A MOST VIOLENT YEAR de J.C. Chandor

Plus féroce que les mâles.

Décidément, J.C. Chandor aime les hommes au bord de la crise de nerfs. Après les vapeurs ressenties par de cyniques traders à l’approche d’un crash boursier (Margin call_2011) et Robert Redfort face à lui-même et son créateur en plein océan (All is lost_2013), c’est au tour d’Abel Morales, un ambitieux immigré qui tente de bâtir un empire dans le business du pétrole à la seule force d’un honnête poignet, de voir ses rêves encore inassouvis être menacés par des forces obscures.

J.C. Chandor se réclame ouvertement de Sidney Lumet (Le Prince de New York/Prince of the City_1981 certes, mais plus subtilement Une étrangère parmi nous/A stranger among us_1992). Néanmoins, son film évoque aussi bien l’univers du Parrain/The Godfather_1972 de Francis Ford Coppola (ou comment scénariser les relations très tordues entre patrons de petites entreprises dépeintes comme autant de familles mafieuses) que celui des polars délétères de William Friedkin. Le réalisateur s’offre le luxe de nous offrir une poursuite folle qui s’achève sur un quai de métro, dont la chute, intense et ironique, restera dans les annales.

A most violent year, œuvre empreinte d’un climat étrange et insidieux, nous transporte au cœur de New York au siècle dernier en 1981 (année sinistrement réputée pour avoir été la plus violente en matière de criminalité et de corruption), en un rude hiver aussi rampant que les attaques sournoises qui prennent pour cible Abel, sa famille et ses employés. Tandis qu’Abel et sa splendide épouse à la morale plus qu’élastique — Jessica Chastain, en pépé du gangster un poil mal dégrossie et voluptueusement vulgaire est divine — s’offrent enfin la maison de leurs rêves (un cauchemar d’architecture) et viennent de signer un contrat juteux qui peut, d’un simple coup de dé, les porter au pinacle ou briser tous leurs espoirs, les trahisons et les coups bas s’accumulent, J.C. Chandor s’amusant à les tenir sous pression constante.

Entre jeux d’alliances pas très franches, liaisons dangereuses, commanditaires hypothétiques et businessmen aux desseins incertains, Abel Morales pourrait être l’héritier d’un certain Michael Corleone, fripouille ambitionnant en son temps réussite sociale et politique. S’il ne se défendait constamment de ne s’être jamais sali les mains.

Oscar Isaac, avec ses grands yeux noirs aussi innocents que ceux d’un chacal qui vient de naître, est remarquable et son jeu, délibérément opaque. Il nous est impossible, durant les 2 heures que durent le film qui nous engourdit posément tout en jouant avec nos nerfs, d’affirmer qu’il est l’homme le plus honnête — et par là, le plus naïf — qui ait jamais débarqué à New York ou a fortiori, le plus dangereux. Sa morale intransigeante face à une épouse vorace et un « consigliere » (Albert Brooks, aussi doux qu’inquiétant) enclins à le protéger des réalités du monde des affaires en se lavant les pognes et l’âme des quelques écarts de conduite dont ils se rendent coupables pour maintenir leur poulain au sommet, se révèle finalement bien plus létale. Délibérément reclus dans une tour d’ivoire où il s’illusionne et se gargarise des principes moraux qui le régissent, il n’est plus qu’une coque vide et déshumanisée.

Peinture d’une ville en proie à une sauvagerie sourde, A most violent year est en outre le portrait d’un couple, en apparence parfait — Le spectateur saisit très vite, lors d’une scène nocturne riche en rebondissements et absurdement drôle, qui y porte la culotte —, dont les jeux pervers évoquent tour à tour la passion amoureuse, le contrat affairiste et des sentiments exacerbés sur l’autel d’une doucereuse humiliation.

Si l’on peut regretter que certains seconds rôles manquent d’un peu de relief face au sulfureux duo Isaac/Chastain, A most violent year nous aspire subrepticement dans un univers déliquescent, parfois fort réjouissant (notamment lorsqu’Abel, chevalier blanc de la réussite à l’américaine, vient défier ses concurrents goguenards) et fait, malgré tout, la part belle aux dames.

Enlisé dans une langueur hivernale zébrée d’éclairs de violence sèche distillés avec intelligence et parcimonie, A most violent year de J.C. Chandor est un bel ouvrage passionnant pour débuter une cuvée 2015 qui s’annonce somptueuse. N’hésitez donc pas à passer les fêtes en compagnie d’un des couples les plus vipérins de l’année.

A noter que A most violent year de J.C. Chandor est distribué mercredi 31 décembre sur tous les écrans de France et de Navarre.

A most violent year de J.C. Chandor_2014
avec Oscar Isaac, Jessica Chastain, Albert Brooks, David Oyelowo, Alessandro Nivola et Catalina Sandino Moreno

*****

6 responses to A MOST VIOLENT YEAR de J.C. Chandor

  1. kiluc says:

    bien vu le sous-titre, oui moi-même je redoute toujours vos coups de griffes. Sinon excellent film , marrant j’ai vendu du fuel au bigophone durant deux ans, mais la concurrence était plus cool;o)

    • FredMJG says:

      Voyons voyons tu sais bien que toutes les filles n’ont pas la chance d’avoir un papa gangsta ! (ni d’être mariée à Oscar et d’avoir un décolleté pigeonnant). Ceci expliquant cela 🙂

  2. Lalalère says:

    My god qu’elle est badass la Chastain quand elle veut !!! Oscar il est toujours entre deux eaux …. mais je le préfère dans le Two faces à choisir.
    Au chaud m’attendent Ex Machina et Inside day Lewis …..

    • FredMJG says:

      Garde le Coen pour la fin vu que c’est le meilleur. Oscar qui cavale derrière un félin rouquin… Une certaine idée du bonheur
      És-machina C pas mal. Ç’aurait pu être meilleur et moins prévisible mais Oscar y est très rigolo

      • Lalalère says:

        Voui, comme l’impression qu’il est éclectique …… et ça j’aime, je n'(re)connais que ça d’ailleurs !
        Note les bombasses au passage : Chastain, Vikander, Dunst

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