OCTUBRE de Daniel et Diego Vega Vidal

Sauvée des gages.

Clémente (Bruno Odar), un usurier tristounet comme un jour sans gain, clame à qui veut bien l’écouter qu’il a sauvé un lardon d’une mort certaine. Il n’en est guère à une élucubration près.

Connu comme « le fils du prêteur », cet individu taiseux à la triste figure poursuit sans états d’âme la tradition paternelle et ne semble même pas prendre quelque plaisir à humilier les emprunteurs en leur offrant de poser leur postérieur sur un banc qui les met plus bas que terre.

Qu’arrivera-t-il si je ne rembourse pas lui demande un jour un inconscient à l’air patelin. Essaie seulement, lui rétorque imperturbablement Clémente, aussi froid que le coutelas qu’il planterait à loisir dans le lard de l’imprudent. Mais tout cela n’est que rodomontades. Et le bel équilibre que cet asocial s’est forgé, prêteur à gages le jour, client de bordel la nuit, va bientôt s’écrouler.

Car la braillarde (« La cosa » comme il la nomme) est bien née de ses amours avec une demoiselle de petite vertu, qui lui a de surcroît joué le sale tour de la lui abandonner sans laisser d’adresse. Et Clémente, encombré, de rechercher frénétiquement cette mère indigne dans un Lima dépressif tandis que son monde s’effondre au rythme de ses rencontres.

Alors que sous la morgue affleure peu à peu la panique, son pouvoir se désagrège au contact de compatriotes guère plus reluisants que lui, certes, mais qui survivent, galvanisés comme ils le sont par des rêves inentamés. Une voisine solitaire, amoureuse et sans doute un peu sorcière (nous tairons ici la recette de l’invraisemblable philtre d’amour qu’elle concocte), un vieillard qui investit sa demeure en compagnie d’une bien aimée quasi-expirante, ses débiteurs de plus en plus audacieux et insolents, les prostituées qui le grugent, un complice qui le vole, cette enfant dont il n’arrive pas à se désintéresser totalement malgré un cœur qu’il souhaiterait de pierre, tout ce petit monde va contribuer à secouer son être endormi.

La valse d’un faux billet qui sonne le glas de sa minable existence sera l’occasion d’une succession de scènes aussi drôles que mélancoliques, chaque tentative de le refourguer se soldant peu ou prou par un échec, le dernier n’étant pas le moindre.

Est-on capable d’un changement radical ? Sans nul doute si l’on ouvre sa porte et son cœur aux autres nous répondent les frères Vega Vidal. Sans compter que vouer un culte au seigneur des miracles peut également y contribuer.

En filmant affectueusement — et par la grâce de plans aussi rigoureux que la vie de métronome de leur lugubre héros — une galerie de personnages haute en couleurs dont le moteur ne semble être que l’argent, les deux réalisateurs par touches sensibles et délicieusement loufoques offrent — après une tendre éclaircie — une fin ouverte aux cyniques que nous sommes.

Prix du jury au Festival de Cannes 2010, catégorie Un certain regard

© Eurozoom
© Eurozoom

Octubre de Daniel et Diego Vega Vidal_2010
avec Bruno Odar, María Carbajal, Carlos Gassols et Gabriela Velásquez

8 responses to OCTUBRE de Daniel et Diego Vega Vidal

  1. Foxart says:

    Ton pitch est un vrai régal, surtout ayant vu le film…
    La fin ouverte ne m'apparait pas comme cynique… en fait on peut choisir entre verra/verra pas…
    Moi j'ai pris l'option happy end… avec un quoique juste dans la foulée…
    Joli film en tous cas

  2. FredMJG says:

    ToFoxie: Tu es un sentimental. La fin est ouverte et non cynique. Maintenant, le public, je n'y mettrais pas ma main à couper. Il y en a eu hier pour maugréer (je cite) « bon ben il n'y a pas de fin ». Pffffffffft.

  3. Kilucru says:

    J'adore rester avec tout un champ de possibilité devant moi…Et oui peut-être un peu trop rêveur…
    Tu parles si bien du film, ravivant des souvenirs ..qui me donnent envie de le revoir…
    Il est immensément riche..en fait..heu..le film,pas l'usurier..quoique
    Je vais fouiller toutes les vieilles cuisinières des casses environnantes moi !

  4. FredMJG says:

    ToKiluc': Ouaip ! moi aussi. Ça me permet de me faire du cinéma 🙂
    J'adore les « petits films » qui semblent ne pas payer de mine et hop, ils t'embarquent.

  5. Agathe Zeponcho Villa says:

    IL ME TARDE GRANDEMENT !

    D'ailleurs en parlant de cinéma péruvien, on attend toujours une sortie DVD de l'excellent « Detras del mar » (que j'ai eu la chance de voir à Barcelone), jamais sorti en France…

  6. FredMJG says:

    ToZapataPlanquéSousSonPoncho: Oh l'autre ! on va le savoir que t'as filé à la barcelonette sans prévenir et sans donner de nouvelles pendant une année entière. Gredin !

  7. Agathe Pat says:

    N'empêche je vais plus jamais regarder une carafe filtrante de la même façon.

    Je comprends mieux l'arrière goût maintenant.

  8. FredMJG says:

    ToAgathePat: Je dois reconnaître que cela m'a offert quelques perspectives de petite lessive vite faite bien faite:)

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