TIREZ SUR LE CAVISTE de Emmanuelle Bercot

Le petit chaperon roux.

Un joyau, assurément !

Si les épisodes à venir sont de ce calibre (un mélange létal de violence, d’humour et de sexe), nul doute que la Suite noire assurera sa pérennité au sein des programmes de France 2.

Construit comme un rubik’s cube et saupoudré de plaisanteries de fort mauvais aloi, Tirez sur le caviste (inspiré du roman de Chantal Pelletier, qui fut dans une vie antérieure cofondatrice de la compagnie Les 3 Jeanne aux côtés d’Eliane et Martine Boéri) entraine méchamment le spectateur au bout de sa logique monstrueuse.

Tout commence lorsqu’un vigneron amateur de bonne chère (Niels Arestrup, grandiose Pantagruel) flingue sa moitié à bout portant sur le futile prétexte qu’elle lui a une nouvelle fois gâché son céleri rémoulade.

Contrairement à On achève bien les disc-jockeys, la rigolade et l’immoralité sont de rigueur dans le dernier film d’Emmanuel Bercot dont il faut saluer ici la maîtrise, la direction d’acteurs et l’audace dont toute l’équipe a fait preuve.

La réalisatrice oppose perversement à l’ogre Arestrup un petit chaperon roux (Julie-Marie Parmentier, exceptionnelle en marginale autiste, dotée d’un don inné pour la cuisine et mue par l’amour fou) et laisse mijoter ce duo improbable.

Tandis que notre gourmet atteint l’orgasme aux bons soins des petits plats de la diablesse et se révèle violent dès lors qu’il n’a pu en jouir pour abus de cuisson, la demoiselle se languit et ronge son frein en enregistrant des messages enflammés à l’objet de tous ses désirs, à qui elle promet sous peu un bonheur gastronomique confinant à l’extase.

De par la déconstruction de la mise en scène, nous sommes happés dans un jeu du chat et de la petite souris morose où le rat ne se révélera pas être celui que l’on croit. Christine Citti, en vorace amoureuse*, complète remarquablement la distribution.

Par son mélange explosif d’humour radicalement noir et de description très crue du quotidien des enfants perdus, Tirez sur le caviste se révèle être une excellente surprise dans la filmographie d’Emmanuelle Bercot et une confirmation du talent de ses interprètes.

* Il ne fait aucun doute que la scène d’amour graphique entre la frêle Julie-Marie Parmentier et la charnelle Christine Citti, emplie de joie et de fureur, est pour beaucoup dans la frilosité de France 2 quant à la programmation de la série en seconde partie de soirée… Emmanuelle Bercot sait filmer les corps. Rappelons qu’elle avait révélé en 1998 celui de la fragile Isild Le Besco dans La Puce.

© France 2, Agora Films

Tirez sur le caviste d’Emmanuelle Bercot_2009
avec Julie-Marie Parmentier, Niels Arestrup, Christine Citti, Pierre Berriau, Pierre-Félix Gravière et Jean-Bernard Pouy
d’après le livre de Chantal Pelletier

2 responses to TIREZ SUR LE CAVISTE de Emmanuelle Bercot

  1. vierasouto says:

    C'est le seul que j'ai vu de la série et je n'ai pas trop accroché, le côté cheap du décor peut-être, et trop théâtral aussi sans doute;La fin est mieux. Pourtant, I love Niels Arestrup!!! (vite « Un Prophète »!)

  2. FredMJG says:

    ToVierasouto : Diable ! Imagine-le donc en noir et blanc, c'est aussi méchant que du Duvivier ! 🙂
    Par contre le côté cheap, j'adhère, et c'est le principe de cette série, réaliser un moyen métrage noir sans rapter la cagnotte, bien remuer, et découvrir l'ortolan ou la daube… pour l'instant, je trouve l'idée plutôt bonne. Et comme Claire Denis est sur le coup…

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