Etre [ou ne pas être] dans le bain : la rouerie

Kirk Douglas & Henry Fonda dans Le reptile/There was a crooked man de Joseph L. Mankiewicz_1970 © Swashbuckler Films

Ne vous fiez pas au langoureux regard complice que se lancent Paris Pittman/Kirk Douglas et Woodward Lopeman/Henry Fonda lors de leurs ablutions. Mais notez plutôt que si Woodward, ancien shérif à la jambe aussi raide que la justice désormais gardien de pénitencier, a la main crispée sur une savonnette, celle du détenu Pittman s’approcherait tendancieusement de l’arme qui le nargue. Pourtant, il ne s’en saisira pas. Lopeman le teste et il le sait. Et ne s’est-il pas immergé dans un tonneau pour montrer l’exemple à l’établissement tout entier, sommé de se décrasser sous le joug du très respectable nouveau maître des lieux?

La réussite d’une spectaculaire évasion vaut bien une toilette songe Pittman le gredin, jouisseur patenté, charmeur de ces dames au sourire carnassier, félon magnifique qui enjôle ou massacre sans que frémisse sa légendaire fossette.

Tout à leur cours après moi que je t’attrape, nos deux bretteurs oublient chacun leur tour la plus élémentaire des précautions et leurs joutes n’empêcheront pas, la canaille fut-elle trop belle, que magot mal acquis ne profite jamais. Pittman aura beau faire et défendre chèrement son butin, il oubliera mais un peu tard que l’on tombe toujours sur plus venimeux que soi.

Dans une dernière pirouette, le vertueux Lopeman en perd illico son latin et ses principes, tant il suffit parfois d’attendre patiemment derrière un rocher la mort de son ennemi pour s’enrichir à peu de  frais.

Dieu est mort depuis longtemps, John Ford aussi. Et Henry Fonda a interprété deux ans auparavant un tueur d’enfants pour Sergio Leone. Il y a donc définitivement quelque chose de pourri au royaume de l’ouest.

Sommet de cynisme, Le reptile, unique western de Joseph L. Mankiewicz, tire sur tout ce qui bouge de traitres, de crétins et de damnés hypocrites et demeure comme le plus misanthrope des films du réalisateur.

A suivre…