FEMALE YAKUZA TALE : TORTURE & INQUISITION de Teruo Ishii

Razzia sur la chnouf.

Second épisode* des aventures d’Ocho, la joueuse/bretteuse/voleuse de haut vol toujours incarnée par Reiko Ike, Female yakuza tale: Torture & Inquisition a été réalisé dans la foulée de Sex & Fury sous la houlette d’un autre réalisateur, Teruo Ishii, autrement plus frappadingue que son auguste collègue, Noribumi Suzuki.

Teruo Ishii, maître de l‘ero-guro, est notamment responsable d’une série de films édités en France sous le titre générique de Femmes criminelles, sexe et châtiment au Japon ** — dont les seuls titres : Vierges pour le shogun, L’enfer des tortures, Orgies sadiques de l’ère Edo ou encore Déviances et passion peuvent en faire rêver plus d’un —, et d’une excellente adaptation d’Edogawa Rampo, Horrors of malformed men***.

Nonobstant, contrairement aux films précités, ce Female yakuza tale verse bien plus dans le burlesque, voire le grotesque achevé, que dans la perversité ; il devient vite évident que le fameux « Torture & Inquisition » n’est que trouvaille de producteurs en mal de publicité même si le spectateur trouve son compte de nudité et de violence inhérentes au pinku.

Néanmoins, tout comme dans Sex & Fury, Torture & Inquisition débute et se clôt par deux combats d’importance remarquablement chorégraphiés. Dès le pré-générique, nous retrouvons — sous une pluie torrentielle — notre Ocho prise à partie par une bande d’affreux qu’elle va se faire un devoir d’éliminer et ce, tout en se débarrassant peu à peu de ses oripeaux car il est bien connu qu’une femme se bat mieux lorsque ses gestes ne sont entravés par aucun chiffon. Sans oublier que son impudente beauté lui permet de distraire momentanément ses assaillants aux fins de les crever plus aisément.

Les présentations étant faites, l’aventure peut commencer. Le scénario de Torture & Inquisition, variation sur un trafic de came, se révèle fort alambiqué du fait de la démultiplication des protagonistes.

Ocho débarque en pleine guerre de succession d’un clan yakuza et, prise à tort pour une mule, est derechef enlevée, ligotée, légèrement torturée et franchement humiliée avant d’être abandonnée près du corps mutilé d’une inconnue.

Sauvée in extremis par Juoji, un yakuza freelance (Makoto Ashikawa), des griffes de la police qui la tient pour le fameux « dépeceur de minous » qui fait des ravages parmi la gente féminine, Ocho découvre que le chef du clan auquel elle doit sa brillante carrière a été assassiné, et ce, vraisemblablement par le même gros fourbe qui a envoyé le naïf Juoji en prison. Une espèce de crapaud adipeux avec lequel elle va momentanément s’associer et s’envoyer en l’air dans une scène hilarante, la gredine — qui étrangement ici cause souvent en aparté — affirmant sans honte qu’elle simule à mort pendant que l’avorton s’excite, puis le rendant fou par d’insoutenables chatouilles tandis que le reste du clan, sis dans une pièce avoisinante, mate le spectacle d’ombres chinoises.

Dans le même temps, Juoji, à la recherche de la fille de son ancien boss, croise la route de la mystérieuse pince-sans-rire Yoshimi of Christ — Arumi Kuri, déguisée en Meiko Kaji époque La femme Scorpion — ainsi surnommée car elle prie pour ceux qu’elle va flinguer (rions un peu).

Quelques ellipses dans la narration nous font regretter que certains personnages ne soient pas plus développés (notamment ceux de Yoshimi et de la jeune héritière du clan qui disparaît sans autre forme de procès dans la folie expressionniste de l’asile de dingos où elle est enfermée) mais l’important pour Ishii le paillard n’est pas là. De même qu’il se fiche comme de son dernier tatami de l’époque à laquelle sont censés se dérouler les événements. Son Inquisition & torture tient plus de l’enquête policière — les ruelles crasseuses du Tokyo populaire du début du XXe siècle sont remarquablement exploitées par une mise en scène favorisant le voyeurisme à outrance — que du chanbara ou du film de yakuza.

Tout à son ode au sexe féminin, le réalisateur préfère balancer impromptu des blagues obscènes (la femme d’un perdant obligé de sacrifier un doigt demandera comme un service personnel à Ocho de bien vouloir épargner le majeur de son mari, bien utile parfois pour les épouses insatisfaites) et jouer avec la censure. Ainsi les prostituées exploitées doivent-elles servir de repos du guerrier à un trio d’insatiables malandrins qui les tiennent sous leur coupe, travailler l’élasticité de leur intimité (des godemichets de taille invraisemblable traînent nonchalamment dans le refuge des trafiquants), ou écarter perpétuellement les jambes pour qu’on y enfourne ou en retire la poudre délictieuse. En lieu et place d’inquisition, il serait donc plus honnête de causer ici de perquisition, voire de profanation.

Car au plus fort de l’homérique bataille finale**** qui va voir s’affronter dans un décor surréaliste tous les protagonistes du film, le plus libidineux des malfaisants se fera non seulement émasculer mais également généreusement pisser dessus par d’accortes jeunes meurtrières, alors qu’il est déjà bien trop mort pour y prendre encore quelque plaisir.

Résolument féministe, Inquisition & Torture fait la part belle aux courages des femmes tandis que les hommes sont, au mieux un tantinet ridicule (Juoji avec son sens de l’honneur d’un autre temps et ses cinq années passées derrière les barreaux n’en peut mais d’être perpétuellement entouré de femelles déchaînées qui passent le plus clair de leur temps à se déshabiller sans vergogne devant lui), au pire des vermines (tout le reste du casting masculin).

Et bêtes avec ça. Vu qu’à la faveur d’un retournement de situation, ces crétins ne trouvent rien de mieux, pour assurer leur pouvoir sur ces empêcheuses de trafiquer en rond, de leur ordonner de se mettre à oilpé en se postant si possible de trois-quarts pour éviter d’exposer leurs toisons (rions toujours). Cette supposée humiliation ne rend ces dames que plus létales. Nous assistons alors à un festival de membres tranchés et de corps ravagés où tout, voire n’importe quoi peut servir d’arme (dans la mesure où l’on a vu auparavant ce brave Juoji lancer des balles de revolver comme autant de poignards, plus rien ne peut nous surprendre). L’une des guerrières s’est entre autres munie d’impressionnantes griffes — celles-là même qu’utilisait la vénéneuse Carrie Ng dans Les nuits rouges du Bourreau de Jade de Julien Carbon et Laurent Courtiaud — avec lesquelles elle s’enthousiasme à refaire une beauté à tous ceux qui passent à sa portée.

C’est absurde et foncièrement délirant. Lorsque les félons enfin expirent, on exulte.

Aussi, ne boudons pas notre plaisir devant cette pelloche non sensique ultra archétypale, saupoudrée d’un humour salace de fort mauvais aloi et qui bénéficie comme Sex & Fury d’une excellente bande son jazzy. Pour notre bonheur.

* Il est préférable de voir les deux films dans le bon ordre, ne serait-ce que pour saisir aisément les motivations de son héroïne.
** Sortis chez HK
*** Existe en NTSC
**** On sait Quentin Tarantino friand d’emprunts en tous genres. Il serait bien étrange que les nombreux combats des Female Yakuza tale n’aient pas quelque peu inspiré les échauffourées de Kill Bill.

A noter. Le DVD est disponible en version originale, sous-titres anglais, sans bonus conséquent.

© Toei Company

Female yakuza tale : Torture and Inquisition/Yasagure anego den : sôkatsu rinchi de Teruo Ishii_1973
avec Reiko Ike, Makoto Ashikawa, Arumi Kuri, Meika Seri, Jun Midorikawa et Emi Jo

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