JEWISH CONNECTION de Kevin Asch

Jewish Connection/Holy rollers de Kevin Asch © Pyramide Distribution

Candide au pays de l’ecstasy. Passons rapidement sur le peu de subtilité du titre français* lançant une obscène œillade à l’ultra violent French Connection de William Friedkin — voire laissant imaginer une comédie adolescente à l’humour un peu gras — pour nous intéresser de plus près à l’aventure abracadabrantesque (based on a true story nous prévient d’emblée un carton au générique aux fins de prévenir toute incrédulité) contée par l’ambitieux Kevin Asch, dont c’est le premier long métrage.

S’intéressant à une affaire criminelle datant des années 90 où, à l’insu de leur plein gré, moult jeunes juifs orthodoxes furent recrutés et se muèrent en mules pour le compte d’un trafiquant d’ecstasy, le réalisateur rend hommage à ses deux maîtres, Sidney Lumet et Martin Scorsese.

Tout d’abord par le grain très particulier de l’image qui rappelle sans faillir les années 70 chères à Serpico, Dog day afternoon, voire au Prince of the city, ensuite par la présence discrète de Stella Keitel (fille de son père, tragique héros de Mean Streets, écartelé entre sa foi profonde, ses amitiés indéfectibles et la rugueuse réalité de ses activités mafieuses) et la description minutieuse des liens familiaux et religieux dans lesquels se débat Sam Gold, l’audacieux délinquant en rupture de ban.

La principale qualité de Jewish Connection est sans contexte l’embrigadement de Jesse Eisenberg (garçon aussi joli que talentueux) dont le visage angélique et la fausse fragilité un peu gauche sont derechef démentis par un culot et un bagout invraisemblables.

Se rebellant — sans doute par dépit** — contre un père intolérant et une vie d’ores et déjà toute tracée, son indépendance passe non seulement par la tentation du crime mais tout autant par une totale remise en question de ses convictions qu’il a cependant du mal à oublier, notamment lorsqu’il se trouve en présence d’une fille perdue qui le trouble (la pulpeuse et « ecstatique » Ari Graynor). Le couple de joyeux gredins très attachants— en costume traditionnel et baskets immaculées ! — qu’il forme avec Justin Bartha se révèle être la pièce maitresse d’un film par ailleurs inégal.

Si un humour bienvenu parsème la réalisation de Kevin Asch, ce dernier peine toutefois à mener à bon terme et avec un égal bonheur la double histoire : un polar sans esbroufe niant la violence intrinsèque au genre mais exploitant la présence charismatique de Danny A. Abeckaser (en mode Joe Pesci d’opérette) d’un côté et l’accomplissement personnel d’un adolescent en pleine crise existentielle de l’autre. Notons qu’à l’occasion, le réalisateur ose une scène ahurissante de redécouverte de sa foi par le petit sacripant aux papillotes rasées sans sombrer dans le ridicule.

Jewish Connection, malgré une interprétation impeccable et un bouquet de scènes superbement filmées (dont une course éperdue sur le pont de Brooklyn, symbole d’une liberté trop chèrement acquise) est un film agréable certes, mais qui manque d’aspérités, pâtit d’un trop plein d’augustes références et laisse à la fois une curieuse impression de déjà (trop) vu et un goût d’inachevé. Une déception à la mesure de l’attente.

* Alors que le titre original, foncièrement intraduisible et quelque peu péjoratif, fait allusion au prosélytisme religieux et évoque en conséquence les rites et traditions dans lesquelles baignent les jeunes et immoraux héros du film
** Les héros interprétés par Jesse Eisenberg n’ont décidément pas de chance avec les filles. Pour un aussi ravissant garçon, cela tient certainement d’un odieux complot de scénaristes jaloux.

© Pyramide Distribution

Jewish Connection/Holy rollers de Kevin Asch_2010
avec Jesse Eisenberg, Justin Bartha, Ari Graynor, Danny A. Abeckaser, Q-Tip, Stella Keitel, Mark Ivanir et Jason Fuchs