SALVO de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza

Brûler à Palerme.

Il ne fait pas bon omettre d’écouter le parrain lorsqu’il vous donne un ordre. Tombé dans une embuscade aussi brutale qu’inattendue, Salvo — chauffeur et homme de main — au mépris des ordres et de sa propre sécurité cavale derrière un des tueurs qui a échappé au carnage et obtient le nom du commanditaire. Avant d’exécuter froidement, mais sans douleur et sans haine, le donneur.

Palerme semble littéralement se liquéfier sous la chaleur* et les esprits comme les corps, même s’ils semblent endormis, s’emballent aisément pour de sombres histoires d’honneur, de pouvoir et de territoires.

Salvo, grand brun taiseux (Saleh Bakri, acteur palestinien remarquable et remarqué notamment dans Le sel de la mer de Annemarie Jacir_2008 et Le temps qu’il reste de Elia Suleiman_2009) tout en muscles et mâchoire carrée, vit dans un gourbi tenu par un couple (On reconnaît dans le tenancier manifestement troublé par cet hôte peu amène, Luigi Lo Cascio, le Nicola de Nos meilleures années de Marco Tullio Giordana_2003) qu’il méprise tant qu’il va jusqu’à leur préférer la compagnie de leur chien.

Le boss (Mario Pupella, répugnant), lui, se terre comme un rat mais, et là est toute l’absurdité de son existence, n’abandonne pas un pouce de terrain et tient son équipe d’une main de fer. Partant, il nous paraît évident que sous couvert d’une étude quasi-documentaire sur la jeunesse délinquante palermitaine, nous allons assister à un énième règlement de comptes sanglant entre rivaux mafieux. Las.

Sommé d‘aller abattre l’impudent qui a osé s’attaquer au Don, Salvo, en brave soldat, s’introduit dans le domicile d’i-celui et débute alors ce qui demeure le tour de force du film. L’homme n’est pas là, sa jeune soeur aveugle (Sara Serraiocco), si. Qui écoute en boucle une infernale ritournelle**. Notre tueur s’en trouve fort marri.

A la limite de l’abstraction, entre ombres et lumière, Salvo et Rita, prisonnière en sa propre demeure, entament un pas de deux hypnotique dans la maison, l’un, tentant de se rendre invisible — le benêt —, l’autre reniflant le danger comme un jeune animal en cage.

Le frère occis, Salvo se doit désormais d’abattre le témoin. Mais ne voilà-t-il pas qu’au lieu de supplier, de pleurer, de demander grâce, Rita se défend et se bat contre l’intrus qui pourrait l’allonger d’une seule beigne.

C’est alors que… MIRACOLO !

Doté d’une atmosphère particulièrement sensuelle, Salvo est un bel ouvrage en trois temps. Chronique d’une tragédie annoncée, le film de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza est tout à la fois un remarquable thriller claustrophobe, une étude des us et coutumes de la mafia qui gangrènent les quartiers pauvres de Palerme et une histoire d’amour rendue impossible tant par les actes de son héros et les liens étranges qui l’unissent à son patron (une scène de repas souterrain donne le la de leurs relations) que par sa mélancolie d’asocial.

L’aventure est vécue sous un soleil brûlant qui rend les corps moites et crame les âmes. La fin, ouverte, permet cependant aux optimistes d’espérer que certain(e)s trouvent dans une liberté chèrement acquise la force de survivre.

* Le directeur de la photographie n’est autre que Daniele Ciprì, co-réalisateur avec Franco Maresco des impayables L’oncle de Brooklyn_1995 et Totò qui vécut deux fois_1998
** Arrivera de Modà avec Emma Marrone

A noter : Edité par BlaqOut, le DVD sort le 1er juillet 2014. En bonus, une présentation enthousiaste du film par Charles Tesson, délégué général de la Semaine de la Critique où Salvo a obtenu en 2013 le Grand Prix Nespresso et le Prix Révélations France 4 et surtout, le remarquable Rita, un court-métrage quasi onirique datant de 2009, qui met en scène une jeune aveugle surprotégée par sa mère et la réappropriation de sa liberté. Pour profiter d’une interview des réalisateurs à propos de Rita et de son interprète, Marta Palermo, rendez-vous sur le site d’Arte, Rubrique Court-circuit.

SALVO de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza_2013
avec Saleh Bakri, Sara Serraiocco, Mario Pupella, Giuditta Perriera et Redouane Behache

****

2 responses to SALVO de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza

    • FredMJG says:

      J’ai raté Girafada mais pas Le temps qui reste, Le sel de la mer ou La visite de la fanfare. Dommage qu’il se consacre plus au théâtre…

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