QUAND LA VILLE MORD de Dominique Cabrera

Les invisibles.

Que voilà une terrible déception !

Et pourtant, tous les éléments requis laissaient espérer un thriller haletant : un sujet sensible, l’exploitation sexuelle des immigrées clandestines, une actrice splendide, Aïssa Maiga (que l’on essaie ici encore d’enlaidir sans succès… cf. Les insoumis de Claude-Michel Rome_2008 de sinistre mémoire), un second rôle solide, Samir Guesmi, une histoire poignante à rebondissements, la renaissance par l’art et la création… Las !

Est-ce le rythme poussif qui plombe une histoire tortueuse salement décousue, un mauvais choix en matière de pistes scénaristiques (fiction policière, chemin de croix artistique ou étude ethnologique ?), voire une direction d’acteurs parfaitement approximative — y compris en ce qui concerne les comédiens précités — mais après un début remarquable (la description de l’arrivée des jeunes femmes et l’avènement de leurs désillusions jusqu’au sordide assassinat de l’une d’entre elles), l’ennui finit par gagner tandis que les minutes semblent compter double.

On a beau compatir au destin tragique de l’héroïne, cette ballade sanglante entrecoupée de plans d’hystérique créativité picturale (toutes proportions gardées… d’ailleurs, ce que l’on retient surtout c’est l’ironie (involontaire ?) dans laquelle baignent toutes les scènes évoluant dans un milieu pseudo-artistique snob, d’un racisme larvé, où tout africain qui graffite ne peut être qu’un futur Basquiat en puissance) ne passionne pas. Et peu nous chaut finalement de savoir qui va l’emporter.

Cet abandon est regrettable, car Dominique Cabrera touche parfois du doigt une terrible vérité, l’invisibilité totale de certaines couches de la population.

Ainsi, la jeune femme peut-elle, après son premier meurtre, errer ensanglantée en plein Montreuil sans que cela n’éveille la suspicion ou, du moins, l’intérêt des gens qui la croisent. C’est peu pour une série noire, c’est beaucoup quant à la réalité du monde.

© France 2, Agora Films

Quand la ville mord de Dominique Cabrera_2009
avec Aïssa Maïga, Samir Guesmi, Laurentine Milebo, Alain Dzukham-Simo, Assane Seck et Djeneba Kone

4 responses to QUAND LA VILLE MORD de Dominique Cabrera

  1. Kilucru says:

    Ben moi je l'ai pas trouvé si mal que cela..est-ce mon point de vue mâle..hein ?
    Sinon oui comme je disais « ..j'ai bien aimé son coup de dents ! Kiffé aussi le clin d'œil à Basquiat ..et l'ensemble suffisamment glauque pour s'approcher d'une triste réalité..?.. »

  2. FredMJG says:

    ToFred : C'est bien sûr que sous un regard de mâle la dame a du répondant…
    Mais nom d'un chien, c'était, euh, poussif !!!
    Ou sinon ousque tu as écrit l'entre guillemets ? j'ai visité ton site, j'ai vu que pouic…

  3. FredMJG says:

    ToKilucru : Corneguidouilles infernales ! j'avions totalement oublié notre échange épistolaire avec la madame qui s'est perdue en route… En fait, je vais régulièrement sur ton article « Suite noire » et ton « on en parle » pour voir si des fois ke y avait d'autres appelés qui venaient faire un tour…
    Bon, c'est sûr, au moins, la Aïssa elle mord ! c'est pas comme cet ectoplasme de Twilight… :o)

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