Festival de palmes [Cannes, les années 2000]

Y a d’la joie !

Le XXIe siècle est en marche. Guerres, représailles, folie (douce ou pas) et dépressions à tous les étages…

© Lorenzo Mattoti, DR, Alerte Orange, Gabriel Guedj/Wing Shya, Alex Majoli/Magnum/Christophe Renard, Pierre Collier/David Lynch, Affif/Cino del Duca

2000

23 films en compétition, 16 vus.

11 films sont présentés hors compétition, notamment : Avril d’Otar Iosseliani, Cecil B. Demented de John Waters, Tigre et dragon d’Ang Lee, Les glaneurs et la glaneuse d’Agnès Varda, Mission to Mars de Brian de Palma, l’étouffant Requiem for a dream de Darren Aronofsky et Vatel du toujours aussi inintéressant Roland Joffé.

Le jury, composé notamment de Jeremy Irons, Jonathan Demme, Arundhati Roy, Kristin Scott Thomas, Patrick Modiano et Barbara Sukowa, est présidé par Luc Besson.

Ce dernier tombe la garde en annonçant le palmarès. Manifestement énamouré, il annone même quelques notes de It’s so quiet… La palme d’or est décernée à Dancer in the dark de Lars Von Trier et Björk rafle également le prix d’interprétation féminine aux dépens des non moins excellentes Anna Thomson, héroïne de Fast food fast women d’Amos Kollek et Summer Phoenix, interprète d’Esther Kahn d’Arnaud Desplechin. Tony Leung est sacré — à raison — meilleur acteur pour In the mood for love (Grand Prix de la Commission Supérieure Technique) de Wong Kar Wai.

Le Grand Prix du jury est attribué à Jiang Wen pour Devils on the door step (pas vu), le Prix de la mise en scène est remporté par Edward Yang pour Yi Yi et le Prix du Jury récompensent ex-aequo Samira Makhmalbaf réalisatrice du Tableau noir et Roy Andersson pour le fort bizarre mais séduisant Chansons du deuxième étage.

Attention, ça s’poile !

Palme d’or confirmée pour Dancer in the dark de Lars Von Trier parce que moi aussi j’aime bien Björk (non, je ne chanterai pas I’ve seen it all), que David Morse offre une partition impeccable en malfaisant de première (accessoirement, Jean-Marc Barr est à nouveau dans le coin) et que Lars n’a peur de rien et surtout pas de finir une comédie musicale sur une pendaison. Sacré lui !

© Zentropa Entertainment

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2001

23 films en compétition, 14 vus.

10 films sont présentés hors compétition, notamment : l’intrigant Avalon de Mamoru Oshii, CQ de Roman Coppola, Human nature de Michel Gondry, Mon voyage en Italie de Martin Scorsese, Sobibor de Claude Lanzmann, l’Apocalypse Now redux de Francis Ford Coppola et ma palme de l’année si Trouble every day de Claire Denis avait concouru.

Le jury, composé notamment de Mathieu Kassovitz, Terry Gilliam, Charlotte Gainsbourg, Edward Yang et Philippe Labro, est présidé par Liv Ullmann.

Si la palme d’or est attribuée au touchant La chambre du fils/La stanza del figlio de Nanni Moretti, c’est surtout l’année Michael Haneke. Son traumatisant* La pianiste remporte le Grand Prix et ses deux acteurs — Isabelle Huppert et Benoit Magimal — raflent les prix d’interprétation alors que Naomi Watts et Laura Helena Harring pour Mulholland drive de David Lynch ou Shu Qi, héroïne de Millenium Mambo de Hou Hsiao Hsien, côté féminin et Jack Nicholson pour The pledge de Sean Penn, Sergio Castellito héros de Va savoir de Jacques Rivette ou Billy Bob Thornton pour The barber/The man who wasn’t there de Joël et Ethan Coen, côté masculin, auraient pu l’emporter. A noter que le délicieux Ewan McGregor était également présent sur la Croisette pour Moulin Rouge de Baz Luhrmann.

Joël Coen et David Lynch se partagent le prix de la mise en scène tandis que Danis Tanovic reçoit le Prix du scénario pour son provocant No man’s land.

J’accorde bien volontiers le Grand Prix à Nanni Moretti pour La chambre du fils en lieu et place de La pianiste, mais…

La palme d’or est décernée sans hésitation aucune à Mulholland drive de David Lynch et ce, sans parti pris. Tout le monde sait que je lui préfère Lost highway.

© Les Films Alain Sarde

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2002

22 films en compétition, 17 vus.

17 films sont présentés hors compétition, notamment : Ararat d’Atom Egoyan, La cité de dieu/Cidade de deus de Fernando Meirelles, le bollywoodien Devdas de Sanjay Leela Bhansali, Etre et avoir de Nicolas Philibert, le désastreux Femme fatale de Brian de Palma, Hollywood ending de Woody Allen, Calculs meurtriers/Murder by numbers de Barbet Schroeder, Searching for Debra Winger de Rosanna Arquette, Stars Wars l’attaque des clones de George Lucas et l’hagiographique documentaire sur Robert Evans, The kid stays in the picture réalisé par Brett Morgen et Nanette Burstein.

Le jury, composé notamment de Régis Wargnier, Raoul Ruiz, Billie August, Sharon Stone et Claude Miller, est présidé par David Lynch.

La fort prévisible Palme est décernée à The pianist de Roman Polanski tandis que le Grand Prix est attribué à Aki Kaurismaki pour L’homme sans passé. Paul Thomas Anderson pour Punch-Drunk love et Im Kwon-Taek pour Ivre de femmes et de peinture se partagent le prix de la mise en scène tandis qu’Elia Suleiman reçoit le Prix du jury pour Intervention divine/Yadon ilaheyya.

La merveilleuse Kati Outinen est sacrée meilleure actrice pour son rôle dans L’homme sans passé d’Aki Kaurismaki et le « monstrueux » Olivier Gourmet rafle le prix d’interprétation pour Le fils de Jean-Pierre et Luc Dardenne. Adrian Brody, héros de The pianist ou Sergio Castellito pour Le sourire de ma mère de Marco Bellocchio (grand absent du palmarès) auraient l’un et l’autre pu lui ravir aisément le trophée.

Sur la Croisette cette année, concouraient également : Demonlover d’Olivier Assayas, Irréversible (« La » polémique de l’année), L’adversaire de Nicole Garcia, Le principe de l’incertitude de Manoel de Oliveira, All or nothing de Mike Leigh, About Schmidt d’Alexander Payne, Bowling for Columbine de Michael Moore, Kedma d’Amos Gitai, Ten d’Abbas Kiarostami et Spider de David Cronenberg.

La palme est décernée à Intervention divine/Yadon ilaheyya d’Elia Suleiman. Parce que moi aussi j’aime bien Buster Keaton et les ninjas.

© Pyramide Distribution

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2003

20 films en compétition, 10 vus.

19 films sont présentés hors compétition, notamment : l’oubliable — et oublié — Fanfan la tulipe de Gérard Krawczyk, le cauchemardesque Le temps du loup de Michael Haneke, Les triplettes de Belleville de Sylvain Chomet, Qui a tué Bambi ? de Gilles Marchand, The Matrix reloaded des Frères Wahowski et les documentaires de Kenneth Bowser (Easy riders, raging bulls), James Cameron (Les fantômes du Titanic), Rithy Panh (S21, la machine de mort khmère rouge) et Errol Morris (The fog of war).

Le jury, composé notamment de Jean Rochefort, Steven Soderberg, Karin Viard, Danis Tanovic et Meg Ryan, est présidé par Patrice Chéreau.

La Palme d’or est décernée à Elephant de Gus Van Sant (qui reçoit également le prix de la mise en scène… bon, et les autres alors ?) et le Grand Prix récompense à raison Uzak de Nuri Bilge Ceylan (ses deux acteurs reçoivent ex-æquo le Prix d’interprétation masculine). Marie-Josée Croze est sacrée meilleure actrice pour Les invasions barbares qui vaut à Denys Arcand le prix du scénario. Enfin, Samira Mahmalbaf est à nouveau distinguée trois ans après Le tableau noir en recevant le Prix du jury pour A cinq heures l’après-midi (pas vu).

Le prix Un Certain Regard est décerné à la fresque de Marco Tullio Giordana, Nos meilleures années/La meglio gioventu (le film que l’on a envie de rembobiner lorsque survient le suicide du personnage interprété par Alessio Boni).

Bon ! Il est gentil Patrice, mais je vais opérer quelques changements à son palmarès.

Prix d’interprétation féminine : Charlotte Rampling pour Swimming Pool de François Ozon

Prix d’interprétation masculine : Stellan Skarsgard pour Dogville de Lars Von Trier

Prix du scénario : Bertrand Bonello pour Tiresia

Prix de l’ego : Vincent Gallo pour sa vie, son œuvre et, accessoirement The Brown Bunny

Palme d’or à Mystic river de Clint Eastwood. Parce que Sean Penn. Parce que Tim Robbins. Parce que Kevin Bacon. Et parce que moi aussi j’aime bien le livre de Dennis Lehane.

© Warner Bros. Pictures

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2004

19 films en compétition, 14 vus.

10 films sont présentés hors compétition, notamment : l’excellent Breaking news de Johnnie To, L’armée des morts/Dawn of the dead de Zack Snyder, Kill Bill 2 de Quentin Tarentino, La mauvaise éducation/La mala educacion de Pedro Almodovar, l’hilarant à l’insu de son plein gré Troie/Troy de Wolfgang Petersen et le magnifique House of flying daggers de Zhang Yimou.

Le jury, composé notamment de Tilda Swinton, Kathleen Turner, Tsui Hark, Jerry Schatzberg, Emmanuelle Béart et Benoit Poelvoorde, est présidé par Quentin Tarentino.

Haro sur le Tarentino qui décerne sa palme à Fahrenheit 9/11 du roublard Michael Moore, documentaire à charge contre George Bush (qui se fiche comme de l’an 40 du festival d’une ville qu’il ne doit même pas savoir placer sur une carte) filmé avec les pieds.

Le Grand Prix du jury est attribué à Park Chan Wook pour son ravagé Old boy, le vrai choc du festival et Tony Gatlif rafle le Prix de la mise en scène pour Exils tandis qu’Agnès Jaoui et son partenaire Jean-Pierre Bacri reçoivent le Prix du scénario pour Comme une image.

La fantastique Maggie se voit récompensée du Prix d’interprétation féminine pour le non moins remarquable Clean d’Olivier Assayas et le héros de Nobody knows de Kore-Eda Hirokazu (pas vu), Yahira Yuuva, est sacré meilleur acteur.

Le Prix du Jury est partagé entre le fascinant Tropical malady de Apichatpong Weerasethakul et le plutôt raté The ladykillers des frères Coen.

Keren Yedaya rafle La Caméra d’or avec Mon trésor/Or interprété par la sublime Ronit Elkabetz et un Prix du Regard vers l’Avenir est décerné à Atiq Rahimi pour Terres et cendres/Khâkestar-o-khâk, adapté de son livre.

Changement de palmarès.

Grand Prix : Tropical malady de Apichatpong Weerasethakul

Prix d’interprétation masculine ex-æquo : Gael Garcia Bernal et Rodrigo de la Serna pour Carnets de voyage/Diaros de motocicleta de Walter Salles

Prix du Jury : Innocence d’Oshii Mamoru

La Palme d’or est décernée à Old boy de Park Chan Wook, un des premiers électrochocs du siècle. Et parce moi aussi j’aime bien croquer du poulpe (sauté à l’ail, de préférence).

© Egg Films

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2005

21 films en compétition, 15 vus.

16 films sont présentés hors compétition, notamment : C’est pas tout à fait la vie dont j’avais rêvé de Michel Piccoli, le bizarre Chromophobia de Martha Fiennes, Crossing the bridge de Fatih Akin, Joyeux Noël de Christian Carion, le désopilant Kiss Kiss Bang Bang de Shane Black qui marque le retour aux affaires d’un Robert Downey Jr survolté, Match point de Woody Allen, Star Wars la revanche des Sith de George Lucas et le moyen-métrage Cindy, the doll is mine de Bertrand Bonello avec Asia Argento.

Le jury, composé notamment de Fatih Akin, Agnès Varda, Javier Bardem, John Woo et Toni Morrison, est présidé par Emir Kusturica.

Heureusement que Jean-Marie et Arnaud Larrieu étaient là pour nous faire rire avec leur Peindre ou faire l’amour… Car ça ne rigole pas dans la compétition, et pas plus dans le palmarès.

L’enfant de Jean-Pierre et Luc Dardenne permet aux frères de rafler leur seconde palme d’or après Rosetta… Le désespoir ambiant est contrecarré par le Grand Prix accordé à Jim Jarmush pour Broken Flowers, road-movie doux-amer où Bill Murray, pince-sans-rire de service, part à la rencontre des femmes de sa vie (sur une superbe bande-son aux sonorités éthiopiennes). Michael Haneke remporte le prix de la mise en scène pour son inquiétant Caché et Guillermo Arriaga, le Prix du scénario pour Trois enterrements/The three burials of Melquida Estrada signé Tommy Lee Jones.

Hanna Laslo souffle à ses partenaires (surtout Hiam Abbass, Nathalie Portman pleurniche trop à mon goût) le Prix d’interprétation féminine pour Free zone d’Amos Gitai et Tommy Lee Jones, réalisateur de Trois enterrements, est sacré meilleur acteur.

Accessoirement, étaient également présents sur la Croisette, Atom Egoyan et son bizarre La vérité nue/Where the truth lies , Hou Hsiao Hsien avec Three times, Carlos Reygadas avec son très glauque Battalla en el cielo, Wim Wenders avec Don’t come knocking, Dominik Moll et Lemming, Lars Von Trier avec Manderlay, la suite bien inférieure de Dogville et Robert Rodriguez — flanqué de Frank Miller — pour Sin city.

On s’amuse aussi beaucoup dans les sections parallèles. Le Prix Un Certain Regard est attribué à Cristi Puiu pour le tragi-comique La mort de Dante Lazarescu/Moartea domnului Lazarescu.

Bien. Effaçons tout ou presque puisque j’accepte de laisser le Prix de la mise en scène à Michael Haneke, Caché faisant partie de ses meilleurs films.

Grand Prix : A history of violence de David Cronenberg

Prix d’interprétation féminine : Mélissa Léo pour Trois enterrements/The three burials of Melquida Estrada de Tommy Lee Jones

Prix d’interprétation masculine ex-æquo : Simon Yam et Tony Leung Ka Fai pour Election de Johnnie To (absent du palmarès pour cause de présence de John Woo dans le jury ?) ou Viggo Mortensen pour A history of violence de David Cronenberg mais l’on rétorquera que j’ai été achetée (oui, cela entre dans le champ des possibilités)

La palme d’or est décernée à Trois enterrements/The three burials of Melquida Estrada de Tommy Lee Jones parce que Me and Mr Jooooooooooooooooooones, we’ve got a thing going on (sur une musique de Billy Paul, merci) et parce cela fait drôlement longtemps que l’on a pas vu un (faux) western primé. Jamais ? Raison de plus, donc.

© Europa Corp

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2006

20 films en compétition, 16 vus.

Pas moins de 28 films sont présentés hors compétition, notamment : le timbré Avida de Benoît Délépine et Gustave Kervern, Chambre 666 de Wim Wenders, Une vérité qui dérange/An inconvénient truth de Davis Guggenheim, l’excellent Election 2 de Johnnie To, le très coquin Shortbus de John Cameron Mitchell, Esquisses de Frank Gehry de Sydney Pollack, Transylvania de Tony Gatlif, United 93 de Paul Greengrass, le pas très bon X-Men l’affrontement final/X-Men The last stand de Brett Ratner et le naveton de l’année réalisé par Ron Howard, The Da Vinci code où l’on en apprend de belles sur l’ADN de Miss Audrey Tautou…

Le jury, composé notamment d’Elia Suleiman, Monica Belluci, Tim Roth, Patrice Leconte, et Helena Bonham Carter, est présidé par Wong Kar Wai.

La guerre est à l’honneur cette année. Youpi !

La Palme d’or est attribuée au Vent se lève/The wind that shakes the Barley de Ken Loach tandis que Flandres du toujours souriant Bruno Dumont rafle le Grand Prix.

Alejandro Gonzalez Inarritu remporte le Prix de la mise en scène pour Babel, Pedro Almodovar, celui du scénario pour Volver et le Prix du Jury est décerné à Andréa Arnold pour Red road (pas vu).

En outre, deux castings de choix se retrouvent sur la scène : toutes les femmes — Penelope Cruz, Carmen Maura, Chus Lampreave, Bianca Portillo, Yhanna Cobo et Lola Duenas — de Pedro Almodovar pour Volver et les Indigènes de Rachid Bouchareb : Jamel Debbouze, Roschy Zem, Bernard Blancan, Samy Nacery et Sami Bouajila. Respect.

Etaient également présents sur la Croisette, Fast food nation de Richard Linklater, Les climats/Iklimler de Nuri Bilge Ceylan, Les lumières du faubourg d’Aki Kaurismaki, Le caïman/Il caimano de Nanni Moretti, le cynique L’ami de la famille de Paolo Sorrentino, La raison du plus faible de Lucas Belvaux (qui bénéficie également d’une remarquable interprétation d’ensemble), la terriblement girly Marie Antoinette de Sofia Coppola, le mélancolique Quand j’étais chanteur de Xavier Giannoli, Selon Charlie de Nicole Garcia et le totalement dingo Southland tales de Richard Kelly.

La palme est décernée au somptueux Labyrinthe de Pan/El laberinto del fauno de Guillermo Del Toro — et une mention spéciale pour Sergi Lopez — parce que cela parle également de guerre, et de massacre, et de sacrifice, mais que le traitement est autrement plus flamboyant que les films primés. Et parce qu’à l’instar de sa jeune héroïne (la remarquable Ivana Baquero), j’aime bien rêvasser aussi à des monstres (faussement) cruels.

© Tequila Gang

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2007

22 films en compétition, 15 vus.

9 films sont présentés hors compétition, notamment : Un cœur invaincu/A mighty heart de Michael Winterbottom, le culotté Boarding gate d’Olivier Assayas, L’âge des ténèbres de Denys Arcand, Ocean’s 13 de Steven Soderbergh (un peu de glamour sur les marches ne nuit jamais à la Croisette), Triangle réalisé à six mains par Johnnie To, Ringo Lam et Tsui Hark et l’inégal Chacun son cinéma qui bénéficie d’un casting de réalisateurs de luxe à la hauteur de ses ambitions (pas toujours atteintes malheureusement) : Wong Kar Wai, Wim Wenders, Lars Von Trier, David Cronenberg, Gus Van Sant, Elia Suleiman David Lynch, Walters Salles, Nanni Moretti, Raoul Ruiz, Ken Loach, Takeshi Kitano, Zhang Yimou, Amos Gitai, Michael Cimino, les frères Dardenne, les frères Coen, Aki Kaurismaki, jane Campion, Atom Egoyan, Abbas Kiarostami, et bien d’autres.

Le jury, composé notamment de Maggie Cheung, Michel Piccoli, Marco Bellocchio et Sarah Polley est présidé par Stephen Frears.

Amis du Lexomil, bonjour !

La Palme d’or est décernée au déprimant 4 mois, 3 semaines et 2 jours de Cristian Mungiu tandis que le film de Naomi Kawase, La forêt de Mogari (pas vu), traitant de deuils et de sénilité, remporte le Grand Prix.

Le Prix du 60e anniversaire est accordé au magnifique Paranoid Park de Gus Van Sant, sur un adolescent meurtrier et le Prix de la mise en scène est attribué à Julian Schnabel pour Le scaphandre et le papillon d’après l’autobiographie de Jean-Dominique Bauby, atteint du « locked-in syndrome ». Fatih Akin reçoit le Prix du scénario pour le très beau mais également très endeuillé De l’autre côté/Auf der anderen seite.

Le Prix d’interprétation féminine est offert à la remarquable Do-Yeon Jeon pour son rôle de veuve dépressive dans Secret sunshine de Lee Chang Dong et c’est Konstantin Lavronenko qui l’emporte, côté masculin, pour Le bannissement réalisé par Andreï Zviaguintsev que je ne connais pas, mais au vu de son titre, ce ne doit pas être le film idéal pour se détendre les zygomatiques. Pourtant, le jury avait également le choix entre Javier Bardem, tueur ravagé et Tommy Lee Jones, mélancolique shérif en fin de course pour les frères Coen et leur No country for old men ou le joli trio d’obsédés de Zodiac de David Fincher — Robert Downey Jr, Jake Gyllenhaal et Mark Ruffalo — gâchant joyeusement leur vie à cavaler derrière un fantôme.

Un Prix du Jury est partagé entre Lumière silencieuse de Carlos Reygadas (pas vu non plus, mais quand je songe à son Bataille dans le ciel, je me dis que j’ai bien fait de m’abstenir) et Persépolis, réalisé par Mariane Satrapi et Vincent Paronnaud sur la dictature iranienne (enfin, l’abattage de Danielle Darrieux, Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni arrivent à nous faire sourire un peu dans toute cette tristesse).

Egalement sur la Croisette, hormis le jubilatoire Boulevard de la mort/Death proof de Quentin Tarantino (on y meurt tout de même beaucoup), Catherine Breillat avec Une vieille maitresse où Asia Argento fait souffrir le (argh !) magnifique Fu’ad Ait Aattou qui à son tour torture Roxane Mesquida, Les chansons d’amour de Christophe Honoré où au premier tiers du film, l’héroïne, paf ! elle meurt, My blueberry nights de Wong Kar Wai qui y gâche son talent (les fans pleurent), le pas très bon Promets-moi d’Emir Kusturica (là, c’est moi qui gémis), L’homme de Londres de Bela Tarr à ne voir qu’après épuisement total de ses antidépresseurs et le très perturbant La nuit nous appartient du pas très clair James Gray. N’en jetez plus !

Le Prix Un Certain Regard est attribué à l’excellent California dreamin’ de Cristian Nemescu (pour mémoire, décédé l’année précédente) tandis que Valeria Bruni-Tedesci obtient le Prix Spécial du Jury Un Certain Regard pour son très égocentrique Actrices.

J’accorde le Grand Prix (de l’intelligence) à Zodiac de David Fincher et la Palme d’or est décernée à l’infernal No country for old men de Joël et Ethan Coen parce que malgré le ton désespéré et les atrocités commises par un tueur arborant la coiffure la plus ahurissante qu’il nous ait été donné de voir, qu’est-ce qu’on rigole quand passe l’ange de la mort.

Et cette année-là, c’est toujours ça de pris.

© Paramount Vantage

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2008

22 films en compétition, 17 vus.

8 films sont présentés hors compétition, notamment : Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen, l’impressionnant The chaser de Na Hong-Jin, l’excellent Surveillance de Jennifer Lynch, le désopilant Le bon, la brute et le cinglé de Jee-Woon Kim, Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal de Steven Spielberg et le documentaire d’Emir Kusturica sur Maradona.

Le jury, composé notamment de Jeanne Balibar, Sergio Castellito, Marjane Satrapi (dont la rumeur voudrait qu’elle fut responsable de l’absence de Valse avec Bashir d’Ari Folman au palmarès), Rachid Bouchareb, Alfonso Cuaro et Apichatpong Weerasethakul, est présidé par Sean Penn.

Il fut un temps où j’aimais bien Sean Penn…

Alors que passaient sur la Croisette Valse avec Bashir/Vals Im Bashir d’Ari Folman, Adoration d’Atom Egoyan, My magic d’Eric Khoo, Two lovers de James Gray, voire Serbis de Brillante Mendoza, la Palme d’or est décernée à Entre les murs de Laurent Cantet (dont j’apprécie plus que de raison L’emploi du temps, Vers le sud et Ressources humaines) tandis que Gomorra de Matteo Garrone remporte le Grand Prix. C’est une année triomphale pour l’Italie puisque Il divo de Paolo Sorrentino reçoit le Prix du Jury. Les frères Dardenne (toujours eux) sont récompensés du Prix du scénario pour Le silence de Lorna et Nuri Bilge Ceylan — qui se regarde désormais beaucoup filmer — obtient le Prix de la mise en scène pour Les trois singes/Uc maymun).

Prix d’interprétations remarqués pour Sandra Corveloni, héroïne de Linha de Passe de Walter Salles et pour Benicio Del Toro (oui, c’est un ami), impressionnant dans le Che réalisé par Steven Soderbergh. Un bémol, l’ensemble du casting d’Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin aurait bien mérité un prix d’ensemble. Puis, Clint Eastwood et Catherine Deneuve se refont la bise en recevant le Prix spécial du 61è festival.

Pendant ce temps-là, dans les sections parallèles, le magnifique Tulpan de Sergey Dvortsevoy remporte le Prix Un Certain Regard et le Prix du Jury Un Certain Regard est décerné à Tokyo sonata de Kiyoshi Kurosawa. Un prix du KO est offert à Tyson de James Toback tandis que le Prix de l’Espoir revient à Jean-Stéphane Sauvaire pour son provocant Johnny Mad Dog.

La Caméra d’or est attribuée à Hunger de Steve McQueen avec l’affolant Michael Fassbender.

La Palme d’or est attribuée sans concession, sans ex-æquo, et à l’unanimité de moi-même à Valse avec Bachir/Vals Im Bashir d’Ari Folman. Non mais oh !

© Bridgit Folman Film Gang

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2009

20 films en compétition, 15 vus.

8 films sont présentés hors compétition, notamment : Agora d’Alejandro Amenabar, le pimpant Jusqu’en enfer/Drag me to hell de Sam Raimi, l’ennuyeux à périr Coco Chanel & Igor Stravinsky de Jan Kounen, l’émouvant L’armée du crime de Robert Guédiguian, Ne te retourne pas de Marina de Van, L’imaginarium du docteur Parnassus de Terry Gilliam, Là-haut/Up de Pete Docter et le réjouissant Panique au village réalisé par Vincent Patar et Stéphane Aubier.

Le jury, composé notamment d’Asia Argento, Shu Qi, Hanif Kureishi, James Gray et Nuri Bilge Ceylan, est présidé par Isabelle Huppert.

Chronique d’une palme annoncée : Michael Haneke et Le ruban blanc/Das weisse Band. Le Grand Prix est attribué à Jacques Audiard pour Le prophète, le Prix de la mise en scène à Brillante Mendoza pour Kinatay, le Prix du scénario à Lou Ye pour le superbe Nuits d’ivresse printanière et Andrea Arnold, pour Fish tank, partage le Prix du Jury avec le Thirst de Park Chan Wook.

Coté interprétation, pas de grande surprise non plus. Charlotte Gainsbourg l’emporte avec Antichrist de Lars Von Trier** et l’hallucinant Christoph Waltz pour Inglorious basterds de Quentin Tarentino.

Alain Resnais se voit remercié d’un « Prix exceptionnel pour l’ensemble de sa carrière et sa contribution à l’histoire du cinéma » (je trouve à ce titre comme un arrière-goût de rubrique nécrologique).

Passaient également sur la Croisette A l’origine de Xavier Giannoli, Bright star de jane Campion, Enter the Void de Gaspar Noé, Looking for Eric de Ken Loach, le 8 1/2 de Pablo Almodovar, Etreintes brisées/Los abrazos rotos, le gentillet Taking Woodstock d’Ang Lee, le raté Vengeance de Johnnie To et Vincere de Marco Bellocchio (toujours pas vu).

Canine/Kynodontas de Yorgos Lanthimos remporte le Prix Un Certain Regard tandis que Le père de mes enfants de Mia Hansen-Love partage le Prix spécial du jury Un Certain Regard avec Bahman Ghobadi.

La Caméra d’or est attribuée à Warwick Thornton pour Samson and Delilah tandis qu’une mention spéciale est accordée à Ajami réalisé à quatre mains par Yaron Shani et Scandar Copti.

Contrairement à mes collègues Ed(isdead) de Nightswimming ou ce bon Dr Orlof dans son Journal Cinéma , je n’ai pas beaucoup avantagé le cinéma français durant toutes ces années…

Lors, pour finir en beauté cette redistribution de palmes, j’accorde aujourd’hui le Grand Prix à Elia Suleiman pour Le temps qu’il reste et la Palme d’or est partagée entre Les herbes folles d’Alain Resnais et Un prophète de Jacques Audiard. J’ai dit. Et je m’accorde le droit de changer d’avis demain ou dans un mois ou dans un an… ou pas.

© Why Not Productions – F Comme Film

* dont les grands passages hystériques et la haine matriarcale ont du rappeler de bons vieux souvenirs bergmaniens — et notamment Cris et chuchotements/Viskningar och rop — à la présidente Liv Ullman
** J’ai déjà évoqué en 1981 ce que je pensais de la belle discrétion du jeu de Willem Dafoe

Et si vous avez raté le début :

21 responses to Festival de palmes [Cannes, les années 2000]

  1. FredMJG says:

    00 : You've seen it all too my friend ?

    01 : Oui pleurons avec Nanni MAIS refilons la palme à David.

    02 : Martyrise l'Elia et je t'envoie un noyau d'abricot dans la tronche !

    03 : Il tenait toujours le flingue tu comprends, je n'ai pas pu faire autrement !

    04 : J'adore sa façon de manger !

    05 : C'était un poil insultant non le prix du meilleur acteur à Tommy Lee ? Après on s'étonne qu'il tire toujours la gueule… sacré lui !

    06 : Ben non. J'ai tranché. Suis comme ça moi. Pas de quartier, pas de ballon prisonnier. Et hop !

    07 : Le film roumain donne surtout envie d'aller se pendre ! Non mais quelle angoisse. La petite Anamaria a eu beaucoup de courage moi j'dis. J'te lui aurais foutu des beignes à la copine moi, et puis au réalisateur aussi.

    08 : Tu sais bien que je n'ai pas de religion.

    09 : Ouaip ! pourquoi ? faudrait pas ?

    Bon, allez, je cours finir ton parcours du combattant et je me mets au topito des plus zoulies palmes qu'elles zont été données que tout le monde il était trop content…

  2. Ran says:

    Ah! Enfin quelqu'un qui préfère Lost Highway à Mulholland Drive. Par contre, ne pas choisir 2046… Enfin, bon.

  3. FredMJG says:

    ToRan: Ah mais il y a une secte savais-tu ? ^^
    Wong Kar Wai, j'avoue que j'ai un peu de mal avec ses derniers films. Je préfère qa première période qui s'est achevée avec Les cendres du temps et Happy together…
    Je suis à lapider, je sais…

  4. Ran says:

    Ah! Et comment entre-t-on dans la secte des fans de Lost Highway ? En plus, quand j'aurais compris comment cela fonctionne, je pourrais en créer une sur 2046.

  5. Ran says:

    Bon, puisque c'est comme ça, je vous laisse faire du vol yogique avec David Lynch. Moi, je vais aller discuter pour savoir s'il fallait laisser apparaître 4 ou 7 secondes Maggie Cheung dans 2046.

  6. Lalalère says:

    Ben y’a des évidences hein, Palmes ou César, et cela même si on cultive la subjectivité.

    On va pas être d’accord sur tout Très Chère, et pis c’est pas plus mal remarque !

    Alors no soucy pour Mulholland Drive, Old Boy, No country …, Zodiac et Un Prophète.

    MAIS, en ce qui me concerne, In the mood for love pour cette ambiance jamais égalée. Une perfection de grâce.

    « et les autres alors ? » … y’en a pas face à Elephant, j’te confirme. Mystic River est un bon film, soit. Juste bon.
    On lui doit bien ça au Gus, 4 chefs d’oeuvre à suivre, merde !
    Y’a rien au dessus d’Elephant, nada. Il plane.

    Oui, je cultive aussi. (‘fin tu trouveras pas grand monde pour dire « bof » pour Elephant … ou alors faut qu’tu me les présente)

    • FredMJG says:

      In the mood n’est pas mon préféré de Wong (pour le moment de grâce je te renvoie à la danse égotiste de Leslie Cheung dans Nos années sauvages).
      Quant à Van Sant, je ne suis pas une super fan et j’ai tendance à choisir d’abord Paranoid park (question de perversité sans doute).
      Pour Elephant, je te renvoie à la version d’Alan Clarke (qui a d’ailleurs fait débuter ton chéri dans Made in Britain) que Gus a quelque peu pillée et qui m’a laissé sur le popotin. J’en fais encore des cauchemars, c’est dire.

  7. Lalalère says:

    Non mam’zelle, je ne connais pas Nos années sauvages, je note. In the mood largement plus épuré que 2046, n’en déplaise à Ran.

    A partir de Gerry pour finir par Paranoïd Park, période bénite pour Van Sant (et que ça revienne bordel !). Mais même dans Drugstore Cowboy et My own Private Idaho y’avait des prémices de grâce !
    A noter que Michael Pitt ne pouvait-ne devait pas repartir sans rien de Cannes, ça crève les yeux.

    Je l’ai vu cet Elephant de Clarke (et aussi Tim dans Made in Britain), et c’est implacable, certes. Mais tu ne peux pas parler de pillage quand on voit ce qui en ressort et tout ce que Van Sant a apporté de plus brillant. Le grand paradoxe du film : la violence filmée comme une douceur. Point de jugement là non plus. Que des faits. Et la mise en avant sublime du quotidien de ces ados, moi je suis très cliente du genre. Larry Clark of course.

    • FredMJG says:

      Euh… Michael Pitt ? dans Last days nous sommes d’accord ?
      Bon, la seule chose dont je me souvienne d’Elephant c’est du tee shirt jaune et du charmant garçon qui le portait ^^
      Gus me gave ! Mais l’époque Drugstore j’appréciais assez.
      Oui, faut voir les premiers Wong. Il s’est endormi lui aussi.

  8. Lalalère says:

    Ouep, dans Last Days. Tu trouves le rôle tout ce qu’y a de plus aisé n’est-il pas ? Pas moi.

    Alors s’il te gave dans cette période là, effectivement, moi qui me trouve assez proche de tes « tendances » ….. différence majeure between us.

    Du temps de Chungking Express quoi ! Je considère quand même In the mood for love comme sa pièce maîtresse.

    • FredMJG says:

      Ah mais je n’ai rien dit de méchant sur Mickey… quoique je l’aurais bien écartelé dans Funny games US ^^
      Bah ce sont des choses qui arrivent, il en faut pour tous les goûts non ?
      Et depuis In the mood, ce brave Wong se répète, point.

  9. Lalalère says:

    Juste que ça peut paraître facile de déambuler comme un zombie, à première vue …. mais quelle imprégnation du mal de vivre de Cobain tout d’même. Il est trop rare Michael. Je l’ai kiffé sa race dans The dreamers et haï dans Funny Games : l’avait besoin d’lui péter le genou à mon Tim !

    (sympatoches tes notes sur les Palmes ; va falloir que j’épluche tout ça, petit à petit)

    • FredMJG says:

      Mais qui a osé se moquer ?
      D’ailleurs, je préfère Last days à Elephant ^^
      Et j’adore cette follingue d’Asia.
      Je ne l’ai pas encore vu dans sa série télé produite par Scorsese qui doit lui prendre un certain temps pour ne pas dire un temps certain. J’ai du mal à m’y mettre, pourtant avec Buscemi et Shannon, ce ne devrait pas être désagréable.

  10. Lalalère says:

    Je ne sais pas si on se moque … j’dis ça j’dis rien …. juste déçue pour lui que sa presta n’est pas été reconnue à sa juste valeur. Et pis Clark, Van Sant, Argento (ex de la belle, tu savais ?), Haneke, Scorcese. Ca va quoi !
    Le générique est d ‘enfer en tout cas, morceau de The Brian Jonestown Massacre. Mais pas vu la série. Seule Mad Men m’aura eu, la bougresse !

    Buscemi fait partie des bons. T’as vu son film (en tant que réal) avec Casey, Lonesome Jim ? Un p’tit bijou de décalage, tout en finesse et cynisme.

    • FredMJG says:

      Franchement de qui Asia n’est pas l’ex ? 😀
      De Buscemi, j’ai vu son Animal factory avec le petit Edward disparu depuis de la circulation et Dafoe.

  11. Lalalère says:

    Ah ouais, Edward avait un p….. de visage à l’époque, superbe. Quel gâchis !
    Dans le James Gray, Little Odessa, avec tu devines qui. Tim Roth grand frère d’Edward Furlong et fils de Vanessa Redgrave.
    Film glacial mais bon dieu quel pied ces acteurs !

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