LA FILLE FANTÔME de Kazuichi Hanawa

© Kazuichi Hanawa/Editions Casterman

Voici venu le python de mon ressentiment. Pour avoir raté son passage dans l’au-delà en oubliant de traverser la rivière Sanzu (équivalent du Styx), une petite fille fraîchement décédée est condamnée à errer dans les limbes pour y sonder l’âme des vivants.

La gamine, sous la charmante forme d’un lombric à tête humaine, s’insinue dans la psyché et les viscères de ses hôtes où se sont forgés d’étranges sortilèges et y mesure en direct l’étendue de leurs turpitudes : perversions, envie, haine, ressentiment (croqué sous la forme d’un python), mépris, jalousie, aigreur, meurtre, vanité, ingratitude, en bref une jolie palette de sentiments fors (in)humains.

Même si parfois les planches sont peu ragoûtantes, envahies de personnages maléfiques à l’apparence d’insectes, de corps criblés de blattes, de vomissures voire d’excréments (ainsi, un assassin refusant de se repentir sera sans délai condamné par ses honnêtes juges à biberonner le « jus de l’enfer » — comprendre pisse et fèces du diable), Kazuichi Hanawa ne manque pas d’humour. Il finit même, en héros involontaire d’une des aventures de son aimable spectre, par avouer s’être offert les services d’un mort-vivant pour dessiner le livre à sa place.

Somme toute, La fille fantôme est un manga très graphique et quelque peu répugnant qui ne nous épargne aucun détail, comme un avant-goût de l’enfer qui nous attend tous.

Peuplé de femmes-insectes et d’enfants-chenilles, ce plaisant petit recueil (inspiré, si l’on en croit le facétieux auteur, par une culpabilité latente d’avoir souhaité la mort de son demi-frère à naître), traversé de menues morales bouddhistes et parcouru de maléfices, est donc réservé à tous ceux qui auraient dans l’idée de laisser le python du ressentiment et de la vengeance leur bouffer le cœur et l’esprit.

A vos karmas !

La fille fantôme de Kazuichi Hanawa_2008
aux Editions Casterman