Festival de palmes [Cannes, les années 80]

Flashs des années 80.

Un débarquement/le visage de Lee Marvin, un bal en patins à roulettes/la mort de Christopher Walken, un coup d’état/les mensonges de Jeremy Irons, un cataclysme/l’absurdité de la vie, Paris/Texas, une femme araignée/Bill & Raul, un incendie/au commencement était le Verbe, un ange tombé du ciel/les désirs de Bruno, un meurtre/la souillure, des gitans/l’envol de la mariée.

© Michel Landi, Federico Fellini, Akira Kurosawa, Alexandre Trauner, E. Muybridge, Information et Stratégie, Cueco, Tibor Timar, Ludovic

1980

23 films (16 vus) en compétition tandis que Federico Fellini (La cité des femmes/La citta delle donne), Nicholas Ray et Wim Wenders (Nick’s film: Lightning over water) et Andreï Tarkovski (Stalker) passent en voisins.

Présidé par Kirk Douglas, le jury décerne une Palme à Kagemusha d’Akira Kurosawa ex-aequo avec All that jazz de Bob Fosse (n’en déplaise à l’excellent Roy Scheider que j’adore, Jaws en est témoin, ce film avait vieilli à peine apparu sur l’écran).

Mini-polémique quant aux prix d’interprétation remis au couple vedette — Anouk Aimée et Michel Piccoli — du Saut dans le vide/Salto nel vuoto de Marco Bellocchio, puisque doublé en italien. C’est contrariant car, au même moment, Lee Marvin exulte en sergent charismatique dans The Big Red One, œuvre testamentaire de Samuel Fuller qui revisite sa jeunesse en conflit et l’étrange Linda Manz est la révélation d’Out of the blue réalisé par Dennis Hopper.

Le Prix du scénario est offert à Age et Scarpelli pour La terrasse/La terrazza, film choral d’Ettore Scola tandis qu’Alain Resnais empoche pour Mon oncle d’Amérique et le Prix de la Critique Internationale et le Grand Prix spécial du jury à l’unanimité.

Des nèfles pour Jaguar (avec l’excellent Philip Salvador) de Lino Brocka, Loulou de Maurice Pialat, The long riders de Walter Hill et les autres.

Palme d’or à The Big Red One de Samuel Fuller parce que. Mais pas que. Pour un casque fleuri. Pour un cheval rendu fou par la fureur des armes. Et pour l’enfant qui meurt sur les épaules du sergent.

© Lorac Productions

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1981

Pffffffft. Jacques Deray, président du jury (Jean-Claude Carrière, Ellen Burstyn and co.) décerne une palme toute politique à L’homme de fer/Czlowiek z zelaza d’Andrzej Wajda.

Les festivaliers peuvent toujours se divertir avec le couple Jessica Lange/Jack Nicholson, héros d’une nouvelle version du Facteur sonne toujours deux fois/The postman always rings twice réalisée par Bob Rafelson et présentée hors compétition.

Sur les 22 films (15 vus) en lice, Méphisto d’Istvan Szabo empoche Prix du scénario et Prix de la critique internationale mais son acteur principal, l’excessif Klaus Maria Brandauer est oublié car c’est Ugo Tognazzi, autre grand cabotin devant l’éternel, qui obtient le prix d’interprétation masculine pour La tragédie d’un homme ridicule de Bernardo Bertolucci. Le Prix de la meilleure contribution artistique est attribué au fabuleux Excalibur de John Boorman (où se distingue le couple « magique » Nicol Williamson et Helen Mirren). Alain Tanner reçoit le Grand Prix spécial du jury pour Les années lumières/Light years away tandis que Juliet Berto pour Neige et Ken Loach, réalisateur de Looks and smiles, se partagent le Prix du Cinéma Contemporain (?).

Pour nous achever, le gloubi-boulga de Claude Lelouch, Les uns et les autres (musique de Francis Lai et Michel Legrand, chorégraphie de Maurice Béjart, Jorge Donn qui passe à l’ouest en deux sauts de biche…) remporte Le Grand Prix de la Commission Supérieure Technique du Cinéma Français (défense de rire).

Isabelle Adjani rafle triomphalement (mais sous les quolibets, une stupide querelle l’opposant alors aux photographes) le trophée de la meilleure actrice pour ses rôles dans Possession d’Andrejz Zulawski (et, je tiens à le préciser, le subtil Sam Neil aurait mérité d’être tout aussi encensé pour sa discrète partition et la manière élégante qu’il a de mettre en valeur sa partenaire**) et le volontiers oubliable Quartet de James Ivory.

Et Michael Cimino dans tout ça ? Précédé d’une réputation sulfureuse, son Heaven’s gate est enterré avant même d’avoir été projeté. Et pourtant, comment diable un film interprété par Kris Kristofferson, Christopher Walken, Jeff Bridges et John Hurt pourrait-il être exécrable ? parce qu’il a ruiné la United Artists* ? parce que l’inconcevable folie du tournage perdure à l’écran ? parce que l’histoire détruit sans coup férir le mythe des pères fondateurs ? parce que le film s’achève dans le désespoir et les regrets ?

La porte du paradis/Heaven’s gate de Michael Cimino est un film monstre qui survit de par sa stupéfiante beauté. Et le reste n’est que médisances.

© Partisan Productions

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1982

Et le navet va !

22 films (11 vus) en compétition et le jury est présidé par Giorgio Strehler.

Accessoirement, la Caméra d’Or est attribuée cette année à Romain Goupil pour son magnifique Mourir à 30 ans.

Palme ex-aequo au lacrymal et encombrant Missing de Costa-Gavras et au douloureux Yol de Yilmaz Guney (qui remporte également le Prix de la Critique Internationale). Les jurés (dont Jean Jacques Annaud, Sidney Lumet, Gabriel Garcia Marquez, Mrinal Sen ou Géraldine Chaplin) sont des marrants, nul doute sur ce point.

La notte di San Lorenzo réalisé par Paolo Taviani obtient le Grand Prix Spécial du Jury, Identification d’une femme/Identificazione di una donna de Michelangelo Antonioni, le Prix du 25 anniversaire du Festival (un lot de consolation en langage clair) et Passion de Jean Luc Godard, le Grand Prix de la Commission Supérieure Technique du cinéma français cependant que Werner Herzog rafle le Prix de la mise en scène pour son dément Fitzcarraldo.

Jack Lemmon obtient (encore ! et à nouveau pour un film plus que moyen) un prix d’interprétation masculine pour Missing de Costa-Gavras alors que sont également en lice pour le trophée Klaus Kinski, héros dingo de Fitzcarraldo de Werner Herzog, Frederic Forrest pour Hammett réalisé par Wim Wenders et surtout un renversant Jeremy Irons pour Travail au noir/Moonlighting de Jerzy Skolimowski qui, par ailleurs, doit se contenter du prix du scénario. Qu’est-ce que c’est que cette plaisanterie ?

Palme d’or pour Travail au noir/Moonlighting de Jerzy Skolimowski qui conte les tribulations londoniennes de quatre clandestins tandis que le coup d’état fomenté par le général Jaruzelski sonne le glas des libertés polonaises. Remarquable par sa noirceur tragi-comique, le film offre également au (déjà) remarquable Jérémy Irons, contremaitre exploiteur de son propre peuple mais tout autant victime des circonstances, un rôle à la mesure de son talent.

© Michael White Productions

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1983

Sous le bienveillant regard d’un samouraï peint par Akira Kurosawa, 22 films (14 vus) sont en compétition et William Styron préside le jury composé entre autres de Karel Reisz, Henri Alekan, Mariangela Melato, Youssef Chahine et Souleymanne Cisse.

Le prix d’interprétation masculine n’échappe pas à Gian Maria Volonté, héros de La mort de Mario Ricci de Claude Goretta au détriment du « couple » de L’homme blessé de Patrice Chéreau, Jean-Hugues Anglade/Vittorio Mezzogiorno — également présent pour La lune dans le caniveau de Jean Jacques Beinex. Personnellement, c’est à Takeshi Kitano qui, avec la complicité de Tom Conti tout aussi remarquable, crève l’écran dans Furyo/Merry Christmas, Mister Lawrence de Nagisa Oshima et fait impunément de l’ombre à David Bowie et Ryuichi Sakamoto sur lesquels tous les projecteurs sont inopportunément tournés, que j’aurais accordé ce prix.

Du côté des dames, c’est Hanna Shygulla qui se voit récompensée pour L’histoire de Pierra/Storia di Piera de Marco Ferreri, coiffant au poteau les peu farouches Greta Sacchi, héroïne de l’élégant mais ennuyeux Heat and dust de James Ivory et Isabelle Adjani, se rajeunissant à plaisir dans L’été meurtrier de Jean Becker, voire la charnelle Victoria Abril, révélation de La lune dans le caniveau de Jean Jacques Beinex et éclipsant jusqu’à l’incroyable Linda Hunt à qui Peter Weir a confié le rôle d’un homme dans L’année de tous les dangers/The year of living dangerously.

Le Grand Prix du cinéma de création va à Robert Bresson pour L’argent et Andreï Tarkovski pour le magnifique Nostalghia qui obtient également le Prix de la Critique Internationale tandis que le Carmen de Carlos Saura reçoit le Grand Prix de la Commission Supérieure Technique du cinéma français et le Prix de la meilleure contribution artistique.

La palme est décernée à Shohei Imamura pour sa traumatisante Ballade de Narayama/Narayama bushi-ko tandis que Le sens de la vie/The meaning of life de Terry Jones, tout aussi choquant, remporte le Grand Prix Spécial du Jury.

Hors compétition cette année, Angelo my love de Robert Duvall, Equateur de Serge Gainsbourg avec (l’hilarant) Francis Huster et la superbe Barbara Sukowa, Streamers de Robert Altman, le clipesque The hunger de Tony Scott et le dépaysant Utu de Geoff Murphy.

And now for something completely different, j’échange tout*** Imamura (pardon Shohei) contre un seul Python. Palme d’or à The meaning of life/Le sens de la vie de Terry Jones parce qu’il est bon de rire de soi, parfois.

© Celandine Films

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1984

19 films (13 vus) en lice, Dirk Bogarde, président du jury (en compagnie d’Ennio Morricone) et la caméra d’or attribuée à Jim Jarmush pour Stranger than paradise.

Sergio Leone aurait présenté son Once upon a time in America en compétition officielle, nul doute que la face du palmarès en eut été radicalement changée. Tant mieux pour Wim Wenders qui remporte la Palme d’or pour Paris, Texas ainsi que le Prix de la Critique Internationale ex-æquo avec l’assommant Theo Angelopoulos venu avec son interminable Voyage à Cythère (qui se paie le luxe de recevoir également le Prix du meilleur scénario). Helen Mirren est sacrée meilleure actrice pour un rôle secondaire dans Cal.

The element of crime, hallucination signée Lars Von Trier, reçoit le Grand Prix de la Commission Supérieure Technique et Bertrand Tavernier rafle le Prix de la mise en scène pour Un dimanche à la campagne (où Sabine Azéma, comme à son habitude, est à baffer).

Werner Herzog peut disparaître Where the green ants dream. Lino Brocka avec Bayan Ko Satyajit Ray avec La maison et le monde/Ghare baire et John Huston avec Under the volcano repartent également bredouilles.

Sans opposition, la Palme est attribuée à Paris, Texas de Wim Wenders qui a su s’entourer de collaborateurs de rêve : Sam Shepard et Kit Carson au scénario, Ry Cooder à la musique, Robby Muller à la photo, un solide acteur de composition en état de grâce, Harry Dean Stanton et la délicieuse Nastassia Kinski au faîte de sa beauté. Sans oublier les décors mythiques de Monument Valley qui laissent s’échapper une apparition fantomatique, fugace comme le souvenir.

© Road Movies Filmproduktion

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1985

Tandis que sont présentés hors compétition Witness de Peter Weir, La forêt d’émeraude/The emerald forest de John Boorman, Le soulier de Satin de Manuel de Oliveira, et le Woody Allen annuel, La rose pourpre du Caire/The purple rose of Cairo entre autres, 20 films (14 vus) sont en lice pour la Palme d’or qui est décernée à l’unanimité à Emir Kusturica pour Papa est en voyage d’affaires/Ota na sluzbenom putum par un jury (Mauro Bolognini, Nestor Almendros, Sarah Miles et Francis Veber, notamment) présidé par Milos Forman. Le film reçoit également le Prix de la Critique Internationale.

Birdy (qui a bien vieilli depuis) d’Alan Parker obtient le Grand Prix Spécial du Jury, Colonel Redl/Tedl ezredes d’Istvan Szabo, le Prix du Jury, le délirant Insignificance de Nicolas Roeg, le Prix de la Commission Supérieure Technique, Mishima de Paul Schrader (avec, dans le rôle de l’écrivain, un Ken Ogata halluciné), le Prix de la meilleure contribution artistique et enfin, André Téchiné remporte le Prix de la mise en scène pour Rendez-vous qui révèle Juliette Binoche (le prix d’interprétation féminine sera partagé entre Norma Aleandro pour L’histoire officielle de Luis Puenzo et Cher en mère courage dans Mask de Peter Bogdanovitch) et Wadeck Stanczak.

Le prix d’interprétation masculine est attribué à l’exceptionnel William Hurt pour Le baiser de la femme araignée/Kiss of the spider woman d’Hector Babenco. Comme d’habitude, c’est le rôle le plus flamboyant qui est récompensé. Raul Julia méritait tout autant le trophée que son compagnon de cellule.

Clint Eastwood passe tel un spectre avec Pale rider, Poulet au vinaigre de Claude Chabrol distrait, Détective de Jean-Luc Godard fait le bonheur des paparazzi à la poursuite de son couple vedette Nathalie Baye et Johnny Hallyday. Le fou de guerre/Scemo di guerra de Dino Risi avec Coluche ne convainc pas et Coca-Cola Kid de Dusan Makavejev passe totalement inaperçu. Et j’oublie par charité la ridicule prestation de Patrice Chéreau dans le pénible Adieu Bonaparte de Youssef Chahine.

La palme revient au fantasmagorique Le baiser de la femme araignée/Kiss of the spider woman d’Hector Babenco qui — outre une interprétation sans faille de ses trois acteurs principaux, William Hurt, Raul Julia et la magnifique Sonia Braga — allie astucieusement l’amour de la fiction à la puissance de l’imaginaire face à toutes les dictatures et les exclusions.

© HB Filmes

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1986

Sydney Pollack préside le jury composé de Sonia Braga, Alexandre Trauner, Alexandre Mnouchkine, Istvan Szabo, Danièle Thompson, Lino Brocka et Charles Aznavour, entre autres.

20 films (13 vus) sont en lice pour la palme. Sont également présentés hors compétition, Absolute beginners de Julien Temple, Hannah et ses sœurs de Woody Allen, La couleur pourpre/The color purple de Steven Spielberg et l’insipide Pirates de Roman Polanski, ainsi que des copies neuves du mythique Don Quixote d’Orson Welles et du magnifique Une question de vie ou de mort/A matter of life and death de Michaël Powell et Emeric Pressburger.

Si je ne trouve rien à redire au Prix de la mise en scène récompensant Martin Scorsese pour After hours, au Prix du Jury décerné à Thérèse réalisé par Alain Cavalier, au Prix de la Critique Internationale que remporte Andréï Tarkovski pour Le sacrifice/Offret qui sera son dernier film et qui obtient de surcroit le Prix de la meilleure contribution artistique et le Grand Prix Spécial du Jury, je ne peux que rejeter l’idée que le boursoufléThe missionde Roland Joffé — bénéficiant en outre du jeu outrancier de Robert de Niro qui a sans doute du regarder The hill**** en boucle et grimper des montagnes chargé comme un baudet pour « mieux se pénétrer de son rôle » — reçoive la Palme, doublée du Prix de la Commission Supérieure Technique.

Un prix d’interprétation féminine ex-aequo récompense Fernanda Torres pour Parle-moi d’amour/Eu sei que vou te amar d’Arnoldo Jabor (pas vu) et Barbara Sukowa, la Rosa Luxembourg de Margarethe Von Trotta et laisse sur le chemin Catherine Mouchet, exceptionnelle, dans Thérèse d’Alain Cavalier et la fantastique Charlotte Rampling présente pour l’hilarant Max mon amour de Nagisa Oshima.

Les acteurs ne sont pas en reste. Il a été manifestement impossible de choisir entre Michel Blanc, impeccable dans Tenue de soirée de Bertrand Blier et l’émouvant Bob Hoskins pour Mona Lisa de Neil Jordan. A tout le moins, quand toute tractation est impossible mieux vaut-il offrir un trophée collectif, dont le casting de Down by law de Jim Jarmush (John Lurie, Tom Waits et un Roberto Begnini quelque peu muselé) aurait pu bénéficier, voire gratifier le multi-primé Sacrifice/Offret d’Andreï Tarkovski d’un autre prix pour la partition d’Erland Josephson.

La Caméra d’or est décernée à Claire Devers pour Noir et blanc tandis que Jane Campion remporte la Palme d’Or du court métrage avec Peel.

Mini palmarès. Pour le Prix de la Commission Supérieure Technique, j’échange volontiers The mission contre le passionnant Runaway train d’Andreï Konchalovsky. Et le Grand Prix du Jury va à l’absurde Down by law de Jim Jarmush car j’estime qu’un peu d’humour ne nuit pas au sérieux de la compétition.

Et comme à force de rire, on finit toujours par en pleurer, la Palme est décernée au Sacrifice/Offret d’Andréï Tarkovski parce qu’il est unique. Foi de mécréante.

© Svenska Filminstitutet (SFI)

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1987

20 films (12 vus) en compétition et pas moins de 28 présentés off, dont le nostalgique Intervista de Federico Fellini, Good morning Babylonia des frères Taviani, le Woody Allen annuel, Radio days, le désopilant Arizona junior/Raising Arizona de Joel Coen, l’hilarant Dangereuse sous tous rapports/Something wild de Jonathan Demme et Tough guys don’t dance de Norman Mailer, également membre du jury en compagnie de Jerzy Skolimowki, Théo Angelopoulos et Jérémy Thomas, sous la présidence d’Yves Montand.

Qui ne se souvient cette année-là de la riposte d’un triomphant Maurice Pialat recevant la Palme d’or pour Sous le soleil de Satan sous les sifflets?

Wim Wenders, lui, obtient le prix de la mise en scène pour Les ailes du désir/Der himmel über Berlin, cependant que Le Prix du Jury se voit partager entre Shinran de Rentaro Mikuni (pas vu) et La lumière/Yeelen de Souleymanne Cissé (vu et totalement approuvé) et que Repentir/Pokayaniye (pas vu non plus) de Tenguiz Azbouladzé est doublement primé : Prix de la Critique Internationale et Grand Prix Spécial du Jury.

Stephen Frears quant à lui doit se contenter d’un lot de consolation en remportant le Prix de la meilleure contribution artistique pour Prick-up your ears.

Côté interprétation, Marcello Mastroianni reçoit sa seconde récompense cannoise (à 17 années d’intervalle) pour Les yeux noirs/Oci ciornie de Nikita Mikhalkov (dommage pour Bruno Ganz, ange amoureux dans Les ailes du désir de Wim Wenders ou Gary Oldman et Alfred Molina, exceptionnels dans Prick-up your ears de Stephen Frears) et Barbara Hershey triomphe avec (le pas très bon si j’en crois mes maigres souvenirs) Bayou/Shy people d’Andrei Konchalovsky.

Allez ouste !

J’efface tout ou presque.

Prix d’interprétation féminine : Faye Dunaway, bouleversante en femme déchue pour Barfly de Barbet Schroeder.

Prix d’interprétation masculine : Brian Dennehy, monumental dans Le ventre de l’architecte/The belly of an architect de Peter Greenaway.

Prix de la mise en scène : Maurice Pialat pour Sous le soleil de Satan

Prix de la meilleure contribution artistique : Le ventre de l’architecte/The belly of an architect de Peter Greenaway

Grand Prix Spécial du Jury : Prick up your ears de Stephen Frears

Palme d’or à Der himmel über Berlin/Les ailes du désir de Wim Wenders sans contestation possible, ni sifflet, ni poing levé. Car un film qui me fait regretter de ne pas avoir mieux travaillé mon allemand au lycée ne peut être complètement mauvais.

© Road Movies Filmproduktion

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1988

21 films (11 vus) en compétition tandis qu’off, les festivaliers se noient dans Le grand bleu de Luc Besson (qui a le mérite de révéler Jean Marc Barr. Ah ! Jean-Marc ! sigh ! soupirs), s’amusent avec Willow de Ron Howard, étudient les Histoires du cinéma en compagnie de Jean-Luc Godard, se passionnent (oui, bon, tout est relatif) pour The Milagro Beanfield war de Robert Redford et personnellement, je me demande encore si j’ai bien tout compris à l’étrange The blue iguana de John Lafia.

La Caméra d’or est décernée à Mira Nair pour Salaam Bombay ! et Marcel Ophuls obtient le Prix de la Critique Internationale avec Hôtel Terminus, Klaus Barbie et son temps présenté à Un Certain Regard.

Ayant trois films à départager, j’entre en tractations avec moi-même. Et je ne ferai pas de quartier.

En attendant, quelques informations sur le palmarès du jury présidé par Ettore Scola (dans l’ombre, Claude Berri, George Miller, Nastassia Kinski et Robby Muller) qui décerne la palme d’or à Pelle le conquérant/Pelle erobreren du toujours soporifique***** Billie August et un double Prix du Jury et de la Critique Internationale à Tu ne tueras point/Krotki film o zabijaniude Krzysztof Kieslowski d’une violence crue tandis que The world apart (débordant jusqu’à l’écœurement de grands et beaux sentiments) de Chris Menges remporte le Grand Prix du Jury et un prix d’interprétation pour ses trois héroïnes féminines : Linda Mvusi, Jodhi May et Barbara Hershey (déjà distinguée l’année précédente !) et que Forest Whitaker est sacré meilleur acteur pour sa magnifique performance dans Bird de Clint Eastwood qui rafle le Grand Prix de la Commission Supérieure Technique tandis que Peter Greenaway avec le jubilatoire Drowning by numbers obtient le Prix de la meilleure contribution artistique. N’ayant pas vu Le Sud/Sur, je ne ferai aucune remarque sur le Prix de la mise en scène attribué à de Fernando Solanas. Ouf.

Mon palmarès.

Prix d’interprétation masculine inchangé. Forest Whitaker est grand. Point.

Prix d’interprétation féminine attribué au vénéneux trio de femelles meurtrières de Drowning by numbers de Peter Greenaway, Joan Plowright, Juliet Stevenson et Joely Richardson

Grand Prix Spéial du Jury : Peter Greenaway pour Drowning by numbers

Prix de la mise en scène : Clint Eastwood pour Bird

La Palme d’or est attribuée au traumatisant Tu ne tueras point/Krotki film o zabijaniu de Krzysztof Kieslowski qui demeure pour moi un des plus grands chocs de la décennie.

© Zespol Filmowy « Tor »

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1989

Sont présentés hors compétition le très léger New York Stories, film à sketchs réalisé par Francis Ford Coppola, Martin Scorsese et Woody Allen, Les insoumis de Lino Brocka, le légendaire Lawrence of Arabia de David Lean et l’excellent documentaire de Gérard Vienne Le peuple singe (avec Michel Piccoli en discrète voix-off).

22 films (15 vus) sont en lice et le jury présidé par Wim Wenders offre la Palme d’or au premier film de Steven Soderbergh, Sex, mensonges et vidéos/Sex, lies and videotape — qui reçoit par ailleurs le Prix de la Critique Internationale — et le prix d’interprétation à son interprète, l’insipide James Spader… Il est comme ça Wim, quand il aime il ne compte pas.

Emir Kusturica remporte le Prix de la mise en scène pour Le temps des gitans/Dom za vesanje, Denys Arcand reçoit le Prix du Jury pour Jésus de Montréal, le Grand Prix de la Commission Supérieure Technique est attribué à Shohei Imamura pour son très beau Pluie noire/Kuroj ame, le Prix de la meilleure contribution artistique récompense Mystery train de Jim Jarmush et le Grand Prix Spécial du Jury est partagé entre le tire-larmes Cinéma paradiso/Nuovo cinéma Paradiso de Giuseppe Tornatore etle provocant Trop belle pour toi (je meurs) de Bertrand Blier. Meryl (Fregoli) Streep est sacrée meilleure actrice pour Un cri dans la nuit/A cry in the dark de Fred Schepisi (et — ça devient une habitude — le trop discret Sam Neill est prié d’applaudir sa partenaire).

Palmarès revu et corrigé.

Prix d’interprétation masculine collectif : Danny Aiello, Ossie Davis, John Turturro, Giancarlo Esposito et Spike Lee pour Do the right thing de Spike Lee

Prix d’interprétation féminine : Laura San Giacomo pour Sex, lies and videotape de Steven Soderbergh ex-aequo avec Carole Bouquet pour Trop belle pour toi de Bertrand Blier

Prix de la mise en scène : Spike Lee pour Do the right thing

Prix Spécial du Jury : Sweetie de Jane Campion

La Palme d’or est décernée à l’extravagant et généreux Le temps des gitans/Dom za vesanje d’Emir Kusturica (plus une mention spéciale à Goran Bregović) qui demeure sans nul doute — avec l’hilarant Chat noir, chat blanc/Crna macka, beli macor_1998 — un des meilleurs films de son auteur.

© Forum Sarajevo

* Il n’était assurément pas le seul à faire le coup. A lire : Final cut, dreams and disasters in the making of Heaven’s Gate de Steven Bach
** Tout comme le fera aussi gracieusement Willem Dafoe face à Charlotte Gainsbourg dans Antichrist de Lars Von Trier en 2009
*** Exceptés toutefois le cruel La vengeance est à moi_ 1979 et du cauchemardesque Pluie noire_1989
**** La colline des hommes perdus/The hill de Sidney Lumet_1965
***** Exception faite de l’étrange Smilla’s sense of snow_1987 mais le casting haut de gamme (Vanessa Redgrave, Julie Ormond, Tom Wilkinson, Gabriel Byrne, Richard Harris et Robert Loggia) et la qualité du scénario d’Ann Biderman y sont sûrement pour beaucoup

A suivre…

Et si vous avez raté le début :

4 responses to Festival de palmes [Cannes, les années 80]

  1. Dr Orlof says:

    1980 : Samuel, sans doute, mais je n'ai pas vu celui là. Et puis j'ai un faible pour les souris du Professeur Laborit!

    1981 : Toujours dans les films virils, toi! Je préfère pour ma part la délicatesse de Patrick Dewaere sur un sujet ô combien sensible (ceci dit, il faut que je revois le Cimino)

    1982 : Si je l'avais vu (le Skolimovski), je l'aurais sans doute palmé aussi -_-

    1983 : High five! Ceci dit, je trouve que tu brades un peu rapidement le génial Imamura (enfin voyons, « l'anguille », « Kenzo Sensei » et le merveilleux « De l'eau tiède sous un pont rouge » : ça n'est quand même pas du bran !

    1984 : Je doute que quelqu'un puisse trouver une palme d'or de substitution pour cette année-là

    1985 : Pas vu le Babenco mais je ne peux que faire confiance à une femme avec autant de bras ! (niveau « femme-araignée, je suppose que tu es imbattable :))

    1986 : J'ai choisi Jim au dernier moment mais on peut envisager une soirée Tarkovski pour se remettre de nos émotions monty pythonesques 🙂

    1987 : Cassiel et Damiel for the win !

    1988 : Kieslowski, c'est effectivement son meilleur film. Mais le Yoshida est vraiment superbe

    1989 : Les blondes préfèrent Emir, si je comprends bien. J'ai toujours préféré les jeunes femmes trop belles pour moi 🙂

  2. FredMJG says:

    ToDrOrlof: 1980/hum et je suppose que tu aimais bien disséquer les grenouilles aussi dans ton jeune âge…
    1981/J'aime bien Patrick Dewaere dans Série noire ou Un mauvais fils mais c'est la « sensibilité du sujet » qui me gratte en l'occasion
    1982/ Brave garçon ! Il faut le voir alors… Mais a-t-il seulement été édité en DVD le gredin ?
    1983/ Je ne brade pas. L'anguille m'a échappé (pffft mdr je suis d'un drôle moi passée une certaine heure) et j'avoue que l'eau tiède a bien passé sous les ponts.
    1984/ Qui sait ? Il y a sans doute des pervers de par le monde qui échangerait un seul Wenders contre TOUT ANGELOPOULOS ! Qu'on les lapide !
    1985/ Oui petit d'homme, aie confiance ksssss kssss 🙂
    1986/ Je te pardonne mais je l'ai palmé deux fois de suite par la suite… et bon, Andreï, là, il n'est plus très créatif.
    1987/ Je prends Bruno, je te laisse Otto 😀
    1988/ Faut que je le retrouve le sacripant de Yoshi
    1989/ Qui a dit que j'étais blonde ? ^^

  3. Ed(isdead) says:

    Je ne veux plus entendre parler de « Travail au noir » tant que je ne l'aurai pas vu ! 🙂

    Sinon, « Le baiser de la femme araignée », ça mérite la revoyure, tu crois ? Faudrait que j'essaye. C'était il y a tellement longtemps que j'en viens à douter même de l'avoir vraiment vu…

  4. FredMJG says:

    ToEd(isdead): TOUS les films que je palme mérite au moins UNE voyure… et ce n'est certes pas toujours le cas chez les autres ^^ chabada bada

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