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GREEN PORNO de Isabella Rossellini

Dans Animation, Cinéma, Court-métrage, Isabella Rossellini, Sundance Channel, TV, USA, Web Serie le 23/11/2009 à 18:25

© Sundance Channel/Jody Shapiro

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la vie sexuelle des bestioles sans oser jamais le demander.

Bon sang ne saurait mentir, Isabella Rossellini a de qui tenir.

Quand on est la fille d’Ingrid Bergman qui n’hésita pas dans les années 50 à braver la bien-pensante hypocrisie hollywoodienne en déclarant sa flamme — et bien plus, puisqu’affinités — à Roberto Rossellini, on ne va certainement pas se laisser abattre par l’âge de la retraite qui sonne (pour un mannequin vedette de parfum en vogue s’entend).

Ayant quitté Martin Scorsese sous le fallacieux prétexte que cet infernal jaloux refusait de la faire tourner puis vécu une relation dévastatrice avec ce grand fou de David Lynch avec lequel elle n’hésita pas à fouler aux pieds tout plan de carrière préconçu (deux beaux rejetons à ce jour: Blue velvet en 1986 et Sailor et Lula en 1990), Isabella Rossellini continue contre vents et marées son existence cinématographique aventureuse dont nous retiendrons surtout en 2003 son interprétation de patronne de cabaret handicapée dans l’idéalement barré The saddest music in the world de Guy Maddin et sa participation en 2008 à Two lovers de James Gray, en mère étouffante de Joaquin Phoenix.

Férue de sciences et mue par une curiosité et une énergie sans faille, l’actrice décida un jour de s’attaquer à la vie sexuelle débridée des charmantes petites bêtes qui nous cernent en proposant, et d’écrire, et d’interpréter leurs parades lubriques (en n’omettant aucun détail graveleux ou scatologique) avec un humour ravageur et ce, pour quelques kopecks. Elle trouva une oreille attentive auprès de Sundance Channel car, par un heureux hasard, Robert Redford cherchait à produire des films à destination du web et des téléphones portables.

Ainsi naquit Green porno, de forts courts métrages (d’une à deux minutes, d’où la frustration que cela peut parfois engendrer) où l’actrice se transforme à volonté en lombric, araignée ou maya l’abeille avec une bonne humeur communicative et des apartés emplis de sous-entendus érotiques du meilleur aloi, tout en donnant la réplique à des conjointes en carton-pâte. Car elle s’est offert le beau rôle, tout en ne s’épargnant guère : celui du mâle en perpétuel rut, dont la survie dans la jungle du coïtus interruptus est sujette à d’homériques combats.

Et le succès de sa petite entreprise ne se dément pas.

Après les insectes, Isabella Rossellini a entrepris de révéler les mœurs et mystères des profondeurs entre reproduction de coquillages hermaphrodites et chants amoureux de baleines aux membres démesurés. Désormais dans la troisième saison intitulée Bon appétit et consacrée à la sexualité fort mouvementée de la faune marine, l’actrice (tout en se réinventant en calamar libidineux, anchois inquiet ou morse dépravé) invite dans sa cuisine le biologiste Claudio Campagna dans une optique aussi drolatique que pédagogique et écologique à la fois.

Les films et les making-off sont disponibles, voire téléchargeables, sur le site de Sundance Channel.

A noter pour les retardataires que l’interview de l’actrice/co-réalisatrice (avec Jody Shapiro) diffusée le 13 novembre sur Arte est rediffusée sur le site de la chaîne.

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ENVOYEZ LA FRACTURE de Claire Devers

Dans France2, Polar, Suite Noire, TV le 30/08/2009 à 06:01

© France 2, Agora Films

Mélancolie vaudou.

Un film dont le personnage principal se prénomme Ambroise (Laurent Stocker, césar du meilleur espoir masculin 2008 pour Ensemble c’est tout de Claude Berri) et se prend de passion pour le vaudou ne peut pas être totalement sérieux.

Au travers d’un kaléidoscope et au mépris total de la moindre chronologie, Claire Devers nous conte l’aventure d’un dessinateur freelance un poil raté, responsable de l’accident qui a coûté les jambes à sa compagne de jeu (il verse dans le sado-masochisme et n’aime rien tant être saucissonné, ce qui nous vaut une scène hilarante en compagnie de Léa Drucker, perverse intermédiaire totalement à côté de ses pompes), trop gentil et velléitaire, odieusement surexploité par un patron chafouin (Michel Aumont, à se tordre) dont l’avarice n’a d’égale que la malhonnêteté.

Accablé par les dettes et les factures qui s’accumulent, poussé au pire par une épouse acariâtre et sadique, le doux dingue se vautre avec volupté dans les désillusions.

Un malicieux auteur de romans à 4 sous, par le cadeau d’une valise débordante de grigris, va lui ouvrir les portes d’un monde parallèle dans lequel il va s’engouffrer, miné par le fol espoir de prendre sa revanche sur les aléas de sa misérable existence.

Laurent Stocker — parfait en farfadet blondinet foncièrement hystérique fasciné par les rites africains — va découvrir par la grâce d’un vieil héritage et la rencontre d’une galeriste (Dominique Reymond dans une apparition mémorable) le monde impitoyable des ventes aux enchères. S’ensuivent alors des mésaventures burlesques et des rencontres avec des personnages improbables qui vont tenter chacun leur tour de l’empapaouter en beauté, sans se douter qu’ils sont victimes de sorts distillés sans trop de ménagement par notre apprenti ensorceleur aux abois.

Inutile de préciser que dans un film noir, rien ne tourne jamais comme les protagonistes le prévoient dans leur immense et égoïste naïveté. Au jeu du marabout bout de ficelle, Claire Devers s’amuse et excelle à faire rire le spectateur d’événements somme toute radicalement épouvantables.

Seul l’épouse d’Ambroise (une superbe Clotilde Hesme, en maitresse femme clouée dans un fauteuil roulant), aussi amèrement prosaïque que son époux est un impénitent rêveur, remettra les choses à leur juste place. La vie n’est pas si simple qu’on puisse la réduire à quelques tours de magie.

Envoyez la fracture de Claire Devers clôt — momentanément espérons-le — et sur un ton des plus mélancoliques, le cycle Suite Noire de France2.

© France 2, Agora Films

Envoyez la fracture de Claire Devers_2009
avec Laurent Stocker, Clotilde Hesme, Léa Drucker, Michel Aumont, Judith Chemla, Dominique Reymond et Babacar M’Baye Fall
d’après le livre de Romain Slocombe

LA REINE DES CONNES de Guillaume Nicloux

Dans France2, Polar, Suite Noire, TV le 17/08/2009 à 22:38

© France 2, Agora Films

La jeune fille et la mort.

Relatée à la première personne en des flashbacks successifs, La reine des connes conte la triste histoire d’Emma qui n’eut que le tort d’être née sous l’identité d’Emmanuel dans une famille bourgeoise à l’esprit étriqué.

Emma n’est pas une mauvaise fille… Si elle se prostitue c’est, dit-elle, pour ne pas entamer son capital qui va lui permettre de s’évader d’un corps qui n’est pas le sien. Ses relations avec la clientèle sont d’ailleurs placées sous le sceau de l’affection.

Emma n’est pas très futée non plus… Petit papillon prisonnier de sa chrysalide, elle est le pigeon rêvé pour une arnaque à laquelle ne peut succomber qu’un transsexuel obsédé à l’idée de renaître. Dans son abyssale candeur, la bécasse se figure dès lors qu’elle peut doubler sa mise sans risque, fait confiance à tout le monde et en oublie de soupçonner les zazous prêts à l’empapaouter en beauté… alors que le spectateur subodore le désastre dès l’apparition des malfaisants.

Guillaume Nicloux réussit le tour de force de nous faire rire des terribles malheurs* qui fondent sur son héroïne tout en la filmant avec une tendresse infinie et sans une once de condescendance, y compris dans les scènes les plus improbables. Le réalisateur est aidé dans cette lourde tâche par un acteur touché par la grâce, Clément Hervieu-Léger, aussi troublant en douce ingénue poissarde qu’effarant en garçon désaxé et hargneux.

Évitant les clichés et sans fausse pudeur, le scénario prend à rebrousse-poil toutes les idées reçues, et sur la transsexualité (mystérieusement, c’est lorsque le comédien se montre au masculin que son personnage paraît alors le plus incongru, comme déguisé), et sur la tolérance (glaçante scène familiale où, surprise, c’est le père qui assume l’apparence de son rejeton**).

L’empathie est si forte avec cette grande bringue fataliste un tantinet suicidaire que l’on ne peut que croiser les doigts et rêver à sa réussite… mais les polars finissent mal en général pour ceux qui s’éloignent des sentiers battus. La reine des connes nous brise finalement le cœur tout en s’affirmant comme une belle réussite teintée d’amertume.

* Une scène d’anthologie : la nigaude découvrant qu’elle a été cambriolée met à sac toute sa chambrette
** Par amour, par refus du conflit — alors que la mère assouvit crument son rejet tandis que la lâcheté paternelle sera stigmatisée ultérieurement — ou par pure indifférence ? Liberté est donnée au spectateur d’embrasser l’une ou l’autre de ces raisons. Belle composition du couple Hélène Alexandridis/Pascal Bonitzer

© France 2, Agora Films

La reine des connes de Guillaume Nicloux_2009
avec Clément Hervieu-Léger, Yves Verhoeven, Pascal Bongard, Nicolas Jouhet, Hélène Alexandridis, Pascal Bonitzer, Katia Golubeva, Sophie Cattani, Garance Clavel et Pierre Trividic
d’après le livre de Laurent Martin

LE DÉBARCADÈRE DES ANGES de Brigitte Roüan

Dans France2, Polar, Suite Noire, TV le 11/08/2009 à 23:54

© France 2, Agora Films

Magouilles, souffrance et beauté.

Vous venez pour le massage ? demande narquoisement notre héros aux deux grandes brutes qui s’apprêtent à le passer à tabac.

Ainsi débute Le débarcadère des anges, 6e film de la Suite noire** réalisé par Brigitte Roüan, qui restera sans doute dans les annales pour avoir révélé le talent d’Ysaë, musicien hip hop et fondateur du Pop Art Lyrical*.

D’une charmante désinvolture, il est la bonne surprise de ce polar qui évoque à mots très découverts les exactions de cliniques de chirurgie esthétique et les relations incestueuses liant monde interlope, politiques et forces de police, tout en explorant les chemins de la filiation.

Notre novice, autoproclamé détective et baratineur de jolies poupées, se laisse embarquer par un ami d’enfance — soucieux de plaire à une péronnelle (Sarah Biasini, gentillette) — dans une abracadabrante enquête dont personne ne sortira indemne.

En lieu et place de la sempiternelle voix-off qui escorte tout privé qui se respecte, c’est son supposé père, flic disparu lors de ses jeunes années, qui va lui révéler des cieux où il est monté tous les arcanes du métier, et plus puisqu’affinités.

Dans cet éternel combat de David contre Goliath, malgré les efforts d’un flic désabusé et suffisamment cynique pour se maintenir à flots et survivre (Gérard Meylan, chaplinesque), l’amitié, les beaux principes, les espoirs et les fantasmes prendront un sacré coup dans l’aile, sans compter que les meurtres de jeunes beautés sont toujours plus cruels au soleil.

La réalisation est à l’image du héros, nonchalante — et l’on sait gré à Brigitte Roüan d’aimer filmer les corps masculins alanguis — les dialogues sont savoureux et il règne sur ce débarcadère un humour bon enfant qui tranche singulièrement avec la noirceur, voire la crudité, de certaines scènes… D’où vient alors la sensation que l’on reste sur sa faim ?

Au final, cette nouvelle pierre apposée au mémorial des magouilles marseillaises cinématographiques donne singulièrement envie de revoir le beau film noir signé par une autre femme, Juliet Berto, en 1982, Cap canaille.

* Extraits musicaux disponibles sur ysae.fr.
** Le 5ème, La musique de papa, signé Patrick Grandperret, ne sera pas chroniqué puisque visionné avec vingt bonnes minutes de retard… sans regret, eu égard à la terrible prévisibilité de l’épilogue. Les commentaires sur cet épisode sont cependant les bienvenus.

© France 2, Agora Films

Le débarcadère des anges de Brigitte Roüan_2009
avec Ysaë, Gérard Meylan, Sarah Biasini, Maeva Pasquali, Sofiane Belmouden et Christophe Carotenuto
d’après le livre de Patrick Raynal

QUAND LA VILLE MORD de Dominique Cabrera

Dans France2, Polar, Suite Noire, TV le 10/08/2009 à 21:06

© France 2, Agora Films

Les invisibles.

Que voilà une terrible déception !

Et pourtant, tous les éléments requis laissaient espérer un thriller haletant : un sujet sensible, l’exploitation sexuelle des immigrées clandestines, une actrice splendide, Aïssa Maiga (que l’on essaie ici encore d’enlaidir sans succès… cf. Les insoumis de Claude-Michel Rome_2008 de sinistre mémoire), un second rôle solide, Samir Guesmi, une histoire poignante à rebondissements, la renaissance par l’art et la création… Las !

Est-ce le rythme poussif qui plombe une histoire tortueuse salement décousue, un mauvais choix en matière de pistes scénaristiques (fiction policière, chemin de croix artistique ou étude ethnologique ?), voire une direction d’acteurs parfaitement approximative — y compris en ce qui concerne les comédiens précités — mais après un début remarquable (la description de l’arrivée des jeunes femmes et l’avènement de leurs désillusions jusqu’au sordide assassinat de l’une d’entre elles), l’ennui finit par gagner tandis que les minutes semblent compter double.

On a beau compatir au destin tragique de l’héroïne, cette ballade sanglante entrecoupée de plans d’hystérique créativité picturale (toutes proportions gardées… d’ailleurs, ce que l’on retient surtout c’est l’ironie (involontaire ?) dans laquelle baignent toutes les scènes évoluant dans un milieu pseudo-artistique snob, d’un racisme larvé, où tout africain qui graffite ne peut être qu’un futur Basquiat en puissance) ne passionne pas. Et peu nous chaut finalement de savoir qui va l’emporter.

Cet abandon est regrettable, car Dominique Cabrera touche parfois du doigt une terrible vérité, l’invisibilité totale de certaines couches de la population.

Ainsi, la jeune femme peut-elle, après son premier meurtre, errer ensanglantée en plein Montreuil sans que cela n’éveille la suspicion ou, du moins, l’intérêt des gens qui la croisent. C’est peu pour une série noire, c’est beaucoup quant à la réalité du monde.

© France 2, Agora Films

Quand la ville mord de Dominique Cabrera_2009
avec Aïssa Maïga, Samir Guesmi, Laurentine Milebo, Alain Dzukham-Simo, Assane Seck et Djeneba Kone

VITRAGE À LA CORDE de Laurent Bouhnik

Dans France2, Polar, Suite Noire, TV le 10/08/2009 à 19:22

 

© France 2, Agora Films

La gaffe est dans le crime.

Le travail, c’est la santé prétend le célèbre adage… Hors donc, le héros de Vitrage à la corde (interprété par un Manuel Blanc impérial) va tout faire pour le conserver, son boulot, où cadre modèle il trime depuis six ans et a récolté tant de satisfactions matérielles, sans compter la plénitude d’un bonheur familial sans anicroche (filmé à la manière d’un cartoon, le récit de sa vie témoigne d’un conformisme écœurant). Une existence normale, en somme, qui a un coût et qu’il compte conserver, dût-il pour cela trucider accidentellement ou pas toute la région.

Voilà donc notre petit employé, gaffeur impénitent, embarqué dans un engrenage d’une implacable logique. De petits arrangements avec le crime en homicides involontaires, ce qui était au départ un banal accident de voiture va se muer en ballade sanguinaire.

Et la voix-off omniprésente — les apartés du bonhomme sont hilarantes — de prendre le spectateur à témoin : honnêtement, qui serait prêt à tout perdre sur un coup de folie ou un incident du sort alors qu’il est si facile d’abattre les obstacles qu’un destin facétieux pose sur votre parcours ?

En homme à principes d’une impayable candeur, doublé d’un égoïste psychorigide, Manuel Blanc (bien loin désormais du jeune provincial arriviste qu’il incarnait dans J’embrasse pas d’André Téchiné_1991) domine le film de sa folie doucereuse. C’est un monstre soit, mais si humain que l’on ne peut s’empêcher de lui souhaiter de réussir dans ses entreprises macabres. Là est l’effet pervers de l’aventure…

L’histoire, emberlificotée au possible, ménage les coups de théâtre où s’agitent frénétiquement les pantins conviés à la fête. Notre serial killer qui s’ignorait est si obsédé par les événements chaotiques qui mettent à mal son petit confort personnel, qu’il en oublie de porter une réelle attention à son entourage : épouse qui le fait marcher au pas (Karole Rocher, savoureuse), voisin patelin (excellent Philippe Duquesne) et se méprend, dans un aveuglement notoire, sur les motivations d’un flic obstiné (Jackie Berroyer, impeccable décalque en mode tragi-comique de Colombo). Une apparition mémorable de Michel Muller, d’un cynisme forcené, achève d’emporter le morceau.

Si une violence sourde envahissait sournoisement chaque plan de Tirez sur le caviste, ici, c’est une radieuse loufoquerie qui prime. Nonobstant, le film de Laurent Bouhnik partage avec l’œuvre d’Emmanuelle Bercot une immoralité des plus jouissives.

© France 2, Agora Films

Vitrage à la corde de Laurent Bouhnik_2009
avec Manuel Blanc, Jackie Berroyer, Philippe Duquesne, Jean-François Gallotte, Karole Rocher, Bibi Naceri, Moon Dailly et Michel Muller
d’après le livre de Colin Thibert

 

TIREZ SUR LE CAVISTE de Emmanuelle Bercot

Dans Emmanuelle Bercot, France2, Polar, Suite Noire, TV le 09/08/2009 à 19:15

© France 2, Agora Films

Le petit chaperon roux.

Un joyau, assurément !

Si les épisodes à venir sont de ce calibre (un mélange létal de violence, d’humour et de sexe), nul doute que la Suite noire assurera sa pérennité au sein des programmes de France 2.

Construit comme un rubik’s cube et saupoudré de plaisanteries de fort mauvais aloi, Tirez sur le caviste (inspiré du roman de Chantal Pelletier, qui fut dans une vie antérieure cofondatrice de la compagnie Les 3 Jeanne aux côtés d’Eliane et Martine Boéri) entraine méchamment le spectateur au bout de sa logique monstrueuse.

Tout commence lorsqu’un vigneron amateur de bonne chère (Niels Arestrup, grandiose Pantagruel) flingue sa moitié à bout portant sur le futile prétexte qu’elle lui a une nouvelle fois gâché son céleri rémoulade.

Contrairement à On achève bien les disc-jockeys, la rigolade et l’immoralité sont de rigueur dans le dernier film d’Emmanuel Bercot dont il faut saluer ici la maîtrise, la direction d’acteurs et l’audace dont toute l’équipe a fait preuve.

La réalisatrice oppose perversement à l’ogre Arestrup un petit chaperon roux (Julie-Marie Parmentier, exceptionnelle en marginale autiste, dotée d’un don inné pour la cuisine et mue par l’amour fou) et laisse mijoter ce duo improbable.

Tandis que notre gourmet atteint l’orgasme aux bons soins des petits plats de la diablesse et se révèle violent dès lors qu’il n’a pu en jouir pour abus de cuisson, la demoiselle se languit et ronge son frein en enregistrant des messages enflammés à l’objet de tous ses désirs, à qui elle promet sous peu un bonheur gastronomique confinant à l’extase.

De par la déconstruction de la mise en scène, nous sommes happés dans un jeu du chat et de la petite souris morose où le rat ne se révélera pas être celui que l’on croit. Christine Citti, en vorace amoureuse*, complète remarquablement la distribution.

Par son mélange explosif d’humour radicalement noir et de description très crue du quotidien des enfants perdus, Tirez sur le caviste se révèle être une excellente surprise dans la filmographie d’Emmanuelle Bercot et une confirmation du talent de ses interprètes.

* Il ne fait aucun doute que la scène d’amour graphique entre la frêle Julie-Marie Parmentier et la charnelle Christine Citti, emplie de joie et de fureur, est pour beaucoup dans la frilosité de France 2 quant à la programmation de la série en seconde partie de soirée… Emmanuelle Bercot sait filmer les corps. Rappelons qu’elle avait révélé en 1998 celui de la fragile Isild Le Besco dans La Puce.

© France 2, Agora Films

Tirez sur le caviste d’Emmanuelle Bercot_2009
avec Julie-Marie Parmentier, Niels Arestrup, Christine Citti, Pierre Berriau, Pierre-Félix Gravière et Jean-Bernard Pouy
d’après le livre de Chantal Pelletier

ON ACHÈVE BIEN LES DISC-JOCKEYS de Orso Miret

Dans France2, Orso Miret, Polar, Suite Noire, TV le 09/08/2009 à 18:00

© France 2, Agora Films

Trahison, impair et mort.

Pour leur premier épisode, les producteurs de la série Suite Noire frappent très fort en adaptant un roman de Didier Daeninckx, auteur consacré de Meurtres pour mémoire (évoquant la sanglante répression orchestrée par Maurice Papon contre les manifestants pour l’indépendance de l’Algérie en octobre 61) et grand pourfendeur des travers de la société française (sa mémoire sélective, notamment).

Ici, ce sont les exactions contre les radios libertaires qui sont en ligne de mire.

Le (triste) héros — remarquablement incarné par Francis Renaud — accepte, moyennant une remise de peine, de servir d’indic à des flics plus ou moins ripoux quoiqu’assurément vicieux qui souhaitent faire d’une balance plusieurs prises : clouer le bec d’une radio libre, remettre à leur juste place les bonnes âmes pleine d’humanité (Lubna Azabal, juste et discrète en infirmière de jour transfigurée en voix des taulards la nuit), et accessoirement mettre la main sur des braqueurs sans foi ni états d’âme. L’épisode débute d’ailleurs par un braquage d’une violence inouïe s’achevant en une série de meurtres absurdement gratuits qui ne laisse aucun doute sur la tragique destinée des protagonistes.

Il fallait du talent à Francis Renaud pour nous faire accepter son personnage de traitre pour la bonne cause (au nom de la paternité), fragile et ambigu, dont on ignorera jusqu’au bout les réels sentiments que lui inspirent les victimes de son double jeu. Isolé par ses mensonges, il ne peut que se heurter aux solitudes qu’il côtoie. L’amour ni la rédemption ne seront invités au voyage.

Notons également la belle présence de Yann Tregouët (le jeune meurtrier de Lady Jane de Robert Guédiguian_2008).

© France 2, Agora Films

On achève bien les disc-jockeys d’Orso Miret_2009
avec Francis Renaud, lubna Azabal, Yann Tregouët, Jean-Quentin Chatelain, Chad Chenouga, Muriel Solvay
d’après le livre de Didier Daeninckx

SUITE NOIRE sur France2

Dans France2, News, Polar, Suite Noire, TV le 09/08/2009 à 15:40

© France 2, Agora Films

Noir c’est noir, reste-t-il quelqu’espoir ?

Votre serviteur n’ayant que peu de part de cerveau disponible pour le passer devant la télévision, mes remerciements, toutes affaires cessantes, à Kilucru l’irréductible qui eut la charmante idée de rameuter les troupes devant la petite lucarne en rappelant l’ouverture estivale de la Suite noire sur France 2, soit chaque dimanche, une fiction d’une heure programmée en fin de soirée (puisque malheureusement certaines idées ou images peuvent encore choquer des téléspectateurs pourtant abreuvés en prime time d’obscénités en tous genres).

Hors donc, négligeant de sacrifier à la sacro-sainte saga de l’été, France 2 nous propose en lieu et place d’amours contrariées et happy-end obligé, huit histoires (voire plus si affinités) très noires non dénuées d’humour, voire d’amour… Quant au happy-end, il peut être de rigueur mais non imposé. Deux obligations cependant pour les réalisateurs convoqués : l’adaptation de romans édités aux Éditions La Branche et le format — 60 minutes — amplement suffisant pour emballer/peser une fiction rondement menée.

Les polars inscrits à la collection Suite noire (rejeton adultérin de la célèbre Série Noire), dirigée par le créateur du Poulpe (immortalisé en 1998 par l’inénarrable Jean-Pierre Darroussin dans le film de Guillaume Nicloux) Jean-Bernard Pouy, évoquent plus les bombes tragico-sociales de Jean-Patrick Manchette que le whodunnit cher à Agatha Christie. Charge incombe à chaque réalisateur d’imposer sa patte.

Passeront l’examen cet été Orso Miret (Le silence_2004), Emmanuelle Bercot (Backstage_2001), Laurent Bouhnik (L’invité_2007), Dominique Cabrera (Folle embellie_2004), Patrick Grandperret (Meurtrières_2006), Brigitte Roüan (Travaux_2005), Guillaume Nicloux (La clé_9007) et Claire Devers (Les marins perdus_2003).

D’autres adaptations sont d’ores et déjà en production, avec aux manettes Raoul Ruiz (La maison Nucingen_2009), Edwin Baily (Faut-il aimer Mathilde ?_1993), Emmanuelle Cuau (Très bien merci_2007) et Claire Denis (35 rhums_2009).

Pour en (s)avoir plus, se reporter au site dédié au projet suite-noire.com
et à l’interview de Jean-Bernard Pouy par rue89.