ORLY de Angela Schanelec

Faux mouvements.

Programmé au Festival Paris Cinéma, Orly d’Angela Schanelec offre avant tout le bonheur de retrouver la bien trop rare Mireille Perrier.

Rêverie architecturale sur l’aéroport, lieu de passages et de tous les possibles, y compris les pires exactions, ce documentaire fictionnel nous invite subrepticement à partager l’intimité de quelques voyageurs en partance.

Rencontres inopinées et censées sans suite, éventuels coups de foudre, drames du désamour, désirs contrariés, confrontation familiale et coming-out (terriblement prévisible toutefois) nous sont contés subtilement certes et parfois avec le concours de solides comédiens (Bruno Todeschini et Natacha Régnier entre autres, le jeune Emile Berling semblant par contre un peu moins inspiré ici que dans Un conte de Noël d’Arnaud Depleschin).

Néanmoins, malgré la beauté des images de Reinhold Vorschneider, le manque d’enjeu, la succession de scénettes et des échanges souvent diablement théâtraux, achèvent de distiller un ennui poli chez le spectateur.

Cependant, deux étonnants moments de fiction pure sécrètent un véritable sentiment d’inquiétude et récompensent enfin le public dans l’expectative.

La pause d’une hôtesse entre deux enregistrements de bagages est l’occasion d’un superbe moment de calme, quasi ouaté, dans un silence enfin retrouvé. Filmé en gros plan, le visage de la jeune femme savourant un déjeuner frugal acquiert alors un pouvoir hypnotique, à peine troublé par une découverte alarmante. S’ensuit inexorablement la description quasi clinique d’une professionnelle à l’ouvrage.

L’autre scène mémorable est la maladroite filature d’une amoureuse abandonnée par un jeune voyageur — séducteur ? prédateur ? — qui n’osera pas l’aborder. L’insoutenable légèreté des êtres, la fascination amoureuse, le danger inhérent à se perdre dans la foule, voire la triste évidence des occasions manquées, sont brusquement palpables et le temps semble suspendu en un long et langoureux instant.

Puis la banalité reprend ses droits et l’épilogue nous laisse comme un arrière-goût de terrible frustration.

Nonobstant, la fausse poursuite précitée nous aura au moins permis de réécouter les accents déchirants de Remember me* interprété par Cat Power. Ce n’est déjà pas si mal.

* A écouter sur LA NUIT DES CINÉS FOUS, la version originale d’Otis Redding et la reprise de Cat power.

© Baba Yaga Films
© Baba Yaga Films

Orly d’Angela Schanelec_2009
avec Natacha Régnier, Bruno Todeschini, Mireille Perrier, Émile Berling, Maren Eggert, Jirka Zett et Lina Phyllis

Sortie le 11 août 2010

4 responses to ORLY de Angela Schanelec

  1. Kraxpelax says:

    Sur le pont d'Avignon. Le coup frappa l'enfant à la machoire. Il resta debout. Sourirant. Le tireur: rien. Le fusil: aucun. Et il y avait cette aube et ce soir pleins d'expectations les plus brillantes.

    S'il vous plait…

    Poétudes

    – Peter Ingestad, Sverige

  2. FredMJG says:

    ToKraxpelax: OMFG ! Cher Peter, vous êtes mon premier pouete ! il me semble que l'on entend un extrait signé Italo Svevo dans le film…

  3. FredMJG says:

    ToPhilSiné: Tsst tsst tsst Certains aiment beaucoup le film (il y en a même qui ont applaudi au Festival) et il ne dure qu'1h20… Deux bonnes raisons d'y aller (surtout si tu es encarté) te faire ton opinion 🙂

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