CHE II GUÉRILLA de Steven Soderbergh

This is the end, my friend.

Nous avions quitté un Che triomphant sous un soleil de plomb à quelques kilomètres de La Havane, nous le retrouvons quelques années après* en Bolivie où, resté fidèle à ses idéaux révolutionnaires, il tente — parfois à leurs corps défendant — d’élever l’âme des opprimés. Lorsque débute le film (l’arrivée de Guevara, incognito, dans un invraisemblable déguisement), la guérilla est d’ores et déjà vouée à l’échec, le parti communiste bolivien ayant décidé de s’en remettre à Moscou plutôt qu’aux intransigeances d’un Argentin arrogant, peu enclin aux compromis.

C’est donc l’histoire d’un mort en marche que Steven Soderbergh nous conte dans Guérilla, en favorisant des choix de mise en scène radicalement opposés à ceux adoptés pour L’Argentin. La révolution cubaine était filmée en cinémascope tout en couleurs chaudes et lumineuses, le fiasco bolivien va être traduit par un tournage au plus près des corps, et s’il est regrettable que le réalisateur abuse parfois des filtres bleus qu’il affectionne tant (voir le traitement chromatique systématique de Traffic_2001), le refroidissement des teintes bucoliques de la jungle bolivienne fait naître chez le spectateur un sentiment de claustrophobie de fort bon aloi au fur et à mesure que le piège se referme sur les guérilleros.

S’attachant à décrire le combat quotidien des insurgés, Steven Soderbergh suit la chronologie du journal du Che et s’évade parfois à Cuba pour y prendre des nouvelles de Castro ou dans les recoins du palais présidentiel de La Paz pour y suivre les revirements de la politique impérialiste de René Barrientos (interprété par Joaquim de Almeida). On peut le déplorer, puisqu’il ne s’agit manifestement là que d’informations distillées aux fins de ne pas perdre le public, car dès lors que l’on s’éloigne de Guevara/Ramon/Fernando et de ses compagnons d’infortune, le film perd de son intérêt…

Il nous faut une fois encore louer le travail de Benicio del Toro qui privilégie l’humain à l’icône (on voit plus souvent le révolutionnaire soigner ou songer à nourrir des ventres vides que l’arme à la main, même s’il ne répugne pas à l’affrontement). Pas d’interprétation christique non plus, malgré le climat funèbre ; entouré de quasi inconnus (on reconnaît toutefois au passage Lou Diamond Phillips ou Franka Potente, voire Matt Damon, dans le rôle d’un prêtre allemand venu donner des leçons de nationalisme aux paysans boliviens), l’acteur se fond le plus souvent dans le paysage, indissociable de ses compagnons d’armes, jusqu’à y disparaître.

Nonobstant, c’est à un Ivan le Terrible dépenaillé que fait songer sa haute silhouette émaciée souvent filmée de profil, la faute sans doute à son insolente barbichette en pointe (A noter cependant, malgré tant de discrétion, une effarante scène où éclatent fureur, frustration et inflexibilité — y compris envers ses propres faiblesses — lorsqu’en pleine crise d’asthme, Guevara poignarde un canasson rétif).

Sa mort annoncée, le réalisateur la filme sobrement, sans pathos (le Che est un homme jugé si dangereux — n’a-t-il d’ailleurs pas essayé d’hypnotiser un jeune soldat chargé de le surveiller ? — qu’on le fait abattre, entravé, par un péquenot mort de trouille) et a le bon goût de ne pas reproduire la « fameuse » photo du corps supplicié de Guevara, exposé après son exécution à Vallegrande.

Bien au contraire, dans un bel élan d’optimisme, Steven Soderbergh décide de clore son diptyque sur les visages juvéniles d’Ernesto et de ses amis cubains, baignés de ferveur révolutionnaire, lorsqu’ils s’élancèrent à l’assaut de Cuba à bord du yacht Grandma dans l’espoir de lendemains qui ne déchantent pas trop vite.

* La désastreuse aventure congolaise est passée sous silence

© Warner Bros. France
© Warner Bros. France

Che 2 Guérilla/Guerrilla de Steven Soderbergh_2009
avec Benicio Del Toro, Carlos Bardem, Demian Bichir, Joaquim de Almeida, Eduard Fernandez, Marc-André Grondin, Khalil Mendez, Elvira Minguez, Ruben Ochandiano, Lou Diamond Phillips, Franka Potente et Matt Damon

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