Festival de palmes [Cannes, les années 90]

Années 90.

Rebelles, révoltes, individualismes retors et égos démesurés sont de la fête.

© Castella Traquandi, Philippe et Pascal Lemoine, Don English/Michel Landi, Michel Landi, Federico Fellini, Ryszard Horowitz, DDB Les Arts, DDB Les Arts, DDB Les Arts, Jean-Pierre Gendis

1990

12 films vus sur 18 en compétition. Sont présentés off Cry baby de John water, Dreams d’Akira Kurosawa, La voce della luna de Federico Fellini et The comfort of strangers de Paul Schrader.

Le jury (entre autres Anjelica Huston, Sven Nykvist, Fanny Ardant ou Bertrand Blier) présidé par Bernardo Bertolucci décerne la Palme d’or à Sailor et Lula/Wild at heartde David Lynch, le Prix de la mise en scène à Pavel Lounguine pour Taxi blues, le Prix du Jury à Ken Loach pour Hidden agenda, le Grand Prix de la Commission Supérieure Technique à Cyrano de Bergerac et le Grand Prix est partagé entre Idrissa Ouedraogo pour Tilai et Kohei Oguri pour L’aiguillon de la mort (pas vu).

Helen Mirren et Christopher Walken jouant hors compétition leur trouble partition dans The comfort of strangers de Paul Schrader, les prix d’interprétation sont remportés par la toujours excellente Krystyna Janda pour L’interrogatoire de Ryszard Bugajski et le nez de Gérard Depardieu élevé au rang de 8è merveille du monde par Jean-Paul Rappeneau dans Cyrano de Bergerac.

A noter que le très beau La captive du désert de Raymond Depardon et une remarquable Sandrine Bonnaire, le eastwoodien Chasseur blanc, cœur noir/White hunter, black heart de Clint Eastwood où le réalisateur incarne un ersatz de John Huston plus vrai que nature et le Nouvelle vague de Jean Luc Godard avec Alain Delon étaient également sur la Croisette.

Confirmation de la Palme d’or attribuée sans contestation possible à l’explosif et parfaitement siphonné Sailor et Lula/Wild at heart de David Lynch.

© PolyGram Filmed Entertainment

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1991

14 films vus sur 19 en compétition.

Roman Polanski, président du jury (entre autres Vittorio Storato, Whoopi Goldberg, Jean-Paul Rappeneau et Alan Parker) décerne à l’unanimité — est-ce une surprise ? — la Palme d’or au complexe et délicieusement absurde Barton Fink de Joël et Ethan Coen, également gratifiés du Prix de la mise en scène. Maurice Pialat, présent avec Van Gogh, peut remballer ses pinceaux, donc.

La belle noiseuse de Jacques Rivette remporte le Grand Prix tandis que le Prix du Jury est partagé entre Maroun Bagdadi pour Hors la vie (pas vu) et Europa de Lars Von Trier qui décroche également le Grand Prix de la Commission Supérieure Technique alors que La double vie de Véronique de Krzysztof Kieslowski obtient le Prix de la Critique Internationale.

Sans surprise (ou presque), Irène Jacob, magnifique dans La double vie de Véronique de Krzysztof Kieslowski et l’ahurissant John Turturro pour Barton Fink des frères Coen (qui laisse sur le carreau le Van Gogh de Maurice Pialat, Jacques Dutronc) remportent les prix d’interprétation. Une première : un prix du meilleur second rôle est attribué à Samuel L. Jackson, fébrile junkie dans Jungle fever de Spike Lee (si l’on y songe, les prestations de l’effrayant John Goodman, bourreau cauchemardesque de John Turturro/Barton Fink, voire de l’invraisemblable Michael Lerner en producteur hystérique, auraient tout aussi bien pu être récompensées).

Sont présentés off cette année-là Thelma and Louise de Ridley Scott, Prospero’s book de Peter Greenaway, Jacquot de Nantes d’Agnès Varda et Madonna enflamme la croisette grâce à In bed in Madonna réalisé par Alex Keshishian.

A noter que la Palme d’or du court métrage est attribuée à Mitko Panov pour Avec les mains en l’air, et le Prix du Jury à Bill Plympton et son Push comes to shove cependant que Jaco Van Dormael rafle la Caméra d’or avec Toto le héros.

La palme d’or est décernée à Barton Fink de Joël et Ethan Coen, à l’unanimité de moi-même, pour les indescriptibles fous rires que ce fichu film a engendrés.

© Circle Films

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1992

16 films vus sur 21 en compétition.

Off pas moins de 15 films sont présentés, dont l’Othello d’Orson Welles, l’Opening night de John Cassevetes (en présence de Gena Rowlands), Le chêne de Lucian Pintilie, l’indigeste Horizons lointains/Far and away de Ron Howard et Reservoir dogs de Quentin Tarantino, entre autres.

Gérard Depardieu est le président du jury (avec Pedro Almodovar, John Boorman, Serge Toubiana…) qui consacre Billie August et son interminable et ennuyeux à périr Les meilleures attentions/Den goda viljan. Le réalisateur reçoit donc le trophée suprême en moins de quatre ans… et son actrice, Pernilla August, le prix d’interprétation féminine.

David Lynch, venu présenter son dingo Twin peaks, fire walk with me, est impitoyablement ignoré tandis que The player de Robert Altman rafle et le Prix de la mise en scène et le prix d’interprétation masculine pour son interprète principal, Tim Robbins.

Retour à Howard’s end/Howard’s end de James Ivory reçoit le Prix du 45ème anniversaire du Festival et le Grand Prix du jury est attribué à Il ladro di bambini de Gianni Amelio (pas vu).

Section court métrage, Sam Karmann obtient la Palme d’or avec Omnibus.

John Turturro empoche la Caméra d’or avec Mac.

Sharon Stone s’en fout. Amorale héroïne de Basic instinct de Paul Verhoeven, elle assure le service après-vente avec un tel abattage que la Croisette aura du mal à s’en remettre.

Quelques changements notables au palmarès.

Prix d’interprétation féminine : Elina Lowensohn pour Simple men d’Hal Hartley

Grand Prix du Jury : Twin peaks, fire walk with me de David Lynch

Prix de la mise en scène : Alison MacLean pour Crush

La palme d’or est décernée au cynique (mais pas que) The player de Robert Altman.

© Avenue Pictures Productions

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1993

15 films vus sur 23 en compétition tandis qu’off, les festivaliers peuvent profiter (?) du dernier Peter Greenaway, l’insoutenable The baby of Macon, sourire avec John McNaughton venu présenter le délicieux Mad dog and glory, blockbustériser avec Renny Harlin et son Cliffhanger. Oublions charitablement le désastreux Toxic affair de Philomène Esposito avec lequel Isabelle Adjani espérait un retour aux affaires.

Louis Malle préside le jury (composé entre autres d’Emir Kusturica, Judy Davis, Gary Oldman, Abbas Kiarostami, Claudia Cardinale et William Lubtchansky) qui décerne une palme d’or ex-aequo à Jane Campion pour La leçon de piano/The piano (Holly Hunter rafle le prix d’interprétation féminine) et Chen Kaige pour Adieu ma concubine/Bawang Bieji.

Le prix d’interprétation masculine (qui aurait tout aussi bien pu être remporté par Leslie Cheung, divinement troublant dans le film de Chen Kaige) est attribué à l’excellent David Thewlis pour le très sombre Naked de Mike Leigh qui reçoit le Prix de la mise en scène. Le Prix du Jury se voit partagé entre Ken Loach pour Raining Stones et Hou Hsiao Hsien pour Le maître de marionnettes, et Mazeppa réalisé par Bartabas remporte le Grand Prix de la Commission Supérieure Technique tandis que Wim Wenders empoche le Grand Prix du jury pour Si loin, si proche !/In weiter ferne, so nah !

A noter qu’étaient également présentés sur la Croisette le remake (anti)militariste de The body snatchers d’Abel Ferrara, l’outrancier Chute libre/Falling down de Joel Schumacher, King of the hill de Steven Soderbergh, L’homme sur les quais de Raoul Peck, L’escorte/La scorta de Ricky Tognazzi, Libera me d’Alain Cavalier et Ma saison préférée d’André Téchiné.

Jim Jarmush se voit récompensé de la Palme d’or du court-métrage pour Somewhere in California/ Coffee and cigarettes, l’hilarante rencontre entre Tom Waits et Iggy Pop et TranAhn Hung remporte la Caméra d’or pour L’odeur de la papaye verte/Mui du du xanh.

Le film de Chen Kaige obtenant de surcroit le Prix de la Critique Internationale, la Palme d’or est attribuée à La leçon de piano/The piano de Jane Campion (avec une mention spéciale pour le meilleur second rôle attribué à Sam Neill, remarquable dans un rôle plus qu’ingrat).

© The Australian Film Commission

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1994

13 films vus sur 23 en compétition.

La Palme d’or est attribuée à Pulp fiction de Quentin Tarantino. Clint Eastwood est président du jury. Respect.

Le Grand Prix ex-aequo est partagé entre Nikita Mikhalkov pour Soleil trompeur et Zhang Yimou pour Vivre ! (plus un prix d’interprétation masculine pour You Ge, aux dépens du tiercé royal de La reine Margot de Patrice Chéreau, Jean-Hugues Anglade, Daniel Auteuil, et Pascal Greggory), le Prix de la mise en scène est remporté par Nanni Moretti pour son magnifique Journal intime/Caro diaro (qui aurait bien mérité le Grand Prix en lieu et place de ce — censuré ! — de Mikhalkov), le Prix du scénario est offert à Michel Blanc pour l’astucieux Grosse fatigue (doublé du Prix de la Commission Supérieure Technique du cinéma français) et Exotica d’Atom Egoyan reçoit le Prix de la Critique Internationale.

Enfin, le prix du Jury est décerné à Patrice Chéreau pour La reine Margot, tandis qu’à la surprise générale, Virna Lisi ravit à ses deux collègues Isabelle Adjani et Dominique Blanc, le prix d’interprétation féminine pour le rôle secondaire, quoique pivot, de Catherine de Médicis.

Julie Delpy pour Trois couleurs Rouge de Krzysztof Kieslowski, l’impressionnante Jennifer Jason Leigh dans Mrs Parker and the vicious circle d’Alan Rudolph, voire Mia Kirshner pour Exotica d’Atom Egoyan auraient pu également y prétendre.

La Caméra d’or est remise à Pascale Ferran pour Petits arrangements avec les morts et Merzouak Allouache empoche le Prix de la Critique Internationale Un certain Regard pour Bal El-Oued city.

Palme d’or décernée à Pulp fiction de Quentin Tarantino qui, à l’exception notoire de sa déclaration d’amour à Pam Grier et hommage à la blaxploitation — Jackie Brown — n’a jamais réussi à faire mieux depuis.

© A Band Apart

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1995

17 films vus sur 24 en compétition.

Hors compétition, Desperado de Robert Rodriguez, Kiss of death de Barbet Schroeder qui permet à Nick Cage une nouvelle composition bizarre dont lui seul à le secret, Mort ou vif/The quick and the dead réalisé par Sam Raimi, produit par Sharon Stone et qui révèle Russell Crowe et Leonardo di Caprio, The usual suspects de Bryan Singer où l’on prétend que le croquemitaine n’existe pas et To die for de Gus Van Sant qui, s’il surexpose une Nicole Kidman plus arriviste que nature, offre surtout un premier grand rôle au torturé Joachim Phoenix.

Jeanne Moreau préside le jury (composé entre autres de Gianni Amelio, John Waters et Jean-Claude Brialy) qui consacre Underground d’Emir Kusturica — 10 ans après papa est en voyage d’affaires —, ce qui n’a pas l’heur de plaire à tout le monde. Le grand Prix est décerné à Theo Angelopoulos (un habitué des palmarès, à croire qu’on le remercie pour le sommeil réparateur que son cinéma provoque) pour l’encore une fois interminable (Gian Maria Volonté décida d’ailleurs de décéder durant le tournage et fut remplacé par Erland Josephson) qui n’apprécie guère, l’impudent ! (cf. Archive de l’INA).

Le Prix de la mise en scène est offert à Mathieu Kassovitz pour La haine et le Prix du Jury échoit à Xavier Beauvois, réalisateur et interprète de N’oublie pas que tu vas mourir tandis que Carrington de Christopher Hampton obtient et le Prix du Jury et le trophée du meilleur acteur pour Jonathan Pryce. Côté féminin, c’est Helen Mirren qui est une nouvelle fois récompensée, cette fois-ci pour La folie du roi George/The madness of king George de Nicholas Hytner et le Grand Prix de la Commission Supérieure Technique va au film de Zhang Yimou, Shanghai Triad.

Sont définitivement exclus l’étrange Angels et insects de Philip Haas, Land and freedom de Ken Loach, The neon bible de Terence Davies, Le couvent/O convento de Manoel de Oliveira, Le temps/Waati de Souleymane Cisse et surtout les films américains, véritables laissés pour compte : Kids de Larry Clark (dont les jeunes interprètes mériteraient bien un prix d’interprétation collectif), ainsi que Dead man de Jim Jarmush et Ed Wood de Tim Burton, partageant tous deux le même acteur, Johnny Depp, repartent bredouille (est-ce pour éviter les qu’en dira-t-on au vu de la présence de John Waters dans le jury ? mystère).

Quoiqu’il en soit, malgré les qualités intrinsèques d’Underground, et quoique l’on pourrait attribuer la palme à l’un et le grand prix du jury à l’autre, ou vice versa, cette année — une fois n’est pas coutume — je décerne une palme ex-aequo à Dead man de Jim Jarmush et Ed Wood de Tim Burton.

Parce que ce diable de Johnny Depp crève l’écran de sa beauté et son intelligence (ce garçon est écœurant). Parce qu’il est impossible de départager le casting, aussi brillant dans le Jarmush que dans le Burton. Parce que le noir et blanc de Robby Müller vaut bien celui de Stefan Czapsky, que Neil Young a écrit la partition de Dead man mais qu’Howard Shore n’est pas un manchot. Parce qu’il y a des indiens chez l’un, des travestis et un vampire chez l’autre. Parce qu’Iggy Pop est grimé en femme chez Jarmush et que Bill Murray souhaite en devenir une chez Burton. Et que s’il fallait vraiment n’en choisir qu’un, ce serait Jim Jarmush qui l’emporterait d’une courte tête (celle de Robert Mitchum). Mais qu’il n’y a aucune raison valable pour que je me refuse aujourd’hui à offrir deux palmes. Point.

© Pandora Filmproduktion – Touchstone Pictures,

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1996

16 films vus sur 22 en compétition.

Tandis qu’off sont présentés entre autres Trainspotting de Danny Boyle et Microcosmos, le peuple de l’herbe réalisé par Claude Nuridsany et Mary Perennou, le jury (Atom Egoyan, Nathalie Baye, Michael Ballhaus, Antonio tabucchi, …) présidé par Francis Ford Coppola décerne la palme d’or à Secrets et mensonges/Secrets and lies de Mike Leigh (et l’insupportable Brenda Blethyn empoche le prix d’interprétation féminine).

Bien. Il me faut pousser un cri, là. Aaaaaargh ! Voilà. C’est fait.

Le Grand Prix est accordé à Breaking the waves de Lars Von Trier avec Emily Watson qui aurait bien plus mérité ce fameux prix offert à Brenda Blethyn, le Prix de la mise en scène à Joël et Ethan Coen pour l’hilarant Fargo (l’interprétation de l’impayable Frances McDormand est également à cent coudées de celle de l’actrice britannique), Jacques Audiard empoche le Prix du meilleur scénario pour Un héros très discret et le Prix Spécial du jury échoit à David Cronenberg pour le provocant Crash.

Enfin, un double prix d’interprétation est remporté par les deux héros du Huitième jour réalisé par Joco Van Dormael, Pascal Duquenne et Daniel Auteuil.

Etaient également présents : Aki Kaurismaki avec Au loin s’en vont les nuages/Kauas pilvet karkaavat, Robert Altman et Kansas City, André Techiné et Les voleurs, Patrice Leconte et Ridicule, Bernardo Bertolucci et le désastreux (qui révèle tout de même Rachel Weisz volant sans difficulté la vedette à Liv Tyler) Beauté volée/Stealing beauty, Michael Cimino et Sunchaser, Rolf de Heer et La chambre tranquille/The quiet room, Stephen Frears et The van, Raoul Ruiz et Trois vies et une seule mort, Chen Kaige et Temptress moon, etc.

Bon. On efface tout et je recommence.

Grand Prix du Jury : Crash de David Cronenberg (et peut me chaut que l’on me juge partiale, d’autres s’en sont donnés à cœur joie par la suite)

Prix spécial du Jury : Fargo de Joël et Ethan Coen

Prix de la mise en scène : Jacques Audiard pour Un héros très discret

Prix d’interprétation féminine ex-æquo (je n’ai même pas envie de me donner la peine de réfléchir pour savoir laquelle des deux est la meilleure) : Emily Watson pour Breaking the waves de Lars Von Trier et Frances McDormand pour Fargo des frères Coen

Prix d’interprétation masculine ex-æquo (oui, c’est jour de fête) : Mathieu Amalric pour Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle) d’Arnaud Desplechin et Nanni Moretti pour La seconda volta de Mimmo Calopresti

La palme d’or est donc décernée à Breaking the waves la somptueuse folie de Lars Von Trier. Accessoirement, il y a Stellan Skarsgard, Jean-Marc Barr, Udo Kier, la regrettée Katrin Cartlidge, d’assourdissantes cloches qui envahissent le ciel et une compilation musicale à tomber. Et pour qui l’a vu une fois, ce film ne s’oublie pas. Non franchement, de quoi causait le Mike Leigh déjà ?

© Argus Film Produktie

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1997

15 films vus sur 20 en compétition.

Off, Les pleins pouvoirs/Absolute power Clint Eastwood, Le destin/Al massir de Youssef Chahin, Le cinquième élément de Luc Besson, The blackout d’Abel Ferrara et Hamlet de Kenneth Branagh, entre autres.

Isabelle Adjani préside le jury, aux côtés de Tim Burton, Gong Li, Paul Auster et Nanni Moretti.

Une palme d’or ex-aequo récompense L’anguille/ Unagi de Shohei Imamura (pas vu) et Le goût de la cerise/Ta’m e guilass d’Abbas Kiarostami alors que le Grand Prix échoit à Atom Egoyan pour De beaux lendemains/The sweet hereafter (doublé du Prix de la Critique Internationale). Wong Kar Wai remporte le Prix de la mise en scène pour Happy together tandis que Manuel Poirier obtient le Prix du jury pour Western et que The ice Storm réalisé par Ang Lee reçoit le Prix du scénario.

Si Kathy Burke dans le violent Ne pas avaler/Nil by mouth de Gary Oldman n’a pas volé son prix d’interprétation (bien que la jeune Sarah Polley, héroïne Des beaux lendemains, était également une excellente candidate), si je n’ai rien contre Sean Penn (quoique j’ai tendance à le préférer réalisateur) qui l’emporte pour She’s so lovely (pas un de ses meilleurs rôles cependant) de Nick Cassavetes, j’aurais plutôt attribué tant que faire se peut le trophée à Ray Winstone, partenaire de Kathy Burke.

Par ailleurs, passent sur la Croisette Michael Winterbottom et Welcome to Sarajevo, Michael Haneke et Funny Games (premier épisode et de loin, bien meilleur que son putassier remake), Curtis Hanson et LA Confidential, Philippe Harel et La femme défendue, Wim Wenders et The end of violence.

Et Naomi Kawase remporte la Caméra d’or avec Suzaku.

Effectuons quelques changements d’importance.

Grand Prix du jury : Happy together de Won Kar Wai

Prix de la mise en scène : Ne pas avaler/Nil by mouth de Gary Oldman

Prix du scénario : le biscornu mais attachant The brave de Johnny Depp (oui, y a favoritisme. Et alors ?)

Prix d’interprétation masculine ex-aequo (quand on aime on ne compte pas) : Ian Holm, héros opiniâtre mais non sans reproche Des beaux lendemains/The sweet hereafter d’Atom Egoyan et Michel Serrault, magnifique dans le controversé Assassin(s) de Mathieu Kassovitz

La palme d’or est décernée au sublime et poignant De beaux lendemains/The sweet hereafter d’Atom Egoyan.

© Alliance Communications Corporation

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1998

14 films vus sur 22 en compétition.

Dark city d’Alex Proyas, l’aisément oubliable Blues brothers 2000 de John Landis, le divertissant Primary colors de Mike Nichols et le machin de Roland Emmerich, Godzilla, sont présentés hors compétition.

Martin Scorsese préside le jury (par ordre d’apparition — je les dénonce tous — Alain Corneau, Chen Kaige, Chiara Mastroianni, MC Solaar (pleure ?), Lena Olin, Wynona Ryder, Zoé Valdes, Sigourney Weaver et Michael Winterbottom), et Théo Angelopoulos voit enfin son inestimable valeur reconnue par l’octroi de la palme d’or à son L’éternité et un jour (Non, je n’ai même pas trois heures à accorder à la palme de l’année, alors l’éternité… faut arrêter de fantasmer là, Théo ! Pas vu, pas dormi). Et qui ne se souvient encore du ridicule achevé de la prestation parfaitement déplacée de Roberto Begnini lors de l’annonce du Grand Prix décerné à son film La vie est belle/La vita est bella ? (cC’est dans de tels moments généralement que j’espère voir débarquer Joe Pesci armé d’une batte de base-ball… bref).

John Boorman remporte le Prix de la mise en scène pour The general, le Prix du jury est partagé entre Thomas Vinterberg pour Festen et Claude Miller pour La classe de neige, Hal hartley obtient le prix du scénario pour Henry Fool, tandis que le Prix de la meilleure contribution artistique est attribué à l’affolant Velvet Goldmine de Todd Haynes, réunissant Ewan McGregor, Christian Bale et Jonathan Rhys Meyers (et voilà pourquoi depuis, je hais Toni Collette).

Elodie Bouchez et Natacha Régnier, partenaires dans La vie rêvée des anges, partagent le prix d’interprétation féminine (soufflant la récompense à l’étonnante Katrin Cartlidge, l’héroïne de Claire Dolan de Lodge Kerrigan) tandis que Peter Mullan, héros de My name is Joe de Ken Loach est distingué, côté messieurs, malgré de valeureux challengers. A la première place, le truculent Brendan Gleeson, héros du General de John Boorman, puis John Brumpton, étonnant dans Dance me to my song de Rolf de Heer, voire le monstrueux Benicio Del Toro, définitivement métamorphosé dans Las Vegas parano de Terry Gilliam.

Xavier Giannoli remporte quant à lui la Palme d’or du court-métrage pour L’interview avec Mathieu Amalric.

Quelques corrections apportées au palmarès.

Grand Prix spécial : Festen de Thomas Vinterberg

Prix du jury : Claire Dolan de Lodge Kerrigan ex-aequo avec Claude Miller

Prix du scénario : The hole de Tsai Ming-lang

La palme d’or est donc décernée au frappadingue Las Vegas parano/Fear and loathing in Las Vegas de Terry Gilliam. Selon les jours, je le préfère même à Brazil. Un des plus grands trips (avec le Casanova de Fellini) qui m’a laissée groggy (et qui me met en joie à chaque nouvelle vision) alors que — promis, juré, craché ! — je n’avais avalé aucune substance illicite avant de le voir.

© Fear and Loathing LLC

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1999

16 films vus sur 22 en compétition.

Alors que sont présentés off Adieu, plancher des vaches d’Otar Iosseliani, Dogma de Kevin Smith, Mon ennemi intime de Werner Herzog, The limey de Steven Soderbergh et Le Barbier de Sibérie de Nikita Mikhalkov, 1999 demeure pour certains comme l’année de la grande rigolade.

A voir le rictus de David Cronenberg, président du jury (avec entre autres jeff Goldblum, Dominique Blanc, André Téchiné, Holly Hunter et Maurizio Nichetti), il fallait bien se douter que le palmarès aurait comme un goût de jamais vu. Bingo !

Alors qu’est donné gagnant Pedro Almodovar (qui devra se contenter du Prix de la mise en scène) avec Tout sur ma mère/Todo sobre mi madre, la Palme d’or est décernée à l’unanimité à Rosetta de Jean-Pierre et Luc Dardenne et le Grand Prix, à L’humanité de Bruno Dumont. Ces deux films qui ne bénéficient pas du concours d’acteurs dits « professionnels » selon la profession (cf. les propos de Bruno Dumont sur la question dans l’interview accordée aux Inrockuptibles pour la sortie d’Hadewijch) raflent également les prix d’interprétation : Emilie Dequenne pour Rosetta et le couple Séverine Caneele/Emmanuel Schotte pour L’humanité (la grande famille du cinéma en a profité pour montrer à ces trois aspirants acteurs de quel bois elle se chauffait… on pouvait palper l’épaisseur du mépris qui les a accueillis sur scène).

Le Prix du Jury est accordé à Manoel de Oliveira pour La lettre/A carta et le Grand Prix de la Commission Supérieure Technique revient à L’empereur et l’assassin de Chen Kaige.

Se bousculaient également sur la Croisette 8 1/2 femmes de Peter Greenaway, Cradle will rock de Tim Robbins, Le voyage de Felicia/Felicia’s journey d’Atom Egoyan (avec un Bob Hoskins renversant), l’aride Kadosh d’Amos Gitai, L’été de Kikujiro de Takeshi Kitano, La nourrice de Marco Bellocchio, Le temps retrouvé de Raoul Ruiz, le magnifique Limbo de John Sayles, Pola X de Leos Carax, Wonderland de Michael Winterbottom et le radical Une histoire vraie/The straight story de David Lynch (dont le héros, Richard Farnsworth, fait un excellent candidat ex-æquo au prix d’interprétation masculine).

La palme d’or est décernée à mon unanimité et en toute humanité à Ghost dog, the way of the samurai de Jim Jarmush avec l’impressionnant Forrest Whittaker bercé par la musique de RZA et des dialogues mafieux parfaitement ahurissants.

© Pandora Filmproduktion

A suivre…

Et si vous avez raté le début :

3 responses to Festival de palmes [Cannes, les années 90]

  1. Ed(isdead) says:

    Tout allait bien, on enfilait les Palmes communes comme autant de perles…

    Puis, en 98, c'est le drame…
    Je rêve, je suis sous LSD ou quoi ? Le pire des Gilliam l'année où se bousculent Hou Hsiao Hsien, Tsai Ming liang, Thomas Vinterberg, John Boorman, Lodge Kerrigan… J'préfère encore palmer le rigolo Angelopoulos.

  2. FredMJG says:

    ToEd(soonverydead) : Mazel tov ! Bienvenue chez Gonzo Land ! t'avais qu'à faire comme moi et tomber dedans quand tu étais petit tu comprendrais aisément la poésie de son machin…
    Et crois-moi sur parole, Gilliam est capable de bien pire si tu souhaites que l'on évoque les choses des fâchent : as-tu vu ahem Tideland ? Un type capable de laisser pourrir sur pied James Bridges est capable de bien plus monstrueux. J'ai apaisé la bête avec une palme. 🙂

  3. FredMJG says:

    90 : Willem F**ck me Dafoe ? J'adore son dentier pas toi ? et la maman de Laura ? 'tain elle a pas du rigoler tous les jours la petiote

    91 : Ton pif est fâché avec les Z Krzysztof s'teuplé !!!

    92 : J'hésite pas, je tranche dans le lard ou sinon je me connais, j'aurais encore palmé le Lynchiou et faudrait pas qu'il abuse çui-ci

    93 : Damned ! j'croyais qu'les doigts, c'était comme les queues des lézards moi… et ce satané Sammy ne se laisse toujours pas tomber le falzar ? mais quel crétin des alpages celui-là !

    94 : J'ai hésité avec le plan suivant où ils se retrouvent en short mais ils avaient l'air trop dignes ;D

    95 : Ton œil est le bon, dis-moi pas que tu lis tout !

    96 : OK tu la frappes je la tiens ensuite tu la ligotes je la cogne puis je enfin t'as compris le principe du jeu

    97 : L'anguille j'ai pas vu et depuis Orlof me hait… Quand à l'Abbas bon, nous n'allons pas nous fâcher avec Juliette

    98 : Las Vegas c'est ouf !

    99 : C'est qui ce Pedro ?

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