THOR de Kenneth Branagh

đŸŽ¶ Si j’avais un marteauÂ đŸŽ¶ (air connu). Les forces (commerciales) de Marvel dĂ©ferlent sur le monde. AprĂšs Iron Man et avant que Captain America n’enfile ses collants et que The avengers ne nous rĂ©tament (tĂąchez de suivre, merci), voici le hĂ©ros du jour sur lequel il serait aisĂ© de lancer quelques jeux de mots t(h)ordants, mais nous nous abstiendrons.

Hors, ce brave Thor, du genre chevelu cĂ©leste, ne manque guĂšre d’humour dĂšs lors qu’il choit sur notre bonne vieille planĂšte.

Fils dodu d’Odin, guerrier indomptable au caractĂšre de dogue fonciĂšrement imbu de son auguste personne et du sang royal qui coule dans ses veines saillantes, le brutal, par arrogance — et idiotie congĂ©nitale sans nul doute — se bat avec les voisins, fiche le boxon dans le royaume, se fĂąche Ă  mort avec son papounet qui le bannit derechef en lui retirant tous ses super pouvoirs (concentrĂ©s en un si petit marteau que l’on se demande si le crĂ©ateur de ce super hĂ©ros ne l’était pas un peu), histoire de lui apprendre de quel bois on se chauffe dans la stratosphĂšre et qui c’est qui commande ici non mais qu’est-ce que c’est que ces maniĂšres de vouloir enterrer son vioque encore vert. En bref, y a du rififi dans la casbah du divin Odin.

Et tandis que le galopin est catapultĂ© sur terre et dĂ©gringole dans les bras de Natalie Portman — que ceux qui n’abandonneraient pas marteau (et faucille) pour une telle aubaine lĂšvent le doigt —, le vieil Odin a fort Ă  faire avec l’ambition de malfaisants aussi rĂ©frigĂ©rants que Mr Freeze, son chagrin de pĂšre blessĂ© et la perfidie de son second fils (Loki, jouĂ© par l’excellent Tom Hiddleston, orphelin adoptĂ©, aussi brun, laid, rachitique et sournois que Thor est blond, grand, fort et bĂȘte).

En attendant, pour Natalie la scientifique (dĂ©fense de rire) quelque peu affamĂ©e, un morceau de barbaque pareil ne se refuse pas, dans la mesure oĂč l’ingĂ©nu dadais, sous des dehors de culturiste ratiboisĂ© du bulbe, se rĂ©vĂšle finalement des plus Ă©moustillants. Preux guerrier un jour, homme d’honneur toujours.

Thor rĂ©ussira-t-il Ă  rĂ©cupĂ©rer son petit outil qui attire toutes les convoitises ? Echappera-t-il aux men in black prompts Ă  profiter de toute arme de destruction massive, fut-elle un dĂ©colorĂ© bodybuildĂ© ? Retrouvera-t-il l’estime paternelle et renverra-t-il tous les affreux dans leur igloo ? Retournera-t-il dans le royaume d’Asgard oĂč l’attend le trĂŽne ? Se dĂ©cidera-t-il enfin Ă  subir de bonne grĂące les derniers outrages Ă©perdument envisagĂ©s par la Portman ? Le suspense est Ă  son comble, pour peu que l’on joue le jeu et que l’on ferme les yeux sur la flopĂ©e de personnages unidimensionnels — par tous les Asgardiens et toutes les Asgardiennes ! Oser nous gĂącher ainsi Tadanobu Asano. Que l’on boute Kenneth Branagh hors du thĂ©Ăątre Ă©lisabĂ©thain cĂ©ans ! —, puisque comme dans toute franchise qui dĂ©marre, Thor nous inflige la prĂ©sentation des protagonistes qui reviendront nous hanter pour peu que leur premiĂšre aventure connaisse le succĂšs.

Le rĂ©alisateur est manifestement plus intĂ©ressĂ© par les accents shakespeariens du drame familial qui se noue Ă  Asgard — les scĂšnes sont d’ailleurs d’une thĂ©ĂątralitĂ© confondante et par Odin ! que les dĂ©cors sont d’un kitsch terrifiant — ou l’anecdotique comĂ©die romantique qui prend place au Nouveau Mexique que par l’envie folle de se plonger dans l’hĂ©roic fantasy, la castagne et les effets spĂ©ciaux.

Quant Ă  la 3D, quasi inexistante et rendant l’image terriblement sombre, elle ne sert encore ici qu’à flanquer une migraine carabinĂ©e.

La bonne nouvelle est que l’on se gausse souvent malgrĂ© tout, et ce, notamment grĂące au dĂ©sarmant Chris Hemsworth, montagne de muscles hypertrophiĂ©s, au physique tellement improbable qu’il en devient attirant (malgrĂ© une absence totale de regard Ă  la Richard Gere) et au jeu bien plus subtil que les ficelles d’un scĂ©nario plan-plan.

Natalie est charmante. Kat Dennings, sous-employĂ©e mais dĂ©licieuse, Stellan Skarsgard Ă©gal Ă  lui-mĂȘme, Idriss Elba diablement impressionnant et RenĂ© Russo passe comme une ombre.

Enfin, Anthony Hopkins s’est gentiment fait la tĂȘte de Laurence Olivier dans Le choc des titans* et se balade innocemment pendant tout le film avec un monocle d’or (Odin est borgne, tout un chacun aura notĂ© la subtilitĂ© psychologique de la dĂ©itĂ©) y compris quand il roupille dans les Ÿ de ses scĂšnes, puisqu’ayant sombrĂ© dans un coma mortel (c’est d’un pratique). C’est dire si, mis Ă  part sa grande gueulante cabotine de gĂ©niteur vĂ©nĂšre, notre brave Tony n’a guĂšre dĂ©laissĂ© sa fĂącheuse tendance Ă  se mĂ©nager sur ses vieux jours.

Et devinez un peu qui vient nous rendre une petite visite dans le but de nous donner envie de rĂ©server nos places pour Thor returns ? Avis Ă  la population qui l’ignore : cessez donc de vous lever de vos siĂšges dĂšs que dĂ©bute le gĂ©nĂ©rique de fin, nom d’un comic !

* Clash of the titans de Desmond Davies_1981

© Paramount Pictures France
© Paramount Pictures France

Thor de Kenneth Branagh_2011
avec Chris Hemsworth, Natalie Portman, Anthony Hopkins, Tom Hiddleston, Colm Feore, Idriss Elba, Ray Stevenson, Kat Dennings, Clark Gregg, René Russo et Tadanobu Asano