THE UNJUST de Seung-wan Ryoo [L’Étrange Festival 2011]

Je te tiens, tu me tiens par la corruption.

Qu’on se le dise, le jeu le plus prisé en Corée est la corruption de fonctionnaires, et ce, à tous les niveaux de l’état. Du moins si l’on en croit le dernier film de Seung-wan Ryoo, réalisateur en 2006 d’un City of violence d’excellente facture.

Les procureurs de la république sueraient ainsi sang et eau aux fins de faire rendre les armes aux forces de police tout en se commettant joyeusement avec les PDG des grandes compagnies qui agissent comme des mafieux et en offrant subsides et prostituées aux organes de presse. Difficile dès lors dans ce contexte de rester vertueux… voire simplement de faire correctement son boulot.

C’est donc dans un Séoul puant l’impunité et la compromission qu’un flic incorruptible va se voir enfin offrir la promotion que ses fort bons états de service méritent mais certes pas, selon le point de vue de ses patrons, son intransigeance. A la condition préalable de clore au plus tôt — comprendre, par n’importe quel moyen — un dossier brûlant sur des meurtres d’enfants dont la non résolution commence à sérieusement indisposer les politiques.

Mais comment avoir le temps de traquer les assassins de petites filles quand on est plus occupé à grimper les échelons, palper des enveloppes ou faire des crocs-en-jambe aux collègues ? Abandonner ses principes, finalement, c’est relativement simple. Il n’y a que le premier pas qui compte (ou qui coûte). Et quand tout le monde autour de vous en croque, il est ardu sur la longueur de ne pas être tenté de participer à la curée.

Voilà notre flic exemplaire qui choisit un assassin au hasard parmi les suspects — coupable sans nul doute d’un délit de sale gueule — pour clouer le bec à l’impétueux procureur qui le tanne et le nargue. The unjust nous offre alors d’être les témoins privilégiés de sa descente aux enfers car notre nouvel ambitieux ne va rien trouver de mieux que d’entamer un pas de deux avec un malfaisant de première, qui lui déniche son homme de paille et le travaille au corps pour qu’il accepte d’endosser le monstrueux costume du pédophile moyennant menue monnaie et promesses d’une peine allégée. Or, une enquête décemment réalisée suffirait à trouver le vrai coupable ! Et le faux de découvrir bientôt qu’il a été grugé et que pour apaiser la vindicte populaire, la justice en place compte bien le transformer illico en sushi.

S’ensuit quelques mésaventures fort alambiquées d’où personne ne sort grandit.

Outre la déprime éventuelle qui peut nous assaillir à contempler ce panier de piranhas malodorants multiplier les saloperies (pots de vins, menaces, chantages à tous les étages, parfois sous la politesse onctueuse des gens bien nés), The unjust rappelle par trop le hong-kongais Infernal affairs (Alan Mak et Wai Keung Lau_2002), voit ses différentes narrations imbriquées se déliter peu à peu et cède inopportunément à la sirène du twist. Malheureusement, cette fameuse « surprise » finale est éventée dès le départ, car le taux d’invraisemblances qui parcourent les diverses investigations est une véritable injure à l’intelligence du spectateur. A moins qu’il ne s’agisse d’une ultime critique de l’incompétence crasse des forces de police coréennes mais le trait serait alors par trop grossier.

Oui, les scènes sont rondement menées et les images joliment léchées, les acteurs jouent des partitions radicalement opposées (Jeong-min Hwang, le flic à la vertu dépressive se fait hystériquement voler la vedette par Seung-beom Ryu * qui cabotine mortellement en procureur enfantin. Mais c’est le reptilien Hae-jin Yoo parfaitement répugnant en cruel de service qui emporte l’adhésion), on peut rire aussi parfois tant la ficelle est grosse et les colères explosives, mais de par le manque 1/ d’empathie totale avec son personnage principal et 2/ d’originalité, The unjust, d’un cynisme éhonté, demeure en définitive un simple polar de série.

* Accessoirement frère du réalisateur et bien plus crédible en tueur froid et calculateur de No Mercy de Hyeong-joon Kim présenté l’année passée à L’étrange festival.

A NOTER. The unjust bénéficie d’une deuxième projection à L’Etrange Festival  dimanche 11 septembre.

© Film Train
© Film train

The unjust/Bu-dang-geo-rae de Seung-wan Ryoo_2011
avec Jeong-min Hwang, Seung-beom Ryu, Hae-jin Yu et Ho-jin Jeon

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