SANS IDENTITÉ de Jaume Collet-Serra

Liam a les bournes.

Jaume Collet-Serra est un habitué des twists invraisemblables qui tourneboulent le ciboulot. Pour s’en convaincre, prière de se rapporter à son Esther d’excellente facture, si l’on daigne oublier charitablement le terrible gâchis d’un épilogue vain.

Pour son dernier opus, malheureusement, l’originalité a été laissée de côté pour nous faire vivre une histoire faite de bric et de broc, au casting international hétéroclite, mélangeant allègrement les références pas toujours heureuses dans un gloubi boulga hitchcockien en diable, tout en sacrifiant ignominieusement (que l’on lapide les scénaristes !) la classieuse January Jones, blonde glaciale que n’aurait pas renié notre célèbre fétichiste.

Mais on y apprend notamment que les taxis berlinois sont à éviter toutes affaires cessantes si l’on veut passer un séjour agréable dans la vieille ville, voire arriver entier à son hôtel. Quand ils n’oublient pas de charger l‘attaché-case contenant vos papiers, ils sont conduits par des dangers publics bosniaques — Diane Kruger, rions un peu — qui vous balancent dans la flotte et vous abandonnent à votre sort, puisque sans papier car ayant fui la guerre et les massacres perpétrés par ces chiens galeux de serbes (oui, les serbes fourbes sont désormais à la mode).

Hors donc, si la première cascade est relativement impressionnante, notre héros émergeant d’un coma qui l’a laissé bien flagada — ça tombe bien, Liam Neeson est comme qui dirait aux abonnés absents, y compris dans les flashbacks qui assaillent ses neurones défaillants — va tomber de Charybde en Scylla lorsque retrouvant enfin sa chère et tendre bombasse dans les somptueux salons de l’hôtel Adlon, il va 1/ se prendre un vent 2/ se rencontrer (le souci est qu’il ressemblerait tantôt à Aidan Quinn).

Et notre amnésique de soutenir mordicus que c’est lui et pas l’autre et tout un chacun — y compris l’indulgent personnel du 5 étoiles — d’éviter de le contrarier et de lui indiquer la sortie, c’est par ici, merci.

Les poches débordantes de billets verts par l’effet du saint esprit, il retrouve illico presto (grâce à un pot de vin aux scénaristes. NDLR) — la Diane qui n’en peut mais de ce type qui se fait courser de tous côtés, et par sa mémoire qui flanche, et par des gars patibulaires qui lui flinguent allègrement son meilleur ami et son home sweet home. Notons qu’il y en a un aussi increvable que Michael Myers (Stipe Erceg dont le physique anguleux hantait déjà Bienvenue à Cadavres-Les-Bains de Wolfgang Murnberger_2009) et avec lequel nos deux fuyards vont jouer aux autos tamponneuses le temps de nous offrir une bonne sieste réparatrice (le film dure 2 plombes, soit au moins 30 bonnes minutes de pétarades de trop).

Après maints crissements de pneus et froncements de sourcils conséquents, Liam croise sur son chemin un ancien suppôt de la Stasi (Bruno Ganz, si divertissant et agréable que l’on en deviendrait suspect d’amitiés douteuses à nos propres yeux), un petit père des pauvres en la personne d’un scientifique comptant offrir gratuitement — le fou ! — un procédé révolutionnaire d’éradication de la faim dans le monde (Sebastian Koch*), puis finalement Dracula (Frank Langella, plus sépulcral que jamais) qui lui donnera la clé du pourquoi du comment dont on se contrefiche éperdument dans la mesure où, contrairement à monsieur Kaplan qui n’existait pas mais qu’incarnait à la perfection Cary Grant, l’empathie peine à naître pour ce léthargique de Liam qu’il est permis de trouver encore moins sympathique à la fin du film quand l’écheveau est enfin dévidé. Pouah !

* L’acteur suit nonchalamment le même chemin glissant que ses compatriotes Rutger Hauer ou Jeroen Krabbé en jouant les utilités. Le moment où, pris en sandwich entre deux individus prétendant être la même personne, il essaie de garder une certaine contenance est d’un comique si achevé que l’on s’étonne encore que nul n’y soit mort de ridicule.

© Studio Canal
© StudioCanal


Sans identité/Unknown de Jaume Collet-Serra_2011

avec Liam Neeson, Diane Kruger, January Jones, Aidan Quinn, Bruno Ganz, Frank Langella, Sebastian Koch, Olivier Schneider et Stipe Erceg

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