SURVEILLANCE de Jennifer Chambers Lynch

Faux semblants.

Dans la famille Lynch, si le père David aime à distiller dans ses méfaits cinématographiques une inquiétante étrangeté, la fille, Jennifer, pencherait plutôt vers la loufoquerie, tendance gore hargneux.

Enquête policière facétieuse ? portrait de serial killer ? road movie ? Jennifer Chambers Lynch nous offre ici un film puzzle où paroles (témoins à la mémoire plus que sélective) et images (réalité sèche des plans) sont indissociables, vraies, mais tout autant contradictoires, selon le point de vue présenté car oui, le Rashomon de Kurosawa n’en finit pas de faire des petits.

Débutant par une agression d’une bestialité insoutenable, l’histoire bifurque brusquement sur l’enquête menée par deux agents du FBI (tendance Mulder et Scully à Ploucville) titillés par une tension sexuelle exacerbée et interprétés par deux acteurs empruntés au pater familias, soit Bill Pullman (échappé de Lost Highway) et Julia Ormond (retrouvée dans Inland empire. On craint un moment — quand elle se trouve en présence de la jeune Ryan Simpkins notamment — qu’elle ne nous rejoue la partition de Smilla, sense of snow, tourné sous la direction de Billie August en 1997, mais la piste est aussi fausse que les dépositions qu’elle recueille en compagnie de son compère).

Entre deux scènes choc (un meurtre brutal, un carambolage d’une violence inouïe filmé de main de maître), la réalisatrice nous gratifie de quelques tranches de vie hilarantes fort salvatrices. Armée d’un humour féroce, elle excelle dans la description de personnages déjantés, la palme revenant à un couple de junkies embarqués dans une folle épopée cocaïnée entrecoupée de fous rires inextinguibles qui finissent par nous gagner. Sans oublier les petits jeux pervers de deux crétins de gendarmes qui trompent leur mortel ennui en terrorisant les rares conducteurs qui s’aventurent sur leur territoire (aussi terrifiant du reste que le bled paumé où officiait Leaterhead dans Massacre à la tronçonneuse, référence incontournable). Gloussements assurés.

Aidée par le cabotinage ahurissant d’un Bill Pullman au meilleur de sa forme et objectivement ravi d’avoir été invité à participer à cette folle aventure, Jennifer Chambers Lynch nous embarque aisément dans son collage nonsensique qui n’a d’autre prétention que de mener le spectateur en bateau au rythme des mensonges des protagonistes, des dessins d’une petite fille trop presciente et d’une sauvagerie parfaitement assumée.

La révélation finale ne confine pas au génie mais du moins s’est-on bien amusé.

Surveillance de Jennifer Chambers Lynch_2008
avec Julia Ormond, Bill Pullman, Pell James , Ryan Simpkins, French Stewart, Cheri Oteri et Michael Ironside

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