INTRUDERS de Noh Young-seok [FFCP 2014]

Le rat des villes et les rats des champs.

Pressé par son producteur, San-jin, scénariste en mal d’inspiration accepte d’aller s’enterrer dans le trou du cul du monde pour s’atteler à la tâche. Un poil velléitaire, voici notre citadin à l’esprit perclus d’idées préconçues qui débarque dans un village paumé où il devient derechef le centre d’attractions. Clash des cultures. San-jin n’a qu’une hâte, se retrouver seul dans son chalet isolé, loin du tumulte du monde et de ses frères humains.

Pas de bol ! Un homme affable le prend en amitié et le poursuit de ses assiduités ; c’est qu’il vient de sortir de prison et a grand besoin, lui, de chaleur humaine. Des braconniers, chantres du délit de sale gueule absolue, la consanguinité des affreux de Délivrance a manifestement fait des petits, sévissent dans la région. Un groupe de jeunes gandins amateurs de ski et d’alcool — trop vite évacués, excepté une mijaurée de première interprétée par Han Eun-sun  — le tient absolument pour le gérant des lieux et exigent le gîte. Et une présence invisible rôde. L’inspiration s’étiole, rongée par les importuns et bientôt, l’inquiétude. L’écriture attendra.

C’est qu’il s’agit de survivre. Tant au silence qu’aux envahisseurs. Et à l’angoisse de la page aussi blanche que la forêt environnante. Le chalet, d’abri, se mue en piège mortel.

Intruders est plus une comédie mâtinée de suspense qu’un thriller haletant. On y rit volontiers : des préjugés du héros qu’il nous arrive de partager, des clins d’œil discrets à moult films d’horreur enneigés, des catastrophes qui s’accumulent et empêchent notre auteur de retrouver son mojo et des trognes impossibles qu’il croise et qui l’effraient, parfois a contrario. Dommage cependant que ce grand lourdaud de Jeon Seok-ho soit si peu expressif et garde éternellement un air bovin. On peut nonobstant compter sur l’excellent Oh Tae-kyung, le repris de justice avide de socialisation, pour assurer le spectacle.

Malgré quelques baisses de rythme, cette aventure givrée aux cadres impeccables nous offre quelques beaux moments, notamment une course poursuite affolée dans la neige, des plans supposés innocents de viande rouge qui font galoper l’imagination — tant du héros que des spectateurs — et quelques twists guère piqués des hannetons qui bousculent perpétuellement la narration. Avant que le réalisateur ne renverse à nouveau la vapeur, jouant sur la paranoïa d’un pays entier. La fin abrupte nous laisse, avouons-le, sur notre faim.

Néanmoins, avec cette variation ironique sur la peur de l’autre, Noh Young-seok nous rappelle malicieusement que la prudence s’impose lorsqu’il s’agit de reconnaître le vrai visage de l’ennemi.

Intruders/Jo-nan-ja-deul de Noh Young-seok_2013
avec Jeon Seok-ho, Oh Tae-kyung, Choi Mu-seong, Han Eun-sun et Kim Da-hween

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