ELDFJALL [Volcano] de Rúnar Rúnarsson [Quinzaine des Réalisateurs 2011]

Cœur de cendres.

Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, Eldfjall, premier film de prime abord fort lugubre de Rúnar Rúnarsson n’est en rien un documentaire sur l’éruption des volcans aux petits noms charmants — Eyjafjöll et Grímsvötn — bien qu’imprononçables pour les 3/4 de la planète qu’ils ont inquiétée.

Le volcan dont s’agit s’appelle Hannes (l’ahurissant Theódór Júlíusson), a atteint l’âge vénérable de 67 ans et ne supporte pas l’idée de partir à la retraite. Le sinistre pot de départ offert en son honneur (?) donne déjà envie de hurler. Notre héros, lui, songe plutôt à disparaître mais c’est sans compter cette rage qui l’habite depuis des années et qui ne demande qu’à exploser. Pour un peu, il s’en collerait une d’avoir tenté de céder à la tentation du suicide.

Hannes fait partie de ces islandais obligés de quitter leur île après le réveil du volcan qui la domine et c’est sous une double malédiction, l’exil et désormais l’idée même de son inutilité, qu’il entame la seconde partie de sa vie qu’il croit déjà finie. Le fol !

Pour sûr, le bonhomme n’est guère facile à supporter. Intolérant et critique envers ses enfants et leurs progénitures, tyran domestique avec une épouse tendre et aimante, le jour où son cher bateau — son seul ami sur lequel il part pêcher en solitaire — le lâche et manque sombrer, il surprend, nu et grelottant, une conversation qui ne laisse aucun doute sur l’inanité de son existence. Et commence à mesurer le chemin qu’il lui faudra parcourir pour retrouver l’enthousiaste et séduisant jeune homme/père qu’il a été. Hannes décide donc d’être heureux, envers et malgré tout (et tous).

Mais la vieillesse est sans pitié. La vie aussi, qui, dans l’idée sans doute de nous réveiller, nous balance de temps à autre de satanées beignes dans la tronche. Et ce, au moment, où l’on croit que l’on a enfin remonté la pente.

Le réalisateur ne nous épargne rien, filmant frontalement un vieux couple, toujours amoureux malgré les années qui passent (avec ce que cela comporte de disputes chagrines, concessions amères et réconciliations) et la beauté qui se fane. La maladie elle-même, si elle demeure énigmatique (trop de bonheur soudainement retrouvé ?), sera exposée dans toute sa crudité clinique.

Nous allons dorénavant accompagner notre vieux loup de mer dans sa reconstruction sociale et émotionnelle — l’observer s’oublier pour mieux s’ouvrir aux autres, qu’il s’agisse de transmettre son savoir à un enfant ou d’accepter la maladie dans ce qu’elle comporte d’indignité et de douleur diffuse — et finir à l’instar de ce vieillard s’immergeant dans le passé révolu d’un album de famille, par entendre nous aussi la voix de la miséricorde. Et d’y succomber.

N.B. Film inédit, projeté à la reprise de la Quinzaine des Réalisateurs 2011 au Forum des Images.

© Fine & Mellow Productions
© Fine & Mellow Productions

Eldfjall/Volcano de Rúnar Rúnarsson_2011
avec Theódór Júlíusson, Margrét Helga Jóhannsdóttir

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