L’ÉTRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON de David Fincher

L’insoutenable légèreté du Pitt en numérique.

La vie est ainsi faite : les gens naissent, vieillissent — à leur grand dam et au bonheur des cosmétiques — puis meurent pour laisser la place à d’autres qui naissent, déclinent, se shootent au botox, mais trépassent quand même, et ainsi de suite jusqu’à la fin des temps. Tout le monde n’a pas la chance d’être vampire, voire Highlander

Le monde est injuste aussi. Les gens naissent libres et égaux, mais la nature se charge d’en avantager certains par rapport à d’autres… Ainsi, l’insolente jeunesse de Brad Pitt, acteur quadragénaire et la beauté diaphane de Cate Blanchett en font les interprètes idéaux pour ce (trop) joli, (très) long conte de fées (terriblement consensuel) adapté d’une nouvelle de Francis Scott Fitzgerald.

Cette histoire de mort et d’amour* débute par un bien bouleversant prologue : un horloger ayant perdu son fils fabrique une immense pendule qui avance à rebours dans l’espoir de faire revivre les disparus… Dommage que la reconstitution du siècle en de belles illustrations rappelle le méchant académisme du dernier Sam Mendes.

L’aventure prenant corps dans les décors surannés d’un hospice sis à la Nouvelle-Orléans, la mort est omniprésente et acceptée de tous, avec piété ou résignation, comme le terme inéluctable de toute vie… Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, n’était le fabuleux destin de Benjamin Button. Affichant 80 ans au compteur le jour de sa naissance, il ne cessera de rajeunir, vivant totalement à l’envers du commun des mortels, mais parmi eux, sans ostracisme**, ni réel souci, si ce n’est celui d’arriver à être parfaitement synchrone (corps et esprit) avec Daisy, l’amour de sa vie (moment que le réalisateur gâchera en filmant allègrement leur courte vie conjugale façon publicité GMF).

Après l’extrême noirceur de Zodiac_2007 qui autopsiait les obsessions de ses héros confrontés à un serial killer insaisissable, il semble que David Fincher ait eu envie de souffler et de s’offrir une belle histoire d’amour (dommage qu’un sentimentalisme écœurant plombe parfois la romance), très chaste, un mélodrame familial en quelque sorte, sans aspérité et très sucré (tout le monde il est beau etc.), saupoudré d’un peu d’humour (les mésaventures d’un homme poursuivi par la foudre, réalisées en super 8 à la manière des Keystone cops, parcourent épisodiquement le film réveillant le spectateur assoupi). Ajoutons à cela des considérations pseudo-philosophiques, des clichés infernaux*** et surtout le moment le plus abscons et ridicule du film où le metteur en scène nous expose dans le détail un épisode de la théorie du chaos du plus bel effet papillon… Alors que le postulat du départ aurait suffi au bonheur des spectateurs s’il avait été un peu plus incarné et traité en toute honnêteté.

Car la vie de rêve de Benjamin Button ressemble fort à un cauchemar pour tous ceux qui l’entourent, vu que l’impudent rajeunissement au fil des années de notre héros leur rappelle constamment leur condition de mortel et le flétrissement de leur chair… Comme dans la superbe scène où Daisy, à l’aube de la cinquantaine, voit revenir Benjamin sous les traits d’un jeune homme (Brad Pitt, version poupon made in Thelma and Louise_Ridley Scott_1991). Mais David Fincher dans un accès de pudibonderie occultera la scène d’amour des deux amants et filmera chastement leur baiser dans l’ombre.

Rétrospectivement, L’étrange histoire de Benjamin Button se révèle être une ode à la maternité. Le passage le plus poignant du film n’est-il pas en définitive lorsque Daisy retrouve le père de sa fille sous l’apparence d’un enfant d’une dizaine d’années (Brad a déclaré forfait) et devient sa (grand) mère aimante et protectrice ? C’est dans les dernières scènes où Benjamin Button retombe en enfance, s’avance à l’état de joli nourrisson et s’éteint dans les bras de sa bien-aimée qui le berce, que le trouble et l’émotion interviennent enfin. Et le talent de Cate Blanchett y est indéniable.

Une autre actrice apporte un supplément d’âme au film, Tilda Swinton. Son interprétation de grande bourgeoise, épouse frustrée, tentant de résister à l’étrange attirance qu’elle éprouve pour un marin bien plus vieux qu’elle (Brad Pitt, version Robert Redford à l’aube de la soixantaine) est toute en élégance et subtilité.

Que dire alors de l’interprète principal, véritable cheville ouvrière de cette fresque interminable, Brad Pitt ? Englouti les 9/10è du film sous des effets spéciaux, numérisé, souvent réduit à une voix-off plutôt pesante, faire-valoir de ces dames, on peut apprécier chez l’acteur sa grande humilité, mais le préférer néanmoins en coach sportif décérébré, en mari désespéré de Cate Blanchett, en pur fantasme du WASP schizophrène interprété par Edward Norton ou en fumeur de ganja et autres substances parfaitement illicites****.

* Sur le thème de l’amour fou et le destin cruel s’acharnant à séparer les deux amants, on peut réévaluer The fountain de Darren Aronofsky_2006, ou revoir ses classiques, Peter Ibbetson d’Henry Hathaway_1935, Pandora and the Flying Dutchman d’Albert Lewin_1951 ou The Ghost and Mrs. Muir de Joseph L. Mankiewicz_1947… les yeux fermés et rêver à ce qu’aurait pu être L’étrange histoire de Benjamin Button entre des mains plus sensuelles.
** Hormis son géniteur qui l’abandonne, effaré par une telle horreur, mais finit cependant par lui léguer tous ses biens (ça compense), Benjamin ne rencontre que des êtres pétris d’humanité et autres personnages forts en gueule qui l’adoptent illico (Jared Harris en capitaine de chalutier, un pygmée… Euh ? Oui, un pygmée… Et pourquoi ? A la réflexion, pourquoi pas ? Certains rencontrent bien des boites de chocolat et des amateurs de crevettes).
*** Et des dialogues grotesques comme ce grand moment d’humour (involontaire ?) où les juvéniles amants se regardent droit dans leurs (beaux) yeux… M’aimeras-tu quand j’aurais des rides ? s’inquiète Daisy/Cate Blanchett somptueuse (la vache !)… M’aimeras-tu quand j’aurais de l’acné ? répond le grand dadais… Fou rire assuré !
**** Dans respectivement, Burn after Reading de Joel et Ethan Cohen_2008, Babel de Alejandro González Inárritu_2006, Fight club de David Fincher_1999, True Romance de Tony Scott_1993

© Warner Bros. France
© Warner Bros. France

L’étrange histoire de Benjamin Button/ The Curious Case of Benjamin Button de David Fincher_2009
avec Brad Pitt, Cate Blanchett, Julia Ormond, Taraji P. Henson, Jason Flemyng, Tilda Swinton, Jared Harris, Elias Koteas et Elle Fanning

2 responses to L’ÉTRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON de David Fincher

  1. Anonymous says:

    Bon ben voilà, c’est fait, j’ai vu la bête « pittesque ». c’était bien long ma foi, j’ai cru que je pourrai jamais aller faire pipi. Mon « mari » a eu quelques éclats de rire la première heure, puis je l’ai entendu (ou plutôt je ne l’ai plus entendu) s’enfoncer peu à peu dans la torpeur de l’ennui profond.Le film est sympathique quand brad est un enfant vieux. Mais ensuite, ca devient légèrement lourdingue, et moi qui pleure si facilement, je n’ai ressenti aucune émotion. Ni quand les gens y meurent, ni quand Cate devenue un peu plus ramollo du fessier se tape pour la dernière fois l’amour de sa vie, ni ni ni… N’y allez pasLa banane ma(s)quée

  2. FredMJG says:

    ToAnonyme : Hé banane je t’avions prévenue… T’aurais du opter pour Leo déjà vieux dans sa tête de poupon… le film est plus court ! :oD

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