Bons baisers de Bruges de Martin McDonagh

Brendan Gleeson & Colin Farrell dans Bons baisers de Bruges de Martin McDonagh © SND

Voir Bruges et en périr d’ennui. Qu’il est bon d’être agréablement surpris !

Les Bons baisers de Bruges nous sont envoyés par deux tueurs à gages plutôt foireux exilés en Belgique pour s’y faire oublier…

Alors que l’on pourrait craindre une énième aventure de gangsters à l’anglaise dont le cinéma britannique fait parfois son pudding — dans la lignée de Snatch (Guy Ritchie_2000) ou de Layer cake (Matthew Vaughn_2006) pour ne citer que le dessus du panier — nous assistons ébahis à un enchaînement de situations insolites et de dialogues fleuris (rendus d’autant plus savoureux que les deux irlandais s’en donnent à cœur joie) prenant résolument, entre loufoquerie et mélancolie, le contrepied de nos attentes.

Martin McDonagh, également auteur du scénario, réussit le tour de force de nous faire apprécier ses deux héros, désarmants d’humour et pétris d’humanité malgré le geste monstrueux qui a commandé à leur bannissement.

La jubilation nait de ce que les Laurel et Hardy de la gâchette (interprétés par Brendan Gleeson, héros impeccable de deux excellents films de John Boorman The general_1998 et The tiger’s tail_2006, et Colin Farrell, qui n’est jamais aussi bon que lorsqu’il joue les petites frappes alcoolisées et irresponsables) ont une manière bien à eux de survivre, et à Bruges, et à la culpabilité qui les ronge. Le dur à cuire se prend de passion pour les charmes architecturaux de la ville* tandis que le novice récalcitrant préfère rechercher un peu de chaleur humaine auprès d’une donzelle, arnaqueuse à ses heures perdues (Clémence Poesy), et d’un nain égocentrique, cocaïnomane et parfaitement odieux (Jordan Prentice). Cerise sur le gâteau, Ralph Fiennes, dans une invraisemblable et hilarante interprétation d’un assassin glaçant et sanguinaire, viendra nous offrir une mémorable leçon de civisme.

En remerciement de cet excellent divertissement, il nous faut nous souvenir de faire de Bruges la prochaine destination d’un week-end à tuer**.

* Et aux fins de mesurer le parcours burlesque vers la rédemption entrepris par les deux canailles, il ne faut en aucun cas rater le regard assassin que lance le mentor amoureux des vieilles pierres au jeune inculte qui renâcle — déprimé qu’il est par tant de visites touristiques en forme de chemin de croix — à la perspective d’aller reluquer la fiole contenant le sang du christ. Inénarrable !
** Parcours proposé par M. McDonagh : la place Jan Van Eyckplein, le Lac d’Amour, le musée Groeninge, le restaurant Cafedraal, le Diligente Bar et la Basilique du Saint-Sang.

Bons baisers de Bruges/In Bruges de Martin McDonagh_2008
avec Brendan Gleeson, Colin Farrell, Jordan Prentice, Clémence Poésy et Ralph Fiennes