LOIN DES HOMMES de David Oelhoffen

Viggo Mortensen & Reda Kateb dans Loin des hommes de David Oelhoffen © Pathé Distribution

Avant le tumulte. Baigné par la musique mélancolique quasi funèbre, de Nick Cave et Warren Ellis, Loin des hommes n’est ni un western — pourtant les chevaux y jouent parfois bien malgré eux un rôle central — ni un buddy movie qui verrait se rencontrer deux êtres que tout oppose et qui s’achèverait dans le soleil couchant d’une amitié naissante. C’est un coup de foudre, de prime abord aussi aride que le pays qui l’accueille.

Daru, fils d’immigrés espagnols aux deuils infinis enseigne dans une école perdue au milieu de l’Atlas à des filles et fils de paysans ; Mohamed lui est amené un beau jour par un gendarme. Sa mission ? conduire l’homme à Tinguit pour qu’il y soit jugé et exécuté, pour meurtre. Ce qu’il refuse catégoriquement.

Alors que l’Algérie s’enflamme, chacun a ses raisons. L’heure n’est plus à apprendre à lire lui annoncera un ancien compagnon d’armes, mais à vous [les français, et partant, tous les étrangers] foutre dehors. Dans ces temps incertains, le couple étrange formé par Daru et Mohamed va prendre la route, contraint et forcé par les événements. Mohamed a tué un homme, soit, mais n’est pas un assassin pour autant. Daru a connu la guerre, en est revenu et ne souhaite plus avoir du sang sur les mains. Même par procuration.

Pas aussi loin des hommes que Daru l’aurait cru, car ils vont croiser lors de leurs pérégrinations maquisards algériens et militaires français — sans doute la part la plus démonstrative d’un film aux rapports plus subtils et généreux lorsqu’il ne s’attache qu’aux échanges entre les deux principaux protagonistes —, et désormais dépendants l’un de l’autre, ces deux hommes, sans pour autant abandonner les principes culturels ou religieux qui régissent leurs vies, vont s’apprivoiser et voir leur destin bouleversé. La résignation de l’un lui révélant au-delà de la soumission la promesse d’une liberté nouvelle, l’intransigeance de l’autre se trouvant ébranlée par les hoquets de l’histoire.

Daru, l’homme libre et insoumis, c’est Viggo Mortensen, qui s’est tant impliqué dans l’aventure qu’il a fini par coproduire le film. L’entendre parler français avec un léger accent aux origines troublantes, arabe ou espagnol nous fait l’effet d’un aphrodisiaque. Le formidable Reda Kateb lui tient la dragée haute en paysan puceau et buté. Leur visite à une maison de tolérance, si elle conclut joliment une complicité acquise de dure lutte, nous permet également de revoir avec un plaisir intact la toujours belle Angela Molina.

Loin des hommes, inspiré très librement d’une nouvelle d’Albert Camus, L’hôte, nous offre, en sus d’une ballade dans des paysages magnifiques bientôt souillés du sang de deux peuples, une belle leçon d’humanité. Et aujourd’hui plus que jamais, comme Daru, l’exilé volontaire, nous avons besoin de croire en la bienveillance et la générosité de l’autre, aussi impénétrable qu’il nous paraisse de prime abord.

A noter que Loin des hommes de David Oelhoffen, qui a reçu  le Grand Prix du Festival du Film de La Réunion, sort demain, mercredi 14 janvier, sur les écrans de France et de Navarre.

Loin des hommes de David Oelhoffen_2014
avec Viggo Mortensen, Reda Kateb, Djemel Barek, Vincent Martin, Nicolas Giraud, Antoine Régent et Ángela Molina

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