VOIR LA MER de Patrice Leconte

Voir la mer de Patrice Leconte © Océan Films

La grande sauterelle. Le scénario tiendrait sur le bikini de la très piquante Pauline Lefèvre, ravissante emmerdeuse du dernier (?) film de Patrice Leconte, si on décidait de l’y graver.

Alors que son frère ainé Clément (Clément Sibony, un peu en retrait) se fait méchamment larguer, Nicolas (Nicolas Giraud, exalté), à trop regarder la jolie Prudence (Pauline Lefèvre, donc) se prend un pain dans la tronche balancé par son irascible protecteur (Gilles Cohen, HI.LA.RANT). C’est le coup de foudre ! Les deux Bourguignons prenant la tangente vers Saint Jean de Luz aux fins de rendre visite à leur mère, mademoiselle Sans-Gêne s’impose dans la fratrie, prise d’une irrépressible envie de découvrir la mer, à défaut de savoir ce qu’elle veut vraiment faire de sa peau.

Nous voilà alors embarqués dans les tribulations mi-figue (Clément boude) mi-amoureuse (Nicolas est sous le charme) du trio tandis que l’amant éconduit les poursuit, parfois bien malgré lui, monsieur faisant dans la représentation en bijouterie et la clientèle qu’il visite occupant mystérieusement la diagonale qu’empruntent nos voyageurs.

Cette grande sauterelle de Pauline Lefevre possédant un charme fou, il est bien normal que nos garçons y succombent l’un après l’autre, et qu’ils soient prêts à toutes les folies pour combler et garder cette godiche pour qui être une fille libérée n’est ma foi pas si facile.

Voir la mer n’aurait pu être qu’une pochade printanière mais possède une grâce indéfinissable, à peine perturbée par la pantomime de frappadingue de l’épatant Gilles Cohen, faisant preuve une fois encore d’une présence et d’un ton très personnels.

Vivant en parallèle aux amours juvéniles une bien pathétique tragédie, son interprétation toute en nuances d’homme ridicule éperdument épris où se mêlent dépression et dangerosité — Il faut le voir tenter l’auto-stop armé d’un revolver, s’affaler nonchalamment la tronche en sang devant une cliente imperturbable ou l’entendre menacer sa mie et ses nouveaux partenaires — lui permet néanmoins de conserver tout son capital sympathie.

Baigné par le soleil, le joyeux film de Patrice Leconte — outre qu’il nous apprend comment engloutir trois petits beurres en moins d’une minute, recette qui peut se révéler essentielle en cas de concours à gages — est un objet rafraîchissant, aussi léger que la brise de liberté qui y souffle et éthéré qu’une amourette de vacances. En conséquence, il est plus que temps de se ragaillardir en ces veilles de congés annuels devant cette œuvre de saison.

© Océan Films
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