SATANICO PANDEMONIUM de Gilberto Martínez Solares

Tout ce que le diable permet.

La chair est faible et l’esprit, retors. S’il ne possède pas la flamboyance siphonnée et hystérique d’Alucarda de Juan Lopez Moctezuma (projeté à L’Etrange Festival 2011), Satánico pandémonium de Gilberto Martínez Solares — également connu sous le titre racoleur et totalement aberrant de La sexorcista — n’en est pas moins une pellicule fort perverse et violemment anticléricale. Ce qui, pour un film d’origine mexicaine, contrée catholique par excellence, est plutôt culotté.

Jugeons plutôt. Sœur Marie (la follement gracieuse Cecilia Pezet), aussi bonne et pure que ravissante, cueille des brassées de fleurs sauvages dans une campagne verdoyante. Son cœur est en paix. Le ciel est bleu. Les oiseaux chantent. Youpi tralala itou.

On s’attendrait presque à voir surgir Bambi et son ami Pan-Pan, mais c’est un drôle de (chaud) lapin qui lui apparaît alors, dans le costume où le créateur l’a fait naître, et lui souhaite la bonne journée de manière fort urbaine. Voici notre nonne troublée qui s’enfuit, épouvantée, mais non sans avoir, la drôlesse, jeté un œil par dessus son épaule pour être bien certaine sans doute qu’il ne s’agissait point là d’une hallucination. Enfer et damnation à venir. L’impudent velu se dresse encore, au lieu dit, aussi nu qu’un chérubin.

Sur le chemin du couvent où elle se presse, la belle rencontre un (très) jeune berger, accompagné de ses brebis et d’un étrange compagnon, ressemblant à s’y méprendre à l’impudique, qui lui offre opportunément une pomme d’un rouge obscène. L’effarouchée décampe abandonnant le fruit à la mâchoire carrée du pâtre qui s’en repait.

Se jugeant sans doute un peu trop sensible à la tentation, voici notre jeunesse qui ne trouve rien de mieux que de s’enfermer en sa cellule aux fins de se flageller méthodiquement et d’entortiller une ceinture d’épines autour de son corps charmant. Et de presser cet instrument de torture contre elle, et d’en souffrir mille morts, et d’en retirer, ma foi, bien du plaisir. Satanée pécheresse !

Ce n’est que le début de la chute de la chaste enfant. Jamais* frustrations sexuelles et folie sournoise qu’elles engendrent n’ont été mieux décrites. Le chemin de croix qu’emprunte Sœur Marie est truffé de fort mauvaises intentions puisque, tout le monde l’aura deviné, c’est bien le grand cornu qu’elle a malencontreusement croisé. Et le bougre n’a nullement l’intention de lâcher si séduisante proie.

Sous son emprise, Sœur Marie se vautre fiévreusement dans le stupre, ou du moins, tente de circonvenir les plus pures victimes : une de ses compagnes qu’elle imagine fondante entre ses bras, puis un jeune enfant qu’elle ne va pas hésiter à violenter puis à tuer lorsqu’il se défendra un peu trop vivement sous ses assauts répétés. Auparavant, entre deux blasphèmes, elle n’aura pas hésité à étrangler la mère supérieure avec son chapelet, à pousser une désespérée dans le vide et à poignarder tout ce qui lui résiste. Accomplissant, hagarde, tous ces actes contre nature sous l’œil bienveillant de Belzébuth qui lui promet la lune si elle choisit de lui livrer le couvent où elle réside contre une promesse de tortures sans fins — énucléation et écartèlement entre autres festivités — si elle lui résiste. Inutile de préciser que confrontée à tant de douleur physique, la « fiancée du Christ » ne parie désormais plus un kopek sur son salut céleste.

L’effarement est à son comble lorsque notre dévote — qui va bientôt se rêver en martyr de sa foi — ayant été nommée aux plus hautes fonctions abandonne les âmes de ses condisciples à notre Belzébuth en chaleur. C’est l’embrasement des sens, le grand sabbat — qui peut prêter à sourire de nos jours puisqu’il s’agit tout bonnement de gratter quelques chansons à boire ou de danser sur les tables dans le plus simple appareil — et dès lors que Sœur Marie s’adresse à ses ouailles, un troupeau de moutons bêle de concert à ses imprécations.

Avec la complicité de son actrice principale aux faux airs de sainte-nitouche, remarquable et littéralement hantée, Gilberto Martínez Solares, sous couvert de séductions diaboliques, en profite pour égratigner largement le clergé, attaquant le mépris naturel et la méchanceté des dignitaires vis à vis des religieuses de couleur réduites à l’esclavage et au désespoir.

Outre Cecilia Pezet qui porte courageusement le film sur ses frêles épaules (souvent nues), Enrique Rocha s’est vu confier le rôle non négligeable de Lucifer en personne qui sous ses oripeaux de gentilhomme onctueux, révèle une âme aussi impure que gourmande. On adhère sans difficulté à son vicieux manège et dans les bonus, le réalisateur narquois confesse, entre autres anecdotes, avoir embauché quelques pensionnaires de lupanars haut-de-gamme —  avec lesquelles l’acteur s’isolait souvent pour jouer aux échecs ! — pour interpréter les novices corrompues, les actrices mexicaines n’étant guère enclines alors à accepter aussi aisément de se dénuder devant la caméra.

Si l’on peut regretter que les effets spéciaux soient réduits à leur plus simple expression — leur côté désuet ajoute toutefois un charme trouble au film —, Satánico pandémonium, charmant fleuron de la nunsploitation, bénéficie d’une fantastique photographie (de Jorge Stahl Jr). Les couleurs sont superbes, les plans, magnifiques. Sans compter que toutes les horreurs précitées sont filmées avec goût et délicatesse (éviter avant tout de se fier à la jaquette du DVD).

Et quoique l’épilogue laisse à songer que seul le diable est responsable de tous les actes commis (ou fantasmés ? la frontière est bien trouble, au spectateur d’en juger) par la nonne en délire, le réalisateur — avant de rentrer semble-t-il pieusement dans le rang — s’est pourtant permis sans fausse honte de lui faire allègrement transgresser tous les tabous possibles (amours saphiques, pédophilie, meurtres en série), établissant que des femelles recluses dans une vie soumise à de perpétuels interdits ne peuvent que céder à la tentation du démon qu’il soit de chair ou de pensée. Car il est bien connu que la frustration mène à tout et surtout au pire.

* Excepté sans nul doute trois films dont on peut sentir l’inspiration plus ou moins directe —  Le narcisse noir de Michael Powell et d’Emeric Pressburger_1947, Mère Jeanne des anges de Jerzy Kawalerowicz_1961 et Les diables de Ken Russell_1971 — mais les fixettes de ces dames se portaient sur des mâles bien réels.

A noter. Le DVD est uniquement disponible en format NTSC [langue espagnole + sous-titres anglais]. Les dernières scènes du film comportent quelques menus défauts, imputables sans nul doute au mauvais état de la pellicule d’origine.

Satánico pandemonium de Gilberto Martinez Solares_1975
avec Enrique Rocha, Cecilia Pezet, Delia Magaña, Clemencia Colin, Sandra Torres, Adarene San Martin, Patricia Alban, Amparo Fustenberg et Daniel Albertos

8 responses to SATANICO PANDEMONIUM de Gilberto Martínez Solares

      • foxart says:

        Je l’ai retrouvé !!!
        Vais me faire ça sous peu 😉
        Et je m’enquillerai Alucarda dans la foulée !!!

        ET VIVA MONDO MACABRO !!!!!!!!!!!!!!!!!

        • FredMJG says:

          Oui, c’est mieux de les découvrir dans cet ordre là.
          Alucarda est top dingo. As-tu vu Mansion of madness du même timbré de Moctezuma ? Ce type est fou, c’est un bonheur.

  1. ray manta says:

    DIABLE ! Quelle effusion de sang ! Je m’en vais de ce pas en dire deux mots à Benedetto di Roma !!! Bon, au final, c’est un film d’horreur, une comédie gore, un film historique …?

    • FredMJG says:

      Ça n’est pas censé être franchement comique quoique j’avoue, j’ai un peu ri. Mais bon, faut pas se fier. C’est censé être un drame d’une piété exemplaire qui ne te donne pas envie de manger des pommes…

  2. Phil Siné says:

    arf, c’est plutôt toi la perverse pour le coup ! moi je suis hors satan et toi tu t’y vautre en plein dedans !!

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