LE DERNIER EXORCISME de Daniel Stamm

Exorcisme Story.

— spoilers inside* —

Vous suivez avec délectation les ébats aquatiques de blondes à gros poumons ? Vous n’en pouvez mais de percer les mystères des habitants de la maison des secrets ? La télé réalité vous fascine au point de passer vos jours et vos nuits à suivre les passions amoureuses, sportives et stratégiques de parfaits inconnus ? Vous frémissez encore au souvenir des belles histoires incroyables et extraordinaires de Pierre Bellemare ?

Le ci-devant reportage sur les fantastiques aventures du révérend Marcus Cotton au pays des exorcismes est donc pour vous.

Ce charismatique homme d’église — interprété avec un enthousiasme communicatif par Patrick Fabian — aussi brillant que cynique, décide à l’aide d’une équipe de télévision de démonter un à un tous les mécanismes de la bigoterie qui étouffe ses concitoyens et entreprend ainsi effrontément de mordre les mains de ceux qui les nourrissent, lui et sa si charmante petite famille américaine, dont nous avons droit en bonus à un portrait plus vrai que nature lors d’interviews édifiantes.

N’ayant sans doute jamais entendu parler du Projet Blair Witch** et encore moins de la suicidaire épopée italienne au royaume des cannibales***, notre bande de mécréants part donc réaliser son documentaire sur les routes d’une Louisiane encore meurtrie par le passage de Katrina (notons que le réalisateur se garde d’en exploiter inutilement les blessures) et finit par s’égarer sur des chemins de traverse qui vont durement ébranler le scepticisme ambiant.

Que les natures sensibles se rassurent, la baseline en exergue sur l’affiche n’est que pure roublardise. Bien que le film soit notamment produit par Eli Roth***, réalisateur connu pour son raffinement en matière de tortures à haut taux d’hémoglobine, Daniel Stamm a l’intelligence de préférer la suggestion à la surenchère (même si le caméraman abuse inopportunément de zooms épileptiques).

On rit beaucoup et ce, grâce à l’abattage de Patrick Fabian, acteur issu de séries télévisées, qui se révèle excellent dans un one-man-show qui culmine lors d’un exorcisme pratiqué sur une jeune campagnarde, le gredin y révélant une panoplie impressionnante de farces et attrapes tout en brocardant ironiquement les poncifs du genre. Nonobstant, la seule chose qui tendrait plutôt à nous terrifier, nous spectateurs, est bien la description de l’obscurantisme religieux régnant encore au XXIe siècle dans les vastes contrées.

La force du film tient essentiellement à son casting. Lorsque nos aventuriers débarquent au domicile des ploucs que notre homme de peu de foi compte gruger, il flotterait presque comme un parfum de Délivrance*** jusque dans le lieu de culte du village. Car Louis Herthum (le père), Ashley Bell (particulièrement remarquable dans le rôle de la possédée en Doc Martens) et Caleb Landry Jones (le frère narquois) forment sans gros effort une famille que l’on suppute consanguine. Le climat délétère qui règne sur la ferme est extrêmement bien rendu et rampe bientôt une sourde angoisse dès l’instant que l’on se doute que notre aimable escroc va devoir rendre des comptes à son créateur quant à son orgueilleuse impudence.

Et là… Patatras ! Outre le choix peu judicieux du titre — les producteurs souhaitant sans nul doute surfer encore et toujours sur les recettes du passé (Cotton, envisagé précédemment aurait été plus intrigant) — qui annonce clairement l’épilogue, tandis que l’atmosphère devenait foncièrement malsaine et les rires forcés… le scénariste (a) s’est pendu, (b) a filé avec le script, (c) a inhalé des substances illicites. Merci de rayer les mentions inutiles.

Tous les efforts entrepris se transforment subséquemment en eau de boudin et la plaisanterie tourne court. Dommage. Pour une fois que l’on s’amusait à épingler les travers des fanatiques de tous poils et les faux prophètes.

* mais bien moins que dans le titre ou la bande annonce
** The Blair Witch project de Daniel Myrick et Eduardo Sanchez_1999
*** Cannibal holocaust de Ruggero Deodato_1980
**** Entre autres, les abominables Cabin fever_2002, Hostel_2006 et 2007
***** Deliverance de John Boorman_1972

© StudioCanal
© StudioCanal

Le dernier exorcisme/The last exorcism de Daniel Stamm_2010
avec Patrick Fabian, Ashley Bell, Louis Herthum, Caleb Landry Jones, Iris Bahr, Tony Bentley et Becky Fly

Sortie le 15 septembre 2010

4 responses to LE DERNIER EXORCISME de Daniel Stamm

  1. Foxart says:

    Papier toujours aussi réjouissant à relire !
    Même si je ne partage pas ton avis sur la fin, ce virage en sucette me ravit, mais on en avait déjà débattu à l'époque…

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