Se souvenir des belles personnes

Liz en 10 rôles.

© Richard Avedon

Elizabeth Taylor [27/02/32 – 23/03/11]

I, along with the critics, have never taken myself very seriously.

One problem with people who have no vices is that they’re pretty sure to have some annoying virtues. Source : imdb

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© Loomis Dean
REFLETS DANS UN ŒIL D’OR

N’as-tu jamais été pris au collet, traîné dans la rue et fouetté par une femme nue ? susurre Leonora/Elizabeth Taylor à son coincé de major de mari qui frémit à peine, lui qui ne rêve plus désormais qu’au corps dénudé d’un jeune soldat de sa garnison, avant de monter les escaliers et de présenter son séant aux spectateurs effarés devant tant de volupté et de douce vulgarité pleinement assumées.

C’est pourtant parfaitement corsetée qu’elle viendra cravacher le visage de son grotesque époux lorsqu’il aura battu son étalon favori dans Reflections in a golden eye, film monstre de John Huston_1967 dans lequel elle trouve un de ses rôles les plus extravagants et les plus inoubliables.

Le major Penderton/Marlon Brando aurait du se méfier. Elizabeth Taylor, qui n’en était pas à une blague près, n’avait-elle pas affirmé un jour que les meilleurs partenaires qu’elle avait côtoyés à l’écran étaient des chiens et des chevaux ?

Et pourtant, maman et putain à la fois — à l’écran comme dans la vie où elle assumera avec aplomb une sexualité épanouie qui en choquera plus d’un et non des moindres —, elle en aura aimé des hommes, de Robert Taylor à Richard Burton. Sans oublier la clique de jeunes et beaux garçons fragiles dont elle affectionnera la compagnie et qu’elle enterrera l’un après l’autre. Montgomery Clift, son préféré, James Dean ou Rock Hudson, elle les aura tous maternés. Et ils le lui auront bien rendu.

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© Peter Stackpole

« The most gorgeous thing in the world and easily one of the best actors » Liz Taylor à propos de Montgomery Clift

UNE PLACE AU SOLEIL.

Le couple que forment Angela/Elizabeth Taylor et George/Montgomery Clift élève la beauté au rang d’indécence dans ce drame cruel sur l’ambition jusqu’au-boutiste d’un déclassé.

A place in the sun de George Stevens_1951, mélo moral à souhait, inspire à ses spectateurs de pervers désirs. Que le meurtrier par imprudence s’en sorte sans encombre (qui n’a pas rêvé ne serait-ce qu’une seule fois d’étrangler Shelley Winters ?), épouse la pimpante héritière, lui fasse des enfants et nous en mette un de côté.

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© Associated British Elstree Studio
CÉRÉMONIE SECRÈTE.

A nouveau prénommée Leonora, Elizabeth Taylor affronte courageusement ici, non seulement son âge, mais également la solitude qui attend toute prostituée dont le ticket n’est plus valable.

Face à la jeunesse ravageuse de Mia Farrow — star montante fraichement échappée du Rosemary’s baby de Roman Polanski — et au dégoutant cynisme de Robert Mitchum, l’aberrant Secret ceremony de Joseph Losey_1968 lui offre, dans une ambiance aussi glauque qu’asphyxiante, l’opportunité de jouer ce fameux double rôle de maman (elle remplace ainsi aisément sa fille morte par cette foldingue d’orpheline qui pourrait se révéler un excellent bâton de vieillesse) et de putain (les jeux troubles auxquels elle se soumet de bonne grâce la mèneront à sa perte).

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© Metro Goldwyn Meyer
LA CHATTE SUR UN TOIT BRULANT.

Sans doute son rôle le plus célèbre (avec Cléopatre), la Maggie de Cat on a hot tin roof de Richard Brooks_1958 est un feulement constant à la lascivité et il faut bien toute l’hypocrisie de la bonne société et l’impitoyable censure régnant alors à Hollywood pour prétendre que si Brick, son alcoolique d’époux — Paul Newman qui en ferait miauler plus d’une — lui refuse sa couche, c’est parce qu’il la juge responsable de la mort de son meilleur ami.

Atmosphère moite assurée et, pour ce qui est d’une éventuelle descendance, même demande que précédemment, merci.

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© John Heyman Productions
BOOM.

Pour qui aiment les ambiances excentriques et psychédéliques, Boom de Joseph Losey_1968 est un vrai plaisir coupable, inspiré des écrits de Tennessee Williams manifestement sous l’emprise de psychotropes. La légende prétend que le réalisateur, en proie à quelques soucis personnels, tourna ce film parfaitement ivre, ce qui tendrait à expliquer l’imperturbable sérieux de l’affaire.

Flora Goforth/Liz, Taylor délicieusement vulgaire, maquillée comme un camion volé et vêtue d’extravagantes tenues sous lesquelles elle est le plus souvent nue, est une richissime (six fois) veuve qui s’ennuie à périr tant il n’existe plus sur terre une seule chose à désirer qu’elle ne possède déjà.

Tandis qu’elle agonise tout en torturant une armée d’esclaves dévoués à son service, elle croise un jeune poète crotté — Richard Burton, rions en chœur—, ange de la mort déguisé en samouraï. Et n’oublions pas l’inénarrable Noël Coward dans le rôle de « The witch of Capri ». Affolant pour les nerfs et les zygomatiques… Boom !

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© Burt Glinn
SOUDAIN, L’ÉTÉ DERNIER.

Abracadabrantesque histoire où sont évoqués pêle-mêle psychanalyse sauvage, inceste, pédophilie et cannibalisme, Suddenly, last summer de Joseph L. Mankiewicz_1959 — écrit à quatre mains par Tennessee Williams et Gore Vidal qui s’en donnent à cœur joie entre sous-entendus salaces et voracité maternelle — exalte l’insolente beauté de Catherine/Liz Taylor, le corps gorgé de soleil à peine camouflé dans un maillot de bain blanc.

Il est par contre difficile de la revoir face à un Montgomery Clift abîmé par l’alcool et au visage parcouru de tics, sans un pincement au cœur.

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© Alan Band/Keystone
QUI A PEUR DE VIRGINIA WOOLF ?

Interminable scène de ménage entre Martha et George, deux amants éperdus à tendance exhibitionniste, Who’s afraid of Virginia Woolf? de Mike Nichols_1967 confirme s’il en était besoin que Liz Taylor n’a peur de rien. Ni de se vieillir prématurément, prendre quelques kilos plus que superflus, voire se montrer sous un jour fort peu reluisant. Et encore moins d’affronter son cher et tendre Burton dans ce qui restera comme la plus impudique des confrontations de ces grands cabotins.

L’académie des oscars étant ce qu’elle est, ce rôle transformiste de virago — qui tenait pourtant bien peu du contre-emploi à en croire les rumeurs — lui valut la deuxième statuette de sa carrière.

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© Frank Worth
© Frank Worth
GÉANT.

Giant de George Stevens_1956 fait désormais partie de la mythologie Dean qui se tua en voiture à la fin du tournage. Par ailleurs, Elisabeth Taylor qui essaya vainement de faire embaucher Montgomery Clift pour le rôle finalement dévolu à James Dean, finit par s’entendre avec ce dernier — et Rock Hudson avec qui elle entama une amitié indéfectible à l’occasion de cuites mémorables et dont la mort fut le détonateur de son engagement dans la lutte contre le Sida — comme larrons en foire.

On peut désormais s’amuser à décrypter cette fabuleuse épopée texane comme l’histoire de deux coquins — Bick Benedict et Jett Rink —, que tout oppose, à commencer par leur condition, souhaitant vérifier qui possède le plus beau derrick mais contrairement à cette dévergondée de Dorothy Malone que Rock Hudson dédaignera la même année dans Written on the wind de Douglas Sirk, Elizabeth Taylor joue ici, sans affectation ni séduction intempestive, Leslie, une mère et épouse irréprochable, et donc inaccessible pour Jett Rink/Dean à qui elle ne peut offrir qu’une affection strictement fraternelle.

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© Twentieth Century Fox Film Corporation
CLÉOPÂTRE.

Tout a déjà été rapporté du cauchemar vécu par Joseph L. Mankiewicz. Le reste appartient à l’histoire. Et le film n’est pas aussi désastreux qu’on aurait pu le craindre au vu des multiples catastrophes endurées par la production. Bien au contraire, son solide casting — de Rex Harrison à Martin Landau — le sauve de la nanardise, malgré un mauvais goût parfaitement affiché.

Laissons donc le mot de la fin à Liz Taylor qui ne manqua pas son rendez-vous avec l’amour de sa vie, le scandale et la gloire.

If someone’s dumb enough to offer me a million dollars to make a picture, I’m certainly not dumb enough to turn it down. Source : imdb

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I’ve been too close to death to fear it anymore. I enjoy life far too much to want to die. But I’m certainly not afraid of it. Source : Life

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© Bert Stern

21 responses to Se souvenir des belles personnes

  1. Foxart says:

    Je ne suis ni fan de Tenessee Williams, ni de Losey qui m'emmerdent en général, du coup, je me rattrape à admirer les beaux acteurs et belles actrices qui peuplent ces films… Dont la géniale Liz, beaucoup moquée ces dernières années sur le simple fait de son vieillissement… tristes cons… Sa mort rappelle tout le monde à l'ordre Liz est et restera une SUPERSTAR, une grande actrice et une sacrée bonne femme…
    Et puis, comme tu t'en doutes, j'adore Lassie 😉

  2. FredMJG says:

    ToPrincécranoir: Elle vaut bien mieux que ça. Et je crains qu'elle n'ait jamais souhaité de se/d'être « rangée » 🙂

  3. Vincent says:

    Très bel hommage. j'ai toujours eu un faible pour les gros plans humides de « A place in the sun ». « Cléo », je l'ai redécouvert en DVD il y a quelques années, c'est quand même pas si mal que ça, c'est bien écrit et il passe indubitablement quelque chose entre « miss gros seins » et celui qui s'en moquait.
    manque pour moi « Invanhoe » que j'ai redécouvert en le montrant à ma fille, elle y est piquante en jeune notable juive, absolument sensuelle dans un film plutôt familial.
    Joli travail. (as usual)

  4. FredMJG says:

    ToVincent: Je ne vous rappelle donc pas que dans Ivanhoé ce crétin d'Ecosse se tire avec Joan Fontaine !!! pffffft
    Heureusement qu'il y avait ce vieux gredin de Sanders pour baver sur l'indécente 🙂

  5. FredMJG says:

    ToLolly: Amen Lolly. By the way, as Liz is now in heaven with all her boys, I don't think they need what you advertise for. Thank you.

  6. Ran says:

    Donc, la chronique mortuaire continue…
    Je pleure moins sur les acteurs/actrices que sur les réalisateurs en général mais, bon, ce n'est pas une raison. D'après mes souvenirs d'une longue après-midi d'hiver (qui valent ce qu'ils valent), ce n'est pas si mal que cela Cléopâtre (quoiqu'un peu longuet tout de même).

  7. FredMJG says:

    ToRan: Mouarf ! Ils feraient quoi tes réalisateurs s'il n'y avait personne pour s'agiter devant leur objectif, et accessoirement leur mener la vie impossible hein ?
    Bon, parlons pas de malheur.
    Je n'ai jamais dit que Cléo c'était mauvais. Déjà chez moi, nanar n'est pas un gros mot qu'on se le dise. Simplement, à chaque fois que je vois des romains en jupette, je n'y peux rien, je ris !
    Et je ne peux quand même m'empêcher de songer que l'idée originelle de Mankiewicz de faire deux films de trois heures chacun (ça en fait des soirées d'hiver à occuper) aurait pu être diablement intéressante. On aurait même éventuellement pu classer X le deuxième opus ^^

  8. Ran says:

    Que veux-tu, c'est un reste de mon éducation « cinéphile » qui fait que je suis plus accroché par les réalisateurs. Mais j'admets que sans les acteurs, le cinéma perdrait beaucoup (on peut faire de jolis plans de nature mais ça a tout de même ses limites)et pas seulement pour le sex-appeal et les jolies anecdotes…
    Alors comme ça, les acteurs en jupette font rigoler. Pour prendre un autre film de Joseph L. (je n'écris pas son nom parce que je fais quatre fautes d'orthographe à chaque fois), je trouve que Brando et Mason ne sont pas mal dans Jules César. Quant à Cléopâtre, je considère que deux fois deux heures, c'est plutôt suffisant (et qu'il faut sans doute mieux ne pas les regarder à la suite). Je ne suis toutefois pas un immense fan de péplums.

  9. FredMJG says:

    ToRan: MAN-KIE-WICZ c'est pourtant simple non ? 🙂
    Argh Mason/Brutus et sa tronche de torturé et Marlon en toge (c'est à cause de ce film que Burton avait failli en avaler les cailloux qu'il offrait à sa belle). Impayables !! tu quoque mi fili ! Ah ah ah

    ToSonicEric: Bien le bonsoir et… de rien.
    Ça, pour être une sacrée nana, elle l'aura été jusqu'au bout la bougresse. Je ne crois pas que beaucoup se soient payés le luxe d'arriver à la bourre à leur propre enterrement ^^

  10. Phil Siné says:

    bel hommage, avec les coquineries qu'il faut… et un peu de zoophilie aussi, ça fait du bien ! merci…
    je m'aperçois à ce sujet que je n'ai vu que peu de films avec la petite liz… je vais essayer de me mater « fidèle lassie » de ce pas, comme semble le suggérer foxart…

  11. FredMJG says:

    ToPhilSiné: Mais Miss Taylor était une gourmande de la vie et elle était la première à le revendiquer. On en fait plus des comme ça. Uniquement de mauvaises copies.

  12. Ran says:

    Nan, c'est pas simple et c'est d'autant plus ennuyeux qu'il a tourné des tas d'excellents films et que c'est lui qui a fait venir Fritz Lang (ça c'est facile) aux Etats-Unis. Bref, il aurait pu s'appeler Martin comme tout le monde ou presque…

  13. FredMJG says:

    ToRan: Non ? c'est lui qui a fait venir Fritze Langue ? mince alors ^^
    D'ailleurs, Martin n'est guère plus facile à gérer, demande donc à Scorsese le nombre de fois que l'on écorche joyeusement son patronyme.

  14. Ran says:

    Ouais, mais il y a trop de « s » dans Scorsese alors les gens tentent de rétablir un nécessaire équilibre en rajoutant des « c ».

  15. dasola says:

    Bonsoir FredMJG, merci pour cet hommage mérité à Liz, la femme qui aimait les hommes qui aimaient les hommes (dixit Libération). Bonne soirée.

  16. FredMJG says:

    ToDasola: Il me semble que Liz était suffisamment généreuse pour aimer et comprendre tout un chacun, y compris les dames.

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