CAPTIFS de Yann Gozlan

Gare aux Balkans !

Captifs est un conte à vous dégouter de vous lancer dans l’action humanitaire…

A croire qu’ils n’ont rien appris dans ce pays où ils sont venus aider les habitants à panser leurs blessures de guerre nos trois charmants membres d’une ONG ! N’a-t-on pas idée, pour rentrer plus vite chez soi, que de prendre des chemins de traverse dans un pays meurtri où ils peuvent, dans chaque village traversé, mesurer les désastres d’un conflit à peine achevé ?

Parce qu’ils ont fait la foire la veille aux fins de fêter leur « libération », voici nos trois altruistes épuisés, pressés et un tantinet irritables, qui refusent d’attendre quelques heures de plus à un checkpoint que l’on sécurise leur route.

Et le titre nous l’a déjà appris, pour qu’il y ait captivité, il faut qu’un rapt intervienne. Celui, inéluctable, qui se déroule sous nos yeux flanque aisément la chair de poule. Balancés comme des sacs dans une cage à fauves, puis séparés dans deux cellules où l’un d’entre eux, blessé lors de sa capture, reçoit les soins attentifs d’un médecin quasi muet ressemblant à s’y méprendre à l’inquiétant Sacha Pitoeff, les voilà prisonniers de deux geôliers aussi violents que goguenards, vraies caricatures ambulantes de serbes décérébrés.

Nonobstant, le film ne nous dira rien de plus sur ces brutes, préférant s’attacher aux victimes et à leur instinct de survie.

Captifs (dont il est regrettable que l’affiche décalque celle de Ils jusque dans sa baseline) malgré ses airs de déjà vu, propose quelques morceaux de bravoure pas piqués des hannetons.

Outre le kidnapping d’une brutalité inouïe (alors que de manière invraisemblable dans pareille mésaventure, la vertu de l’héroïne ne sera point mise à mal), notons également une tentative d’évasion qui s’achève dans l’humiliation et se mue en cauchemar pour claustrophobe, puis un suspense rondement mené lors d’une course folle dans une forêt qui s’achève par un pervers jeu de cache-cache près d’une exploitation agricole.

Si l’on peut regretter que la raison de l’enlèvement soit révélée un peu trop vite**, si — comme souvent désormais dans le cinéma de genre — l’héroïne (fantastique Zoé Felix) est hantée par un traumatisme d’enfance parfaitement inutile en la matière et qui alourdit maladroitement — par sa surexploitation — le déroulement de l’histoire, il faut reconnaître que Yann Gozlan, pour un premier long métrage :

  1. fait court, et on l’en remercie (le film ne dure qu’1h25, ce qui change agréablement des longueurs inutiles remarquées dans pas mal de sorties actuelles) ;
  2. révèle des qualités de mise en scène et de parti pris stylistiques fort intéressants***, notamment en ce qui concerne une étonnante bande son (jamais sonnerie de téléphone ne fut plus terrorisante) qui participe à l’élaboration de l’angoisse distillée par un scénario somme toute linéaire ;
  3. magnifie (après Olivier Dahan en 1997 pour Déjà mort) le talent singulier de Zoé Félix, dont la beauté est transcendée par un metteur en scène manifestement sous le charme et qui lui a concocté un personnage féminin bien trempé. Le film repose entièrement sur ses épaules supposées frêles et l’énergique sympathie qu’elle dégage couplée à un engagement total, ne sont pas pour rien dans l’intérêt que présente Captifs.

Eric Savin, quant à lui, dans un rôle un peu surfait de médecin baroudeur, semble quasiment en retrait et laisse élégamment sa partenaire bouffer l’écran.

Une bonne petite surprise donc que ce survival modeste aux images léchées. On ne peut que souhaiter à Yann Gozlan d’hériter d’un budget plus confortable et d’un scénario plus ambitieux pour son prochain film, qu’il soit de genre ou pas.

* Réalisé en 2006 par Xavier Palud et David Moreau
** Il est de surcroît tout aussi dommageable que la bande annonce soit trop explicite
*** Yann Gozlan loue d’ailleurs le talent de son directeur de la photographie, Vincent Mathias, dans l’interview que vous pouvez lire sur le site Films-horreur

Captifs de Yann Gozlan_2010
avec Zoé Félix, Arié Elmaleh, Eric Savin, Ivan Franek, igor Skreblin, Philippe Krhajac et Margaux Guenier

Sortie le 6 octobre 2010

2 responses to CAPTIFS de Yann Gozlan

  1. Phil Siné says:

    eh bien assez d'accord avec toi… film sympa et « efficace », ce qui change un peu des dernières tentatives du cinéma de genre à la française… et je te suis pour le traumatisme d'enfance qui vient un peu alourdir inutilement le récit…

  2. FredMJG says:

    ToPhilSiné: Il y a un vrai regard et une réelle tentative de s'approprier les codes même si cela demeure encore maladroit. Mais il y croit et aborde le genre avec respect… On finira par en tirer quelque chose de bon de ce garçon avec un meilleur scenar et quelques euros en sus.

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