LES AVENTURES DE PHILIBERT, CAPITAINE PUCEAU de Sylvain Fusée

Trouille ! Quelle merdouille !

Philibert est un jeune gandin vigoureux et niais mais à la figure bien aimable qui entend consacrer sa vie à la culture de l’artichaut sous la bienveillance du seigneur, en compagnie d’une épouse bien faite et modeste qu’il attend patiemment de rencontrer aux fins de jeter sa gourme et se vautrer dans un stupre tout conjugal.

Tandis qu’il se plie bien volontiers aux volontés de son père et apprend poésie, escrime et menuet, ne voilà-t-il pas que le paternel expire et avec lui ses rêves d’agriculture. Enfer et quenouilles putréfiées ! Philibert se prénomme Eudes et a été adopté, son valeureux géniteur, gentilhomme bien né, ayant été occis de fort méchante façon par un malfaisant de la pire espèce, reconnaissable à la marque de l’infamie qu’il porte au cou.

L’intrépide Eudes/Philibert quitte alors le domaine et enfourchant sa Rossinante galope remplir sa mission toute divine : retrouver le gredin, lui faire passer le goût du vin, lui ôter la vie, reprendre son nom, retrouver son honneur, garder sa fleur, trouver sa dame, la lui offrir et mener grand train.

Sans vouloir nécessairement émettre de méchantes critiques à son encontre, oui, Philibert est gentil. Trop. Et a surtout une inaltérable confiance en la nature humaine, très vilain défaut que vont se charger de lui faire regretter maints manants rencontrés sur son chemin. Sans toutefois lui ôter son courage et surtout, cette si singulière candeur qui le rend agaçant pour les effrontées qu’il croise et qui en perdent toute pudeur. Mais Philibert est pur et au grand dam de son valet — un sournois détrousseur dont il essaie de sauver l’âme — ne se laisse atteindre par aucune mauvaise pensée à la vue des damoiselles dévêtues dont il ignore superbement les diaboliques appâts.

L’art du pastiche est difficile. Il faut du doigté et de la délicatesse, des dialogues ciselés, une histoire truffée de déjà vus et de clins d’œil entendus, de charmants gags et surtout un amour infini pour le genre que l’on égratigne.

Pour avoir voulu faire subir aux films de cape et d’épée le même sort qu’ont enduré les thrillers d’espionnage avec la re-création farfelue du personnage d’OSS 117, Sylvain Fusée — créateur du cynique monde de Groland — et ses scénaristes ont finalement raté le coche en enfilant les figures imposées sans rime ni raison. Malgré quelques bons mots et deux ou trois gags bien troussés, le film est long, poussif, manque terriblement de rythme et surtout, de sincérité.

Côté acteurs, Jérémie Renier en crétin bienheureux, de par son enthousiasme délirant et ses coquins collants emporte le morceau. Elodie Navarre est exquise et aurait mérité d’être mieux servie. Eric Savin et Ludovic Berthillot ne sont pas franchement à la fête. Manu Payet, au physique bien trop moderne, ne fait pas oublier Bourvil et nous tairons charitablement ce que nous inspire la « performance » d’Aurélie Montea.

La fausse bonne idée était sans doute d’offrir le rôle de la crapule à Alexandre Astier. Si son talent n’est pas en cause, on ne peut s’empêcher de songer tout à trac à Kaamelot tant son personnage ne trouve pas grand chose à se mettre sous les dents qu’il veut grinçantes. L’acteur semble gêné aux entournures et pas uniquement lorsque son cou se trouve engoncé dans une collerette démesurée.

Rappelant toutefois les plus sombres canailles incarnées face à Jean Marais ou Gérard Barray par le ténébreux Guy Delorme, il incarne finalement un dépressif de pacotille et finit, à mesure que l’histoire avance, à ne plus jouer que les yeux exorbités.

Quant à la mise en scène, elle est tout juste digne d’un épisode des Robins des bois (malheureusement, ni Pef, ni Marina Fois, ne font partie de l’aventure). On trouve même plutôt saumâtre d’avoir la sensation de regarder une aimable distraction à laquelle ont été conviés quelques copains — Gaspard Proust marmonne et Christophe Salengro est aux abonnés absents —, où rien n’est pris au sérieux et surtout pas le plaisir du spectateur. Quand on a pas la désagréable impression que les auteurs s’imaginent bien plus intelligents que leurs personnages, car on perçoit souvent comme une distanciation plutôt malvenue (ce damné « esprit Canal »).

L’hommage est si frileux, certaines scènes insupportablement étirées jusqu’à plus soif et le montage, chaotique qu’il aurait mieux alors valu verser dans la parodie pure et dure. Et dans le style, on peut tout aussi bien revoir Kaamelott et ses absurdes chevaliers de la table ronde.

Nonobstant, l’idéal serait en définitive de ressortir le délicieux Princess bride (Rob Reiner_1987), maître étalon du genre.

© Gaumont Distribution
© Gaumont Distribution

Les aventures de Philibert, Capitaine Puceau de Sylvain Fusée_2011
avec Jérémie Renier, Alexandre Astier, Manu Payet, Elodie Navarre, Eric Savin, Aurélie Montea, Ludovic Berthillot, Vincent Haquin, Gaspard Proust et Michel Robin

 

4 responses to LES AVENTURES DE PHILIBERT, CAPITAINE PUCEAU de Sylvain Fusée

  1. FredMJG says:

    ToPhilSiné: Ben j'espérais au moins un nanar dans la lignée des Angélique « oh geoffroy » marquise des anges

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