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L’Étrange Festival 2012, Ze end [Palmarès et autres joyeusetés]

Dans Action, Animation, Bande annonce, Brad F.Grinter, Cinéma, Drame, Fantastique, Festival, Forum des Images, George A. Romero, Gore, Horreur, J-sploitation, L'Etrange Festival, Noboru Iguchi, Pete Travis, Richard Bates Jr, Rupert Julian, Russ Meyer, SF, Steve Hawks, Takayuki Hirao le 20/09/2012 à 14:37

© Régine Cirotteau

Résumé du jour 10.

Motor psycho/Le gang sauvage prend place, comme d’habitude chez Russ Meyer dans le Sud très profond, où un gang de motocyclistes désaxés — l’un a fait le Vietnam et voit des cocos partout — sèment la terreur sur leurs vélomoteurs (!) parmi des donzelles à gros seins qu’ils violentent joyeusement. Le mari de l’une d’elle — interprété par Alex Onnesesouvientjamaiscommentjemappelle Rocco aux inoubliables gros sourcils, vus notamment dans L’emprise/The entity de Sidney J. Furie_1982 — ne l’entend pas de la même oreille et poursuit les renégats jusque dans une réserve indienne — où il tombe sur Haji déguisée en française en route pour Hollywood. Sacré Russ !  L’accorte jeune dame au répondant aussi imposant que ses poumons affrontera l’année suivante Tura Satana dans le cultissime Faster, Pussycat! Kill! Kill!. Pelloche amusante gavée de dialogues hautement salaces, Motor psycho est le contrepoint sudiste et bas du front d’Easy rider.

Gyo de Takayuki Hirao est un film d’animation, très pauvrement adapté d’un manga de ce grand dégoûtant de Junji Itō dont les planches abracadabrantesques sont bien plus effrayantes, insidieuses et souvent foncièrement vomitives que celles qui se meuvent devant notre tranquille ennui. Passée la première surprise, des requins et autres poiscailles sortent des ondes dotés de membres mécaniques, cette apocalypse de l’humanité qui s’achève sur un gros prout  (amis de la poésie bonjour)  a surtout le grand avantage de ne durer que 70 petites minutes. Autant envisager de dévorer les œuvres de Ito. Et bon appétit !

Le totalement barré et délicieusement caricatural Dead Sushi de Noboru Iguchi est le plat du jour. Après moult batailles de nourriture avec des poulpes visqueux et force duels sanglants entre la très mimi et athlétique Keiko (Rina Takeda), rejetonne d’un chef renommé qui considère la cuisine comme un art martial, des voyous rustauds, des méchants grotesques, une malfaisante de première et surtout un homme thon armé d’une hache de viking, vous ne regardez plus de la même manière vos Gunkan makis et autres Nigiri sushi. Il est même de l’ordre du possible qu’avant d’entamer votre petite omelette, vous vous attendiez à ce qu’elle vous chante la sérénade. Accessoirement, Noboru Iguchi en a profité pour réembaucher la croquignolette Asami, l’héroïne de sa Machine Girl_2008, dont il se plaît à orner le corps dénudé de gambas, anguilles et tranches de saumon frétillantes aux mâchoires acérées et gloussements hystériques. Franchement débile mais la morale  est impayable.

Avant dernier film de la carte blanche offerte à Jan Kounen — et projeté après Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio _1983 —, Blood freak de Steve Hawkes (qui fut le Tarzan espagnol et s’est octroyé ici dans un bref éclair de génie le rôle principal) et Brad F.Grinter a manifestement été réalisé sous l’emprise de substances illicites. Jan Kounen enchanté de l’aberrant doublage d’ "acteurs" délibérément atones — voix totalement en porte-à-faux et toujours désynchronisées ou sinon ce ne serait pas aussi drôle — nous a offert le film en version française. L’histoire est d’une insondable débilité. Un ancien drogué rencontre une folle de dieu, tombe amoureux de sa coquine de sœur, replonge dans la dope et accepte de servir de cobaye pour une expérience inédite (manger de la viande délibérément avariée), se transforme en dindon et se mue en serial killer. Ce qui permet aux réalisateurs  1/ d’incorporer entre les différentes strates de l’aventure des plans du très docte Brad Grinter qui nous informe que l’on peut croiser des catholiques partout (et nous en voit bienheureux) et que prendre de la drogue ma foi c’est bien mal 2/ de répéter à l’envie le même mauvais hurlement de terreur — à se demander pourquoi le héros de Blow out de Brian de Palma_1981 se donnait tant de peine —. Les dialogues sont à l’avenant, l’interprétation inénarrable et il est à noter que d’ignominieux gloussements de dindons retentirent bientôt dans la salle, l’inception made in Kounen ayant parfaitement réussi. Pour les fiers déviants qui veulent en savoir plus, je ne peux que leur suggérer de se rendre illico sur le site de Nanarland.

Faisant fi d’Excision de Richard Bates Jr, je décide de m’achever définitivement les neurones en assistant dans une salle 100 comble à la grand messe orchestrée par Jean Kounen pour la présentation pas très catholique des 3 supermen turcs aux Jeux Olympiques de Yavuz Yalinkiliç. Le film met en scène (?) 3 supermen en slips dont un décoloré et un moustachu donjuanesque qui semblent voyager dans le temps sous la bonne garde d’un scientifique en blouse blanche, et volent si haut dans le ciel qu’on ne les y voit jamais même lorsque le malicieux Jan nous repasse la scène au ralenti. Comparé à Yavuz Yalinkilic, Ed Wood est un génie. Et Astérix aux jeux olympiques, le chef d’œuvre inégalé du siècle. Entre autres hallucinations, un robot en carton, des politiciens en toge et sacrément bavards (la postsynchronisation d’acteurs français bien connus des publicités télévisuelles est aussi mal fichue que dans Blood freak), du quinté+, des rituels mystérieux, des héroïnes aussi sexys que le permet la morale turque, des campings, le thème original de Superman de Richard Donner signé John Williams qui tourne en boucle, quelques notes de Vladimir Cosma extraites de La boum de Claude Pinoteau, et enfin une déesse de l’Olympe (trois bancs pourris devant un drap) velue et alternativement hystérique ou accro au lexomyl. Création apocalyptique ou aberration née d’une fatale erreur d’un monteur aveugle, la chose m’a délibérément donné envie de manger mon cerveau. A noter pour les pervers qu’ils peuvent reluquer le machin saucissonné en quelques épisodes sur YouTube, et que ne pas avoir de sous-titres français ne nuira en aucun cas à la non compréhension de ce malhonnête objet toujours pas franchement identifié ; bien que nous ayons nonobstant bénéficié d’une traduction en simultané ou presque, tant la traductrice elle-même semblait consternée par l’ineptie des dialogues. Expérience à ne partager qu’entre amis avertis.

Résumé du jour 11.

Révision (après découverte en VHS au siècle dernier) sur grand écran des joutes à moto des chevaliers portant heaume et épée dans Knightriders de George A. Romero où de juvéniles Ed Harris et Tom Savini (hilarant) s’affrontent pour régner sur Camelot, une entité parfaitement utopiste où des "jeunes gens en colère" tentent d’échapper à la société de consommation. Ce film de contestation contre l’ordre établi est une très belle œuvre à part dans la carrière de George Romero et les deux heures 20 passent comme un rêve qui s’effondre brusquement devant la réalité de l’époque. Knightriders est sorti en 1981 où un autre monde que celui du pognon et du marketing est devenu impossible. Il est à noter que la copie présentée était absolument superbe.

Le retour de flamme de cette année, consacré au Fantôme de l’opéra de Rupert Julian avec le fabuleux Lon Chaney que l’on voit malheureusement trop peu ici, a débuté par un sketch de Frédéric Temps et Serge Bromberg. Ce dernier en a profité pour annoncer un scoop, soit un festival Retour de flamme qui sera bientôt proposé aux parisiens au cinéma Le Balzac mais je ne vous ai rien dit. Bien que le film de Rupert Julian ne peut entrer en compétition avec les films tournés par Lon Chaney sous la direction de Tod Browning — dont L’inconnu/The unknown_1927 reste le chef d’œuvre déviant incontesté (ça n’est que mon humble avis mais je le partage bien volontiers) — quelques jeux d’ombre dans les combles de l’opéra de Paris et une superbe scène de carnaval sont un ravissement pour l’œil. Et la fin, soit le lynchage du "monstre" par une foule en furie, remue autant le cœur que celle de Frankenstein et consorts. Comme dans tout film d’horreur qui se respecte, n’oublions pas que l’ordre établi se doit de triompher et la non conformité décéder. Dont acte. Un seul regret, le visage élastique de Chaney est, rôle oblige, les 3/4 du temps camouflé sous un masque mortuaire (alors que lorsqu’on découvre son maquillage, il ne fait plus aucun doute que son nez retroussé a servi de modèle au chirurgien de Michael Jackson). Film mineur certes, mais la présentation de ses problèmes de production par un Bromberg déchaîné valait bien de prendre le temps de cette découverte.

Dredd de Pete Travis eut l’honneur insigne de clôturer le festival. Je vais donc éviter d’être trop désagréable envers une pelloche qui ne casse pas trois pattes à un canard avec un scénario des plus minimalistes qui fleure bon une certaine idée du fascisme. Le film, tourné en 3D, nous a été présenté en deux dimensions ; nul doute qu’il doit être bien plus fun dans sa version originale et refiler une migraine de tous les diables. Autour d’un Karl Urban monolithique — c’est pas grave, he is the law et ne retire jamais son casque de tout le film ; seule une invraisemblable et perpétuelle moue de dégoût laisse imaginer que quelqu’un a pété —, gravitent plutôt intelligemment — enfin, autant que faire ce peut vu l’indigence du machin — deux donzelles, la trop gentille blonde télépathe (Olivia Thirlby) et surtout la supra badass Lena Headey (ex-reine Gorgo, la meuf du mec qui postillonne dans 300) qui donne l’air de s’amuser comme une petite folle. Ça se canarde dans tous les sens, les méchants crèvent , la justice est du genre expéditive, les spécialistes des effets spéciaux s’en donnent à cœur joie et nul doute que les producteurs songent déjà à un Dredd 2. A part ça, il n’y a aucun risque de se faire des nœuds au cerveau. Ça tombe bien puisque j’ai mangé le mien samedi soir.

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© Nordisk Film 

Et voilà, c’en est déjà fini de cette 18e édition de L’Etrange Festival, avec du remarquable, du très bon, de l’excellent vintage, de l’hallucination collective et un poil de passable que l’on s’empressera d’oublier… avec dès l’ouverture, un signal très fort lancé aux amis de la scatologie qui ont été aux anges à divers degrés les 10 jours qui ont suivi. Même les babioles se sont mises de la partie comme vous pouvez le constater, en fin de post. Web série initiée par Autour de minuit productions, réalisée par Mathieu Auvray et diffusée en avant-première avant les projections, les babioles mettent en scène un lapin sentimental, un indien à l’oeil exorbité et un pingouin déviant, soit trois petites créatures couinantes qui tentent — souvent entre lard et (petit) cochon — d’attirer l’attention d’une humanité indifférente lors d’aventures qui ont fait les délices des spectateurs. Les heureux propriétaires de télévision peuvent les retrouver en clair sur Canal+.

Palmarès.

Le film d’ouverture, Headhunters de Morten Tyldum a fait coup double en recevant le prix Nouveau genre et celui du public. Catégorie courts métrages, le jury a distingué Basta Gon de Marc Schlegel, histoire d’amour entre deux "inadaptés", un joueur de Black Metal dépressif peinturluré comme un panda et une Barbie hors normes qui saura découvrir la beauté cachée de ce grand laid. Le prix du public ex-aequo a été décerné à Drained de Nick Peterson et How we tried a new combination of light de Alanté Kavaïté.

Je vous laisse avec une petite aventure babiolesque et vous donne rendez-vous l’année prochaine, pour la 19e édition de L’Etrange Festival que j’espère aussi folle et bourrée d’autant de belles et bonnes surprises, sinon plus, que celle de 2012.

L’Étrange Festival 2012, Jour 11 [16/09/12]

Dans Action, Bande annonce, Cinéma, Fantastique, Festival, Forum des Images, George A. Romero, L'Etrange Festival, Pete Travis, Rupert Julian le 16/09/2012 à 12:23

© Régine Cirotteau

Résumé de l’épisode précédent.

Petit compte rendu à venir en fin de week-end sur un samedi nanardesque et proprement hallucinatoire (pourtant promis juré je fume plus rien).

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14h30. Knightriders de George A. Romero

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17h. Retour de flamme : Le Fantôme de l’opéra de Rupert Julian

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20h. Dredd de Pete Travis

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A consulter : Programme complet par salles

L’Étrange Festival 2012, Jour 10 [15/09/12]

Dans Animation, Bande annonce, Brad F.Grinter, Cinéma, Comédie, Forum des Images, Horreur, Juan Carlos Medina, L'Etrange Festival, Noboru Iguchi, Russ Meyer, Santiago Fernandez Calvette, Steve Hawks, Takayuki Hirao, Thriller le 15/09/2012 à 12:10

© Régine Cirotteau

Résumé de l’épisode précédent.

Même si les films vus vendredi soir n’atteignent pas des sommets, comparés aux nouilles avariées de jeudi, les mets m’ont paru délicieux.

The second death de Santiago Fernandez Calvette, par son esthétisme sombre et fantasmatique, son rythme lent et ses personnages troubles est une très bonne surprise, bien que le film argentin semble devoir se mériter par son refus absolu de toute séduction ou facilités scénaristiques. L’histoire, circonvolutive à souhait, nous perd dans les méandres d’une malédiction familiale mâtinée de superstitions religieuses, tandis qu’un enfant omniscient est l’enjeu d’une bataille entre une flic de la capitale venue s’enterrer dans un village paumé et un "protecteur" abusif. Les personnes qui seraient tenter de s’éclipser de la salle sitôt les premiers noms du générique annoncés feraient mieux de rester à leur place, sous peine de rater la Révélation finale.

Games of werewolves de Juan Martinez Moreno est une très amusante variation d’une (encore !) malédiction familiale à base d’aristocrates dévoyés, de gitans et de loup-garous. De retour dans son village natal, un écrivain plus ou moins en panne d’inspiration se retrouve bien malgré lui victime du passé et y entraine joyeusement un ami d’enfance — Carlos Areces, le sombre héros de Balada triste de Alex de la Iglesia — à l’étrange sexualité et son éditeur aux activités des plus louches. Notre imbécile trio, en parfait émule des trois Stooges, fera sans nul doute la joie des gamins, le métrage, emprunt d’un humour bon enfant, étant des plus sages en matière d’horreur et de gore. Quoiqu’il en soit, aussi plaisant soit-il, Games of the werewolves manque tout de même cruellement de présence féminine (excepté pour une mère-grand arrivant à la rescousse au volant d’une antiquité telle les religieuses de La grande vadrouille), voire de brebis.

A noter que Ben Wheatley investit aujourd’hui la salle 300 du Forum des images avec la projection de Down terrace, Kill list et Touristes.

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15h30. Motor psycho/Le gang sauvage de Russ Meyer

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16h45. Gyo de Takayuki Hirao

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18h15. Dead Sushi de Noboru Iguchi

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20h30. Blood freak de Steve Hawks & Brad F.Grinter

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22h30. Excision de Richard Bates Jr.

vanté par J.V. de Clone Web ou, doublé en direct par Jan Kounen,

Les 3 supermen turcs aux Jeux Olympiques de Yavuz Yalinkiliç

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A consulter : Programme complet par salles

L’Étrange Festival 2012, Jour 9 [14/09/12]

Dans Aleksey Fedorchenko, Bande annonce, Cinéma, Comédie, Fantastique, Forum des Images, Franck Khalfoun, Harmony Korine, Horreur, Jan Kwiecinski, L'Etrange Festival, Santiago Fernandez Calvette, Thriller le 14/09/2012 à 09:31

© Régine Cirotteau

Résumé de l’épisode précédent.

Il y a des jours comme ça où rien ne va et où l’on devrait s’abstenir de s’obstiner. Et aller se coucher.

Précédé d’une peu flatteuse réputation, Maniac de Franck Khalfoun est un ratage complet. Même si l’on fait abstraction du cultissime et malsain opus signé William Lustig en 1980, Franck Khalfoun est à la peine, incapable de faire jaillir une quelconque émotion avec son serial killer du pauvre  — le chéri a beaucoup souffert à cause d’une maman légèrement péripatéticienne exhib’  sur les bords — et agacerait plutôt avec ses plans en perpétuelle (Ou pas. Et pourquoi donc ? impossible de dénicher une raison valable à ces plans larges où l’on voit le tueur à l’ouvrage. Bien le bonjour aux raccords, donc.) caméra subjective. Quant à la sympathie que l’on pourrait éprouver pour les victimes, elle est inexistante. Tout ce que l’on ressent, excepté de temps à autre l’envie de ricaner bêtement, n’est qu’un mortel ennui et l’idée d’en finir au plus vite. Le frêle Elijah Wood est bien trop mimi pour arriver à nous faire accroire qu’il est un monstre déviant bon pour le cabanon (même si l’effort que met ce charmant garçon à tenter de se renouveler est bien louable). Il y a aussi Nora Arnezeder qui passe dans le coin (après son apparition dans Sécurité rapprochée de Daniel Espinosa qui m’avait déjà bien fait rire) et dont on se fiche comme de son premier scalp. Les amateurs de gore gratuit seront peut-être comblés par la dernière scène, quoiqu’en y réfléchissant, elle n’arriverait guère à réveiller un régiment d’équarrisseurs assoupis.

En ce qui concerne The fourth dimension de Harmony Korine, Aleksey Fedorchenko & Jan Kwiecinski, si l’on excepte Val Kilmer, ahurissant dans un numéro de grande voltige de gourou totalement à côté de ses pompes — et qui s’habille manifestement dans les mêmes friperies que le Dude cher aux frères Coen — les deux segments qui suivent The Lotus Community Workshop signé Harmony Korine sont d’un vide abyssal. Et, accessoirement, Rod Sterling est définitivement aux abonnés absents.

L’habituelle insomnie étant venue ponctuer cette morose soirée, le Clean, shaven de Lodge Kerrigan qui a tourné dans mon lecteur DVD m’a subrepticement remonté le moral.

J’espère au moins aujourd’hui avoir quelques heureuses surprises.

A noter que l’hilarant Simon Pegg investit de nouveau la salle 500 du Forum des images dans A fantastic fear of everything de Crispain Mills, et ce à partir de 19h45.

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19h30. The second death de Santiago Fernandez Calvette

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22h. Games of werewolves de Juan Martinez Moreno

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A consulter : Programme complet par salles

L’Étrange Festival 2012, Jour 8 [13/09/12]

Dans Aleksey Fedorchenko, Bande annonce, Cinéma, Comédie, Fantastique, Forum des Images, Franck Khalfoun, Harmony Korine, Horreur, Jan Kwiecinski, L'Etrange Festival, Thriller le 13/09/2012 à 15:53

© Régine Cirotteau

Résumé de l’épisode précédent

Se reporter au compte-rendu de la rencontre avec Mathieu Seiler du 12 septembre.

A noter que Bullet collector de Alexander Vartanov bénéficiait d’une seconde projection ce jour à 14h30 dans la salle 300 du Forum des images.

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19h. Maniac de Franck Khalfoun

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21h. The fourth dimension de Harmony Korine, Aleksey Fedorchenko & Jan Kwiecinski

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A consulter : Programme complet par salles

L’Étrange Festival 2012, Focus Mathieu Seiler [LE CADEAU DE STÉFANIE & DER AUSFLUG]

Dans Cinéma, Drame, Fantastique, Forum des Images, L'Etrange Festival, Mathieu Seiler le 13/09/2012 à 15:02

© KoboiFILM

Rencontre avec Mathieu Seiler du 8/09/2012.

La journée d’hier était donc consacrée à la découverte de l’œuvre de Mathieu Seiler avec la projection de deux courts métrages Hochgenung et Girl on red couch puis du Cadeau de Stéfanie et enfin, de son petit dernier, Der Ausflug. Et ce, dans la salle 100 du Forum des images* que ma propension à la claustrophobie commence à trouver de moins en moins engageante, surtout que je compte y passer une bonne partie de mon week-end.

Première constatation, le réalisateur fait la part belle aux femmes en devenir. Mathieu Seiler semble posséder un talent tout particulier pour filmer délicatement les très jeunes filles tout en renvoyant au spectateur ses propres phobies, voire la lubricité de ses désirs, tant il joue délicieusement avec nos pensées les plus secrètes. A chacun de juger le regard qu’il porte sur les contes de fées un tantinet pervertis — quoique de manière fort ludique — de Mathieu Seiler où d’innocentes gamines peuvent se métamorphoser en un clin d’oeil en charmants démons. Tout en conservant le mystère intrinsèque de leur féminité, sillon que le réalisateur n’a pas fini de creuser tant ses personnages demeurent toujours hors d’atteinte et parfaitement énigmatiques. Pour nous achever, il est bon de préciser que le soin tout particulier apporté à l’image et au son emporte définitivement l’adhésion.

Si dans Hochgenung**, les compagnons de table d’une démone rejouent aux Dix petits nègres, Girl on a red couch** met en scène une enfant solitaire qui zappe par ennui tout en léchouillant négligemment une sucette jusqu’à ce qu’elle prenne peu à peu conscience que les images qu’elle mate subrepticement ne sont guère de son âge. Et s’en effraie.

© Klusfilm Productions

Avec Le cadeau de Stéfanie/Stefanies Geschenkt réalisé en 1995 pour une somme dérisoire, on entre enfin au cœur du sujet des films de Mathieu Seiler, soit l’étude fantasmagorique de la psyché des adolescentes. Stéfanie, aussi, s’ennuie terriblement. Fille unique, elle fait manifestement le désespoir de ses parents et s’enfuyant à travers le miroir à la découverte du monde des adultes, n’y découvre pas que des merveilles. Tourné en noir et blanc avec une jeune actrice effarante, Soraya Da Mota, Le cadeau de Stéfanie, entre rêveries et réalité, est un conte aussi troublant que terrifiant sur la dépression enfantine et l’esprit de sacrifice.

Enfin, le magnifique Der Ausflug, d’une beauté visuelle à couper le souffle, égrène une partition sans faute sur le double thème de l’évolution et la contamination. Débutant comme une variation moderne du petit chaperon rouge où nous accompagnons l’excursion en forêt d’une famille en crise — une petite fille se trouve prise en étau entre ses parents et sa tante, trois adultes dont elle ne peut saisir la complexité retorse des sentiments qui les unissent — Der Ausflug se révèle un conte fort savoureux sur la découverte de soi — donc, de son ennemi intime — qui joue sur nos attentes tout en les contrariant ironiquement et quelques craintes bien masculines.

Ces femmes qui courent — à leur corps et esprit prétendument défendant — avec les loups évoquent autant l’enfant sauvage de La compagnie des loups de Neil Jordan_1984 que — d’une façon bien plus délicate et subtile — la femme-mère nature de Antichrist de Lars Von Trier_2009 (mais également dans une moindre mesure, comme l’a fait remarquer Frédéric Temps lors de sa présentation, Innocence de Lucile Hadzihalilović_2004, notamment en ce qui concerne la prescience enfantine de la transformation à venir).

La forêt dans laquelle s’égarent nos infortunées est tour à tour décrite comme un labyrinthe où se perdre corps et biens, puis comme terrain de jeu où se fondre pour échapper aux chasseurs et ce, pour mieux les écharper mon enfant.

© KoboiFILM

Les projections ont été suivies d’un Q&A avec Mathieu Seiler qui tourne actuellement un nouveau film, mais s’est déplacé à l’occasion de cette rétrospective**. Passons sur les interrogations de certains spectateurs qui confondent érotisme et sensualité car, certes, le débat s’annonçait passionnant mais aurait nécessité une très grande disponibilité et du metteur en scène et surtout du public, bassement pressé par l’horaire tardif. Nonobstant, quelque soit l’âge des enfants qui hantent ses films, Mathieu Seiler s’est défendu de les traiter différemment des comédiens adultes et a adroitement éludé quelques insinuations de fort méchant aloi en établissant définitivement la frontière préexistante entre un acteur et le personnage qu’il interprète. Et de fait, en occultant le fabuleux pouvoir de suggestion de ses cauchemars féériques.

S’étendant sur la non distribution de ses films, le réalisateur s’est toutefois défendu d’être censuré pour cause de sujets "sensibles". Toujours est-il qu’ayant appris que Der Ausflug a été — comme manifestement toutes ses œuvres — autoproduit pour la modique somme de 8 000 euros et tourné en seulement trois semaines (la post-production s’est étalée quant à elle sur une année), on peut estimer que le film pourrait devenir un excellent cas d’école au vu du résultat : cisèlement du scénario, esthétisme de la mise en scène fourmillant de détails incongrus et extraordinaire travail effectué sur la bande son.

Mathieu Seiler n’a pas tari d’éloges sur ses collaborateurs directs et ses actrices, souvent dénichées à l’occasion de castings parfaitement sauvages qu’il a qualifié de "chanceux", qui travaillent tous en participation. A propos des rôles principaux attribués automatiquement à la gente féminine, le réalisateur a rétorqué, amusante pirouette s’il en est qui devrait combler les féministes de tous poils, que la femme étant à l’origine du monde, elle était donc normal qu’elle soit la première créature à laquelle il songe lors du processus d’écriture.

En bref, disponibilité, gentillesse, humilité et humour ont caractérisé cette rencontre et l’on peut remercier les défricheurs de L’Etrange Festival de cette superbe programmation, tout en se disant en loucedé que l’on lapiderait bien Frédéric Temps avec les cailloux du petit Poucet pour ne pas nous avoir proposé cette année une intégrale*** en lieu et place de cette rétrospective des plus alléchantes qui nous laisse nonobstant épouvantablement sur notre faim, les films de Mathieu Seiler étant parfaitement INVISIBLES, y compris dans son propre pays. Un comble.

* où j’ai croisé le taulier de The end que l’on peut lire à l’occasion chez 1kult et que je salue ici (à lire également, le texte de Sylvain Perret sur Stefanies Geschenkt)
** respectivement connus sous les titres de Der morgen_1992 et Orangen_1993 si l’on en croit imdb
*** manquaient donc à l’appel deux courts métrages et Orgienhaus_2000

A suivre, le jour 8.

L’Étrange Festival 2012, Jour 7 [12/09/12]

Dans Bande annonce, Cinéma, Derek Franson, Fantastique, Forum des Images, Horreur, Juan Carlos Medina, L'Etrange Festival, Mathieu Seiler, Thriller le 12/09/2012 à 12:11

© Régine Cirotteau

Résumé de l’épisode précédent.

Insensibles de Juan Carlos Medina — dont la production a été notamment initiée par Antoine Simkine et François Cognard, présents tous deux hier soir au Forum des images — est un superbe film, sentimental et terrifiant à la fois et rappelle — comme tant d’autres films fantastiques ibériques — que l’Espagne n’a toujours pas exorcisé les horreurs de son passé. Le petit plus — outre un remarquable Alex Brendemühl vu dans Rabia de Sebastían Cordero — ? l’empathie immédiate pour le « monstre » de l’histoire (et j’en connais une qui va se noyer dans ses larmes à la mi-octobre).

Quant à Comforting skin de Derek Franson, soit la relation erotico-trash — réelle ou fantasmée ? — qu’entame une jeune femme émotionnellement quelque peu déséquilibrée avec le tatouage qu’elle s’est offert, il traine en longueur et on ne peut s’empêcher d’estimer que les belles idées du réalisateur auraient parfaitement rempli leur office dans un moyen métrage percutant. Là, le film dure tout de même deux (interminables) heures; il n’est donc guère étonnant au vu de l’épilogue que la moitié de la salle ait éclaté nerveusement de rire. Et il faudrait arrêter d’évoquer David Cronenberg à tout propos. Comforting skin tient plus du mental que du viscéral et la chair, ici, est bien plate et ennuyeuse, le corps quelque peu androgyne de l’actrice principale peinant à apporter quelque trouble (quand Derek Franson ne fait pas sombrer cette charmante demoiselle à la voix crispante dans le ridicule avec une timide scène de Air Sex parfaitement grotesque).

Vous pouvez éviter d’aller vous abîmer les yeux sur A chinese ghost story de Wilson Yip. Par contre, Samsara de Ron Fricke bénéficie d’une seconde projection ce jour au Forum des images.

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19h15. Le cadeau de Stéfanie de Mathieu Seiler

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21h30. Der Ausflug de Mathieu Seiler

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A consulter : Programme complet par salles

L’Étrange Festival 2012, Jour 5 [10/09/12]

Dans Alexander Vartanov, Óskar Thór Axelsson, Bande annonce, Bruno Samper, Cinéma, Comédie, Crispain Mills, Documentaire, Drame, Fantastique, Festival, Forum des Images, Howard Hughes, Kristina Buozyté, L'Etrange Festival, Omar Rodriguez-Lopez, Polar, Ron Fricke, SF, Western, Wilson Yip le 10/09/2012 à 10:39

© Régine Cirotteau

Résumé de l’épisode précédent.

Kenneth Anger est venu présenter avec délectation le film d’Howard Hughes, The outlaw/Le banni, précédé d’une réputation sulfureuse puisque preuve de son amour immodéré — si l’on en juge par toute la publicité faite autour alors que la donzelle boudeuse n’apparaît que  bien peu dans le film très (trop) long du mogul  — pour les roberts de Jane Russell vantés par un "les deux bonnes raisons de voir le film" péremptoire. Résultat, The outlaw est un cas d’école de première et la leçon que l’on en retiendra est qu’il ne faut jamais laisser impunément jouer un enfant gâté avec un (très) long métrage, dut-il en être également le producteur. Le film n’a aucun rythme, les acteurs — Walter Huston en tête — cabotinent, Miss Russell ballade un air d’emmerdement de première — mais oui, ses obus tiennent tous seuls — et les dialogues sont un sommet de débilité. Quant à la musique, elle appuie généreusement chaque changement de ton quand elle ne soutient pas quelques sous-entendus coquins de quelques notes farceuses. Etonnamment, la bombe sexuelle est perpétuellement renvoyée à ses fourneaux tandis que le trio de cow-boys en rut ne font pas mystère de leurs goûts pour les garçons (ou la race chevaline !), le bien pâlot Jack Buetel devenant l’objet de discorde qui brisera la si belle amitié entre Walter Huston/Doc Holliday et Pat Garrett/Thomas Mitchell. Pour sûr, Hugues était foncièrement frappadingue. On ignore qui, de Ben Hecht — qui a participé à l’écriture du scénario — ou du producteur/réalisateur en a rajouté dans la légende gay de Billy the Kid mais la scène où le chenapan compare la taille de ses revolvers à ceux de Doc Holliday devant le regard concupiscent de Thomas Mitchell vaut son pesant de chili.

Horreur, malheur pour les fans de la saga A chinese ghost story. Passons sur le fait que le jeune Yu Shaoqun n’a ni la beauté fragile de Leslie Cheung — à la mémoire duquel cette monstruosité est dédiée, gageons que sa poussière a virevolté dans sa tombe — ni l’espièglerie de Tony Leung qui a repris le rôle en 1991 et que les personnages aient été démultipliés, sans oublier un goût certain pour les blagues douteuses. Tout est laid dans ce film, les effets spéciaux, les diablotines botoxées, les explosions et les combats. Quant à Louis Koo qui interprète — en jouant "comme un japonais" selon la présentation du jour made in Mad Movies, gageons que les mânes de Toshiro Mifune auront apprécié — un chasseur de démons, reconnaissons qu’il fait ce qu’il peut, soit le minimum syndical, pour nous émouvoir avec son histoire d’amour pataude pour un ectoplasme démoniaque séduit à coups de bonbecs. Allez, ouste, aux enfers !

Changement de continent, d’époque et surtout, de ton pour Los Chidos de Omar Rodriguez-Lopez, hilarante variation d’Affreux, sales et méchants de Dino Risi. Précédé d’une petite présentation par le réalisateur qui nous a informé que sa maman aimait beaucoup le film — au vu de son épilogue, nous pouvons de tout cœur comprendre la brave femme — Los chidos nous entraîne dans un délire non sensique où tout est permis pourvu que l’on bouscule les convenances, que l’on brise les tabous et que l’on chie allègrement sur le politiquement correct du voisin américain. Et tout cela bien sûr sans faire trop d’efforts… Quoiqu’il en soit, le monde est définitivement dans la merde, Los chidos confirmant par ailleurs que L’étrange festival est placé cette année — après Headhunters et la nuit zombie — sous le signe de la scatologie bon teint. Bon appétit à tous !

Enfin, pour finir ce week-end, Alexander Vartanov est venu présenter Bullet collector, et ce en compagnie du compositeur de sa — très belle — musique Aleksei Aigi et en a profité pour nous spoiler quelque peu lui-même la fin. Décidément ! Il vaudrait mieux envisager des débats à la fin des films. Quoiqu’il en soit, Bullet collector a sa place dans ce festival, par ses côtés expérimentaux, juqu’au boutistes et glauques — une scène notamment fera date, lorsqu’un blessé s’étouffe en se ficelant le visage avec son intestin grêle (estomacs fragiles s’abstenir) — même si, le film parfois paraît bien trop long, le jeune réalisateur un peu trop enthousiaste se laissant quelque peu aller à quelques coquetteries de style. Divisé en une dizaine de chapitres, et selon Alexander Vartanov, hommage énamouré aux 400 coups de Truffaut — en version ultra violente et désespérée, les jeunes délinquants de Russie finissant peu ou prou au goulag où tous les coups sont permis —, Bullet collector est porté à bout de bras par un jeune acteur extraordinaire dont la beauté sauvage, l’air buté et la blondeur décolorée séduiraient sans peine un certain Gus Van Sant. A ne pas rater, donc.

A voir aujourd’hui, un Richard Dreyfus époustouflant dans Gros plan/Inserts de John Byrum à 15h00 dans la salle 100 du Forum des images. Vous pouvez par contre faire l’impasse sur The Thompsons des Butcher Brothers et Redd Inc. de Daniel Krige. Conseil purement amical.

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14h30. Vanishing waves de Kristina Buozyté & Bruno Samper

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17h. A fantastic fear of everything de Crispain Mills

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19h15. Samsara de Ron Fricke

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21h30. Black’s game de Oskar Thor Axelsson

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A consulter : Programme complet par salles

L’Étrange Festival 2012, Jour 4 [09/09/12]

Dans Alexander Vartanov, Animation, Bande annonce, Bob Clark, Cinéma, Comédie, Drame, Fantastique, Festival, Forum des Images, Hitoshi Takekiyo, Horreur, Howard Hughes, Jack Cardiff, L'Etrange Festival, Omar Rodriguez-Lopez, Soi Cheang, Western, Wilson Yip le 09/09/2012 à 10:20

© Régine Cirotteau

Résumé de l’épisode précédent.

Journée passable, une migraine ophtalmique m’empêchant de réfléchir profiter pleinement du petit programme que j’avais concocté.

Motorway de Soi Cheang, produit par Milky Way, est un film proprement réalisé et interprété, rondement mené mais — excepté une séquence dans un parking — guère inventif et vient donc s’ajouter à la longue liste des films de série B quelque peu soporifiques. PS. Si Rurik Sallé de chez Mad Movies pouvait arrêter de survendre les films et, accessoirement, de nous en dévoiler la fin lors de ses présentations, ce serait bien aimable de sa part. Merci d’avance.

Lubie soudaine, je change de programme, j’abandonne les nazis de Iron sky pour les squelettes animés de Afterschool midnighters de Hitoshi Takekiyo. Parfois, je ferais mieux d’aller me coucher. Quoiqu’il en soit, l’histoire est plaisamment parodique ; un écorché vif hystérique, des lapins mafieux et une mouche mutante — j’avoue un plaisir singulier devant l’apparition de cet insecte depuis que j’ai visionné Eega — s’agitent inconsidérément face à trois impossibles gamines que l’on lapiderait avec plaisir juste pour qu’elles se taisent. On peut donc sans problème y emmener les gamins. Au-delà de dix ans, s’abstenir sauf si vos neurones ont besoin d’une récréation. Et que vous aimez les comédies musicales tarabiscotées. Et les machins délicieusement farfelus.

Hormis le plaisir de revoir sur grand écran le glauquissime Dead of night de Bob Clark — où l’on retrouve ironiquement le couple de Faces, John Marley et Lynn Carlin se déchirant encore et toujours —, je dois reconnaître que la remarquable performance de 7weeks a définitivement anesthésié la partie gauche de mon crane. C’est donc la mort dans l’âme que j’ai abandonné la seconde partie du programme de L’étrange musique pour aller récupérer quelque peu mes esprits devant The mutations de Jack Cardiff, présenté dans le cadre des Pépites de l’étrange…

Je me retrouve donc à l’ouest, là où résidait manifestement Donald Pleasence lorsqu’il accepta de participer à cette bizarrerie. Homme de science maboule (pléonasme) et féru de greffes, il s’emploie à transformer tous les humains qui lui tombent sous la main — dont de peu farouches demoiselles — en un mix entre le chou-fleur et la créature du lac noir. A noter que The mutations avait pour titre initial The freakmaker et qu’il fut réalisé après La motocyclette et surtout le brutal Dernier train du Katanga. Jack Cardiff se consacra par la suite à sa vocation de directeur de la photographie.

Ma lancinante migraine refusant obstinément de lâcher prise, j’ai pris le chemin du retour, annulant de fait, mais sans regret, la nuit Zombies. Juste histoire de pouvoir profiter un maximum de cette fin de week-end qui promet quelques morceaux de bravoure.

A noter que le total frappadingue Subconscious cruelty de Karim Hussain est projeté ce jour à 21h00 dans la salle 300 du Forum des images.

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14h45. Le banni/The outlaw d’Howard Hughes

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17h. A chinese ghost story de Wilson Yip

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19h. Los Chidos d’Omar Rodriguez-Lopez [Interview]

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21h30. Bullet collector d’Alexander Vartanov

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A consulter : Programme complet par salles

L’Étrange Festival 2012, Jour 3 [08/09/12]

Dans Alex de la Iglesia, Bande annonce, Bob Clark, Ciaran Foy, Cinéma, Comédie, Fantastique, Festival, Forum des Images, Gore, Horreur, J-sploitation, Jack Cardiff, John Lyde, Kenneth Anger, L'Etrange Festival, Matias Hoene, Matt Mitchell, Musique, Noboru Iguchi, Parodie, SF, Soi Cheang, SS Rajamouli, Timo Vuorensola le 08/09/2012 à 09:55

© Régine Cirotteau

Résumé de l’épisode précédent.

Excellente journée avec le frappadingue Eega de SS Rajmouli ou la revanche d’un amoureux assassiné réincarné en mouche. Point trop de chants et de danses mais un malfaisant désopilant et de savoureuses parodies.

Un jour de chance de Alex de la Iglesia ausculte méchamment mais sans hystérie un monde — et un couple — en crise à l’occasion d’un accident stupide ; avec quelques coups de griffe bien placés en direction des médias et de la soif de notoriété.

Enfin, pour Citadel, Ciaran Foy — charmant garçon un tantinet anxieux qui a fait le déplacement pour nous présenter son premier film — réussit à nous refiler ses angoisses en loucedé. Nul doute au vu de la violence sourde qui suinte de chaque plan de Citadel qu’il a réussit à exorciser ses propres peurs et ce, à nos dépens.

A noter que l’excellent Headhunters de de Morten Tyldum bénéficie ce jour d’une seconde projection à 21h30 dans la salle 300 du Forum des images.

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14h30. Motorway de Soi Cheang

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17h15. Iron Sky de Timo Vuorensola

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20h. L’étrange musique

7Weeks sur Dead of night/Le mort vivant de Bob Clark

Kenneth Anger + Brian Butler’s technicolor skull + The occult program

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21h30. The mutations de Jack Cardiff

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A partir de minuit.

Zombie ass: toilet of the dead de Noburu Iguchi

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Cockney Vs zombie de Matias Hoene

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Gangsters, Guns & Zombies de Matt Mitchell

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Osombie de John Lyde

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A consulter : Programme complet par salles

L’Étrange Festival 2012, Jour 2 [07/09/12]

Dans Alex de la Iglesia, Bande annonce, Ciaran Foy, Cinéma, Comédie, Daniel Krige, Fantastique, Festival, Forum des Images, Horreur, L'Etrange Festival, Morten Tyldum, SS Rajamouli, The Butcher Brothers, Thriller le 07/09/2012 à 09:20

© Régine Cirotteau

Résumé de l’épisode précédent.

J’espère pour ce vendredi avoir fait de meilleurs choix qu’hier où, nonobstant un déroutant et fort savoureux Headhunters de Morten Tyldum où excellent Aksel Hennie [vu dans Un chic type de Hans Petter Moland aux côtés de Stellan Skarsgard] et Nikolaj Coster-Waldau, Redd inc. de Daniel Krige, malgré un Nicholas Hope habité qui joue tout seul, est d’une prévisibilité à pleurer* et The Thompsons des Butcher Brothers est résolument navrant. Le fond de l’histoire est stupide et les acteurs jouent tous comme des patates. On était en droit de rêver mieux pour débuter les festivités. Heureusement que la Norvège a relevé le niveau de la soirée.

* A moins, comme ne le prétend Shunrize qui m’a supporté durant deux films que je n’ai vu que trop de pelloches et sois définitivement blasée ^^

A noter que Touristes de Ben Wheatley est projeté ce jour à 15h45 dans la salle 500 du Forum des images et Peeping Tom de Michael Powell à 18h45 dans la salle 300 [dans le cadre de la Carte blanche à Kenneth Anger qui est passé nous saluer lors de la soirée d'ouverture].

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16h. Eega de SS Rajamouli

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19h45. Un jour de chance de Alex de la Iglesia

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22h. Citadel de Ciaran Foy

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A consulter : Programme complet par salles

Festival Paris Cinéma [09/07/12 — Journal de bord 11] : Lau Kar-leung, Peter Chan & Cécilia Rouaud

Dans Cécilia Rouaud, Cinéma, Festival, Festival Paris Cinéma, Lau Kar-leung, MK2 Bibliothèque, Peter Chan le 17/08/2012 à 10:36

© FredMJG

Jour du Palmarès.

D’avoir vu Vulgaria samedi soir m’a offert l’occasion de me lever un peu plus tard, soit juste une heure de rab’ pour mon horloge interne.

Petite journée que ce lundi puisque la distribution des prix a lieu ce soir.

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© Celestial Pictures Limited

15h. Martial Club de Lau Kar-leung_1981
avec Gordon Liu, Karry Hui, Mai Tak-lo, Ku Feng et Johnny Wang

Art et morale. Fi des moumoutes et des rôles d’affreux, avec Martial club de Lau Kar-leung, nous revoilà en terrain connu avec un Gordon Liu à longue natte dans le rôle qui lui fut assigné à la Shaw Brothers au regard de sa charmante frimousse, soit le garnement indocile possédant nonobstant une belle âme*.

Martial club est placé dès son prologue sous le signe du challenge et du dépassement de soi avec une joute homérique entre deux conceptions de la danse du lion qui, si elle semble un peu longuette, a le mérite de présenter les protagonistes et d’insister sur l’esprit de corps censé habiter tout disciple du kung-fu qui se respecte.

Deux élèves doués mais turbulents (Gordon Liu et Te-Lo Mai, dont la sœur discrète et raisonneuse interprétée par Kara Hui n’est pas non plus manchote question bataille rangée), fils héritiers de deux établissements de la ville sont amis et, négligeant leurs études au grand dam de leurs paternels respectifs, passent leur temps à se mesurer l’un à l’autre — au niveau triche, belles parlottes et descentes dans les boxons, ils en sont à un point partout — tout en mettant à sac les tavernes qui veulent bien encore leur faire crédit.

La menace va sourdre d’une troisième école dirigée par des malfaisants qui se foutent comme d’une guigne de leur premier mantra et espèrent bien supplanter leurs concurrents par la grâce d’un grand maître venu de l’ouest joué par Johnny Wang, cantonné habituellement dans le rôle de la vermine.

Ici, le coquin ne va pas manquer de se mesurer au petit Gordon certes, dans un superbe combat final où les deux adversaires rivalisent d’invention et d’élasticité tout en cheminant l’air de rien dans une ruelle devenant de plus en plus étroite, mais rappellera également à la bande de fourbes les valeurs fondamentales de l’art martial et ce, sans débordement de violence inutile.

Outre le duel — opposant Gordon Liu à Johnny Wang — qui clôt le film, deux autres échauffourées d’anthologie rythment l’aventure. L’une, subrepticement anarchique et résolument urvoltée, prend place dans un théâtre bondé, l’autre, d’une beauté ravageuse, se déploie sur des rouleaux de tissu aux couleurs chatoyantes.

Du beau spectacle en somme, à la morale cinglante.

* A noter qu’il offre ici une facette un tantinet plus digne de la fougueuse jeunesse du fameux héros Wong Fei-hong, interprété par Jackie Chan dans Drunken master.

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© Warner Bros

16h50. Comrades, Almost a love story de Peter Chan_1996
avec  Maggie Cheung, Leon Lai, Eric Tsang, Christopher Doyle et Kristy Yang

Nos plus belles années. Si les voies de la destinée sont en général impénétrables, il semble impossible à Peter Chan* — et aux spectateurs qui sentent battre sous leurs carapaces de cinéphiles endurcis un cœur de midinette tant ils sont submergés de sentiments complexes à la vision du couple si charmant que forment Maggie Cheung et Leon Lai — de ne pas se laisser aller à un romantisme échevelé où hasards et coïncidences complotent à réunir au bout de dix ans deux personnes si différentes et manifestement peu faites l’une pour l’autre qu’elles ne peuvent qu’enfin vieillir dignement ensemble.

Quiao/Maggie Cheung est la reine du système D. Se faisant passer pour une autochtone, elle profite éhontément de ses compatriotes émigrés à Hong Kong et ne s’agenouille que devant le solde de son compte bancaire qui grossit au gré de ses boursicotages. Jun/Leon Lai est un grand naïf persuadé que toute vie se gagne à la sueur de son front et animé par la volonté d’engranger suffisamment pour faire venir sa fiancée de Chine, l’épouser, lui faire plein d’enfants qui travailleront à leur tour très dur bref.

Ces deux là n’étaient fait que pour se croiser dans un Hong Kong de haute solitude, le temps que Quiao envoie Jun prendre des cours d’anglais (le professeur est interprété par Christopher Doyle qui magnifiera à tout jamais quatre ans plus tard la beauté singulière de Maggie Cheung dans In the mood for love de Wong Kar Wai) et empoche une commission au passage. Mais c’était compter sans la ténacité du bonhomme ravi d’avoir trouvé une épaule entreprenante et amicale sur laquelle s’appuyer… Un bon gros bêta, on vous dit.

Bien évidemment, et nous attendons impatiemment que nos deux zèbres passent  à l’acte, ils succomberont mais de vils coups du sort se chargeront de séparer nos tourtereaux, Quiao perdant sur un coup de dé toute sa fortune mal acquise et Jun convolant avec sa belle — comme il se l’était promis. Envers et contre tout. Et tant pis si les sentiments manquent à l’appel.

N’étant guère femme à se laisser abattre aussi facilement, Quiao parviendra à ses fins, dut-elle succomber au charme rugueux d’un truand sensible (étonnant Eric Tsang, inoxydable chef de triade dans Infernal Affairs d’Alan Mak) rencontré dans la pénombre d’un salon de massage — la manière de flirter du mafieux laisse d’ailleurs pantoise — où, nouvelle pauvre, elle a échoué et dont le scénario scellera d’ailleurs fort opportunément la fin.

Peter Chan nous fait partager cette drôle de passion au long cours entre deux rêveurs effrénés, mêlant à ces vies bien privées les bouleversements politico-économiques vécus par Hong Kong, et notamment l’angoisse et la folie qui ont précédé l’année de la rétrocession. Tout en décrivant cette maladie de l’exil qui frappe nos héros, leur bougeotte et insatisfaction perpétuelles les poussant à émigrer continuellement vers des terres promises toujours plus excitantes.

Il est également bon de noter que les trois femmes de la vie de Jun (sa tante qui l’héberge, Quiao sa sex-friend et son épouse, moins timide et docile qu’il ne se l’imaginait) sont non seulement dotées d’une volonté inflexible et d’une certaine noblesse d’âme mais possèdent en sus un don quasi inné pour la survie.

La voix de la diva taïwanaise Teresa Teng — héroïne bien malgré elle d’une combine malheureuse de Quiao  — parcourt le film et son tragique destin scellera à jamais dans une rue new yorkaise celui de nos amoureux, au ravissement des spectateurs énamourés.

Si Leon Lai, de par sa beauté un peu molle, fait reconnaissons-le de la figuration intelligente, c’est Maggie Cheung** — merveilleuse, est-il besoin de le souligner — qui porte le film sur ses frêles ( ?) épaules et nous transporte, impériale, au gré de sa fantaisie et de ses chagrins.

*  Réalisateur des Seigneurs de la guerre_2007 avec Jet Li, Andy Lau et Takeshi Kaneshiro
** Ultra primée pour ce rôle qui lui valut le prix de la meilleure actrice lors des Hong Kong Film Awards et des Hong Kong Film Critics Society Awards entre autres, tandis que Peter Chan et Eric Tsang y étaient également honorés

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Retrouvailles du jury à l’occasion de la cérémonie de clôture. Chris a tombé sa veste de survetque nous lui envions toutes et s’est fait tout joli pour monter sur scène et annoncer notre palmarès. Et je ne retire rien de ce que j’ai pu en dire.

Place au film présenté en 2 temps/3 mouvements par la réalisatrice entourée de quelques acteurs silencieux et bien figés. Seule une Vanessa Paradis un poil fébrile se fendit d’une intervention qu’elle voulait sans doute enthousiasmante. Selon elle, nous allions chacun reconnaître notre famille dans le film. Help !

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© Origami Films

21h. Je me suis fait tout petit, Cécilia Rouaud_2012
avec Denis Ménochet, Vanessa Paradis, Léa Drucker, Laurent Lucas, Laurent Capelluto, Louise Grinberg, Angèle Garnier, David Carvalho-Jorge, Valérie Karsenti et Grégory Gadebois

Chronique à venir.

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Il faut bien reconnaître que nous sommes quasiment tous restés avachis dans nos fauteuils par pure courtoisie.

Le générique de fin à peine entamé, nous nous enfuyons vers le Limelight où j’aurais enfin l’occasion d’échanger quelques mots avec Phil Siné croisé quelques jours plus tôt, ainsi qu’avec Agnès, une des étudiantes et où nous retrouverons Jérome pour boire un verre ou deux jusqu’au bout de la nuit.

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat
  • Jour 6, Part 1 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Wu Ma & Kirk Wong
  • Jour 6, Part 2 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung & Allen Fong
  • Jour 7 — jeudi 5 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Ann Hui, Elmin Alper & Allen Fong
  • Jour 8 : Les délibérations — vendredi 6 juillet 2012 — avec Allen Fong
  • Jour 9, Part 1 — samedi 7 juillet 2012 — avec Patrick Tam & Ann Hui
  • Jour 9, Part 2 — samedi 7 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Yuen Wo Ping, Tsui Hark & Pang Ho-cheung
  • Jour 10, Part 1 — dimanche 8 juillet 2012 — avec la Fresh Wave
  • Jour 10, Part 2 — dimanche 8 juillet 2012 — avec Zhu Shilin, Doe Ching & Patrick Lung-Kong

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012

Festival Paris Cinéma [08/07/12 — Journal de bord 10. Part 2] : Zhu Shilin, Doe Ching & Patrick Lung-Kong

Dans Cinéma, Doe Ching, Festival, Festival Paris Cinéma, Forum des Images, Patrick Lung-Kong, Zhu Shilin le 10/08/2012 à 09:45

© FredMJG

Les femmes prennent le pouvoir.

Un léger problème sur le son lors de la projection de The decisive moment digéré, une pause café gourmand s’impose ; puis la journée se poursuit au Forum des images sans souci majeur, et ce, jusqu’au bout de la nuit.

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© Hong Kong Film Archive

16h30. Sorrows of the Forbidden City de Zhu Shilin_1948
avec  Zhou Xuan, Shu Shi, Hong Bo et Tang Ruoqing

Dans les griffes de Cixi. Narrant les dernières années de règne de la dynastie Qing, Sorrows of the forbidden city est une œuvre remarquable, d’une beauté visuelle surprenante et qui fait la part belle aux femmes, victimes toujours sacrificielles de la raison d’état.

Sommé d’épouser la donzelle — une traitresse larmoyante et rapporteuse — choisie par l’impératrice douairière qui répugne à lui abandonner totalement le pouvoir, voilà notre falot empereur, Guangxu, réduit à l’état de simple pantin, qui s’entête toutefois à n’honorer que la première concubine (la ravissante Zhou Xuan), femme de cœur et de tête, dont il est éperdument amoureux.

Et la jeune femme de profiter de ces grâces et de cette position inopinée pour provoquer la vieille peau et tenter de moderniser le palais. Tandis que l’ambitieux caresse un enthousiaste projet de réformes tant politiques qu’administratives de la Chine. Tout en lorgnant sur le trône où il espère bien un jour pouvoir poser ses augustes fesses.

D’une grandeur tragique, Sorrows of the forbidden city est un étourdissant ballet d’intrigues et de trahisons avec son compte d’eunuque délateur et de ministres félons, où confinés dans une cage dorée où même les geôliers ne détiennent guère la clé, les princes, leurs favorites et leurs sbires s’affrontent et se défient au total mépris du peuple qui gronde aux portes de la forteresse, éternelle cible de guerres insensées et de défaites sanglantes.

Le film s’achève sur la fuite éperdue de l’empereur et de sa suite, tandis que la concubine, belle âme indomptable n’aura d’autre choix que l’obéissance aveugle et le déshonneur de la déroute ou le suicide et l’affirmation de soi et de sa liberté.

Triste constat où l’on voit les nobles se travestir en paysans pour échapper tant à la vindicte des vainqueurs qu’à la folie des Boxers, assassins nationalistes qu’ils ont réchauffés en leur sein, rêvant d’une armée secrète chargée de juguler l’avidité des puissances étrangères.

A noter pour la petite histoire que le film de Zhu Shilin fut jugé  — notamment à cause de sa critique acerbe des agissement des Boxers — antipatriotique et interdit par Mao Tse Tung et ce, sous l’impulsion de sa femme si l’on en croit la rumeur publique.

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© Hong Kong Film Archive

19h. Our Sister Hedy de Doe Ching_1957
avec Julie Yeh Feng, Hong Mu, Jeanette Lin Tsui, Dolly Soo Fung, Peter Chen Ho, Kelly Lai Chen et Wang Yuen-lung

4 mariages et un accident. Comme le Docteur March, monsieur Kong a fort à faire avec ses quatre filles. Bien que d’un tempérament différent mais sacrément cabochardes, elles ne vont cesser de se chamailler à tout propos — au sujet de leur avenir mais surtout bien évidemment de la gent masculine — durant près de deux heures.

Le film, bien qu’amusant, est un peu longuet puisque l’on devine très tôt que ce singulier quatuor va finir par se caser selon l’archétype représenté, au grand bonheur du papa gâteau, un tantinet dépassé.

Car malgré un suspense impitoyable pour cause d’un affreux drame qui s’abat sur le garçon manqué de la bande (la fameuse Hedy, grande gueule interprétée avec une belle assurance par Jeanette Lin Tsui) — et qui laisse augurer du pire avant de se résoudre en deux temps trois mouvements à l’hilarité générale des spectateurs — tout est bien qui finira merveilleusement bien. A la jeune mais sensible écervelée, un mariage d’amour ; à la vieille fille trop raisonnable, le veuf d’ores et déjà flanqué de deux gamines ; à la scandaleuse (la réjouissante Julie Yeh Feng en mante religieuse héroïne de quelques cha-cha-chas dévoyés), les épousailles de raison. Quant à notre brave Hedy, malgré ses dénégations, elle se noiera dans le regard velouté de Kelly Lai Chen et convolera également en justes noces après un infernal chassé-croisé amoureux où le téléphone joue malicieusement un rôle primordial.

Comédie de mœurs charmante bien qu’extrêmement datée — le rêve secret de toute damoiselle qui se respecte et ayant acquis son indépendance financière est manifestement encore et toujours de trouver, si ce n’est l’amour de sa vie, du moins un beau parti —, Our sister Hedy témoigne néanmoins de l’émancipation des femmes dans le Hong Kong bourgeois des années 50 et des transformations profondes de la société.

Le plus surprenant dans la réalisation très classique de Doe Ching est le manque total de fluidité entre les différentes scènes. Chaque petite vignette, qu’elle soit drolatique ou sentimentale, se clôture immanquablement par un brutal et expéditif fondu au noir qui tend de ce fait à étouffer la narration. Parti-pris fort singulier donc, qui heurte en permanence la rétine et tend à devenir fatiguant sur la longueur.

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© Hong Kong Film Archive

21h15. Teddy Girls/Fei nu zheng zhuan de Patrick Lung-Kong_1969
avec Josephine Siao, Kenneth Tsang Kong, Nancy Sit Kar-yin, Meng Li, Lydia Sum, Ha Ping et Patrick Lung Kong

Rebelles, et pour cause. Teddy girls nous plonge sans ménagement dans le monde brutal de la délinquance juvénile, côté filles. Et elles ne sont guère moins violentes que les mâles. L’héroïne (l’impeccable Josephine Siao, future héroïne de The spooky bunch de Ann Hui), qui vient d’un milieu plutôt aisé, ne sait comment exprimer son mal de vivre autrement qu’en participant à des bringues à tous casser — et surtout les têtes des gars qui oseraient s’approcher d’un peu trop près de ses copines.

Envoyée illico dans un centre de redressement, elle va se trouver confrontée à moult humiliations de la part de ses co-détenues — nettement moins sadiques cependant que dans les multiples séries B consacrées aux "femmes en prison" — qui vont lui faire passer le goût de la délation.

C’est que Josephine veut avant tout qu’on lui fiche une paix royale et caresse en loucedé l’idée de s’évader de sa cage pour faire payer au centuple sa génitrice, coupable d’avoir trompé son père jusque dans le lit conjugal, et surtout crever son beau-père, immonde gigolo qui a précipité la ruine de sa famille tandis qu’elle croupit en tôle.

Comprenant que l’union fait la force, Josephine fait un marché avec d’autres infortunées (dont Nancy Sit Kar-yin, sur le chemin quant à elle, de la réhabilitation), tout aussi résolues à se venger des hommes qui les ont subornées.

Maquereau d’une lâcheté exemplaire, traitre visqueux ou jeunes excités qui n’aiment rien tant que trousser les jeunes filles surtout quand elles disent non, le moins que l’on puisse remarquer est que la gent masculine est décrite ici de manière bien peu glorieuse. Il n’y a, pour sauver la dignité du sexe fort, que le bienveillant directeur de l’institution — porte-parole du réalisateur* — qui préfère, au grand dam de ses supérieurs moins enclins à l’indulgence, comprendre et conseiller plutôt que châtier aveuglément. Ainsi va-t-il encourager ses "pensionnaires" à s’exprimer au travers d’un défilé de mode, scène hautement ahurissante en un tel lieu.

Dès lors que les fugitives se consacrent à leur vendetta, le rythme du film s’accélère et les scènes de crime sont filmées dans un état d’hystérie totale, un frénétique meurtre à l’arme blanche révélant notamment la folie psychotique d’une des proscrites (Lydia Sum). Lorsque Josephine se retrouve face à sa proie, la voilà qui entame avec elle une danse de mort quasi orgasmique, où les rôles brusquement se trouvent inversés. A l’adolescente le pouvoir de vie ou de mort sur l’affreux, au beau-père désormais sans défense face à la furie, la peur abjecte.

Si Teddy girls évoque, sans toutefois égaler le sadisme inhérent au genre, les pelloches de la Nikkatsu exploitant à loisir le thème de la criminalité juvénile, et plus particulièrement la fameuse série des Stray Cat Rock** produite en 1970, le film s’inscrit nonobstant dans la droite lignée des mélodrames sociaux de Patrick Lung-Kung.

Pour preuve, le long discours très moral du directeur qui clôt le film où il s’interroge sur la part de responsabilité d’une civilisation répressive aux lendemains qui font déchanter une jeunesse en perte de repères et réaffirme l’importance de l’éducation parentale, tout en n’oubliant pas de pointer du doigt les inégalités sociales qui poussent au crime les plus démunis. Il est évident que pour lui, comme pour le réalisateur, toute société a les voyous qu’elle mérite. Édifiant.

* A noter que Patrick Lung-Kong s’est octroyé ici — après avoir interprété le flic tenace qui rendait la vie infernale au protagoniste de Story of a discharged prisoner — le rôle ingrat, qu’il tient à la perfection, du libidineux beau-père.

** Et surtout le fameux Boulevard des chattes sauvages de Yasuharu Hasebe, avec l’indomptable Mako Keiji — future Femme scorpion vengeresse — en tête d’affiche, projeté en début d’année à la Cinémathèque Française lors du centenaire de la Nikkatsu.

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A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat
  • Jour 6, Part 1 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Wu Ma & Kirk Wong
  • Jour 6, Part 2 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung & Allen Fong
  • Jour 7 — jeudi 5 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Ann Hui, Elmin Alper & Allen Fong
  • Jour 8 : Les délibérations — vendredi 6 juillet 2012 — avec Allen Fong
  • Jour 9, Part 1 — samedi 7 juillet 2012 — avec Patrick Tam & Ann Hui
  • Jour 9, Part 2 — samedi 7 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Yuen Wo Ping, Tsui Hark & Pang Ho-cheung
  • Jour 10, Part 1 — dimanche 8 juillet 2012 — avec la Fresh Wave

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012

Festival Paris Cinéma [08/07/12 — Journal de bord 10. Part 1] : La Fresh Wave

Dans Cinéma, Court-métrage, Festival, Festival Paris Cinéma, Forum des Images, Lai Yan-chi, Leung Chung-Man, Vicky Wong, Wong Chun, Wong Hin-Yeung le 09/08/2012 à 09:47

© FredMJG

Festival International de Courts Métrages Fresh Wave.
Abandon ce jour du programme prévu (Man on the brink d’Alex Chung qu’il me semble avoir déjà vu au siècle dernier (bah ! quoi ?) dans une copie bien pourrave et les deux téléfilms d’Allen Fong — un crève cœur — réalisés pour la série Below the lion rock à laquelle a également participé Ann Hui) au MK2 Bibliothèque car 1/ me connaissant, je sais que je ne vais pas avoir le courage de reprendre le métro pour changer de cinéma 2/ c’est l’occasion de profiter un peu de Johnnie To en allant visionner les courts métrages de la Fresh Wave dont il est le parrain.

Direction donc le Forum des images en espérant fort qu’aucun sabotage ne vienne assombrir plus encore ce dimanche pluvieux.

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© ADC

14h. 6th March de Wong  Chun_2011
avec Wong Yat-ho, Derrick Benig, Chan Wai-kin, Cheng Shu-fung, Yu Ka-lun et Charles Chan

Table ronde. Arrêtés lors d’une manifestation, trois étudiants — qui ressemblent comme des clones, conscience politique aiguë en sus, aux collégiens de L’enfer des armes — font face à 3 générations de policiers aux idées et aux méthodes dissemblables (le plus vieux est autrefois arrivé à la nage de la Chine continentale et leur reproche insidieusement de ne pas avoir les ambitions équivalentes à la chance qui leur est offerte de poursuivre des études, le plus jeune est le frère de l’un des protestataires).

Entre menaces sous-jacentes et leçons de morale édifiantes, 6th march renvoie dos à dos des gamins qui ne se retrouvent pas dans les idées de leurs ainés (l’ascension sociale doit obligatoirement se faire dans la souffrance et à la force du poignet tout en suivant aveuglément la ligne du parti si l’on en croit les fonctionnaires de police) et des adultes totalement dépassés face à une jeunesse qui refuse de jouer le jeu de l’individualisme à tout crin. Travailler plus pour gagner encore moins, voilà bien une idée universelle qui parcourt désormais le monde.

Si la corruption généralisée, la crise financière et surtout, la folie immobilière qui a toujours court à Hong Kong sont fustigées, Wong Chun n’en oublie pas de nous faire partager les affres familiales de ses jeunes héros, où l’ainé semble encore et toujours devoir se sacrifier pour les cadets.

Les six acteurs sont remarquables et la tension prégnante de bout en bout.

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© ADC

Basket de Wong Hin-Yeung_2009
avec Sin Ng-tsai, Lam Cham-yin Augustine, Law Ah-kau et Wong Kam-mui

Fils indignes. Délaissant la cartographie sinueuse de Hong Kong, Wong Hin-Yeung situe son court métrage dans un petit village de pêcheurs en pleine crise. Le poisson est rare, les bouches à nourrir trop nombreuses, la famille se doit donc d’ ‘éloigner’ les inutiles.

Basket est une sorte de mini Ballade de Narayama, sans la noblesse de cœur — la grand-mère que l’on va abandonner dans une crique comme on le ferait d’un clébard à l’orée d’une forêt est parfaitement gâteuse et son mutisme vaut condamnation —, dont la cruauté est soulignée à l’épilogue par la logique lapidaire d’un enfant. Cinglant.

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© ADC

Gwangong VS Alien de Leung  Chung-Man_2011
avec Chan Wai Sing, Choi Kit, To Ching Sing, Vito Kit, Torrice Tsui et Kwai Tin Pang

Godzilla pas mort. Un alien belliqueux aux allures de poussin en ferraille s’apprêtant à détruire Hong Kong, Pékin envoie sans coup férir son super robot de la mort, Lei Feng, héros de la propagande maoïste. Manifestement aussi obsolète que ses idées, notre androïde succombe sous les coups de l’envahisseur contre lequel, en désespoir de cause, est mandé le héros sans peur et sans reproche Gwangong.

Définitivement barré, Gwangong vs alien rappelle les San Ku Kaï et autre Bioman de notre enfance. Si ce n’est que, sous couvert d’un délirant film de monstres, Leung Chung-man critique de manière acerbe le gouvernement chinois tout en rendant un insolent hommage aux révoltés de Tien’anmen.

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© ADC

15h. 1+1 de Lai Yan-chi_2010
avec Ricky Yeung Sau-churk, Jocelyn Kan et Ducky Chi-tak

Le bonheur en héritage. Interprété par des non-professionnels — Ricky Yeung Sau-churk est cependant un artiste activiste reconnu — 1+1 rappelle, de par sa structure, les docu-fictions d’Allen Fong.

Le film de Lai Yun-chi suit un grand-père et sa petite fille dans les rues de Hong Kong où ce touchant duo plante des bambous au milieu du béton, marquant ainsi chaque endroit que le progrès et les entreprises immobilières vouent à la disparition.

Tout à leur villégiature, ils se créent des souvenirs, dissertent sur le temps qui passe, le bonheur d’être ensemble et notamment le pardon à accorder aux tiers et à soi-même par l’entremise du kidnapping d’une petite tortue, dont la libération en pleine ville a suffi à racheter les péchés de son propriétaire.

1+1 est un délicieux conte écolo-poétique où emmener de préférence les enfants turbulents qui y apprendront quelques leçons élémentaires de vie : profiter des gens qu’ils aiment avant qu’ils ne disparaissent et leur allouer pleine confiance pour ne pas risquer de se perdre définitivement.

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© ADC

The decisive moment de Vicky Wong_2010
avec Huang Xianguang, Tang Kwun-hang, Yow Chee-bore, Mak Lok-sun, Leung Pui-yee et Lam Kin-ming

Portrait d’un vieux briscard. Emprunt d’une certaine nostalgie, The decisive moment est le faux biopic — interviews de ses anciens collègues à l’appui — d’un reporter photographe ,"Uncle Cheung" (Huang Xianguang), qui a bâti sa réputation sur un don imparable, la capacité quasi magique de capturer au bon moment le tragique d’une scène, et ce, sans états d’âme particulier. Jusqu’à ce qu’un jour, de l’autre côté de l’objectif, l’agonie d’un proche le force à se confronter à sa propre conscience et l’abandonne, impuissant à poursuivre son métier.

Désormais incapable de prendre une photo "intéressante" selon la nouvelle éthique des médias modernes engagés dans une course concurrentielle qui leur fait souvent oublier toute pudeur pour coller du sang à la une, Uncle Chung va trouver une nouvelle raison de vivre en prenant sous son aile un jeune collègue cynique et méprisant, quoique fasciné par cette gloire défunte. Disciple qu’il rendra célèbre, à son corps défendant. Mais le doigt sur le déclencheur comme si son appareil pouvait encore servir de bouclier et tenir la mort à distance.

Traitant judicieusement des dérives de la presse à sensation, The decisive moment interroge tout autant la fascination des sociétés modernes pour les faits divers que la difficulté des journalistes à calculer la saine distance entre voyeurisme et témoignage.

A lire : Sur EastAsia, l’entretien avec les réalisateurs Lai Yan-chi et Vicky Wong.

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A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat
  • Jour 6, Part 1 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Wu Ma & Kirk Wong
  • Jour 6, Part 2 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung & Allen Fong
  • Jour 7 — jeudi 5 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Ann Hui, Elmin Alper & Allen Fong
  • Jour 8 : Les délibérations — vendredi 6 juillet 2012 — avec Allen Fong
  • Jour 9, Part 1 — samedi 7 juillet 2012 — avec Patrick Tam & Ann Hui
  • Jour 9, Part 2 — samedi 7 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Yuen Wo Ping, Tsui Hark & Pang Ho-cheung

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012

Festival Paris Cinéma [07/07/12 — Journal de bord 9. Part 2] : Patrick Tam, Yuen Wo Ping, Tsui Hark & Pang Ho-cheung

Dans Cinéma, Festival, Festival Paris Cinéma, Hong Kong, MK2 Bibliothèque, Pang Ho-cheung, Patrick Tam, StrictoPerso, Tsui Hark, Yuen Wo Ping le 04/08/2012 à 19:08

© FredMJG

Samedi, c’est également jour de la brocante.

Ayons donc une pensée pour tous ceux qui ont décidé de braver les intempéries pour y exposer ou y chiner.

Quant à moi, je poursuis mon marathon du week-end avec ce brave Pat’.

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© Mei Ah Entertainment Group Ltd

13h. Nomad/Lie huo qing chun de Patrick Tam_1982
avec Leslie Cheung, Ken Tong, Patricia Ha et Cecilia Yip

Plein soleil. 4 jeunes gens, beaux, plus ou moins riches — mais partageurs — et qui semblent s’ennuyer à périr jouent nonchalamment au jeu de l’amour vache et du hasard (Mention spéciale pour le couple Leslie Cheung dont on espère à tout moment une danse hypnotique et lascive devant le miroir d’une armoire* et Cécilia Yip, excellente en infernale chipie entretenue) tout en trainant un mal de vivre indéfinissable dans un Hong Kong nocturne d’une beauté inouïe.

Vivre vite, mourir jeune en laissant un beau cadavre semble être leur crédo. Ça tombe rudement bien. Leur existence oisive va prendre un étrange tournant lorsque l’ex-amant d’une des filles, dissident de l’Armée Rouge japonaise, vient se réfugier auprès d’eux et les invite à séjourner avec lui sur son bateau baptisé Nomad. Et le spectateur de se demander combien de temps il va falloir à notre ménage à trois pour imploser.

Mais l’homme est poursuivi par une de ses anciennes camarades, du genre hargneux, chargée de l’abattre. Ignorant tout de la menace qui rôde, voilà nos amoureux qui se livrent avec délices à leurs ébats, s’abandonnent pleinement aux caresses du soleil — il faut voir comment le réalisateur filme en long plans langoureux ses actrices, mais surtout ses acteurs, à moitié nus, endormis comme deux chérubins sur le sable, en saisissant en quelques plans la vanité de leurs jeunes chairs corruptibles pour avoir le souffle coupé — et attendent, on ne sait quoi. Et de nous inquiéter sur l’avenir improbable de ces petites créatures sans défense.

L’épilogue d’une invraisemblable brutalité — notre vengeresse ninja débarquant en plein farniente sabre au clair en vue de régler définitivement le sort des traitres de tous poils — ne laissera personne indemne et surtout pas le spectateur qui se demande volontiers si Patrick Tam n’aurait pas filmé cette romantique aventure que dans le seul but de la saccager et d’occire méchamment ses protagonistes. Comme si le bonheur n’était qu’utopie, voire niaiserie en ce bas monde. Surprenant !

* Ceux qui ont vu Nos années sauvages de Wong Kar Wai réalisé quelques huit années plus tard approuveront vivement.

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Si quelques fous rires nerveux ont accueilli le massacre final, un charmant jeune homme, encore abasourdi, m’a demandé près de la sortie comment j’entendais cette fin si étrange alors que tout le film était voué à l’exaltation d’une jeunesse libre et triomphante… Mais renseignements pris, il n’avait pas vu My love is that eternal rose ou il se serait méfié.

Je retrouve Shunrize qui avait mis le Yuen Wo Ping à son programme et  nous croisons dans la salle 6 ce brave Alexandre Mathis échappé de la forêt où il réalise depuis un moment un court-métrage, flanqué de Nico et de Viguen.

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© Hong Kong Film Archive

15h. Iron Monkey de Yuen Wo Ping_1993
avec Donnie Yen, Yu Rong-guang, Jean Wang, Tsang Sze-man et Yam Sai-koon

Danse avec les rondins. Iron Monkey est un robin des bois as du Kung-fu qui vole aux riches corrompus pour redistribuer ses rapines aux pauvres. Les hauts fonctionnaires ne l’entendant pas de la même oreille se mettent dans l’idée de faire embastiller toute personne pratiquant peu ou prou les arts martiaux, ce qui offrent quelques scènes réjouissantes pour les zygomatiques tant leurs sbires sont décrits comme d’improbables crétins (la palme à celui qui arrête un capucin).

Les geôles se remplissent mais le hors-la-loi sévit toujours. Profitant de l’arrivée d’un étranger en ville, fort versé dans les sports de combat et flanqué de son bambin, ils ne trouvent rien de plus intelligent que de le faire chanter en lui subtilisant le marmot qui ne retrouvera la liberté qu’en échange de la capture de cette fichue canaille d’Iron Monkey.

Bien mal leur en prend de caresser une idée si saugrenue. Après une échauffourée où les deux combattants s’observent, se jaugent et apprennent à reconnaître la noblesse de leurs intentions, voici nos preux chevaliers qui se liguent illico contre l’oppresseur.

Exaltant les qualités de cœur des âmes pures, Iron Monkey est une succession de combats, souvent nocturnes et magnifiquement chorégraphiés, où les adversaires jonglent aussi bien avec des ombrelles que du mobilier, s’envolent et se jouent de la pesanteur, cavalent sur les toits du village, échappent aux policiers — l’un d’entre eux ressemble à s’y méprendre à ce pleutre de sergent Garcia — en les ridiculisant, se dédoublent par la grâce de leurs disciples — Jean Wang est si charmante que notre voyageur s’en trouvera momentanément ému — et où, comme de bien entendu, les gens de bien triompheront inéluctablement du mal.

Sans compter que nos deux héros, Donnie Yen et Yu Rong-guang ne sont pas désagréables à regarder. Ils nous offrent par ailleurs, doués comme ils le sont également pour les tâches ménagères, une joute culinaire de derrière les fourneaux qui nous fait foncièrement saliver.

Si l’on précise qu’à leurs ennemis jurés se joignent en désespoir de cause des nonnes en délire commandées par un moine Shaolin, vendu au démon et spécialiste d’un superbe coup bas baptisé "la paume de King Kong", avec lequel nos vertueux vont entamer une homérique danse sur des rondins enflammés, il va de soi que le spectacle est enchanteur et le délire, particulièrement jouissif (et ce ne sont pas quelques menus problèmes techniques qui vont nous faire bouder notre plaisir).

A noter que vous pouvez retrouver Yuen Wo Ping dans sa masterclasss animée par Nicolas Saada aux 3Luxembourg intégralement enregistrée par 1kult ici.

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Les papilles en émoi, je me balade avec Valérie qui tient à faire un tour à la brocante et lui vante sournoisement les qualités de Nomad — et notamment son prodigieux final — avant de lui proposer de poursuivre l’après-midi avec le dernier opus de Patrick Tam prévu aux festivités, Love massacre, précédé ici d’une très flatteuse réputation de film culte où nous devons retrouver Chris et Anna, également tentés par l’expérience.

Miss Shunrize, que je commence à soupçonner d’être atteinte de masochisme latent, consent… Et débute un grand moment de rigolade que nous ne sommes pas prêtes d’oublier.

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© D&D Limited

17h. Love massacre/Ai Sha de Patrick Tam_1981
avec Brigitte Lin, Charlie Chin, Chang Kuo-chu, Tina Lau, Deanie Yip, Patrick Lung Kong et Ann Hui

Mélodie meurtrière en bleu blanc rouge. Second film de Patrick Tam et tourné en grande partie à San Francisco, Love massacre débute comme un drame existentiel où les héros totalement déconnectés de la vie réelle sombrent les uns après les autres dans une dépression carabinée avant de virer au jeu de massacre — au sens propre — lorsque l’un des protagonistes, à la santé mentale chancelante, laisse libre court à la violente frustration engendrée tant par le suicide de sa sœur cadette que par l’incapacité de survivre à une rupture amoureuse. Notre bonhomme se met à massacrer consciencieusement toutes les jeunes femmes habitant sous le même toit que celle qui l’a quitté et qu’il ne peut toutefois se résoudre à occire.

Love massacre est une œuvre tout bonnement effarante. Si l’on savait déjà que Jean Luc Godard est une de ses idoles, Patrick Tam s’embarque dès le prologue — une femme à la robe écarlate s’enfonce dans le désert et nous rappelle la fuite des héroïnes (é)perdues chères à Antonioni — dans des expériences visuelles étonnantes. Rendant tout autant hommage à Mark Rothko — le couple qui se délite erre longuement dans une galerie qui expose ses toiles hypnotiques — qu’à David Hockney, le réalisateur fait évoluer des personnages comme vidés de leur substance, qui s’intègrent au décor ou s’en détachent inconsciemment, images à peine mouvantes dans des plans sublimes où tranchent le bleu (des murs ou du ciel), le blanc (des vêtements) et le rouge (du sang qui gicle).

Si la palette dans la seconde partie du film — place désormais au slasher glauque — fait immanquablement songer aux recherches plastiques des maîtres du giallo, c’est pourtant un film en noir et blanc — où sont néanmoins insérés, comme  des blessures, quelques plans en couleurs — qu’évoque irrémédiablement Love massacre, soit Les anges violés de Koji Wakamatsu, tourné en 1967 et inspiré du même fait divers sanglant qui endeuilla Chicago en 1966 et sur lequel la scénariste Joyce Chan (également auteur de Ah SzeThe spooky bunch et The secret de Ann Hui) a brodé cette schizophrénique variation.

Dans le rôle de la maîtresse infortunée, Brigitte Lin (future reine de glaces dans Zu, les guerriers de la montagne magique de Tsui Hark_1983 et héroïne en 1994 de Chungking express puis des Cendres du temps de Wong Kar Wai) balade son spleen d’héroïne tragique avec une grâce toute somnambulique tandis que le sinistre Charlie Chin est parfaitement répugnant dans le rôle du psychopathe. La scène finale entre les deux amants est proprement ahurissante de grandiloquence mélodramatique et de malaise diffus.

Notons que l’on ne peut parfois s’empêcher de rire tant certains dialogues, tantôt d’une niaiserie abyssale — ainsi un gandin souhaitant négligemment une bonne nuit à notre héroïne folle d’inquiétude tandis que derrière la porte notre dingo s’excite comme un foufou à poignarder ou étouffer la maisonnée — sonnent (involontairement ?) creux.

Il y a comme un détachement du réalisateur bien trop empressé à lécher ses plans qu’à offrir un peu de chair à ses ectoplasmes. Quoiqu’il en soit, Love massacre — qui fut un échec sanglant (sans jeu de mot) au box office — mérite d’être vu, ne serait-ce que comme curiosité tant il tranche de par l’intransigeance de ses partis pris stylistiques sur la production de l’époque.

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Valérie me maudit donc, mais à moitié, tant son voisin qui y croyait à fond et sursautait à chaque Bouh! l’a mise en joie.

Un peu échaudée par la mésaventure Wild, wild rose, je décide de privilégier une révision sur grand écran du chef d’œuvre nihiliste de Tsui Hark — accessoirement, pour me faire pardonner, j’y entraine Valérie qui ne l’a jamais vu et décide pour la peine de profiter de la première projection de Vulgaria dans la foulée, ce qui me prive de la découverte des films de Ton Shu-shuen, mais me permettra lundi de me lever un peu plus tard que prévu.

Le film de Tsui Hark est présenté par Léonard Haddad que nous aurions bien écartelé lorsqu’il s’avisa de causer du décorum de la dernière scène du film… Mais rendons toutefois grâce à HK Video (et à Christophe Gans) pour avoir en d’autres temps édité les deux versions du film. Celle qui nous est présentée aujourd’hui est le director’s cut  que les producteurs retirèrent de l’affiche et pour laquelle Tsui Hark retourna quelques scènes qui n’édulcorèrent guère la critique corrosive émanant du projet. Ceci expliquant pourquoi les scènes censurées sont d’une piètre qualité technique. Mais ne boudons pas notre plaisir, notamment lorsque retentissent Dawn of the dead de Goblin emprunté à George Romero ou Oxygène de Jean-Michel Jarre (!).

Liste non exhaustive des morceaux de la bande (pas très) originale à lire ici.

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© Fotocine Holding

19h. L’enfer des armes/Di yi lei xing wei xian de Tsui Hark_1980
avec Lo Lieh, Lin Chen-chi, Albert Au, Paul Che et Lung Tin-sang

Les quatre de l’apocalypse. Après The butterfly murder_1979 et Histoire de cannibales_1980, L’enfer des armes (Dangerous encounter of the first kind ou Don’t play with fire) est un damné brûlot d’un cynisme éhonté qui clôt sur une note insolemment tragique la trilogie du chaos de Tsui Hark avant qu’il ne décide de s’embarquer dans d’ébouriffants spectacles débordant de guerrières acrobatiques, de combats de sabre et de manifestations fantasmagoriques.

Dès le prologue, le rouge est mis. Une bande de gamins s’amusent à balancer de la peinture rouge dans la cour de leur immeuble, éclaboussant au passage une des habitantes qui les maudit.

Trois étudiants bien propres sur eux, manifestement doués mais livrés à l’ennui décident, par défi, de fabriquer une bombe et de la poser dans un cinéma où, ironie du sort, est projeté un film de guerre explosif (rappelons que Tsui Hark s’est inspiré d’un fait divers qui secoua les bonnes âmes de Hong Kong à la fin des années 70). Manque de bol pour le trio, une jeune fille qu’ils pensent tout d’abord aisément impressionnable a été témoin de leur saloperie et en profite pour les faire chanter.

Nos velléitaires ne sont pas au bout de leur surprise. Car la belle orpheline élevée par son flic de frère* — un type alcoolique et violent en butte avec sa hiérarchie, dépassé autant par les événements que par cette adolescente révoltée qu’il ne comprend guère — est une anarchiste à tendance hautement suicidaire, une vraie de vraie, de celle qui ne fait pas dans la dentelle et n’a strictement rien d’autre à perdre que le dégoût de l’existence, en bref, une sociopathe de première dont on se demande si sa propension à supplicier et massacrer des bestioles sans le moindre repentir ne relèverait pas de la camisole. La demoiselle s’imagine dès l’abord qu’elle vient de croiser des frères de sang aussi prompts qu’elle à adopter contre une société qu’elle abhorre la solution finale : flinguer en masse, sans distinction en bombardant la cité en loucedé. Alléger sa douleur de vivre par la destruction systématique de l’autre, et surtout de ses biens, voilà qui titillait chaque jour la vénéneuse psyché de notre terroriste en herbe avant qu’elle ne tombe sur les trois stooges.

Mais ils ne viennent pas du même monde et nos petits bricoleurs ne sont guère enclins à se mélanger avec cette drôlesse qui les empêcherait plutôt de se ré-emmerder en rond. Nos lascars ont toutefois le plus grand mal à se débarrasser discrètement de cette verrue qui les colle jusqu’à ce qu’ils se découvrent un ennemi commun. Soit une bande de mercenaires menée par un Rambo blondinet (atroce caricature du vétéran du Vietnam revanchard, tatoué et psychopathe) auquel ils dérobent des bons au trésor auxquels était joint un mystérieux contrat avec lequel les petits anges se sont fait un plaisir de se torcher. Bras d’honneur face caméra auquel vont répondre tortures et rafales d’armes lourdes.

L’enfer des armes est sans appel, rappelant brutalement à tous leurs véritables places dans la chienlit ambiante. Les américains (Humour involontaire ? Les acteurs occidentaux débitent tous leurs lignes comme des croquemitaines issus d’une série Z, ce qui accroit encore la dinguerie de l’ensemble) ne sont que de vulgaires tueurs sans scrupule, le gouvernement en place, des gredins et les expatriés qui profitent des bienfaits de la ville, de vils colonisateurs. Il faut d’ailleurs noter de quelle manière le flic renvoie aux anglais leur propre racisme quand il se met dans l’idée de tabasser deux businessmen qu’il a pris pour des malfaisants sous le fallacieux prétexte qu’ils se ressemblent tous (rires dans la salle).

Mais il ne faut pas s’imaginer que Tsui Hark excuse automatiquement l’imbécillité des collégiens ou cautionne la folie de son héroïne — prodigieuse Chi Len Li à qui l’on filerait volontiers le pardon de bouddha sans confession —, la plus ahurissante des forcenées à avoir jamais erré dans son univers. Bien au contraire. Pour lui, on hérite des enfants que l’on mérite. Et manifestement, le temps n’est plus à leur abêtissement. Dans une société devenue sans repère, crevant dans l’œuf les espoirs et les ambitions d’une jeunesse déjà perdue, où ne règne plus que résignation et appât du gain, et qui ploie encore sous le joug des colonisateurs qui se partagent toujours les meilleures parts d’un gâteau qu’ils vont rétrocéder dans quelques années à un pays guère avenant, le réalisateur distribue à tout un chacun son dû.

Entraînés par notre passionaria qui ne songe qu’à tout brûler, nos bad boys de pacotille vont bientôt reconnaître l’évidence, qu’ils ne sont que de stupides chiots incompétents face aux impitoyables chiens de guerre, mafieux et autres profiteurs de tous poils. Pris dans le maelström d’une histoire qui les dépasse, leur cavale les mènera aux confins de la folie pour certains, directement à la mort pour d’autres. Le bloodshed hargneux sur lequel s’achève cette histoire pleine de bruit et de fureur laisse totalement pantois.

Amoureux des chats, des jeunes filles en fleurs et nostalgiques du bon vieux temps des colonies, s’abstenir. Merci.

* Magnifiquement interprété par Lo Lieh, qui trouve avec ce rôle de poulet borderline fringué comme l’as de pique, franc du collier et éminemment sympathique, l’occasion rêvée d’offrir un second souffle à une carrière débutée sous les auspices de la Shaw Brothers qui le cantonnait généralement dans des rôles d’affreux.

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© Golden Scene

21h. Vulgaria de Pang Ho-cheung_2012
avec Chapman To, Dada Chan, Ronald Cheng, Susan Shaw et Hiro Hayama

Se payer sur la bête. Pan Ho-cheung, réalisateur du mémorable Dream Home, film d’horreur viscérale sous couvert d’une critique acerbe des dérives immobilières à Hong Kong et présenté à L’Etrange festival 2010 s’essaie avec Vulgaria — qui porte remarquablement bien son titre — à la comédie burlesque mâtinée de mélancolie. Dur combat.

Un producteur de films de série Z (Chapman To, remarquable dans ce rôle de loser bien peu reluisant) est invité à causer de son grand œuvre devant des étudiants en cinéma. Définissant son métier comme celui d’un simple comptable prêt à toutes les bassesses pour taper les gens fortunés, il égrène sans fausse gêne des souvenirs quelque peu honteux ayant préludé au remake d’une comédie érotique des seventies tout en crachant subtilement dans la soupe et lève un voile sur la réalité peu glorieuse des conditions de travail dans l’industrie cinématographique hongkongaise (dont il profite cependant éhontément).

Dénonçant en une scène les liaisons dangereuses de producteurs aux abois avec un chef des triades, ce plaisantin de Pang Ho-cheung enfonce un clou déjà bien rouillé là où on ne l’attend pas, en transformant un diner d’affaires* en une orgie zoophile pas piquée des hannetons qui restera dans les annales et où l’expression "charger la mule" prend enfin tout son sens. Sans oublier des goûts tout aussi douteux en matière culinaire dont l’hénaurmité n’a d’égale que le désir de choquer le pékin.

La Chine en prend pour son grade, mais il va de soi que la plaisanterie est sans doute plus subtile pour les gens du cru, le réalisateur s’amusant des différences intrinsèques, tant de langage que de coutumes, qui séparent inéluctablement le hongkongais de base aux continentaux présentés ici comme une bande de peigne-culs. [Quoiqu’il en soit, de par son statut, Vulgaria ne passera jamais la frontière. Lire à cet effet l’excellente interview de Pang Ho-cheung sur Twitch].

D’ailleurs, tout à son récit, voici notre pathétique héros qui s’appesantit désormais sur l’échec total de sa vie familiale à peine tempéré par la rencontre d’une demoiselle de fort petite vertu, au surnom évocateur de Popping Candy, qui deviendra actrice tant ses compétences pour une certaine caresse buccale parfumée aux bonbecs  frizzy-pazzy — cascade hautement improbable à ne pas réaliser chez soi — saura toucher le cœur de notre impénitent jouisseur.

Si le réalisateur ridiculise les mafieux souhaitant s’offrir à bon compte une économie parallèle où blanchir leur argent de poche et assène quelques vérités sur les difficultés que rencontrent les acteurs de Category III (Hiro Hayama, héros valeureux du 3e opus de Sex and Zen — en 3D, ça laisse rêveuse — joue ici son propre rôle) pour accéder à un cinéma mainstream, Pan Ho-Cheung en profite lui, pour changer de style, et abandonne brusquement la trivialité pour réorienter son délire grassouillet vers une comédie romantique fort tendre qui menace de s’achever dans une écœurante félicité.

Au grand dam des étudiants qui se fichent comme d’une guigne que leur conférencier atteigne le nirvana et ne souhaitent rien tant que d’obtenir plus de détails graveleux sur certains épisodes passés sous silence.

Tout autant que le spectateur bien marri de s’être tant marré, auquel Pang Ho-cheung tend en définitive un miroir peu amène. Inutile de préciser devant cette mise en abyme parfaitement orchestrée que les tabloïds ont encore de bien beaux jours devant eux.

* A noter, à la même table, la présence imposante de Suet Lam, acteur de second plan perpétuellement atteint de fringale aiguë et bien connu des amateurs des films de Johnnie To.

*****

La nuit Infernal affairs est annulée pour cause d’amical diner. En définitive, et après avoir appris le KO par forfait — soit pour cause d’infernal public aux projections du 3Luxembourg — d’Alexis, le taulier de PixAgain, je n’ai aucun regret.

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat
  • Jour 6, Part 1 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Wu Ma & Kirk Wong
  • Jour 6, Part 2 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung & Allen Fong
  • Jour 7 — jeudi 5 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Ann Hui, Elmin Alper & Allen Fong
  • Jour 8 : Les délibérations — vendredi 6 juillet 2012 — avec Allen Fong
  • Jour 9, Part 1 — samedi 7 juillet 2012 — avec Patrick Tam & Ann Hui

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 201

Festival Paris Cinéma [07/07/12 — Journal de bord 9. Part 1] : Patrick Tam & Ann Hui

Dans Ann Hui, Cinéma, Festival, Festival Paris Cinéma, Hong Kong, MK2 Bibliothèque, Patrick Tam, StrictoPerso le 31/07/2012 à 10:05

© FredMJG

Jour 9, 9 films. Le compte est bon.

Du Tam en veux-tu, en voilà pour ce samedi. Je continue donc de découvrir son œuvre télévisuelle et deux raretés.

Pour m’en remettre, j’ai également mis au menu un thriller de Ann Hui et une seconde vision d’un wu xia pan de Yuen Wo Ping qui a offert hier une masterclass au Festival, tandis que je caresse l’idée de modifier en profondeur mon programme de fin de journée.

*****

© TVB

09h. C. I. D.: Four Moments of life (Dawn, Noon, Dusk, Night) de Patrick Tam_1976
avec Simon Yam, David Lo, Chan Ka-yee, Lui Mo-kan, Ching Nai-kan et Yu Yueng

C.I.D. Four moments of life met en scène, à divers moments d’une journée et dans un style ultra réaliste, quatre policiers de la Crime Investigation Département dont les enquêtes vont révéler les craintes et désillusions quant au bien-fondé de leurs efforts et à l’avenir de leur métier.

Dawn. Au son de la 7e de Beethoven, un Simon Yam des plus jouvenceaux s’éveille sous le regard perçant d’Alain Delon mais sa vie n’a rien de glamour lorsqu’il est confronté à une enfant victime de maltraitance de la part de sa mère et ce, sous le regard complice du père.

Noon. Un flic déjà bien fatigué des aléas de sa fonction, traine les pieds pour répondre à une plainte pour regards salaces et toute à la nonchalance de son enquête va non seulement débusquer un pédophile mais perdre encore plus foi dans son prochain lorsqu’il interrogera — dans un somptueux plan séquence — la présumée victime, une adolescente abandonnée à elle-même et d’un cynisme absolu.

Dusk. Deux petits vieux se cherchent et s’affrontent dans une maison de retraite jusqu’à ce qu’une plaisanterie stupide mette un terme sanglant à leur dispute. L’humour qui présidait à cette scène se change brusquement en horreur totale. Confronté au désespoir du meurtrier, le policier compatissant qui le questionne va se retrouver obsédé par ce crime, y compris dans la chaleur de son foyer.

Noon. Un flic soupçonné par la police anti-corruption confit ses angoisses à une amie tout en essayant de retrouver le coupable d’un délit de fuite.

Les quatre histoires — à noter que de vrais policiers ont parfois été à l’origine des scénarii de cette série — racontées sans complaisance nous plongent au cœur même de la misère humaine et des faits divers sordides auxquels sont confrontés des fonctionnaires souvent méprisés — quand ils ne sont pas soupçonnés de malversations ou de négligences — et guère armés psychologiquement pour y faire face sans y perdre santé, conscience professionnelle ou innocence.

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© TVB

Thirteen: Traces of her de Patrick Tam_1977
avec Yung Wai-man, Yim Ho et Pang Nei

Une jeune femme disparaît du jour au lendemain corps et biens et c’est de la faute à Godard (ou presque).

Débutant cet épisode de la série Thirtheen sous le regard bienveillant de Anne Wiazemsky  – protagoniste en 1967 de La chinoise —, et traitant son histoire sous forme d’une enquête policière en questionnant relations estudiantines et amis, Patrick Tam procède à la reconstitution de la personnalité de son héroïne (la charmante Yung Wai-Man vue dans Father and son de Allen Fong) à la manière d’un puzzle ou bien plutôt selon les collages qu’a créés son petit ami — interprété par le réalisateur Yim Ho, auteur du très beau Homecoming —, un jeune photographe si obsédé par Jean-Luc Godard qu’il ne peut immortaliser, voire s’intéresser à sa bien-aimée, qu’en projetant inlassablement sur son corps des plans des films de son idole. On prendrait ses jambes à son cou pour moins que ça.

La résolution de "l’affaire" ne peut que confirmer la fuite en avant de la donzelle loin de l’existence des plus futiles qu’elle menait alors avec son fétichiste. L’anti Miu Kam-fung en quelque sorte.

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© TVB

Thirteen: Suffocation de Patrick Tam_1977
avec Chow Yun-fat et Lui Shui-yung

Le sens de la vie. Campé par un Chow Yun Fat d’une vingtaine d’années — et déjà irrésistible — Suffocation est un étrange objet en forme d’hommage foncièrement morbide à Michelangelo Antonioni et son fameux Blow up, dont le morceau de bravoure final est à placer très haut sur l’échelle de la folie pure.

Chow y est un photographe obsédé par la mort et la violence. Manifestement, le seul truc qui le fasse bander est de collectionner des clichés de sa superbe maitresse dans des natures mortes des plus sanglantes — ceux qui ont vu Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon d’Elio Petri_1970 et les extravagantes mises en scène de Gian Maria Volonté sur le corps de Florinda Bolkan peuvent aisément imaginer la chose — ou de payer des petites frappes pour qu’elles se bastonnent tandis qu’il les mitraille. Quant il ne photographie pas avec une délectation toute frénétique un homme qu’il croit mort à une table de restaurant. A voir sa tête dépitée quand l’inconnu reprend conscience en dit long sur sa santé mentale.

Le jeune homme perd peu à peu pied entre fantasme et réalité, surprend des fantômes de ses “victimes” dans les couloirs et n’hésite pas à agresser un jeune mannequin pour la déstabiliser et entrevoir enfin la vérité de la femme sous le vernis des faux semblants.

Tout à sa démence créative, il n’hésitera pas — le geste onaniste est alors filmé en un très long plan séquence devant nos yeux ébahis — à s’enfermer lui-même dans un immense sac plastique aux fins — le doigt posé sur le déclencheur — de surprendre sur son visage les prémices de l’asphyxie qui ne peut manquer de l’emporter… jusqu’à ce que d’un poing rageur*, il ne crève l’enveloppe-cocon dans laquelle il expire et ne revienne à la vie.

Suffocation, objet télévisuel radical, tout en bénéficiant d’un jeu halluciné extrêmement maitrisé de son interprète principal, confirme que Patrick Tam est définitivement cinglé.

* Le taulier de Filmosphère en riait encore dans l’après-midi lorsque nous nous sommes croisés entre deux séances.

*****

© Hong Kong Film Archive

11h10. The secret/Fung gip de Ann Hui_1979
avec Sylvia Chang, Angie Chiu, Tsui Siu-keung, Alex Man et Lee Hai-suk

Exercice de style extrêmement brillant et inspiré d’un fait divers qui défraya la chronique dans les années 70, The secret, premier long métrage de Ann Hui, oscille en permanence entre chronique sociale d’une famille désemparée par un crime odieux, thriller haletant et fantasque conte — nettement plus mélancolique ici que dans The spooky bunch — de fantômes. Nonobstant, la multiplication des personnages — donc, des suspects — et la déconstruction permanente d’une histoire solidement alambiquée ne fait pas perdre de vue au spectateur bien cartésien qu’on le mène généreusement en bateau.

Les corps mutilés d’un couple — celui de la femme a connu quelques ravages — sont retrouvés dans une forêt où vit un simple d’esprit (ce brave Norman Chu en profite pour cabotiner à mort) protégé par une mère aussi acariâtre que possessive. Parallèlement à la police, une jeune voisine — interprétée par Sylvia Chang — littéralement hantée par les mânes d’une des victimes, décide de mener ses propres recherches. Seront révélés quelques troubles secrets à base de double vie, d’enfant conçu hors mariage et d’adultère qui se résoudront par un twist final pas piqué des hannetons.

Cette révélation, filmée de manière outrancière et en totale contradiction avec l’atmosphère étrange et vénéneuse qui prévaut toute l’aventure, entraine derechef quelques fous rires nerveux tant la frénésie qui s’empare de quelques uns des protagoniste et la trivialité des enjeux mettent dangereusement à nu les croyances ancestrales acceptées de facto dès lors que notre délicate héroïne se voit entrainée dans les souffrances hallucinées d’une grand-mère endeuillée.

A noter, en marge de l’enquête policière, une exceptionnelle description des bas fonds et du petit peuple de Hong Kong, ville tentaculaire et potentiellement dangereuse, qui n’est jamais aussi photogénique qu’au crépuscule, lorsque les spectres — vrais ou faux, peu importe — l’envahissent.

*****

Un déjeuner peu diététique sur le pouce et me voilà en pleine forme.

Après Tony Leung et Chow Yun Fat ce matin, c’est avec Leslie Cheung que j’ai rendez-vous en ce début d’après-midi pour l’avant-dernier film projeté dans le cadre du focus Patrick Tam et je suis fort curieuse de découvrir à quelle sauce le choupinet a été dévoré…

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat
  • Jour 6, Part 1 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Wu Ma & Kirk Wong
  • Jour 6, Part 2 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung & Allen Fong
  • Jour 7 — jeudi 5 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Ann Hui, Elmin Alper & Allen Fong
  • Jour 8 : Les délibérations — vendredi 6 juillet 2012 — avec Allen Fong

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 201

Festival Paris Cinéma [06/07/12 — Journal de bord 8] : Les délibérations & Allen Fong

Dans Allen Fong, Cinéma, Compétition, Festival, Festival Paris Cinéma, Forum des Images, Hong Kong, MK2 Bibliothèque, StrictoPerso le 26/07/2012 à 09:45

d © FredMJG

Palmarès du Jury des blogueurs et du Web en orbite et premier couac. Damned !

Grand jour des délibérations* sous la houlette de notre bon Jérome Drago, toujours sur la brèche, et qui nous avait donné rendez-vous sur la terrasse du Limelight — sous le soleil exactement — où nous nous retrouvâmes flanquées de brioches, mignardises et autres douceurs fruitées, ces friandises excellant à ouvrir l’esprit et à rendre fort bon enfant quelques discussions qui s’avérèrent fructueuses.

Il ne fallut pas plus d’un vote pour exclure définitivement quelques films de notre liste de favoris mais il est à noter que chacun eut sa chance et son compte de soutiens. Sauf un — qui se retrouve au palmarès — et qui a fait l’unanimité contre lui sans que nous ayons besoin de trop nous concerter. Rien que le souvenir de notre fuite éperdue dans le noir évoque bien la détresse et la totale incompréhension ressenties devant cette chose.

De mémoire, Tabou de Miguel Gomes arrivait en tête, talonné par Our homeland et A simple life. De bonnes ondes se dégageaient également pour Rebelle, voire pour Historias.

Après moult échanges, nous convînmes que le très beau film de Ann Hui, de par son universalité, serait sans nul doute plébiscité par le public du Festival (qui se trompe rarement). Bingo !

Restaient donc en lice Tabou et Our homeland que d’ardents défenseurs ne voulaient point abandonner… au grand dam d’un certain qui commença à avoir des suées et sa veste de survêtement n’y était pour rien.

Second et dernier vote : Miguel est en tête avec 4 voix mais Yong-hi refuse de lâcher prise avec 2 voix. Nous sommes 5 dans le jury, cherchez l’erreur. Puis apprenez qu’il est bon de s’obstiner parfois. Car en désespoir de cause, nous nous tournons vers Jérome, notre éventuel sauveur, aux fins de resquiller un lot de consolation pour Our homeland et offrir, ainsi, sans regret aucun ni futur remords notre grand prix au croco portugais.

Le temps devenant peu clément, nous nous réfugions à l’intérieur  et attendons patiemment la venue d’Aude Hesbert et Caroline Vautrot qui doivent nous confirmer que nous pouvons offrir un coup de cœur — qui n’a jamais aussi bien porté son nom, tant le film en a ému plus d’une — à Our homeland. Ce qui fut fait. Au soulagement de tous.

En mode détente totale après un devoir accompli sans cris ni larmes mais dans la joie et une bonne humeur constante, nous décidons de tous nous retrouver pour diner le dernier jour du festival avant la projection de Jane Eyre de Cary Fukunaga avec vous-savez-qui.

Puis, voilà Noémie qui se met en tête de lancer un palmarès plus-WTF-tu-meurs et nous fait bûcher, tout en nous mitraillant à l’occasion pour parachever son roman-photo du festival.

Une des charmantes barmaids ne trouve rien de mieux que de nous offrir un verre. Le petit blanc sec est excellent et agit brusquement comme un euphorisant sur mon estomac qui crie famine. La chouquette ne nourrit pas sa femme ou son gars en survet’, il fallait que ce soit dit. Nous avons désormais tous un petit creux et décidons de nous restaurer aux bons soins du Festival.

La conversation allant bon train — et la rigolade éhontée itou —, j’en oublie l’heure ou presque et laisse passer la projection de High noon de Heiward Mak prévue à 14h. Vous pouvez lire un avis sur ce film chez L’impossible blog ciné puisque son taulier le vit mercredi, jour de projection de The system et Just like weather. Les choix, parfois, sont cornéliens.

Alors que que Noémie nous avait quittés bien plus tôt, attendue qu’elle était au Festival de La Rochelle la veinarde, mes acolytes Valérie, Anna, et Chris partirent en milieu d’après-midi vaquer à leurs occupations et, tandis que j’abandonnais Jérome à son dur labeur de CM, je m’en allais — toujours bien guillerette — découvrir un vrai petit bijou, soit Father and son, le premier film d’Allen Fong.

* Mes préférences dans l’ordre : Tabou de Miguel Gomez & Our homeland de Yong Yang-hi ex-aequo, A simple life de Ann Hui, The king of pigs de Yeun Sang-ho (si mal aimable qu’il n’eut pas l’heur de plaire), Rebelle de Kim Nguyen, Historias de Julia Murat (bien lent à démarrer), Beyond the hill d’Emin Alper (à la fin complètement ratée).

*****

© HKFA

17h. Father and son/Foo ji ching de Allen Fong_1981
avec Shi Lei, Chu Hung, Lee Yue-tin, Cheng Yu-or et Yung Wai-man

Les 400 coups d’Allen Fong. Avant de faire improviser ses acteurs sur une trame minimaliste — Just like weather —  ou dans un docu-fiction peu ou prou inspiré de leurs propres vies — Ah Ying —, Allen Fong fut, pour son premier film, son propre sujet d’observation.

Father and son, à haute teneur autobiographique, possède déjà les qualités intrinsèques d’un metteur en scène soucieux de creuser inlassablement le sillon d’une vérité sociale faite d’interrogations permanentes, de souci documentariste et de travail sur la mémoire, qu’elle soit collective ou individuelle. Et partant, de l’éternel conflit entre ancien et moderne, traditions ancestrales versus aspirations de la jeunesse.

Situant notamment un long flash-back dans le Hong Kong des années 60/70, il est étonnant de remarquer que la vision d’Allen Fong n’est pas très éloignée de celle qu’un Patrick Lung-Kong mis en œuvre en 1967 dans son polar Story of a discharged prisonner où filmant une société à double vitesse, il se préoccupa du sort des familles modestes n’ayant d’autre choix que d’habiter en marge de la ville dans d’insalubres bidonvilles. Au risque de voir détruire en une nuit tous les fruits de leur labeur.

L’un de ces pères si soucieux de voir réussir leur progéniture quitte à les éduquer avec trop de rigueur s’écroule victime d’une crise cardiaque au moment où il apprend que son fils — qui poursuit des études aux Etats-Unis comme le fit Allen Fong — a réussi ses examens. Pour faire court, il meurt de joie. Au grand dam du fiston qui a manifestement une revanche à prendre sur un paternel rigide jusqu’à l’injustice et qui a de tout temps tenté de brimer ses aspirations.

Les souvenirs affluent alors, d’une enfance et d’une adolescence vécues comme une longue dispute — brimades, rébellions et répressions permanentes — minant jusqu’aux fondations d’une famille où l’aînée se sacrifiera volontiers pour que le cadet puisse accéder à ses aspirations — cliché absolu du mélodrame cantonais —, querelle que la mort seule rendra caduc.

C’est que caramba ! le rejeton, faisant fi de réussite sociale, ne rêve dès son plus jeune âge que de devenir saltimbanque, attiré comme une phalène par les écrans des cinémas dans lesquels il s’introduit parfois subrepticement en compagnie de son meilleur ami, mauvaise graine en puissance, avec qui il va partager sa passion enflammée — parfois littéralement, la démonstration d’une lanterne magique artisanale fichant le feu un beau jour à la chambre des gamins — pour les jeux d’ombre.

Les 400 coups des deux garnements sont filmés avec la plus grande des tendresses par Allen Fong qui entame ainsi sa déclaration d’amour au cinématographe avec une fraicheur et une liberté telles, qu’elles nous transportent et nous renvoient élégamment à notre propre jeunesse, à cet instant précis où nous furent nous-mêmes irrémédiablement fascinés par les premières images (é)mouvantes projetées sur un mur blanc.

Pour un peu, nous souhaiterions rembobiner le film et en modifier la fin. Car qu’advient-il de la douleur et des désirs de réconciliation lorsque l’un des deux adversaires est désormais hors de combat ? 

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© Hong Kong Film Archive

Ne voulant pas rater Grace Chang dans The wild, wild rose, libre adaptation de l’opéra Carmen de Bizet par Wong Tin-lam — un grand mélodrame que l’on dit magnifique — prévu au programme et projeté au Forum des Images, me revoilà cavalant et toujours quelque peu peu ivre dans les couloirs de la ligne 14.

Résultat des courses : pas de Carmen qui tienne.

Car, après une alerte incendie déclenchée manifestement par erreur, et tandis que nous attendons fous d’espoir pendant une bonne demi-heure que le film démarre, la projection est purement et simplement annulée au regret des spectateurs (le film ne repassera pas puisqu’il s’agissait aujourd’hui de la seconde et ultime séance).

Les pompiers dépêchés sur les lieux arrivaient d’ores et déjà alors que je rentrais chez moi, si déçue, que j’en oublie sous le choc que j’avais prévu d’aller dénicher le trésor sur une île ruizienne. Une fois arrivée, je n’ai pas le courage de repartir au Nouveau Latina. Surtout que le week-end qui approche ressemble fort à un infernal marathon.

Adieu donc Melvil, Anna, Martin, Lou, Jean-Pierre et Sheila (oui, je suis sûre que L’ile au trésor vaut le coup d’être découverte).

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat
  • Jour 6, Part 1 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Wu Ma & Kirk Wong
  • Jour 6, Part 2 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung & Allen Fong
  • Jour 7 — jeudi 5 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Ann Hui, Elmin Alper & Allen Fong

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012

Festival Paris Cinéma [05/07/12 — Journal de bord 7] : Patrick Tam, Ann Hui, Elmin Alper & Allen Fong

Dans Allen Fong, Ann Hui, Cinéma, Compétition, Elmin Alper, Festival, Festival Paris Cinéma, Hong Kong, MK2 Bibliothèque, Patrick Tam, Turquie le 25/07/2012 à 10:35

© FredMJG

Tam en modes Polar ou Godard, au choix.

J’avale trois dolipranes pour contrer une migraine qui tente en loucedé de prendre le pouvoir et je file vaillamment au MK2 Bibliothèque.

Projection ce jour — en sus d’un polar, puis d’un téléfilm de Patrick Tam, réalisateur de The sword et décidément ahem… surprenant (et le terme est faible) et de la seconde réalisation d’Allen Fong — des deux derniers films de la compétition, à ne pas rater puisque demain est le grand jour des délibérations où nous allons sans doute discuter ardemment, éventuellement nous empoigner, tenter de nous corrompre,voire plus si affinités.

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© Mei Ah Entertainment Group Ltd

13h10. My heart is that eternal rose/Sha shou hu die meng de Patrick Tam_1989
avec Joey Wang, Tony Leung Chiu-wai, Kenny Bee, Michael Chan et Gordon Liu

Mélancolique ballade en mode rouge sang. Sous son titre de roman-photo, My heart is that eternal rose* camoufle un thriller de fameuse facture qui, s’il laisse la part belle à la tragédie amoureuse séparant dès le sanglant prologue deux jeunes inconstants qui s’interrogeaient alors sur leurs sentiments mutuels, se révèle d’une impudente cruauté tandis que le réalisateur ne dédaigne pas, en pleine romance, filmer des scènes de torture, voire un massacre généralisé sans autre forme de procès.

Séparés par un coquin de sort alors qu’ils venaient de se déclarer, Rick (Kenny Bee, belle gueule qu’il tire durant tout le film en un jeu des plus absents, était le neveu à marier de The spooky bunch d’Ann Hui) et Lap (la charmante Joey Wang, héroïne des Histoires de fantômes chinois), objet de tous les désirs, ne cesseront durant tout le film de se croiser et de se rater. Le couple semble être poursuivi par une éternelle malédiction depuis que Lap s’est vendue à un impitoyable parrain aux tifs gominés, Shen (interprété par l’ineffable Michael Chan Wai-Man, ici foncièrement réfrigérant), aux fins qu’il protège son père des foudres de la police après une malhonnête opération des plus foireuses.

Rick, exilé aux Philippines, n’a pas trouvé d’autre manière de subsister que d’embrasser la carrière de tueur à gages — Il est à noter que Chow Yun Fat connaissait le même destin dans Story of Woo viet d’Ann Hui, à croire que le pays n’offre pas d’autres recours aux réfugiés — tandis que Lap traine son spleen, tente d’empêcher son paternel rongé par la culpabilité de se détruire et, à son (beau) corps défendant, inspire violemment à deux hommes de tendres sentiments.

L’un, Cheung, garde du corps et confident — soit, mesdames, Tony In the mood for love Leung Chiu-wai qui, à 27 ans et doté d’un brushing aérodynamique échouant à masquer son charme (déjà) fou, emporte le morceau dans un rôle tout en sensibilité** — la couve et risquera sa vie à vouloir la sauver ; l’autre, Lai, est une immonde vermine d’un sadisme raffiné et là, c’est le drame capillaire, l’hallucination collective : Gordon Liu, notre moine shaolin préféré, joue les odieux avec un enthousiasme féroce et porte en cette fabuleuse occasion une satanée moumoute ! Aberration inouïe pour un film qui en compte plus d’une. Si Cheung subit un supplice pour protéger la belle, Lai, lui, n’hésitera pas à tenter de la violer dans l’évier, ce qui laisserait à penser que le gredin a regardé Liaison fatale en boucle.

Tandis que le film bénéficie d’un rythme infernal et que la question qui vient à toutes les lèvres est Saperlipopette mais qui diable, entre l’impassible Rick et le choupinet Cheung, Lap va-t-elle choisir désormais ?, Patrick Tam se soucie des retournements de situation comme d’une guigne — en plein suspense, le Shen bien marri d’être cocu n’hésite pas, avec tout le respect nécessaire dû aux anciens mais force menaces sous-jacentes, à inviter la mamie de Cheung à raisonner son chenapan de petit-fils pour qu’il se décide à rentrer dans le droit chemin de la triade — et s’avère bien peu enclin à faire de quartier.

Un gunfight final d’une dinguerie prodigieuse ne laisse aucun espoir ou presque aux divers protagonistes, néanmoins fort résistants. Pour Patrick Tam, les fautes se doivent d’être rachetées au prix du sang (effusions assurées). Et il n’y a pas de seconde chance, sauf pour les cœurs purs. Bouleversant.

Et si l’on ajoute que l’un des directeurs de la photographie est un certain Christopher Doyle — Le second, David Cheung se chargea de coordonner sobrement les scènes de combat —, futur compagnon de route de Wong Kar Wai, on peut aisément imaginer que la beauté du film touche parfois au sublime.

* Ce film sera suivi d’une éclipse de 17 ans (période pendant laquelle Patrick Tam montera entre autres Nos années sauvages_1990 puis Les cendres du temps de Wong Kar Wai_1994 et Election de Johnnie To_2005). A lire : l’entretien accordé à Aurélien Dirler et Xavier Chanoine en 2007 à Deauville sur Cinémasie.
**  Pour lequel il remporta le prix du meilleur second rôle aux 9th Hong Kong Film Awards.

*****

Nous nous retrouvons pour la première fois depuis le début du festival au complet pour profiter du 7e film de la compétition.

C’est une chance, le film est excellent. Et pour l’œil — Hello Andy ! —, et pour les papilles.

*****

© Indiestory Inc

15h. A simple life de Ann Hui_2011
avec Andy Lau, Deanie Ip, Wang Fuli et Qin Hailu

Malheureusement, Ann Hui n’a pu venir au festival et c’est bien regrettable, la face du focus qui lui est consacré cette année en eut été changée.

Le film n’a pas encore de date de sortie de prévue, mais gageons que le prix du public, couplé à celui que les étudiants lui ont décerné, attireront un distributeur.

Chronique à venir.

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Encore enchantée par le polar de Patrick Tam vu en début d’après-midi, j’entraîne avec moi une Valérie intriguée par mon programme. La taulière de Shunrize aura ensuite bien du mal à se remettre de cette expérience inédite… qui sera loin d’être la dernière que je lui ferais subir.

Quoiqu’il en soit, le focus Patrick Tam nous est présenté par Bastian Meiresonne, un charmant et enthousiaste garçon au débit de mitrailleuse, spécialiste du cinéma asiatique, et auteur entre autres de Shohei imamura : évaporation d’une réalité.

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© TVB

17h15. Seven Women: Miu Kam-fung de Patrick Tam_1976
avec Miu Kam-fung, Lo Yuen, Ng Ching-yuen et Cheung Suk-yi

I love Godard. Avant de réaliser en 1980 son premier film, The sword, Patrick Tam fourbit ses armes à la télévision et y laissa notamment libre court à sa singulière passion pour Jean-Luc Godard.

Étonnant décalque — pour la forme uniquement, l’histoire est mélodramatique à souhait bien que narrée de manière distanciée (ce qui signifie en clair que l’on se fiche peu ou prou de ce qui peut arriver aux personnages) — de Deux ou trois choses que je sais d’elle, nous sommes les témoins d’un reportage/confession d’une femme au foyer qui, face caméra, s’annonce également actrice, et dont la vie est d’une effrayante vacuité.

Marié à un homme mollasson et volage qui écoute Beethoven — et l’Internationale ! — et ne rêve que de voitures de luxe tout en lisant le journal à haute voix ou en édictant lors de fêtes bien ennuyeuses de puissants aphorismes, notre jolie blasée ne parait se réaliser que dans un consumérisme effréné.

Sa falote existence n’est que faux-semblants et pure indifférence, y compris lorsqu’elle apprend que son époux — qui l’honore chaque nuit par désir, habitude ou besoin, nul ne le sait et sans doute pas même lui — la trompe avec sa meilleure amie. La mort accidentelle de cette dernière ne déplacera pas d’un cheveu son impeccable mise en plis.

Bizarrement, le seul événement qui pourrait quelque peu inquiéter notre futile est d’avoir vraisemblablement surpris sur le pas de sa porte un éventuel cambrioleur. A croire que Patrick Tam s’amuse follement à voir affleurer une crispation inquiète sur son beau visage d’ordinaire impassible.

Léger assoupissement devant des plans méthodiquement métamorphosés en affichage publicitaire ou authentique hallucination auditive mais il s’avèrerait qu’à une occasion la dame ait écouté, d’un air absent, Noël à Jérusalem d’Enrico Macias… quoique je n’en jurerais pas.

Ce second épisode de Seven women* restera incontestablement comme l’ovni du festival.

* qui en comprends sept — comme son titre l’indique — et dont la particularité est de porter le patronyme de leur interprète principale. A noter que la série a été écrite par Joyce Chan, scénariste de The spooky bunch de Ann Hui. 

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Nous nous échappons durant l’entracte — et manquons l’épisode 3 de la série Seven women — intitulé On Sai, Yeung See-tai, May Lee — initialement prévu, dans la mesure où 1/ j’ai l’étrange impression que Valérie va coller un contrat sur ma tête 2/ nous serons obligées de partir durant la projection pour ne pas arriver en retard pour le 8e et dernier long métrage de la compétition. Quoiqu’il en soit, je déteste partir au cours d’un film.

Un bon thé aux fins que ma collègue se remette de ses émotions et c’est reparti !

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© Memento Films

19h. Beyond the hill/Tepenin ardi de Emin Alper_2012
avec Berk Hakman, Tamer Levent, Reha Őzcan et Mehmet Ozgur

Le réalisateur n’a pas fait le déplacement mais a envoyé en éclaireur l’acteur principal, Berk Hakman, au très joli torse malheureusement tronqué dans la photo ci-dessus.

Manifestement intimidé, il tendit à parler de préférence à son bonnet — lire, la traductrice — plutôt qu’à la salle. Devant quelques rappels à l’ordre fort peu amènes, il affirma d’une voix haute et claire avoir apprécié participer au film. Le contraire eut été étonnant. Personne n’osa l’interroger sur l’extravagance de la dernière scène du film, qui demeure à ce jour parfaitement incompréhensible.

Sortie prévue en janvier 2013. Chronique à venir.

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Un tantinet en mode feignasse, je décide de surseoir à mon passage au Forum des images où j’avais prévu de voir In the face of demolition de Lee Tit et m’affale à nouveau dans la salle 11 pour la première projection de Ah Yin d’Allen Fong, ce qui me permettra, perfide que je suis, de profiter itou de son premier film Father and son qui repasse demain et sur lequel j’avais fait une croix, la mort dans l’âme. On se fait plaisir comme l’on peut.

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© HKFA

21h. Ah Ying de Allen Fong_1983
avec Hui So-ying, Peter Wang et Cheng Chi-hung

Ah Ying (Hui So-ying, source d’inspiration pour le personnage qu’elle interprète et résolument magique) est la troisième fille quelque peu malmenée d’une famille nombreuse. Ses amours sont au point mort ; quant à ses parents — mère surchargée, père alcoolique —, ils ont d’ores et déjà décidé de son avenir. La jeune femme écoute David Bowie et Brian Eno et, rêveuse hors pair, ne souhaite rien tant que devenir actrice.

Dotée d’une force de caractère peu commune, Ah Ying va réussir à bénéficier de cours de théâtre où sa franche candeur (A l’argent ou la gloire après lesquels soupirent ses camarades de classe, elle préfère l’affirmation de soi) et ses aptitudes vont séduire — en tout bien tout honneur — l’enseignant, Cheung (Peter Wang, co-scénariste du film, metteur en scène, et accessoirement, professeur de théâtre de Hui So-ying, interprète de Ah Ying… vous suivez ?), réalisateur en vue, de retour d’Amérique avec un projet sous le bras fort ardu à financer.

Cheung, travaillé par l’histoire et la mémoire, prépare un documentaire sur Hong Kong et ses habitants. Aussi va-t-il s’intéresser à Ah Ying quand elle lui confie vouloir échapper à sa condition de vendeuse de poissons. L’idée lui vient d’en faire l’héroïne d’un segment de son grand œuvre, tout en l’impliquant dans le projet comme collaboratrice, tout à la fois sujet, actrice et mine de renseignements. Il est amusant de constater que Cheung suit les mêmes traces qu’a auparavant empruntées Allen Fong lors de ses repérages, lorsqu’il va sur le terrain enquêter sur la réalité sociale dans laquelle se morfond son élève. Mais il est souvent malaisé de faire la part des choses entre l’objet que l’on étudie et la créature que l’on filme.

Et c’est ainsi qu’insidieusement, nous ne savons plus si nous sommes toujours dans l’aventure improvisée par Allen Fong qui voit naître une amitié amoureuse que Cheung (Relativement désillusionné par ses échecs successifs auprès de potentiels producteurs, il se permettra même un parallèle entre sa jambe folle et la carcasse de la voiture antédiluvienne qu’il conduit établissant d’emblée que leur différence d’âge est pour lui une barrière infranchissable) crèvera dans l’œuf en repartant aux États-Unis pour raison de santé — non sans avoir offert à Ah Ying en guise de cadeau d’adieu l’occasion de briller sur scène à ses côtés — ou si nous assistons à une projection du documentaire réalisé par Cheung.

Tout au plus, espérons-nous — perdus que nous sommes entre la fiction et le réel — après avoir suivie notre battante dans diverses démarches puis l’avoir retrouvée derrière son étal, écaillant et vidant les poissons avec dextérité (ces images familières semblent répondre à la scène qui ouvre le film, tournée sous un angle sensiblement différent… mais encore faudrait-il revoir Ah Ying pour en être convaincu), qu’il ne s’agisse bien que de l’histoire gigogne concoctée par Allen Fong et non d’un retour à la plus triste des réalités.

Nonobstant, Ah Ying est avant tout une œuvre qui se ressent plus qu’elle ne s’explique. D’un charme évanescent mais d’une intelligence redoutable, le second film d’Allen Fong repousse les limites de sa méthode et ce, jusqu’au vertige.

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J’essaie de gratter quelque peu sur mon journal de bord et me rends compte, mais un peu tard, qu’il m’est impossible de ne pondre que 3/4 lignes sur les films que j’ai vus. Je commence à craindre fortement avoir présumé de mes forces (et surtout de mon esprit de synthèse résolument défaillant).

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat
  • Jour 6, Part 1 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Wu Ma & Kirk Wong
  • Jour 6, Part 2  — mercredi 4 juillet 2012 — avec Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung & Allen Fong

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012

Festival Paris Cinéma [04/07/12 — Journal de bord 6. Part 2] : Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung & Allen Fong

Dans Allen Fong, Cinéma, Festival, Festival Paris Cinéma, Forum des Images, Hong Kong, MK2 Bibliothèque, Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung le 23/07/2012 à 09:34

© FredMJG

A la découverte d’Allen Fong et autre raretés.

Seconde partie de ce mercredi plutôt épique dont je me soucierais peu de connaître les sorties cinéma, étant bien plus préoccupée à l’idée de ne pas rater le début de la séance au Forum des Images. Mon sens aigu de l’orientation fait à nouveau merveille dans le dédale souterrain et c’est radieusement épuisée que j’arrive enfin à m’affaler dans un fauteuil de la salle 300, tout en songeant que dans moins de deux heures, il va me falloir ré-emprunter le chemin inverse. Ô joie !

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© Hong Kong Film Archive

16h30. Story of a discharged prisoner/Ying xiong ben se de Patrick Lung-Kong_1967
avec Patrick Tse Yin, Patsy Kar Ling, Kien Shih, Wong Wai et Patrick Lung-Kong

Un bienfait est toujours mal rendu. Le générique de Story of a discharged prisonner de Patrick Lung-Kong, thriller social (et réputé pour être l’inspiration première de John Woo pour son Syndicat du crime/A better tomorrow)  transfiguré en gros mélo contant la difficile réinsertion d’un délinquant, débute comme un polar nerveux à la Nikkatsu, au rythme endiablé et réalisé dans un noir et blanc des plus contrastés. Mais là, s’arrête la comparaison. Le héros sans peur mais non sans reproche n’a rien du charme un peu canaille de Joe Shishido, mais bien plutôt la beauté un peu mélancolique du charismatique Patrick Tse Yin, quelque peu abîmé par 15 ans passés en cabane, torturé par la culpabilité et plus tenaillé par un vrai désir de reprendre le droit chemin que de tailler sa route en solitaire. Ployant sous le poids d’une dette incompressible envers les siens, voire la société toute entière, il n’aura de cesse de refuser l’étrange amitié d’un jeune fan qui rêve de marcher sur ses pas.

Mais la route — soit celle qu’il parcourt entre le bidonville où il crèche et les appartements plus luxueux de la ville où vivent sa mère — qui le renie de peur qu’il contamine le reste de sa progéniture (!) —, son jeune frère au bel avenir tout tracé et les éventuels employeurs qu’il contacte — est longue pour retrouver son honneur perdu. En sortant de prison (ce brave cœur a souhaité assister les derniers instants d’un de ses acolytes, blessé à mort lors d’un cambriolage foireux), malgré les rares mains tendues dont celle d’un ancien complice rangé des voitures, Lee Cheuk/Patrick Tse Yin, notre ex-détenu va découvrir qu’il n’a pas fini de payer son erreur de jeunesse.

Sans compter que se dressent devant lui deux hommes, revers d’une même médaille, qui précipiteront patiemment sa chute et que le réalisateur n’hésite pas à renvoyer dos à dos.

Car le truand (interprété avec une inquiétante dangerosité par l’indestructible Kien Shih/One-eyed Dragon) qui n’a de cesse — après avoir "consolé" sa bien-aimée lors de son emprisonnement — de vouloir le réintégrer de force dans sa bande de fripouilles et ce, même au prix de la respectabilité du frérot qui a bien moins de scrupules que son repenti d’aîné, n’a en définitive rien à envier au flic* sarcastique et intraitable qui le poursuit de ses soupçonneuses assiduités, dans l’inconscient espoir de le voir trébucher aux fins de justifier ses propres principes moraux.

De mésaventures et maigres espoirs en troubles chantages, notre héros, sans se départir d’un masque tragique, va se révéler bien plus chevaleresque que tout le beau monde qui gravite autour de lui et méprise ses efforts quotidiens. Non sans avoir auparavant obtenu le pardon maternel (!), Lee Cheuk, cette âme pure, va accepter d’être sacrifié sur l’autel de la respectabilité de la cellule familiale et achèvera son chemin de croix là où il l’a débuté, en endossant la faute d’un autre.

La morale est donc sauve. En apparence.

Si Kien Shih est grandiose en chef de triade patelin et sadique à la fois, Patrick Tse Yin, en éternelle victime expiatoire, est exceptionnel de retenue et c’est avec un peu de rancœur que l’on se doit d’accepter les clichés inhérents au genre qui parsèment ce mélodrame (prévoir tout de même quelques scènes d’action, mélange de torgnoles et de kung fu, pas piquées des hannetons) cantonais, nonobstant fort critique à l’égard d’une société à double vitesse.

* Comme John Woo le fera dans A better tomorrow, c’est Patrick Lung-Kong qui se colle à ce rôle quelque peu pervers

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Et hop, re-cavalcade en sens inverse pour rejoindre le MK2, où j’arrive sur les rotules après avoir laissé passer une bonne vingtaine de rames fichtrement bondées.

Mémo à moi-même, ne plus jamais perdre mon temps et mon énergie à tenter de changer de salle en cours de journée. Et notamment aux heures de pointe. Merci.

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© DR

20h. The system/Xing gui de Peter Wai-Chuen Yung_1979
avec Pak Ying, Kien Shih, Chiao Chiao, Erwin Panos, Peter Brent et Mike Lovatt

L’ascète et le jouisseur. The system ne badine pas avec la cruelle réalité et dénonce pêle-mêle non seulement l’extraordinaire pouvoir de coercition des autorités policières hongkongaises mais également les amitiés particulières qu’elles nouent avec certains membres de la pègre. Quand il ne s’agit pas purement et simplement pour certains de franchir la fameuse ligne invisible qui les fait passer de l’autre côté de la loi. Sans oublier, outre les pourris et magouilleurs de tous bords, les fameuses guerres de polices qui font plus de victimes collatérales que les échauffourées avec les truands.

L’obstiné — et bien naïf — inspecteur Chan (excellent Pak Ying), sans nul doute le dernier policier d’une moralité sans faille de Hong Kong, va l’apprendre à ses dépens dans ce polar nerveux réalisé par un Peter Yung déchainé et, semble-t-il, d’un indéfectible pessimisme.

Le réalisateur va suivre pas à pas, avec un souci du détail quasi documentaire, la tortueuse enquête de son flic lancé sans filet — tantôt en usant de moyens guère très ragoutants — dans le démantèlement d’un puissant réseau de trafic de drogue dont les ramifications s’égarent un peu trop souvent dans les locaux de la police, et ce, jusqu’au sommet.

Bien que bardé de gadgets électroniques dernier cri, notre homme va se retrouver face à une hiérarchie dont l’aveuglement n’a d’égale que son degré de corruption et, de fait, souvent dans l’impossibilité de faire correctement le job qu’il porte en si haute estime. Voyant ses suspects relaxés ou subornés par d’autres brigades, Chan le nettoyeur, en désespoir de cause, va baisser la garde et accorder sa confiance à un indic. Mauvaise pioche.

L’indic, c’est Kien Shih (Encore lui, oui !), d’une telle virtuosité qu’il confine au génie. Doté d’une intelligence retorse et d’un inébranlable culot, il est aussi menaçant en parrain intrépide qu’en vipère délatrice, quand il ne se laisse pas aller à baisser le masque (vraiment ?) et se révéler mutin et charmeur en bon mari et père de famille. Inutile de préciser qu’il ne fait pas bon lui tourner le dos puisque sa hantise des barreaux lui inspire en permanence de circonvenir à toute enquête de police en jouant les agents triples, voire quadruples avec le même aplomb et sans l’ombre d’un regret.

Outre sa fin apocalyptique d’une invraisemblable noirceur — violence inopinée et barbarie au menu — qui n’offre que peu d’espoir à une société bien mise à mal par l’individualisme et le cynisme, The system est truffé de scènes passionnantes qui plongent le spectateur dans les entrailles mêmes de la course effrénée et jonchée d’embûches de Chan. Particulièrement lors d’un suspense haletant qui préside à une filature* dans un Hong Kong dédaléen où le temps semble imperceptiblement s’allonger. Palpitant !

* Séquence qui peut rappeler d’excellents souvenirs à ceux qui ont vu le nettement moins désespéré Filatures/Gun chung de Johnnie To_2007.

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Hormis l’hommage à Johnnie To venu participer à une master class au Forum des Images, trois coups de projecteurs sont dédiés cette année à Ann Hui, Patrick Tam et Allen Fong, chantres de la nouvelle vague hongkongaise. Ce dernier, éternellement coiffé d’un invraisemblable galurin, et seul des trois à être présent à Paris — il pourra sans nul doute causer aux absents du chaleureux accueil qu’il a reçu chez nous—, s’est fait une joie de venir nous parler de son œuvre  (depuis 1981, 5 longs-métrages et un documentaire après avoir débuté à la télévision en réalisant deux épisodes pour la série Below the rock, à laquelle à également participé Ann Hui) et répondre à quelques questions.

Ce qui meut avant tout les personnages de Just like weather — le film qui nous est projeté ce soir — nous prévient-il d’emblée est l’éternel désir d’aventures de l’être humain. Après nous avoir livré quelques détails biographiques et s’être enorgueilli d’avoir vu son nom au menu des Cahiers du Cinéma (Découvrir Allen Fong par Aurélien Dirler, dans le numéro de juin 2012), Allen Fong s’étendit également sur son éthique journalistique — principes qu’il applique à son cinéma : penser au public tout en restant objectif sans oublier de faire preuve de compassion — et sa soif d’indépendance. On sent, malgré l’hilarité quasi constante du personnage, une intransigeance et une force de caractère peu communes. Rencontre rafraichissante donc.

A noter que je verrais donc ses trois premiers films dans un ordre déchronologique.

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© HKFA

21h45. Just Like Weather/Mei guo xin de Allen Fong_1986
avec Lei Yuk-Kuen, Chan Hung-nin, Cheng Chi-hung et Yu Wan-fei

Mémoires fragmentées d’un premier amour. Un (très) jeune couple fait le point sur sa vie et ses désirs d’avenir.

A noter que Christine a épousé Hung, guère plus vieux qu’elle, à 16 ans. Le film s’attache à décortiquer l’amour qu’ils se portent et les concessions qu’ils seraient prêts à accepter pour adopter, sans nécessairement se trahir, les rêves de l’autre. La dispute intervient alors que l’avenir de leur ménage tient au fil ténu d’une essentielle divergence de point de vue (de vie ?) : tandis que Christine souhaite bâtir sa destinée à Hong Kong, Hung envisage d’émigrer en Amérique. En désespoir de cause, la jeune femme accompagne finalement son époux dans un périple censé les mener de San Francisco à New York ; voyage qui permettra à nos deux adulescents, de refaire le monde, faire le point et prendre, s’ils en ont déjà la capacité, les grandes décisions qui s’imposent.

Sur ce maigre (?) canevas, Allen Fong déstructure l’histoire de ses deux héros aux sentiments en perpétuelle évolution et changements soudains — comme le temps semble-t-il. En moult va-et-vient dans leurs souvenirs qu’ils égrènent devant la caméra d’un documentariste — le réalisateur se met alors en scène pour ausculter cette juvénile passion qui s’étiole au contact des réalités — les jeunes gens vagabondent au gré de ce road movie mélancolique, des nouvelles rencontres qui se forgent et du bonheur de l’illusoire indépendance retrouvée, tout en laissant affleurer la peur secrète de lâcher en définitive la proie pour l’ombre.

Le charme étrange du film qui nous enveloppe peu ou prou tient à ce qu’Allen Fong nous perd discrètement entre fiction et documentaire en laissant la part belle à l’improvisation et en introduisant des souvenirs appartenant non pas aux personnages que nous voyons grandir sous nos yeux, mais à ses acteurs. Cela tient à la méthode de travail du metteur en scène qui, bien qu’il parte toujours d’un script, introduit subrepticement au gré de ses découvertes des détails incongrus chapardés à ses comédiens, qui nous permettent curieusement de nous attacher aux deux jeunes héros qu’ils interprètent.

Du cinéma-vérité — voire du Stanislavski sans prise de tête psychodramatique — en somme, qui n’appartient qu’à lui, où nous assistons, quasi en direct — le documentaire pouvant alors faire office de répétitions —, de scènes tronquées en révélations tardives, à la construction des personnages de Just like weather, qui nonobstant gardent encore et toujours une part de mystère, la complexité de l’âme humaine.

A voir : l’interview d’Allen Fong

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Je piaffe d’impatience à l’idée de rentrer au plus tôt car il est plus que temps que je commence à publier sur ce Festival. J’envisage donc une petite insomnie supplémentaire…

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat
  • Jour 6, Part 1 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Wu Ma & Kirk Wong

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012

Festival Paris Cinéma [04/07/12 — Journal de bord 6. Part 1] : Wu Ma & Kirk Wong

Dans Cinéma, Festival, Festival Paris Cinéma, Hong Kong, Kirk Wong, MK2 Bibliothèque, Wu Ma le 19/07/2012 à 22:20

© FredMJG

Des fantômes et du culte.

Les affaires reprennent avec, aujourd’hui, un aller-retour de la mort prévu sur la ligne 14 (bénie soit-elle).

Je me rends tout d’abord d’un pas alerte — les deux cafetières englouties ce matin y sont sans doute pour beaucoup — au rendez vous pris hier soir avec la taulière de Shunrize qui compte s’offrir un double programme Sammo Hung tandis que je l’abandonnerais, après le Wu Ma, pour le Kirk Wong que je n’ai jamais vu et qui m’intrigue fort tant il est nimbé d’un statut culte qui ne peut que me titiller les ovaires.

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© Fortune Star Media Limited.

12h. The Dead and the Deadly de Wu Ma_1982
avec Sammo Hung, Cherie Chung, Wu Ma et Lam Ching-ying

Après le wu xia pian Deaf mute heroine, place à la (grosse) kung fu farce signée Wu Ma. The dead and the deadly démarre sur les chapeaux de roue et, tout en entremêlant allègrement comédie et horreur, met en scène des fantômes, qu’ils soient totalement tocs comme Li/Sammo Hung qui aime à se travestir pour affoler les veuves joyeuses, ou bien réels comme celui de l’époux trompé qui compte bien massacrer la gourgandine, son amant et le crétin grimé qui vient de leur foutre la trouille de leur vie, en prime.

Toutefois, le film semble nous dire que tout ceci n’est qu’un affreux cauchemar puisque les justiciers ectoplasmiques n’existent guère. Que nenni !

Alors que cet effarouché de Li tente de se dépêtrer d’une charmante qui tient à lui passer la corde au cou, un de ses potes de beuverie ne trouve rien de mieux que de passer pour trépassé aux fins de palper un héritage conséquent. Li, soupçonnant alors une trahison de la trop jeune épouse dudit, enceinte jusqu’aux dents d’un homme pourtant réputé impuissant, tente par tous les moyens de découvrir les raisons du décès en se travestissant cette fois en offrande, ce qui donne lieu à des scènes de deuil d’un burlesque achevé, notamment lorsqu’un garnement tente de lui coller le feu aux fesses.

Tandis qu’il tente, en vain, d’autopsier le corps — qui, bien frétillant, n’est pas décidé à se laisser découper (fous rires assurés) — les félons en arrivent aux extrémités et refroidissent le supposé mort qui expire définitivement.

Durant cette infernale veillée funèbre, nous assistons à une valse abracadabrantesque d’apparitions spectrales — théâtrales ou authentiques —, puis à un échange d’âmes entre le défunt récalcitrant et notre bon vivant avant d’homériques combats d’une extrême violence entre apparitions justicières et fourbes adultères âpres au gain, où l’on n’hésite pas à déballer l’arme blanche ou à dézinguer brutalement une future mère de famille. Rafraîchissant !

L’épilogue, qui prête à rire, est d’une morale à toute épreuve. L’humour bon enfant qui parcourt le film — offrant une recette imparable sur la manière de profiter d’un moment d’absence de volonté d’une proie pour lui passer illico la bague au doigt — se fait parfois plus grinçant et impitoyable. Et même si tantôt l’histoire est quelque peu poussive, les combats, chorégraphiés par l’acteur principal, qui n’hésite jamais à jouer de son embonpoint, sont de haute volée. Inutile donc de faire la fine bouche devant cet aimable divertissement.

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© Nil Info

14h. The Club/Wu ting de Kirk Wong_1981
avec Michael Chan Wai-man, Norman Chu Siu Keung, Mabel Kwong et Erina Miyai

Combat sans code d’honneur. Bien avant Le syndicat du crime/A better tomorrow de John Woo, et sans nécessairement rendre son brutal héros plus romantique qu’il n’est — quoique l’on ne manque jamais au court du film de vanter son courage et sa loyauté à toute épreuve — Kirk Wong offre pour son premier film — il signera quelques années plus tard Crime Story avec Jackie Chan en vedette — The Club*, un étrange objet crasseux d’une violence anarchique et bestiale. Les filtres jaunes qui étouffent tantôt l’image ne font qu’ajouter un peu plus au malaise ressenti, en dehors des rares fois où l’on s’étrangle subrepticement dans un gloussement nerveux tant l’excentricité de certaines scènes contribuent à accroitre la datation d’un film réputé pour avoir ouvert la voie à tripotée de polars violents glorifiant peu ou prou les triades.

Asseyant dès l’enfance une amitié masculine inébranlable (ah ! ce long regard langoureux que se lance les deux potes si longtemps séparés… j’en ris encore) liant le trio du film qui, tout en vivant en marge de la loi, a décidé de ne pas se commettre avec le commun des voyous — deux d’entre eux dirigent un night club, objet de toutes les convoitises, le troisième (Norman Chu, l’affreux de The sword) a préféré se rendre maitre de maisons de jeux —, The Club décrit avec minutie la main mise mafieuse sur les quartiers chauds de la ville et l’économie souterraine qui en découle. Et ce, parallèlement à une cité qui semble vivre à son rythme en occultant souverainement les combats sans merci qui se livrent derrière des portes de verre. Témoin cette hallucinante scène de carnage à laquelle se livrent des membres d’un gang sur un homme seul et acculé, condamné à se battre à coups de pâles de ventilateur contre des moteurs hors bord qui vont le mettre en charpie sous le nez de quidams indifférents.

Ne jamais s’immiscer dans les règlements de comptes, tel semble être la loi tacite qui régit Hong Kong, tant pour d’éventuels témoins que pour les forces de police mystérieusement absentes durant toute l’aventure et qui n’apparaissent qu’au générique de fin, réduites à quelques gros titres dans les journaux. Manifestement, pour le réalisateur, les flics ne sortent désormais que pour faire le ménage, soit compter les morts et incarcérer les rares survivants, bien trop las pour se rebiffer. Triste constat.

Sombre héros bien amer, Sai (l’inoxydable Michael Chan Wai-man, maître en arts martiaux et proches des triades, la joua dit-on très goodfella sur ce coup-là et fit embaucher quelques vieux amis parfaitement infréquentables comme figurants, ce qui ne manqua pas de créer certains remous lors du tournage), à la garde robe d’un éclatant mauvais goût, rappelle les gangsters hargneux de Martin Scorsese. Et bouffe l’écran à chaque apparition, aussi kitschissime soit-elle.

Car Sai aime muscler son corps tatoué, se balade en slibard jaunâtre et forge ses nerfs d’acier en se foutant vaillamment sur la gueule avec des mal intentionnés. Aucune trace chez Kirk Wong des mortelles chorégraphies à la John Woo. Dans The Club, on se crève sauvagement (voir plus haut), à mains nues ou l’arme blanche telles celles que Sai collectionne dans son placard à balai transformé en armurerie où s’étalent sabres, hachoirs, coutelas et pics à glace en lieu et place de magnums ou autres kalach’. Faites votre choix.

Notre Sai est également l’objet de convoitise de toutes les entraineuses du Club — leur jeu parfaitement approximatif concourt à nous mettre en joie au milieu de tant de barbarie — dont il pourrait éventuellement devenir le Cosmo Vitelli s’il n’était aussi clairement belliqueux et foncièrement psychopathe.

Soyons clairs, les personnages féminins ne sont que des potiches soupirant à l’approche du bellâtre hypersexué et connaissent, chacune à leur tour, — non sans avoir auparavant atteint l’extase entre les bras athlétiques du mâle — le trépas le plus cruchon qu’il ait jamais été donné de voir sur un écran. Palme à la ravissante idiote qui poignarde un malfaisant, puis laisse choir le couteau aux fins que le cruel s’en empare plus aisément et la trucide derechef. C’est ballot car cela tend à nous faire doucement rigoler alors que nous devrions en être fort peinés, mais notre terreur, se consolant à une rapidité déconcertante de ses veuvages répétés, ne nous tiendra pas rigueur de notre hilarité.

Quoiqu’il en soit, et malgré une qualité de copie foncièrement déplaisante et pour cause**, The Club demeure une œuvre intéressante sur le dernier combat d’un guerrier dont le curieux sens de l’honneur se voit d’ores et déjà dépassé par la folie des jeunes enragés surarmés de Tsui Hark***.

* Le générique est à voir ici (en fin de post)
** A noter qu’Aurélien vint nous apporter en début de séance quelques précisions sur la copie projetée (les conditions de conservation, voire de restauration, de films étant quasi nulles sur Hong Kong), soit un film "recréé" à partir de deux disques laser et d’une bande VHS — concernant notamment quelques scènes fort déshabillées tombées au champ d’honneur de la censure — doublée en anglais de si atroce manière que les éclats de rire fusèrent dans la salle. Mais il ne fait nul doute que l’esthétique salement glauque du film doit tout à la décision du metteur en scène et non aux outrages du temps. [Et quoiqu'il en soit, mieux vaut voir une copie en mauvais état, que pas de film du tout].
*** L’enfer des armes, également à l’affiche du Festival Paris Cinéma

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Direction le Forum des Images pour la projection de Story of a discharged prisonner, un film en noir et blanc de Patrick Patrick Lung-Kong, datant de 1967.

Va y avoir du sport.

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012