeune héros dont les parents sont « partis en vacances ».
Tandis que les cœurs des brésiliens battent au rythme des buts marqués par Pelé et Jairzinho lors de la coupe du monde de football de 1970, le régime cherche à annihiler toute résistance. Un simple taxi partagé en toute innocence, et c’est le début du cauchemar pour Jofre, un citoyen lambda qui « ne fait pas de politique ».
Agents de la répression gouvernementale et tortionnaires en tous genres vont se charger de lui rappeler qu’il est impossible de fermer les yeux lorsque l’on vit sous un régime inique et qu’il faut bien, un jour, prendre parti.
Venant à son corps défendant grossir la liste des « disparus », recherché par son épouse et son frère, Miguel, tombeur de ces dames qui apprend pour l’occasion que sa dernière conquête est une militante pur jus, Jofre va connaitre la torture — notamment l’infamante Pau de arara, filmée frontalement par Roberto Farias qui établit sans détour la présence d’étrangers parmi les bourreaux —, d’autant plus cruelle à ses yeux qu’il n’a eu que le tort de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Mais l’innocence n’existe pas pour ses accusateurs. Jofre est coupable d’avoir parlé à un opposant politique, future victime d’un assassinat ciblé. Coupable de vivre tranquillement sa vie tandis que l’on supplicie près de chez lui. Coupable de travailler pour une entreprise cultivant des liens étroits avec un régime arbitraire.
Tout en s’attachant au martyr de l’infortuné Jofre dont le meurtre est déjà prévu, les bourreaux n’aimant guère laisser de témoins derrière eux, le réalisateur n’en oublie pas de poser quelques questions essentielles. Où commence la collaboration ? Quand on dénonce un voisin, un collègue ? Ou dès lors que l’on ne prend pas les armes contre un gouvernement illégitime en se taxant d’ « apolitique » ?
Ainsi, la jeune activiste qui partage sa couche va-t-elle reprocher à Miguel de s’être endormi, bercé par son égoïsme et le consumérisme dans lequel se vautrent à l’époque les classes moyennes tandis que l’on assassine impunément et que l’on musèle les étudiants.
S’achevant sur un hallucinant règlement de comptes digne d’un western , Allez Brésil ! peut paraître extrêmement daté quant au jeu des acteurs, notamment celui de Natália do Vale, digne héroïne de telenovelas et l’on peut regretter que le réalisateur n’ait pas résisté à la manie des ralentis très prisés dans les années 80, coquetterie de style qui flingue toute émotion [et peut même provoquer quelques fous rires nerveux chez les spectateurs trop émotifs].
Mais il faut nonobstant saluer le courage de l’équipe d’avoir participer à un film qui a le mérite d’accuser un gouvernement toujours en place d’avoir fait son nid dans la terreur et de s’interroger aussi justement et sans complexe sur la responsabilité collective.

Pour en savoir plus : La fiche du film

Bien que n’appréciant guère les biopics, je décide de m’empiffrer de petites douceurs et de les digérer tranquillement devant les amours de Gloria, Tracy et Miranda, les Fleurs rares de Bruno Barreto, nimbées d’une excellente réputation.

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Fleurs rares/Flores raras de Bruno Barreto_2013

avec Glória Pires, Miranda Otto, Tracy Middendorf, Marcello Airoldi et Treat Williams

Passion fatale. Le délicat Fleurs rares narre le coup de foudre intellectuel puis la relation charnelle qui unit pendant près de quinze ans la poétesse Elizabeth Bishop, bostonienne un tantinet coincée et parfaitement alcoolique (qui remporta le Pulitzer en 1956) à l’architecte égocentrique et forte en gueule Lota de Macedo Soares (qui dessina notamment le parc Flamengo) avant que la jalousie, les disputes, puis les compromissions politiques de Lota n’abiment définitivement leurs relations. C’est pourtant chez Elizabeth que Lota, dépressive, choisit de se suicider en 1967.
Le film, remarquablement interprété, notamment par Miranda Otto constamment sur le fil du rasoir, est élégant et raffiné comme ses héroïnes — et soyons honnêtes, les deux actrices sont des bombasses comparées à leurs modèles —, mais manque singulièrement de chair. Il est pourtant heureux que le réalisateur évite avec subtilité le crêpage de chignons attendu, préférant épingler la cruauté des rapports qu’entretiennent Elizabeth et Lota avec Mary la masochiste — amie de l’une, amante cocufiée de l’autre — qui n’a manifestement pas d’autre talent pour survivre auprès de ces monstres sacrés que celui d’aimer sans concession et de haïr en toute discrétion, réussissant le tour de se faire offrir un enfant (Littéralement, oui. Il est assez difficile d’aimer les héroïnes de Fleurs rares, tant leurs personnalités sont bien peu aimables et leurs actes, souvent répréhensibles, mus par un égoïsme forcené) par sa maitresse brésilienne en « échange » de sa liberté sexuelle.
La quête perpétuelle d’inspiration qui meut les deux amantes, amoureuses avant tout de leur art plus que d’elles-mêmes, bouleverse radicalement les rapports qu’elle entretiennent avec le commun des mortels.
Si Fleurs rares énonce clairement que pour tout créateur, l’art passe avant toute chose, il parait également évident qu’au Brésil dans les années 50, on pardonnait aisément le saphisme lorsqu’il était pratiqué par des filles de familles fortunées, dotées qui plus est d’une intelligence au-dessus de la moyenne et d’un talent exceptionnel.
Bruno Baretto s’appesantit peu sur les scènes charnelles, toutes en sophistication, préférant composer des plans d’une remarquable beauté, qui finissent par nous donner la sensation que l’on tourne les pages d’un magnifique livre d’images, toujours plus splendides, qui flattent le regard mais oublient l’âme. Le film est racé certes, mais nous laisse sur notre faim comme si le réalisateur, plutôt que d’épouser la flamme chaleureuse qui anime Lota, s’était insidieusement laissé gagner par l’attitude guindée dont ne se départit jamais Elizabeth, même au plus fort de la passion.
Sans compter que Fleurs rares a le défaut inhérent à tout biopic, celui de dévider consciencieusement les faits du calendrier au lieu d’envoyer paître les détails et de réécrire les vies en leur insufflant l’énergie de héros purement cinématographiques. Fleurs rares est donc un film brillant mais néanmoins trop sage.

Pour en savoir plus : La fiche du film

Fatalitas ! Mon œil gauche m’ayant lâchement abandonné depuis une bonne heure — en vérité, d’avoir revu Treat Williams qui a bien épaissi depuis Le prince de New York/Prince of the city de Sidney Lumet et m’être souvenu que le film datait du début des années 80 m’a refilé comme un méchant coup de vieux —, je rentre me reposer pour tenter le grand chelem, soit 3 documentaires + deux films prévus pour le samedi.

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Festival_LArlequin

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