SPIDER BABY de Jack Hill

L’araignée souriante et autres histoires de cannibalisme.

Comédie délectable et radicalement décalquée, Spider baby n’a jamais eu l’honneur d’une sortie internationale pour cause de faillite des producteurs. Dommage car cette excentricité signée Jack Hill — « découvreur » de Pam Grier et futur réalisateur de Coffy et de Foxy Brown, gloire à lui ! — est un bonheur d’humour noir aux situations loufoques et personnages improbables qui ne laissent aucun répit au spectateur.

Du générique animé agrémenté de la chanson The maddest story ever told entonnée par la star du film, un vieillissant Lon Chaney Jr bien abimé par l’alcool mais impérial dans son rôle de tuteur dévoué, au twist narquois de l’épilogue, en passant par moult aventures aussi croquignolettes que fort libertines tantôt — surtout pour l’époque —, Spider baby nous entraine dans un univers impayable qui voit s’affronter le monde qui se juge « normal » — un couple de lointains cousins âpres au gain, leur avocat immonde (pléonasme) flanqué d’une secrétaire un poil nunuche — et celui de la maladie, celle dite du « syndrome de Merrye » — symptômes avérés : dégénérescence, retour en enfance et cannibalisme — dont sont atteints trois adolescents, fruits pourris de consanguinités répétées. L’idée générale étant de les enfermer pour palper tranquillou leur héritage leur bien, comme il se doit.

L’histoire tragi-comique de cette famille maudite — les « Merrye » — et de ce qu’il en advint, nous est doctement contée par le cousin, sous couvert de rapports scientifiques, de jugements erronés à l’emporte-pièce et de propos totalement déplacés.

Oubliez Morticia, Pugsley, Mercredi et l’oncle Fester ! Surprotégés par leur ange gardien, Ralph, Virginia et Elizabeth mènent une vie de reclus dans une étrange demeure un tantinet de guingois où rien n’est tabou ou presque. Car comme l’affirme leur mentor après le meurtre d’un facteur un peu trop curieux, ce n’est pas parce qu’une action n’est pas bonne qu’elle est automatiquement mauvaise…  Comprenne qui pourra.

Tandis que le garçon (l’ineffable Sid Haig, copie conforme d’un juvénile Daniel Emilfork), le plus atteint des trois, ne s’exprime plus que par borborygmes ou aboiements déments, vit dans le monte charge de la maison et voit sa libido exploser à l’arrivée de deux jeunes femmes plutôt accortes, les filles ne cessent de se chamailler plus ou moins violemment. La blonde raisonneuse, Elizabeth (Beverly Washburn), n’oublie jamais d’embrasser son squelette de père pour lui souhaiter la bonne nuit, s’enquiert souvent de la santé de ses oncles et tantes camouflés dans la cave pour cause de zombification avancée et tente de respecter les préceptes de son tuteur alors qu’elle trépigne à l’idée de passer à l’acte et de trucider qui bon lui chante.

Mais c’est Virginia (l’excellente Jill Banner qui tournait là, à 17 ans, son premier film), la brune, qui enlève le morceau avec son singulier hobby. Élevant avec dévotion une armée de tarentules, elle s’identifie à ses sœurs arachnides jusqu’au mimétisme. C’est ainsi qu’elle crève tout mâle s’égarant à sa portée. Inutile de préciser qu’elle trouvera son cousin — ravi de la crèche à l’esprit ouvert — parfaitement appétissant, ce qui nous offre une scène de tentative de séduction salace, l’impudente péronnelle ayant tout au plus 10 ans d’âge mental.

Doté d’une fantastique photographie en noir et blanc merveilleusement contrastée, Spider baby est une œuvrette fauchée palliant le manque de moyens par une imagination débordante. Les occasions de rire ne manquent pas, notamment lors d’un repas d’anthologie où les maitres de maison tentent de faire honneur à leurs invités et leur concoctent bestioles suspectes, champignons inquiétants et foin à becqueter en guise de salade verte. Quant au supposé lapin, ayant assisté quelques minutes plus tôt à la capture d’un gras matou par ce grand fou de Ralph, c’est avec une satisfaction un tantinet perverse que l’on attend un premier coup de fourchette du côté des bourgeois.

Dont le vernis d’une bonne éducation sera définitivement mis à mal lorsque la cousine aura dans l’idée d’aller explorer le domaine nuitamment, vêtue de dessous affriolants et croisera à son corps défendant le priapique Ralph au détour d’un sous-bois. Événement qui contribuera à révéler à cette femme de tête sa vraie personnalité, celle d’une créature avide de sexe et de sang. Tous les gênes sont dans la nature.

L’intrusion d’étrangers dans leur domaine de prédilection ayant sonné le glas de la tranquillité pour nos jeunes héros, ils sont d’ores et déjà maudits et c’est toute la force du film que de nous faire prendre fait et cause pour ces êtres différents, aussi parfaitement cinglés soient-ils, tant la bêtise et la mesquinerie des adultes qui les entourent nous incitent à souhaiter négligemment leur disparition par voie la plus cruelle qui soit.

Spider baby est une curiosité à découvrir et à savourer, sans modération.

© Wild Side/Collection Christophel

Spider baby, the maddest story ever told de Jack Hill_1968
avec Lon Chaney jr, Carol Ohmart, Quinn Redeker, Beverly Washburnn, Jill Banner, Sid Haig et Mary Mitchel

15 responses to SPIDER BABY de Jack Hill

  1. Raphaël says:

    Bonjour,

    une critique qui donne envie de voir ce « club des monstres » à la sauce famille Addams. Je vais le dégotter d’ici peu !

    • FredMJG says:

      Bonjour à toi. Le film est presque parfait, ça devrait donc te plaire.
      Ne tue pas le messager dans le cas contraire.

  2. FredMJG says:

    1/ Laisse le Fox’ où il est aujourd’hui, au musée avec ses moutards.
    2/ Navrée de ne pas avoir développer ce qui te tenait au c euh à coeur mais je ne spoile pas, moi, madame.
    3/ T’as vu, c’est pas génial ces trois colonnes pour surveiller ma propension à faire trop long ?
    Le bon week-end même tu peux me souhaiter…

  3. FredMJG says:

    Elle te fait sans doute penser à Jill Banner à n’en point douter.
    Instant people, elle a été un des grands amours de Marlon qui devait la trouver bien charmante itou.

  4. Perle noire et méconnue que ce « spider baby » (j’avais oublié que JAck Hill était aussi le géniteur de « Foxy Brown »). Si la famille Adams n’est pas loin, on pense aussi aux dégénérés de « la colline a des yeux » et bien sûr à « Freaks » de Browning qui montrait déjà les gens « normaux » comme des créatures bien plus répugnantes que les êtres difformes qu’il mettait en scène.

    • FredMJG says:

      Et mieux vaut ne pas faire le tour de tout ce que Rob Zombie lui doit pour sa Maison des 1000 morts. Il a même eu le toupet d’emprunter Sid Haig à Jack qui ayant croisé la charmante Pam sur le tournage infernal de The big doll house — on cligne de l’œil, elle disparait — s’est empressé de la refaire tourner dans toutes ses prods d’exploitation movies. Le brave type !

  5. FredMJG says:

    Jill Banner ne te fait pas penser à Jill ! Diable ! mais à qui donc autre ?

  6. Vincent says:

    Angelina Jolie avec une perruque ?
    Bon, je te l’ai déjà écris quelque part, ce film est un chef d’œuvre, un vrai un de ceux qui laisse des traces. Quand on le découvre, sa descendance est impressionnante et le récit de son tournage ferait sans doute un beau film aussi. J’ai bien envie de me le revoir dare dare, et on ne sera jamais assez nombreux à en dire tout le bine qu’il mérite. Voyez et soyez conquis !

    • FredMJG says:

      Bah non je ne crois pas
      Après l’avoir vu, je me suis demandé comment j’avais pu remiser le DVD durant des mois en me disant oui bof on verra quand j’aurais le temps. Comme si j’avais le temps. Pffffft ! Quoiqu’il en soit, les petits maîtres du bis sont bien plus intéressants et drolatiques à étudier parfois que certaines pointures. Le plus amusant est que j’ai également revu Démentia 13 du sieur Coppola. On dira tout ce qu’on veut de cette vieille canaille de Corman mais de priver de monnaie tous ses esclaves leur a parfois fait déployer des trésors d’imagination 🙂

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