LA YUMA de Florence Jaugey

Relever le gant.

Elle a une sacrée poigne La Yuma et elle cogne dur. Avec son caractère bien trempé et son humeur chatouilleuse, mieux vaut ne pas la chercher.

Née dans une banlieue de Managua livrée aux gangs, elle n’a guère trop le choix la charmante, sombrer dans la délinquance, voire dans le lit d’un « beau-père » machiste aussi priapique que feignasse ou travailler d’arrache-pied à se bâtir un avenir meilleur.

Aussi, La Yuma, envers et contre tous (sa mère prête à vendre ses filles pour garder son homme à la maison, son frère junkie et voleur à la tire, son gangsta de copain qui joue les matamores mais qu’elle pourrait aisément étaler d’une pichenette, sa patronne bonne comme le pain qui apprécierait que son employée soit un poil plus féminine) a décidé de devenir boxeuse. Comme, entre autres, les héroïnes de Girlfight de Karyn Kusama_2000 ou de Million dollar baby de Clint Eastwood_2004, et ce, pour d’identiques raisons, échapper à une vie toute tracée faite de violence conjugale, de frustration intellectuelle et d’éternelle indigence.

Et la belle et gracile pugiliste s’offrira même le luxe d’une romance avec un jeune étudiant des beaux quartiers qui la fantasmera mais ne la comprendra guère, tant ses pensées sont encore murées dans les clichés.

Il faut savoir gré à la documentariste Florence Jaugey d’avoir soigneusement évité tout misérabilisme, y compris dans certaines scènes « sensibles », et porté un regard respectueux sur les populations d’un pays contre lequel le sort s’acharne depuis tant d’années. La Yuma est sa première fiction mais également, il faut le préciser, le premier film jamais produit depuis plus de 20 ans au Nicaragua.

Il n’est donc pas surprenant que cette histoire simple mais lumineuse — transcendée par la gracieuse présence d’Alma Blanco — ait rencontré depuis sa sortie un immense succès, tant dans le pays qui l’a vu naître que dans les nombreux festivals où il a été présenté et récompensé. Ce film généreux à l’impeccable casting composé pour moitié de non professionnels, mérite que l’on s’y attarde, même si l’on peut estimer que l’aventure développée ici l’a déjà été plus de cent fois ailleurs.

Sachant que nous est contée — et ce, sans prétention aucune — une belle leçon de vie et d’espoir dont l’insolite épilogue laisse rêveur, il ne faut pas hésiter à laisser La Yuma nous mettre K.O.

© Ciné Classic
© Ciné Classic

La Yuma de Florence Jaugey_2010
avec Alma Blanco, Gabriel Benavides, Rigoberto Mayorga, Guillermo Martinez, María Esther López, Eliézer Traña et Juan Carlos García-Sampedro

Sortie le 29 septembre 2010

 

Laissez un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s