BLUE SUNSHINE [Le rayon bleu] de Jeff Lieberman

Chauve qui peut !

Une petite soirée entre amis dégénère lorsque l’un des participants (Richard Crystal, frère de Billy. Si si), crooner d’opérette, entreprend une belle entre deux vocalises et la serre d’un peu trop près. Son conjoint semble en prendre ombrage, tente de retenir le bellâtre et ô stupéfaction ! ne voilà-t-il pas qu’il se retrouve une perruque à la main.

Notre chanteur, victime d’une alopécie galopante, prend alors la fuite sous les quolibets amicaux. Honteux de leur moquerie, certains partent à la recherche du malheureux tandis que Jerry Zipkin, le héros du film arborant une mine éternellement renfrognée de misanthrope endurci, abandonne momentanément trois femmes dans la maison. Il ne les reverra pas vivantes. Notre déplumé en proie à une folie furieuse est revenu sur ses pas et les a massacrées. Les amoureux de morts bizarres trouveront sans doute délicieux le fait qu’il enfourne d’un coup d’un seul une des invitées dans la cheminée pour qu’elle y rôtisse à son aise.

Comptant bien s’offrir encore quelques bonnes tranches de rigolade, le grand fou poursuit Jerry mais se fait malencontreusement heurter par un camion. Notons que les chauffeurs sont prêts à jurer leurs grands dieux que le timbré n’a atterri sous leurs roues que parce que son pote l’y a poussé…

Et Jerry Zipkin de s’enfuir, « faux coupable » en puissance. Il ne cessera d’ailleurs jamais de décamper devant les forces de l’ordre, ce qui au bout d’un moment commence à faire doucettement rire, l’enquête parallèle qu’il mène se soldant par des morts accidentelles. Mais il faut bien avouer que son physique digne d’un psychopathe ne l’aide pas… Regard absent et moue fébrile, Jerry nous fait la surprise d’entrer en transe sur un lieu du crime où, tel un émule de Will Graham pourchassant le dragon rouge, il « voit » le massacre perpétré par le maitre des lieux — un policier admirable sous tous rapports — qui étonnamment portait aussi moumoute. Damned, la brigade des pelés a encore frappé !

Après moult rebondissements, notre brave Jerry — aidé par un ami médecin (rires) et soutenu moralement par sa douce et blonde amie qui n’a droit en retour qu’à des regards de chien mouillé ou au mieux, un rictus nerveux en guise de sourire — en vient à la conclusion que bon sang mais c’est bien sûr, tous ces foldingues dégarnis ont dix ans auparavant tâté d’un acide joliment baptisé Blue sunshine et qu’ils en subissent les effets secondaires. Quoique n’ayant plus dorénavant de soucis de pellicules, ils sont assaillis par d’atroces migraines, puis font montre d’une fâcheuse tendance à se muer en maniaques homicides.

Quant au dealer de cette dope, figurez-vous que ce sagouin se présente aux élections ! Le problème à résoudre est de déterminer si le politicien dont s’agit — chevelure fournie, dents de requin et ressemblant à s’y méprendre à un héritier Kennedy — a goûté ou non à sa marchandise.

Après un extravagant finale où un chauve bâti comme un quarterback pète les plombs dans un night-club — boules à paillettes et disco à fond les manettes sont des circonstances toutefois parfaitement atténuantes — l’histoire s’achève dans un centre commercial et préfigure curieusement l’invasion des morts-vivants dans le Dawn of the dead de George Romero, tourné la même année.

Malgré le manque cruel de moyens et quelques raccourcis des plus abscons, Blue sunshine réussit à nous tenir en haleine. Par son suspense rondement mené tout d’abord — la baby-sitter va-t-elle entre chaque doliprane occire deux infernaux bambins ? —, mais surtout par un humour décapant qui préside à chaque scène. Blue sunshine est un conte psychédélique absurde où le monde semble s’être irrémédiablement divisé en deux ; d’un côté, les anciens hippies camés rangés des voitures et arborant tous un masque de respectabilité, de l’autre, Jerry Zipkin décrit comme un esprit libre et quelque peu en marge de la bonne société.

Avouons néanmoins que l’ahurissante « prestation » de Zalman King est à hurler de rire. Outre qu’il a constamment l’air de vivre sous l’emprise d’une substance illicite et de se demander ce qu’il fiche dans le décor, ce garçon semble être dans l’incapacité notoire de s’empêcher de jouer les mains dans les poches tant il est évident qu’il ne sait que faire de ses battoirs. Il est si mauvais qu’il en devient inoubliable et confère au film un charme insolite. Rappelons que le cher homme — qui nous a quitté dans la plus grande indifférence au mois de février dernier — ne persistera pas (trop) dans l’actorat et deviendra célèbre en réalisant des films « érotiques » dont les plus beaux fleurons sont sans contexte Two moon junction avec Sherilyn Fenn et L’orchidée sauvage avec le couple Rourke/Otis, deux créations pleines de stupre et de sueur. Ce qui manque singulièrement ici. Les amateurs de gore en seront également pour leurs frais, les homicides étant filmés hors cadre (coupures drastiques dans les finances obligent).

Entre autres anecdotes fort savoureuses, Jeff Lieberman, réalisateur du répugnant La nuit des vers géants/Squirm_1976 s’amuse dans l’interview délivrée en bonus (à ne voir qu’après le film) à détailler le scénario original qu’il avait écrit et qui nécessitait un budget relativement confortable. La somme finalement allouée ayant été réduite à peau de chagrin — Fi donc des flashbacks prévus sur les années estudiantines de nos petits chimistes —, Blue sunshine a désormais des allures de brouillon du grand film paranoïaque qu’il aurait pu être.

Nonobstant, avec son image un poil craspec’ chère aux seventies, le fameux Rayon bleu possède malgré tout assez d’étrangeté jusque dans ses imperfections pour nous divertir agréablement.

A noter. Est également disponible sur le DVD, The ringer, premier court-métrage de Jeff Lieberman où sont cruellement épinglés société de consommation et marketing sauvage. S’agissant à l’origine d’un film de commande censé marteler que « la drogue, c’est le mal », le réalisateur s’est manifestement diverti à détourner totalement le message prévu.

Blue sunshine [Le rayon bleu] de Jeff Lieberman_1978
avec Zalman King, Deborah Winters, Mark Goddard, Robert Walden, Charles Siebert, Brion James, Ann Cooper et Richard Crystal

10 responses to BLUE SUNSHINE [Le rayon bleu] de Jeff Lieberman

  1. foxart4 says:

    Je suis d’accord sur toute la ligne (et la raie au milieu) y compris concernant Zalman King !!^^
    The Ringer est également un truc incroyable…
    Tu as vu La nuit des vers géants ?

    • FredMJG says:

      Si je n’avais point vu les lombrics hurleurs aux petites dents cruelles de Liebo, je n’en causerais pas mon cher…

        • foxart4 says:

          Bah… Tu dis juste « répugnant »…
          Il est drôle aussi, et vachement impressionnant dans la catégorie invasion bébête !

          • FredMJG says:

            Je n’aime pas les choses grouillantes et c’est le premier mot qui m’est venu à l’esprit. Si j’ai bonne mémoire, je l’avais trouvé super bien foutu pour un film fauché.

  2. foxart4 says:

    Ah oui, Zalman était sous substance je pense…
    Il a bien fait de ne pas persévérer…

    • FredMJG says:

      Non mais quand il cause aux portes ou qu’il répète le mode d’emploi de son flingue à fléchettes. J’étais écroulée (et je n’avais rien pris).

        • FredMJG says:

          Ou alors c’était un génie et nous ne l’avons pas reconnu. De dépit, il a été tourner des films de cul 😀

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