Festival du Cinéma Brésilien de Paris [3/04/2014 — Journal de bord 2] : Cao Hamburger, Heitor Dhalia & Bernard Attal

© DR/JANGADA/FCBP
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Ballon rond, fièvre de l’or et deuil impossible.

Je retrouve la belle salle de L’Arlequin pour une (excellente) journée fictions. Un petit café entre chaque film et je résiste fermement à la tentation de goûter aux petites douceurs brésiliennes proposées au bar…

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© Haut et Court
© Haut et Court

L’année où mes parents sont partis en vacances/O ano em que meus pais saíram de férias de Cao Hamburger_2006

avec Michael Joelsas, Germano Haiut, Daniela Piepszyk, Simone Spoladore et Caio Blat

La solitude du gardien de but au moment du penalty. Alors que la coupe du monde de football de 1970 suspend quasiment le temps et de là, la rotation de la terre, le régime militaire brésilien en profite pour se durcir sournoisement.
Pressentant que l’étau va se resserrer autour des militants, les parents du jeune Mauro (Etonnant Michel Joelsas), fan hardcore du ballon rond, ne voient d’autre solution que de le confier à son grand-père pendant qu’ils iront se mettre au vert. Patatras ! Le vieux Motel décède impromptu et c’est Shlomo, son voisin, ami et pilier de la communauté juive de Sao Paulo qui récupère le garnement. Sauvage, capricieux et de surcroît — Enfer et damnation éternelle ! — définitivement goy. L’hilarité nous gagne lorsque le vieil homme, effaré, découvre ce menu détail.
Tandis que le roi Pelé et ses collègues tiennent le pays en haleine, Mauro va vivre sans le savoir les derniers vrais instants d’un bonheur insouciant, comptant déjà indirectement parmi les « victimes » de la répression.
Sorti en France en 2007, L’année où mes parents sont partis en vacances a multiplié depuis les prix et récompenses, et ce, pour d’évidentes raisons. Inspiré des souvenirs d’enfance du réalisateur et de son équipe, ce film intimiste et tendre mêle adroitement la ferveur de tout un pays suspendu aux pieds magiques de ses idoles footbalistiques à la terreur rampante de l’oppression qui s’épanouit en coulisses.
Si les (més)aventures de Mauro ont malheureusement un goût amer de déjà-vu, Cao Hamburger a préféré se soucier, plus que des drames, de cette parenthèse malgré tout enchantée où les adolescents deviennent adultes, tombent amoureux pour la première fois, s’ouvrent au monde et à la tolérance. Nul doute que la partie la plus intéressante de l’histoire survient là où le film s’achève. Quand les pères sont si en retard qu’ils en oublient de rentrer de vacances. Epilogue déchirant quoiqu’étrangement tranquille.
Le film de Cao Hamburger demeure nonobstant un sain témoignage de ce que vivent les enfants emportés dans la tourmente des dictatures (On peut également se reporter, sur un mode plus inquiétant, à l’argentin Enfance clandestine de Benjamin Ávila présenté à la Quinzaine des Réalisateurs 2012). Sous des couleurs vives et charnelles, avec douceur certes, mais les plaies à vif.

Pour en savoir plus : La fiche du film

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© DR/JANGADA/FCBP
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Serra Pelada de Heitor Dhalia_2013

avec Juliano Cazarré, Júlio Andrade, Matheus Nachtergaele, Sophie Charlotte, Wagner Moura et Daniel de Oliveira

Les rapaces. Comme un avant goût de l’enfer, c’est ainsi que se présente Serra Pelada la plus grande mine à ciel ouvert creusée en pleine Amazonie — par ailleurs immortalisée en 1986 par Sebastião Salgado — où ont atterri Juliano et Joaquim, les deux meilleurs amis du monde, pour y faire fortune. L’un par pur goût de l’aventure et parce qu’il n’a rien à perdre, l’autre parce qu’il veut offrir une vie décente à l’enfant que porte sa compagne.
Bercés d’illusions qui s’évanouissent peu à peu dans la fourmilière humaine dans laquelle ils se dissolvent, Juliano et Joaquim font immédiatement corps contre des conditions de travail déplorables et la violence qui sous-tend les rapports entre les différentes factions en présence. Néanmoins la rapacité naturelle de l’homme, l’épuisement et la fièvre de l’or — à partir de quel chiffre estime-t-on être riche ? — vont mettre à mal leur amitié. Juliano, le cynique, prend conscience après un premier meurtre qu’il a toujours rêvé d’être un gangster et qu’il suffit de prendre ce que l’on désire (le pouvoir et les femmes des autres) ; Joaquim, le pied tendre, va, sous les coups du sort et les manipulations, lentement oublier ses principes et son humanité.
Après le misérable Disparue/Gone_2012 tourné aux Etats Unis, Heitor Dhalia est de retour aux affaires dans son pays d’origine. Et ce, pour le meilleur. Car si le scénario accumule dans un décor grandiose et brutal toutes les « scènes à faire », l’originalité du cadre, la nervosité de la mise en scène, l’ambiance constamment électrique et d’excellents acteurs font de Serra Pelada un thriller de haute tenue qui sent bon la testostérone, même si l’on peut regretter, mais ainsi va la vie, que le rôle des femmes y soit encore réduit à la portion congrue ; maman ou putain semblent bien être les deux seules fonctions que le pays a à leur proposer.
A noter également la prestation hallucinante de Wagner Moura, jouant avec gourmandise un assassin onctueux et imprévisible, plus létal qu’un serpent à sonnettes et dont chaque apparition nous colle foutrement les jetons.
Espérons donc que cette épopée vers l’or trouve rapidement un distributeur.

Pour en savoir plus : La fiche du film

Un petit café bien serré et ça repart. Je suis fin prête pour le 3e film présenté en compétition dont le réalisateur, Bernard Attal, est un français « exilé » au Brésil depuis quinze ans. Présent à la projection du film, il reviendra volontiers répondre à quelques questions.

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© DR/JANGADA/FCBP
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La collection invisible/A coleção invisível de Bernard Attal_2012

avec Vladimir Brichta, Walmor Chagas, Ludmila Rosa, Clarisse Abujamra, Conceição Senna et Frank Menezes

La mémoire endeuillée. Inspiré de la nouvelle éponyme de Stefan Zweig, La collection invisible de Bernard Attal a su frapper le public au cœur. Beto (le fort charmant Vladimir Brichta), jeune homme insouciant et quelque peu velléitaire, frappé par un méchant coup du sort, part sur les routes du Brésil à la recherche d’une collection de dessins rares dont l’acquisition pourrait sauver le magasin d’antiquités familial.
Ce voyage impromptu dans le sud du pays lui permet d’échapper tout à la fois à une mère dépressive et à une existence frivole mise à mal par le destin.
Arrivé dans des plantations de cacaoyers minées par un virus au nom étrange — le « balai de sorcière » — et ressemblant à s’y méprendre à des villes fantômes, Beto va devoir affronter les deux femmes qui veillent sur Samir*, le propriétaire des lieux, grand collectionneur devenu aveugle et totalement ignorant de la triste réalité.
Que l’on ait lu ou pas la nouvelle de Zweig importe peu, tant la violence avec laquelle les demandes d’entrevue de Beto sont refusées laisse entrevoir l’éprouvant secret qui va être révélé à l’impertinent tandis qu’il prendra de son côté conscience, auprès des villageois qu’il côtoie, de l’inanité de sa vie.
La collection invisible touche profondément les sens de par l’universalité de son thème, le travail de la mémoire et du deuil — des parents, de la jeunesse, voire des objets qui ne finissent par nous appartenir tout entiers par la grâce du souvenir que lorsque nous les avons définitivement perdus —.
Néanmoins, il faut également rendre justice au réalisateur Bernard Attal, dont c’est le premier film de fiction, de nous faire découvrir une magnifique contrée peu exploitée par le cinéma et surtout, d’avoir adapté avec intelligence, délicatesse et sensibilité un des plus beaux textes de Stefan Zweig.
* Walmor Chagas, légende de la télévision brésilienne, célèbre dans nos contrées pour être tombé amoureux de l’esclave interprétée par Zezé Motta dans Xica da Silva de Carlos Diegues_1976 et qui, apparemment, se serait supprimé d’une balle dans la tête en janvier 2013.

Pour en savoir plus : La fiche du film

Ce film est une réussite discrète dont je prévois le triomphe des urnes par le nombre de questions posées au réalisateur par un public enthousiaste. La preuve, ci-dessous…

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La plus amusante étant le cri du cœur d’un spectateur ébloui lui demandant instamment de venir tourner des films en France (!). Bernard Attal va adroitement contourner l’épineuse suggestion en ré-insistant sur le fait qu’il vit depuis plus de quinze ans au Brésil et qu’ayant épousé une fille du pays, il lui appartient désormais, tout en précisant y avoir trouvé une tolérance — ayant débuté au cinéma sur le tard — et une liberté qui lui auraient sans nul doute fait défaut dans notre pays. Sans compter qu’il voulait « exploiter » le drame vécu par les planteurs à la fin des années 80, toile de fond idéale de cette collection n’existant plus que dans la mémoire de son propriétaire, tout autant incapable de la dévorer des yeux que de prendre conscience de la désolation du paysage au milieu duquel il survit, entouré de l’amour de ses proches.

J’échappe à la sortie à un charmant jeune homme qui tient à filmer à vif les réactions des spectateurs. Mais le film a touché bien trop de cordes sensibles et je ne veux qu’une chose, retrouver vite la tiédeur de mon lit. Il n’y a rien à regretter, je n’impressionne guère la pellicule.

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Festival_LArlequin

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