Aux courts d’un soir

© DR

Du court et du meilleur.

Voici un petit compte rendu* de la soirée Aux courts d’un soir**, avec quelques liens qui vous permettront de vous faire une idée des pelloches présentées, films dont la haute tenue — et d’excellentes interprétations — laissent présager d’un bel avenir cinématographique.

En première partie des festivités, 6 courts métrages inédits.
Sans vouloir trop déflorer les histoires car certains scenarii jouent sur l’effet de surprise, l’inspiration générale fut de nature plutôt sombre. Il n’y a donc guère eu de contestation de la part d’un public très actif et aux anges quand le jury — présidé par Pierre-William Glenn — a distingué l’hilarante comédie de Keren Marciano, Mémoires d’une jeune fille dérangée grand vainqueur de la soirée avec une mention spéciale pour son actrice principale, Sara Giraudeau. Le court de Julien Petit, Les figures a, quant à lui, obtenu un accessit, le Coup de cœur du jury.
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© Five2one/Sophie Bouteiller

A Samuel de Loïc Pottier_2010 (13′)

Avec le toujours excellent Eric Savin, très émouvant ici dans le rôle d’un SDF mentant charitablement à sa mère en s’inventant une vie sans histoire et Joséphine Derenne.

Une histoire implacable sur l’invisibilité de la souffrance quotidienne, sans pathos, ni complaisance.

Pour en savoir plus : la page du film sur Facebook.


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© Studio Kremlin

Ce jour-là de Sandra Stadeli_2010 (13’50)

Avec Laurence Côte, Eric Herson-Macarel et Satya Dusaugey.

Un vrai plaisir, celui de retrouver Laurence Côte, même s’il s’agit encore ici d’un enjeu dramatique. Son interprétation toute en intériorité sert parfaitement le rôle, celui d’une thanatopracticienne qui se trouve confrontée au pire — le décès soudain de son époux — et décide de s’occuper une dernière fois de son corps. Un beau film, profondément troublant.

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© Mitiki productions

Mémoires d’une jeune fille dérangée de Keren Marciano_2010 (17’45)

Avec Sara Giraudeau, Simon Hubert, Lionel Auguste, Gil Alma et la participation de Marie-Christine Barrault dans le rôle de la gynécologue de l’invraisemblable péronnelle interprétée par Sara Giraudeau. Les affres d’une demoiselle souhaitant à tout prix trouver un « dépuceleur » pour enfin être « dans la norme » donnent lieu à des scènes hilarantes et sans complexe qui doivent beaucoup au charme piquant et à la loufoquerie sans limite de son interprète principale. Un Grand prix mérité.

La bande annonce est désormais disponible sur le site de Mitiki Productions.
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© Kazak productions/Flore

In limbo d’Aurélia Morali et Julien Gras-Payen_2009 (15’35)

Avec Barthélémy Guillemard, Elena Bonini, Lorena Mendez et Ben Walter.

Où l’on assiste à l’éventuelle naissance d’un futur serial killer renfermé, froid et méthodique… Un court remarquable qui joue admirablement sur l’angoisse. On peut toutefois regretter un trop plein de références. Les réalisateurs aiment David Lynch, on leur en sait gré. Par contre, il est difficile de ne pas songer fortement à Benny’s video de Michael Haneke_1992 lors de certaines scènes. Le jeune (et ravissant) Barthelemy Guillemard offre une fantastique composition d’adolescent tourmenté (prénommé Damien, une vraie malédiction en somme).
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© La coupure

Les figures de Julien Petit_2010 (11’35)

Avec Sarah Suco, Chantal Banlier, Bertrand Soulier et Johanna Nizard.

Aidé par Sarah Suco, remarquable jeune actrice à l’étrange beauté, Julien Petit joue ici sur la pire des angoisses parentales, la perte d’un enfant dans un jardin public. Dommage qu’il ne fasse pas entièrement confiance au pouvoir des images et que le scénario se montre par trop explicatif. Un peu de mystère, voire d’incertitudes, n’aurait point nui à cette fable sur l’instinct maternel.

Une petite interview du réalisateur sur le site d’ElyséesTV et pour mieux connaître son actrice, Playgirl, un court-métrage de Gilles Gueraz, présenté au 48 hour film project 2009 et pour lequel elle a obtenu le prix d’interprétation est disponible sur Viméo.
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© Il ou elle productions

Et toi ? de Méliane Marcaggi et Jean-Marc Peyrefitte_2009 (10′)

Avec Méliane Marcaggi, Christophe Duthuron et Isabelle Sempéré.

Pour avoir lâchement omis de répondre à un « je t’aime et toi ? », un homme subit les foudres d’une récente conquête. Le couple de réalisateurs s’est manifestement fait plaisir pour ce court ludique et charmant sur l’éternelle incompréhension entre Mars et Vénus qui clôt la compétition sur un mode mélancolique.

Le film peut être visionné sur la page Facebook de la comédienne-réalisatrice.

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Puis, tandis que le jury délibérait, 5 courts métrages ultra primés dans les principaux festivals français nous ont été offerts. De forts jolis cadeaux, d’horizons et d’inspiration radicalement différents.
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© Metronomic

Fard de David Alapont et Luis Briceno_2009 (12’55)

Un étonnant film d’animation, doté d’un scénario fort astucieux, techniquement emballant et d’une grande beauté formelle. Sans aucun doute, un des meilleurs courts présentés. Une bête de concours également si l’on en juge par les prix remportés (notamment à Clermont-Ferrand, aux « nuits magiques » de Bègles et au festival du film merveilleux et imaginaire de paris).

La prise de conscience du héros, partie intégrante d’un peuple en voie de totale déshumanisation fait songer à They live de John Carpenter. En lieu et place d’une paire de lunettes, une simple lampe torche révèle la vérité crue sous le ravalement de façade.

A voir : le court-métrage, disponible sur le site d’Arte, rubrique Court cuircuits et son making of ou comment réaliser un film en rotoscopie ?
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© Tita productions

8 et des poussières de Laurent Teyssier_2009 (23’30)

Avec Baptiste Amann, Emilie de Preissac, Pierre Lopez et Emmanuel Blanc.

Un film très dur — et tantôt d’une drolatique tristesse avant qu’un épilogue effarant ne nous cloue sur nos sièges — sur la précarité, l’inadaptation et l’exploitation des classes laborieuses. Mais également sur le désir d’avenir et l’adieu aux conneries de jeunesse. Un cocktail détonnant qui a reçu entre autres le Grand Prix du jury au Festival du film Premiers Plans d’Angers et le Prix Unifrance au dernier festival de Cannes. Les acteurs, des juvéniles dealers au patron réaliste, sont tous remarquables, ce qui ne gâte rien.

Pour info, le film est disponible sur Arte en VOD.

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© Fiveéone

Toute ma vie de Pierre Ferrière_2010 (5′)

Un inconnu vous suit dans la rue et ce n’est peut–être pas pour vous offrir des fleurs… c’est sans doute parce qu’il vous connaît et qu’il a fait partie de votre vie. Nonobstant, il n’est pas souhaitable parfois de remuer ses souvenirs. Un excellent court-métrage d’angoisse avec une toujours splendide Caterina Murino et un Vincent Desagnat inquiétant à souhait. Prix du public à Sarlat, Fréjus et Saguenay.

Pour info, le site dédié au film.


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© Les Films du Varech

La carte de Stefan Le Lay_2009 (7’20)

Avec Sara Viot et Thibault Sommain.

Un court métrage sans paroles définitivement délicieux contant le coup de foudre d’un jeune baigneur en short rouge pour une dame au petit chien en noir et blanc. Petite précision d’importance, cette passion amoureuse au charme désuet enflamme deux personnages de carte postale…

Burlesque et poétique, ce film a été couvert de prix en 2010 dont celui des effets spéciaux à Lussac, le Prix du public et prix des scolaires au Festival Les toiles de mer, Premier prix au Festival d’Angoulême et Coup de cœur du jury au Festival des 24 courts.

A voir, son précédent court-métrage, également muet et tout aussi original : Le baiser.
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© La bise au chat

Gilles corporation de Vianney Meurville_2009 (6’55)

Avec Pierre Porquet et Thibaut Gonzalez.

Une charge féroce mais bon enfant, tapant aussi bien sur le plouc à l’intelligence mesurée que sur la futilité éperdument parisienne. Le public ne s’y est pas trompé qui a fait un triomphe à cette grosse farce truffée de gags hénaurmes qui a remporté le Prix de la meilleure fiction aux Rencontre Cinéma-Nature de Dompierre-sur-Besbre. Quant à Pierre Porquet, son cabotinage outré s’est vu offrir un prix d’interprétation à L’ombre d’un court en 2010 à Jouy en Josas tandis que le réalisateur recevait le Prix du jury.

Après un dernier éclat de rire, vint le temps des récompenses qui permit de constater que la charmante Keren Marciano partageait pas mal de points communs avec son interprète et Lola, le personnage de son film, un je ne sais quoi de burlesque dans l’attitude.

Une excellente soirée donc, et une expérience à renouveler.

* Vous pouvez également allez lire les comptes rendus de Sandra M. (que je remercie ici de son invitation), taulière — entre autres — d’In the mood for cinema et VieraSouto, de CineManiaC.
** Festival d’un jour dédié aux courts-métrages français 2009/2010 (6 inédits en compétition + 5 films ultra primés) et organisé par le Département Cinéma de l’Espace Pierre Cardin.

6 responses to Aux courts d’un soir

  1. Al Capitaine says:

    Bonjour!

    Al Capitaine, des cinéphiles d'antan,

    Merci pour la découverte de ces courts-métrages! Parfois on trouve d'excellentes choses dans cette industrie! Et il faut la valoriser tout comme nous le faisons avec les critiques de longs!

    Connais-tu le Short Film Corner?! Je dis ça parce que j'ai une connaissance qui y participe depuis quelques années.

    Bonne fin de journée

    Al'

  2. FredMJG says:

    ToAlCapitaine: Bien le bonjour Cap'! ravie d'avoir pu te faire plaisir… J'ai entendu causer du Short mais je ne suis guère du genre à pouvoir me déplacer aisément pour tous les festivals de France et de Navarre et diable parfois je le regrette.
    Donc, navrée mais je ne connais pas ta connaissance 😉
    Et n'oublie jamais que tout bon réalisateur qui se respecte a aussi commencé petit ^^

  3. Sandra.M says:

    Waouh! Superbe compte rendu très documenté! J'avais presque l'impression d'y être (bizarre non?:-)). Et effectivement Sara Giraudeau est incroyable et présentait un étrange mimétisme avec sa réalisatrice. Mes coups de coeur restent « La carte » en effet très poétique et burlesque (droits d'auteur Fred) et « Fard ». Une belle sélection en tout cas.

  4. FredMJG says:

    ToSandraM: Damned ! tu viens de découvrir mon péché mignon : trifouiller dans le net pour trouver des liens et des bidules et des trucs et des machins bref…
    Je crois que nous partageons les mêmes coups de cœur pour les ultra palmés. J'ai eu un vif plaisir à revoir Fard sur Arte mais tout de même, rien ne vaut le passage sur un grand écran 🙂
    Merci et de ton passage et de ton petit mot car je sais que tu es TRÈS occupée ^^

  5. Vincent says:

    « Fard » c'est pas mal, ça ressemble un peu à une BD de métal Hurlant de la grande époque. Par contre je n'ai pas du tout marché à « 8 et des poussières », bien que son réalisateur soit sympathique et convaincu. Je trouve que l'on est un peu trop dans le cliché, le beau ténébreux, l'ignoble patron… La piste de la rencontre entre le jeune et le vigile est mal exploitée et puis cette fin, hem, ça a son petit côté Haneke, non ?

  6. FredMJG says:

    ToVincent: « Le beau ténébreux » humerais-je comme une pointe de jalousie ? ^^
    J'ai trouvé que le film allait justement à l'encontre des clichés en prenant le contre-pied de ce que nous aurions pu voir, une bataille rangée et un des types qui finit broyé avec les bananes pourries, le jeune qui continue de dealer, ou bien qui se fait abattre parce qu'il refuse de continuer de dealer, ou une grande friture finale où tout le monde meurt alors que (je voulais pas spoiler dans mon texte) justement, le vrai « héros » est le gars totalement inadapté qui n'arrive pas à exprimer ce que le jeune peut (malgré le patron pas nécessairement ignoble non plus, tout le monde peut avoir ses raisons, et il n'a pas le temps de faire du social ce que tendrait à expliquer de manière un poil appuyée la métaphore des fruits pourris) et qui finit par péter un câble par ras-le-bol (y en a des). En tout état de cause, j'ai ressenti une vraie sincérité. C'est déjà pas mal.
    Si vous voulez voir du Haneke, regardez In limbo… ah nom d'un chien ! Dommage parce que le petit jeune est très très bien.
    PS. J'aimais bien moi Métal Hurlant 🙂

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