L’Étrange Festival 2012, Ze end [Palmarès et autres joyeusetés]

© Régine Cirotteau

Résumé du jour 10.

Motor psycho/Le gang sauvage prend place, comme d’habitude chez Russ Meyer dans le Sud très profond, où un gang de motocyclistes désaxés — l’un a fait le Vietnam et voit des cocos partout — sèment la terreur sur leurs vélomoteurs (!) parmi des donzelles à gros seins qu’ils violentent joyeusement. Le mari de l’une d’elle — interprété par Alex Onnesesouvientjamaiscommentjemappelle Rocco aux inoubliables gros sourcils, vus notamment dans L’emprise/The entity de Sidney J. Furie_1982 — ne l’entend pas de la même oreille et poursuit les renégats jusque dans une réserve indienne — où il tombe sur Haji déguisée en française en route pour Hollywood. Sacré Russ !  L’accorte jeune dame au répondant aussi imposant que ses poumons affrontera l’année suivante Tura Satana dans le cultissime Faster, Pussycat! Kill! Kill!. Pelloche amusante gavée de dialogues hautement salaces, Motor psycho est le contrepoint sudiste et bas du front d’Easy rider.

Gyo de Takayuki Hirao est un film d’animation, très pauvrement adapté d’un manga de ce grand dégoûtant de Junji Itō dont les planches abracadabrantesques sont bien plus effrayantes, insidieuses et souvent foncièrement vomitives que celles qui se meuvent devant notre tranquille ennui. Passée la première surprise, des requins et autres poiscailles sortent des ondes dotés de membres mécaniques, cette apocalypse de l’humanité qui s’achève sur un gros prout  (amis de la poésie bonjour)  a surtout le grand avantage de ne durer que 70 petites minutes. Autant envisager de dévorer les œuvres de Ito. Et bon appétit !

Le totalement barré et délicieusement caricatural Dead Sushi de Noboru Iguchi est le plat du jour. Après moult batailles de nourriture avec des poulpes visqueux et force duels sanglants entre la très mimi et athlétique Keiko (Rina Takeda), rejetonne d’un chef renommé qui considère la cuisine comme un art martial, des voyous rustauds, des méchants grotesques, une malfaisante de première et surtout un homme thon armé d’une hache de viking, vous ne regardez plus de la même manière vos Gunkan makis et autres Nigiri sushi. Il est même de l’ordre du possible qu’avant d’entamer votre petite omelette, vous vous attendiez à ce qu’elle vous chante la sérénade. Accessoirement, Noboru Iguchi en a profité pour réembaucher la croquignolette Asami, l’héroïne de sa Machine Girl_2008, dont il se plaît à orner le corps dénudé de gambas, anguilles et tranches de saumon frétillantes aux mâchoires acérées et gloussements hystériques. Franchement débile mais la morale  est impayable.

Avant dernier film de la carte blanche offerte à Jan Kounen — et projeté après Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio _1983 —, Blood freak de Steve Hawkes (qui fut le Tarzan espagnol et s’est octroyé ici dans un bref éclair de génie le rôle principal) et Brad F.Grinter a manifestement été réalisé sous l’emprise de substances illicites. Jan Kounen enchanté de l’aberrant doublage d’ « acteurs » délibérément atones — voix totalement en porte-à-faux et toujours désynchronisées ou sinon ce ne serait pas aussi drôle — nous a offert le film en version française. L’histoire est d’une insondable débilité. Un ancien drogué rencontre une folle de dieu, tombe amoureux de sa coquine de sœur, replonge dans la dope et accepte de servir de cobaye pour une expérience inédite (manger de la viande délibérément avariée), se transforme en dindon et se mue en serial killer. Ce qui permet aux réalisateurs  1/ d’incorporer entre les différentes strates de l’aventure des plans du très docte Brad Grinter qui nous informe que l’on peut croiser des catholiques partout (et nous en voit bienheureux) et que prendre de la drogue ma foi c’est bien mal 2/ de répéter à l’envie le même mauvais hurlement de terreur — à se demander pourquoi le héros de Blow out de Brian de Palma_1981 se donnait tant de peine —. Les dialogues sont à l’avenant, l’interprétation inénarrable et il est à noter que d’ignominieux gloussements de dindons retentirent bientôt dans la salle, l’inception made in Kounen ayant parfaitement réussi. Pour les fiers déviants qui veulent en savoir plus, je ne peux que leur suggérer de se rendre illico sur le site de Nanarland.

Faisant fi d’Excision de Richard Bates Jr, je décide de m’achever définitivement les neurones en assistant dans une salle 100 comble à la grand messe orchestrée par Jean Kounen pour la présentation pas très catholique des 3 supermen turcs aux Jeux Olympiques de Yavuz Yalinkiliç. Le film met en scène (?) 3 supermen en slips dont un décoloré et un moustachu donjuanesque qui semblent voyager dans le temps sous la bonne garde d’un scientifique en blouse blanche, et volent si haut dans le ciel qu’on ne les y voit jamais même lorsque le malicieux Jan nous repasse la scène au ralenti. Comparé à Yavuz Yalinkilic, Ed Wood est un génie. Et Astérix aux jeux olympiques, le chef d’œuvre inégalé du siècle. Entre autres hallucinations, un robot en carton, des politiciens en toge et sacrément bavards (la postsynchronisation d’acteurs français bien connus des publicités télévisuelles est aussi mal fichue que dans Blood freak), du quinté+, des rituels mystérieux, des héroïnes aussi sexys que le permet la morale turque, des campings, le thème original de Superman de Richard Donner signé John Williams qui tourne en boucle, quelques notes de Vladimir Cosma extraites de La boum de Claude Pinoteau, et enfin une déesse de l’Olympe (trois bancs pourris devant un drap) velue et alternativement hystérique ou accro au lexomyl. Création apocalyptique ou aberration née d’une fatale erreur d’un monteur aveugle, la chose m’a délibérément donné envie de manger mon cerveau. A noter pour les pervers qu’ils peuvent reluquer le machin saucissonné en quelques épisodes sur YouTube, et que ne pas avoir de sous-titres français ne nuira en aucun cas à la non compréhension de ce malhonnête objet toujours pas franchement identifié ; bien que nous ayons nonobstant bénéficié d’une traduction en simultané ou presque, tant la traductrice elle-même semblait consternée par l’ineptie des dialogues. Expérience à ne partager qu’entre amis avertis.

Résumé du jour 11.

Révision (après découverte en VHS au siècle dernier) sur grand écran des joutes à moto des chevaliers portant heaume et épée dans Knightriders de George A. Romero où de juvéniles Ed Harris et Tom Savini (hilarant) s’affrontent pour régner sur Camelot, une entité parfaitement utopiste où des « jeunes gens en colère » tentent d’échapper à la société de consommation. Ce film de contestation contre l’ordre établi est une très belle œuvre à part dans la carrière de George Romero et les deux heures 20 passent comme un rêve qui s’effondre brusquement devant la réalité de l’époque. Knightriders est sorti en 1981 où un autre monde que celui du pognon et du marketing est devenu impossible. Il est à noter que la copie présentée était absolument superbe.

Le retour de flamme de cette année, consacré au Fantôme de l’opéra de Rupert Julian avec le fabuleux Lon Chaney que l’on voit malheureusement trop peu ici, a débuté par un sketch de Frédéric Temps et Serge Bromberg. Ce dernier en a profité pour annoncer un scoop, soit un festival Retour de flamme qui sera bientôt proposé aux parisiens au cinéma Le Balzac mais je ne vous ai rien dit. Bien que le film de Rupert Julian ne peut entrer en compétition avec les films tournés par Lon Chaney sous la direction de Tod Browning — dont L’inconnu/The unknown_1927 reste le chef d’œuvre déviant incontesté (ça n’est que mon humble avis mais je le partage bien volontiers) — quelques jeux d’ombre dans les combles de l’opéra de Paris et une superbe scène de carnaval sont un ravissement pour l’œil. Et la fin, soit le lynchage du « monstre » par une foule en furie, remue autant le cœur que celle de Frankenstein et consorts. Comme dans tout film d’horreur qui se respecte, n’oublions pas que l’ordre établi se doit de triompher et la non conformité décéder. Dont acte. Un seul regret, le visage élastique de Chaney est, rôle oblige, les 3/4 du temps camouflé sous un masque mortuaire (alors que lorsqu’on découvre son maquillage, il ne fait plus aucun doute que son nez retroussé a servi de modèle au chirurgien de Michael Jackson). Film mineur certes, mais la présentation de ses problèmes de production par un Bromberg déchaîné valait bien de prendre le temps de cette découverte.

Dredd de Pete Travis eut l’honneur insigne de clôturer le festival. Je vais donc éviter d’être trop désagréable envers une pelloche qui ne casse pas trois pattes à un canard avec un scénario des plus minimalistes qui fleure bon une certaine idée du fascisme. Le film, tourné en 3D, nous a été présenté en deux dimensions ; nul doute qu’il doit être bien plus fun dans sa version originale et refiler une migraine de tous les diables. Autour d’un Karl Urban monolithique — c’est pas grave, he is the law et ne retire jamais son casque de tout le film ; seule une invraisemblable et perpétuelle moue de dégoût laisse imaginer que quelqu’un a pété —, gravitent plutôt intelligemment — enfin, autant que faire ce peut vu l’indigence du machin — deux donzelles, la trop gentille blonde télépathe (Olivia Thirlby) et surtout la supra badass Lena Headey (ex-reine Gorgo, la meuf du mec qui postillonne dans 300) qui donne l’air de s’amuser comme une petite folle. Ça se canarde dans tous les sens, les méchants crèvent , la justice est du genre expéditive, les spécialistes des effets spéciaux s’en donnent à cœur joie et nul doute que les producteurs songent déjà à un Dredd 2. A part ça, il n’y a aucun risque de se faire des nœuds au cerveau. Ça tombe bien puisque j’ai mangé le mien samedi soir.

© Nordisk Film 

Et voilà, c’en est déjà fini de cette 18e édition de L’Etrange Festival, avec du remarquable, du très bon, de l’excellent vintage, de l’hallucination collective et un poil de passable que l’on s’empressera d’oublier… avec dès l’ouverture, un signal très fort lancé aux amis de la scatologie qui ont été aux anges à divers degrés les 10 jours qui ont suivi. Même les babioles se sont mises de la partie comme vous pouvez le constater, en fin de post. Web série initiée par Autour de minuit productions, réalisée par Mathieu Auvray et diffusée en avant-première avant les projections, les babioles mettent en scène un lapin sentimental, un indien à l’oeil exorbité et un pingouin déviant, soit trois petites créatures couinantes qui tentent — souvent entre lard et (petit) cochon — d’attirer l’attention d’une humanité indifférente lors d’aventures qui ont fait les délices des spectateurs. Les heureux propriétaires de télévision peuvent les retrouver en clair sur Canal+.

Palmarès.

Le film d’ouverture, Headhunters de Morten Tyldum a fait coup double en recevant le prix Nouveau genre et celui du public. Catégorie courts métrages, le jury a distingué Basta Gon de Marc Schlegel, histoire d’amour entre deux « inadaptés », un joueur de Black Metal dépressif peinturluré comme un panda et une Barbie hors normes qui saura découvrir la beauté cachée de ce grand laid. Le prix du public ex-aequo a été décerné à Drained de Nick Peterson et How we tried a new combination of light de Alanté Kavaïté.

Je vous laisse avec une petite aventure babiolesque et vous donne rendez-vous l’année prochaine, pour la 19e édition de L’Etrange Festival que j’espère aussi folle et bourrée d’autant de belles et bonnes surprises, sinon plus, que celle de 2012.

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  1. […] Une compétition internationale de haute volée côtoie un best of de courts métrages, des avant-premières, des documentaires, les bien nommées Pépites de l’étrange  ainsi que deux nouvelles sections — au vu de la richesse de la programmation —, Nouveaux talents et Mondovision, sans oublier un focus Turkish délices pour les amateurs de productions abracadabrantesques (nul qui nichait dans la salle 100 en 2012 n’a oublié les 3 supermen turcs aux Jeux Olympiques de Yavuz Yalinkiliç). […]