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SUBMARINO de Thomas Vinterberg

In Avant-première, Cinéma, Danemark, Drame, Suède, Thomas Vinterberg on 31/08/2010 at 14:22

© MK2 Diffusion

Afflictions.

Cela fait un sacré bout de temps que Nick vit d’expédients et se noie dans l’alcool… Toute une vie, sans nul doute possible. Avec une mère ivrogne et violente (pléonasme ?), a-t-on vraiment le choix. Oui, sans doute si l’on ne développe aucun sentiment de culpabilité devant les saloperies que vous fait la vie, ou d’humanité pour le sort de ses semblables.

A voir cet ours mal léché se présenter comme orphelin, être incapable d’adresser la parole à son frère cadet et en détruire une cabine téléphonique à mains nues jusqu’à ce que bris d’os s’ensuive, on pourrait aisément croire qu’il ne ressent plus aucun intérêt pour les autres, surtout s’ils sont faibles et encore plus abimés qu’il n’est. A surprendre cette montagne de nerfs constamment au bord de l’implosion terroriser un voisin bien frêle ou profiter sans vergogne d’une voisine amoureuse au cœur trop grand et à la vertu enfuie, comment diable pourrait-on développer une empathie quelconque avec cet irascible dadais (interprété par le fort charismatique Jakob Cedergren), s’il ne semblait cacher une blessure secrète ?

Il faudra l’assassinat de cette pauvre fille par un type encore plus paumé qu’elle et surtout la rencontre avec un jeune garçon pour que Nick se décide enfin à relever peu ou prou la tête de l’eau alors que tous ceux qui le croisent sont en perte d’oxygène, que la police soit à leurs trousses, ou la poisse, ou la honte.

Si en 1998 Thomas Vinterberg (taquin co-inventeur du Dogme95 avec cet autre petit plaisantin de Lars Von Trier) nous flanquait une singulière baffe en pleine poire avec son Festen, réjouissant règlement de comptes révélant les sordides secrets d’une famille de la haute bourgeoisie, le réalisateur — après s’être égaré une bonne dizaine d’années (qui se souvient encore de l’invraisemblablement grotesque It’s all about love_2003 ?) — revient cette année aux affaires pour nous balancer un uppercut à l’estomac avec cette imparable chronique d’une rédemption annoncée, parsemée de références christiques. Le public, malmené durant deux heures, a tout intérêt à avoir cœur et organes internes bien accrochés. Il ne serait point étonnant en conséquence d’en voir certains s’enfuir prestement tant les multiples descentes aux enfers sans échappatoire possible dont nous sommes les témoins malheureux flirtent dangereusement avec le glauque et la complaisance.

Ce qui fait l’intelligence et la beauté du film est cet équilibre constant — parfois empreint d’un humour féroce — entre le sordide et le sublime, l’absence totale de pathos ou de cynisme avec laquelle Thomas Vinterberg s’emploie sur le fil du rasoir à narrer les contes de folies ordinaires de mères ogresses, familles dysfonctionnelles, âmes en peine et laissés pour compte de la société danoise contre laquelle un triste prince à la tragique destinée nous avait déjà fortement instruit. Ainsi les trois décès* (fichtrement prévisibles, là est sans doute le petit reproche à exprimer) qui jalonnent le film interviennent-ils hors champ alors que le réalisateur ne rechignent pas à nous exposer crûment à des explosions de fureurs exacerbées, dérives éthyliques ou constants shoots d’héroïne.

Il n’est d’ailleurs pas innocent que Submarino s’ouvre et se referme sur une scène de flash back d’une douceur et d’une tendresse quasi obscène si l’on songe à ce qui nous attend entre deux. Bien glauque est la vie et bien héroïque qui s’en dédit semble nous insinuer Thomas Vinterberg et il est évident pour lui que le salut ne passera que par la nouvelle génération. Comme si l’atavisme dont se réclament Nick et son frère n’était que pur masochisme et soumission à une culpabilité judéo-chrétienne d’un autre âge.

Ainsi une des plus belles scènes du film est la rencontre digne d’un coup de foudre amoureux entre un Nick tétanisé et Martin, son neveu, garant de la bonne santé d’un père plus que faillible. Un père sans nom, qui ne semble avoir été créé que pour passer le relais entre son jeune fils et son frère ainé, seul adulte au psychisme encore relativement solide pour gagner le droit d’être sauvé.

Si l’on ajoute l’excellence de l’interprétation et le remarquable travail effectué par le réalisateur avec les quatre enfants (Sebastian Bull Sarning, Mads Broe, Gustav Fischer Kjærulff et Christian Kirk Østergaard) non-professionnels dont l’innocence et la justesse illuminent le film, les chemins inondés de mauvaises intentions et de haine de soi de Submarino sont hautement fréquentables. Car est enfin venu le temps du pardon.

Le film sort demain dans une vingtaine de cinémas de France et de Navarre. Dépressifs, camés, illuminés s’abstenir. Merci.

* Comme autant de chapitres.
Pour information, le film est une adaptation d’un roman de Jonas T. Bengtsson.

© MK2 Diffusion

Submarino de Thomas Vinterberg_2010
avec Jakob Cedergren, Peter Plaugborg, Patricia Schumann, Morten Rose et Gustav Fischer Kjærulff

Sortie le 1er septembre 2010

MÉLODIE TZIGANE de Seijun Suzuki

In Cinéma, Drame, Fantastique, Festival Paris Cinéma, Japon, Rétrospective, Seijun Suzuki on 06/08/2010 at 09:45

© Little More Co

Danse de mort.

Revenu aux affaires après un passage à vide dû pour une grande part à l’incompréhension totale que son mythique La marque du tueur/Koroshi no rakuin_1967 (qui permit à son acteur de prédilection au faciès de hamster, Jo Shishido, de briller une nouvelle fois en tueur cynique et désinvolte) généra dans le cerveau inquiet du président de la Nikkatsu, productrice du film, Seijun Suzuki change radicalement de style au risque de perdre ses admirateurs.

Oubliées les couleurs pop saturées et la violence graphique de ses plus beaux films (La jeunesse de la bête/Yajû no seishun_1963, La barrière de chair/Nikutai no mon_1964, Les fleurs et les vagues/Hana to dotô_1964) qui inspireront autant Quentin Tarantino pour Kill Bill_2003 que Jim Jarmush dans Ghost Dog_1999, son hommage au maître.

Seijun Suzuki pour sa trilogie sur l’ère Teishô (1912-1921) privilégie plutôt en véritable esthète les ombres et les clairs obscurs et, parce qu’il est impossible de se refaire, la cruauté mentale en guise de tortures raffinées remplace avantageusement la brutalité habituelle qui n’a pas sa place dans cette énigmatique Mélodie tzigane truffée de faux-semblants, de spectres et de chausse-trappes.

Il est à regretter que ni Brumes de chaleur/Kagerôza_1981 ni Yumeji Yumeji_1991 n’aient été présentés au Festival Paris Cinéma tant la fascination que Mélodie Tzigane inspire de par son scénario dédaléen et sa symbolique surréaliste laisse présager un triptyque de fort belle facture.

Le réalisateur se plaît à nous perdre dans des décors labyrinthiques, n’hésitant pas à jouer de la déchronologie ou de surprenants anachronismes pour nous conter l’étrange amitié entre deux hommes que leurs conditions sociales et leurs penchants culturels — l’un est encore proche du Japon rural (le très charismatique Yoshio Harada), l’autre plus occidentalisé (Toshiya Fujita, futur réalisateur de Lady Snowblood_1973) — devraient pourtant séparer.

Captivants jeux de disparitions, envolées lyriques et passionnelles, triolisme, échangisme, fétichisme, nécrophilie… Finalement les deux hommes ne semblent être que des pantins pour les femmes qu’ils croisent. Une prostituée qui ressemble étrangement à l’épouse du premier semble mener cette danse de désir et de mort. Les deux femmes sont-elles le miroir l’une de l’autre ? Y a-t-il eu crime ? N’a-t-on pas assisté dans la superbe première scène à la découverte d’un cadavre de femme en voie de putréfaction emprisonné dans un filet de pêche ? Envoûté, notre héros n’a-t-il pas alors pris conscience en rencontrant la copie conforme de sa tendre moitié (simple ressemblance ou substitution d’une morte ?) de certains désirs obscurs qu’il tentait de maitriser ?

A nous de répondre et de combler les vides, Seijun Suzuki étant plus occupé à s’amuser à truffer son film d’apparitions fantastiques. Ainsi assistons-nous en parallèle à l’insolite comédie vaudevillesque que joue un trio d’aveugles, inconscients du spectacle qu’ils offrent à nos deux héros dubitatifs. Mais, encore une fois, inutile de chercher une quelconque logique à ce catalogue de souvenirs semi-autobiographiques du réalisateur, d’autant plus que la naissance d’un enfant contribue à épaissir le mystère qui perce sous chaque péripétie. Car peu nous chaud en définitive qu’il s’agisse de réalité ou de délires psychotiques.

Brisant tous les codes de la narration, liant les scènes par de répétitifs passages sur un phonographe de cette fameuse Mélodie tzigane de Pablo Sarasate comme fil d’Ariane, le passé, l’imaginaire, voire le futur se mélangent, les êtres trépassent sans doute mais vivent encore dans la mémoire de ceux qui les ont tant aimés ou hantent obstinément les demeures, tels des fantômes chagrins.

La beauté radieuse des deux actrices principales (la douce Naoko Otani, la traditionnelle et la perverse Michiyo Ookusu, la moderne), vénéneuses femmes-renardes, illuminent un film sombre où pertes tragiques et maladies mentales règnent sans partage.

La longueur même de Mélodie tzigane (près de 3 heures) et son rythme parfois lymphatique encouragent les spectateurs à se laisser aller à une douce léthargie pour mieux savourer les pièges temporels disséminés par un Seijun Suzuki décidément toujours aussi facétieux. L’épilogue n’en est que plus intrigant et donne diablement envie, non seulement de revoir ce chant indubitablement hypnotique, mais de découvrir également les deux autres films de la trilogie.

© Little More Co

Mélodie tzigane/Tsuigoineruwaizen/Zigeunerweisen de Seijun Suzuki_1980
avec Yoshio Harada, Naoko Otani, Toshiya Fujita, Michiyo Okusu et Kisako Makishi

LA RIVIÈRE TUMEN de Zhang Lu

In Avant-première, Chine, Cinéma, Corée du Sud, Drame, Festival Paris Cinéma, Zhang Lu on 05/08/2010 at 09:38

© Arizona Films

Pas un yuan d’espoir.

Côté grandes échappées vers un Eldorado fantasmé, si les cubains ou les africains risquent la noyade et les mexicains la déshydratation, les nord-coréens ont manifestement la possibilité de finir comme la petite marchande d’allumettes, gelés sur la rivière Tumen qui les sépare de leurs voisins chinois.

Il n’est donc pas rare pour les habitants de cette dure et triste province située au nord-est de l’Asie de croiser des cadavres raidis par le grand froid le long de cette maudite frontière. Une des occupations favorites du jeune héros, Chang-ho, dont nous allons suivre la destinée est donc d’attendre, vautré sur la glace, que passe une âme charitable qu’il peut ensuite effrayer à peu de frais. C’est dire s’il s’ennuie.

Présenté en compétition au Festival Paris Cinéma et ce, en l’absence de son réalisateur, Zhang Lu, retenu en son charmant pays pour une vulgaire histoire de visa, La rivière Tumen a raflé le Prix du Jury (à l’unanimité et en un quart de tour si l’on en croit leur porte-parole, Eric Reinhardt) et le Prix des étudiants de la 8e édition.

Attention, ce film — tout à fait réfrigérant (le port de la doudoune est conseillé) — est d’une extrême lenteur, ce qui sied à son climat. Pour peu qu’il s’accroche, malgré le traitement minimaliste, et grâce au soin quasi obsessionnel apporté à la description de la vie peu amène qui règne en cette inamicale contrée, le spectateur tout aussi engourdi que les personnages (il n’y a qu’à remarquer de quelle molle manière une femme bafouée soufflètera le visage de sa rivale) aura un point de vue inédit sur les us et coutumes des rares habitants d’un miséreux village frontalier subsistant au rythme des émigrations clandestines d’individus encore plus pauvres et opprimés qu’eux.

Car si certains peuvent s’offrir le concours d’un passeur et de facto espérer une meilleure existence, d’autres affrontent quotidiennement le fleuve et les milices armées pour venir se ravitailler en nourriture ou en médicaments. Ainsi fait le seul ami et confident de Chang-ho qui, outre cultiver cette affection chinoise, acceptera de participer à un match de foot et accessoirement, de se faire castagner par une bande de garnements aussi désœuvrés qu’intolérants.

Zhang Lu est sans pitié (nous ne sommes pas loin de temps à autre d’un misérabilisme de mauvais aloi) lorsqu’il décrit la bassesse, le racisme sous-jacent, l’alcoolisme et le vide intérieur des villageois. Sans oublier les mensonges éhontés saupoudrés de menaces doucereuses des autorités en place. Aussi, le maire préfèrera-t-il annoncer cyniquement à ses électeurs que son octogénaire de génitrice est atteinte de la maladie d’Alzheimer plutôt que de reconnaître qu’il est à moitié coréen. Et pourtant, il y a de la grandeur dans cette femme obstinée qui désire plus que tout finir ses jours dans le pays qui l’a vu naître et qui, régulièrement, se fait arrêter et raccompagner par des soldats excédés.

Le temps semble s’être arrêté sous les frimas mais soudain, alors que l’on est en proie à une douce torpeur, les événements se précipitent et les tragédies s’enchainent jusqu’à l’insupportable. Car, si le réalisateur exalte également ce qu’il y a de meilleur chez l’homme, il ne fait nul doute pour lui que, malgré entraide, patience et compréhension, un bienfait n’est jamais rendu. En outre, l’idée d’accabler une même famille de tous les malheurs rend la fable moins digeste. De même qu’il nous faut reconnaître que le scénario est lourdement démonstratif quant à la description de certains migrants rendus fous de douleur par la famine ou le harcèlement politique.

On sait pourtant gré à Zhang Lu d’avoir pudiquement éloigné sa caméra lors de drames intimes éprouvants. Et si l’on est d’humeur optimiste, la longue scène finale, filmée comme un mirage, réchauffe quelque peu les cœurs meurtris.

Nonobstant, la véritable héroïne du film est bien cette glaciale rivière qui coule entre deux peuples, et se fige parfois, narquoise, comme pour les défier d’oser la franchir.

© Arizona Films

La rivière Tumen/Dooman River de Zhang Lu_2009
avec Cui Jian, Yin Lan, Li Jinglin, Lin Jinlong et Jin Xuansheng

Sortie le 25 août 2010

ORLY de Angela Schanelec

In Allemagne, Angela Schanelec, Avant-première, Cinéma, Comédie dramatique, Festival Paris Cinéma on 04/08/2010 at 08:28

© Baba Yaga Films

Faux mouvements.

Programmé au Festival Paris Cinéma, Orly d’Angela Schanelec offre avant tout le bonheur de retrouver la bien trop rare Mireille Perrier.

Rêverie architecturale sur l’aéroport, lieu de passages et de tous les possibles, y compris les pires exactions, ce documentaire fictionnel nous invite subrepticement à partager l’intimité de quelques voyageurs en partance.

Rencontres inopinées et censées sans suite, éventuels coups de foudre, drames du désamour, désirs contrariés, confrontation familiale et coming-out (terriblement prévisible toutefois) nous sont contés subtilement certes et parfois avec le concours de solides comédiens (Bruno Todeschini et Natacha Régnier entre autres, le jeune Emile Berling semblant par contre un peu moins inspiré ici que dans Un conte de Noël d’Arnaud Depleschin).

Néanmoins, malgré la beauté des images de Reinhold Vorschneider, le manque d’enjeu, la succession de scénettes et des échanges souvent diablement théâtraux, achèvent de distiller un ennui poli chez le spectateur.

Cependant, deux étonnants moments de fiction pure sécrètent un véritable sentiment d’inquiétude et récompensent enfin le public dans l’expectative.

La pause d’une hôtesse entre deux enregistrements de bagages est l’occasion d’un superbe moment de calme, quasi ouaté, dans un silence enfin retrouvé. Filmé en gros plan, le visage de la jeune femme savourant un déjeuner frugal acquiert alors un pouvoir hypnotique, à peine troublé par une découverte alarmante. S’ensuit inexorablement la description quasi clinique d’une professionnelle à l’ouvrage.

L’autre scène mémorable est la maladroite filature d’une amoureuse abandonnée par un jeune voyageur — séducteur ? prédateur ? — qui n’osera pas l’aborder. L’insoutenable légèreté des êtres, la fascination amoureuse, le danger inhérent à se perdre dans la foule, voire la triste évidence des occasions manquées, sont brusquement palpables et le temps semble suspendu en un long et langoureux instant.

Puis la banalité reprend ses droits et l’épilogue nous laisse comme un arrière-goût de terrible frustration.

Nonobstant, la fausse poursuite précitée nous aura au moins permis de réécouter les accents déchirants de Remember me* interprété par Cat Power. Ce n’est déjà pas si mal.

* A écouter sur LA NUIT DES CINÉS FOUS, la version originale d’Otis Redding et la reprise de Cat power.

© Baba Yaga Films

Orly d’Angela Schanelec_2009
avec Natacha Régnier, Bruno Todeschini, Mireille Perrier, Émile Berling, Maren Eggert, Jirka Zett et Lina Phyllis

Sortie le 11 août 2010

LE DERNIER EXORCISME de Daniel Stamm

In Avant-première, Cinéma, Daniel Stamm, Horreur, USA on 02/08/2010 at 09:02

© StudioCanal

Exorcisme Story.

— spoilers inside* —

Vous suivez avec délectation les ébats aquatiques de blondes à gros poumons ? Vous n’en pouvez mais de percer les mystères des habitants de la maison des secrets ? La télé réalité vous fascine au point de passer vos jours et vos nuits à suivre les passions amoureuses, sportives et stratégiques de parfaits inconnus ? Vous frémissez encore au souvenir des belles histoires incroyables et extraordinaires de Pierre Bellemare ?

Le ci-devant reportage sur les fantastiques aventures du révérend Marcus Cotton au pays des exorcismes est donc pour vous.

Ce charismatique homme d’église — interprété avec un enthousiasme communicatif par Patrick Fabian — aussi brillant que cynique, décide à l’aide d’une équipe de télévision de démonter un à un tous les mécanismes de la bigoterie qui étouffe ses concitoyens et entreprend ainsi effrontément de mordre les mains de ceux qui les nourrissent, lui et sa si charmante petite famille américaine, dont nous avons droit en bonus à un portrait plus vrai que nature lors d’interviews édifiantes.

N’ayant sans doute jamais entendu parler du Projet Blair Witch** et encore moins de la suicidaire épopée italienne au royaume des cannibales***, notre bande de mécréants part donc réaliser son documentaire sur les routes d’une Louisiane encore meurtrie par le passage de Katrina (notons que le réalisateur se garde d’en exploiter inutilement les blessures) et finit par s’égarer sur des chemins de traverse qui vont durement ébranler le scepticisme ambiant.

Que les natures sensibles se rassurent, la baseline en exergue sur l’affiche n’est que pure roublardise. Bien que le film soit notamment produit par Eli Roth***, réalisateur connu pour son raffinement en matière de tortures à haut taux d’hémoglobine, Daniel Stamm a l’intelligence de préférer la suggestion à la surenchère (même si le caméraman abuse inopportunément de zooms épileptiques).

On rit beaucoup et ce, grâce à l’abattage de Patrick Fabian, acteur issu de séries télévisées, qui se révèle excellent dans un one-man-show qui culmine lors d’un exorcisme pratiqué sur une jeune campagnarde, le gredin y révélant une panoplie impressionnante de farces et attrapes tout en brocardant ironiquement les poncifs du genre. Nonobstant, la seule chose qui tendrait plutôt à nous terrifier, nous spectateurs, est bien la description de l’obscurantisme religieux régnant encore au XXIe siècle dans les vastes contrées.

La force du film tient essentiellement à son casting. Lorsque nos aventuriers débarquent au domicile des ploucs que notre homme de peu de foi compte gruger, il flotterait presque comme un parfum de Délivrance*** jusque dans le lieu de culte du village. Car Louis Herthum (le père), Ashley Bell (particulièrement remarquable dans le rôle de la possédée en Doc Martens) et Caleb Landry Jones (le frère narquois) forment sans gros effort une famille que l’on suppute consanguine. Le climat délétère qui règne sur la ferme est extrêmement bien rendu et rampe bientôt une sourde angoisse dès l’instant que l’on se doute que notre aimable escroc va devoir rendre des comptes à son créateur quant à son orgueilleuse impudence.

Et là… Patatras ! Outre le choix peu judicieux du titre — les producteurs souhaitant sans nul doute surfer encore et toujours sur les recettes du passé (Cotton, envisagé précédemment aurait été plus intrigant) — qui annonce clairement l’épilogue, tandis que l’atmosphère devenait foncièrement malsaine et les rires forcés… le scénariste (a) s’est pendu, (b) a filé avec le script, (c) a inhalé des substances illicites. Merci de rayer les mentions inutiles.

Tous les efforts entrepris se transforment subséquemment en eau de boudin et la plaisanterie tourne court. Dommage. Pour une fois que l’on s’amusait à épingler les travers des fanatiques de tous poils et les faux prophètes.

* mais bien moins que dans le titre ou la bande annonce
** The Blair Witch project de Daniel Myrick et Eduardo Sanchez_1999
*** Cannibal holocaust de Ruggero Deodato_1980
**** Entre autres, les abominables Cabin fever_2002, Hostel_2006 et 2007
***** Deliverance de John Boorman_1972

© StudioCanal

Le dernier exorcisme/The last exorcism de Daniel Stamm_2010
avec Patrick Fabian, Ashley Bell, Louis Herthum, Caleb Landry Jones, Iris Bahr, Tony Bentley et Becky Fly

Sortie le 15 septembre 2010

LA BLONDE AUX SEINS NUS de Manuel Pradal

In Cinéma, Comédie romantique, France, Manuel Pradal, Polar on 26/07/2010 at 16:05

 

© Wild Bunch Distribution

Sur les berges de l’ennui.

Que les érotomanes se rassurent. Certes, le titre du dernier opus de Manuel Pradal fait écho à la toile d’Edouard Manet vite découpée bien emballée par le jeune héros du film mais Vahina Giocante — en faillible gardienne des lieux kidnappée derechef — ne cache rien de sa superbe anatomie dans des scènes de bain et de sexe aussi nombreuses qu’inutiles, cherchant sans doute sous cet attrayant vernis à masquer la vacuité d’un scénario prenant l’eau de toutes parts.

Deux frères bientôt orphelins vivent en autarcie sur une péniche dont ils espèrent hériter. La première scène, d’un goût douteux, est explicite : l’aîné (Nicolas Duvauchelle qui ne se renouvelle guère avec ce rôle de voyou au cœur tendre) partage tout avec le cadet (la révélation Steve Le Roi qui fait preuve d’un vrai tempérament en interprétant un adolescent à l’orée de son indépendance sexuelle) qu’il embarque dans une fumeuse histoire de vol de tableau pour des gangsters d’opérette.

Passe encore le larcin parfaitement rocambolesque du fameux Manet exposé au Musée d’Orsay si une comédie débridée ou un thriller énervé s’en était échappé. Las. Cette fuite en péniche des frangins encombrés d’un chef d’œuvre invendable et de la jeune femme — définie sur le champ en termes exquis — qu’ils ont enlevée ne fait qu’accumuler des poncifs au rythme de dialogues affligeants. L’artificialité est reine et l’ennui s’installe insensiblement au gré des rencontres.

Du reste, les deux acteurs principaux peinent à incarner des personnages sans profondeur aucune et cette pauvrette de Vahina Giocante frôle souvent le ridicule, encombrée d’une sensualité dont elle semble ne savoir que faire.

Les autres protagonistes (un vieux couple vivant sur les berges, un duo de gangsters bêtes et méchants) n’ont guère plus de chance d’exister dans cette histoire qui ne paraît avoir été tournée que pour exalter la beauté de la belle. Seul, Jacques Spiesser, en père navré de l’inconsciente, apporte un minimum d’épaisseur à son apparition.

Et si l’on songe à d’autres river movies où dérivaient les passions amoureuses, la simple évocation de la fureur poétique d’Au voleur de Sarah Leonor sorti l’année passée suffit à définitivement envoyer La blonde aux seins nus par le fond.

© Wild Bunch Distribution

La blonde aux seins nus de Manuel Pradal_2010
avec Vahina Giocante, Nicolas Duvauchelle, Steve Le Roi, Caroline Raynaud, Paul Schmidt, Jacques Spiesser, Christian Bouillette, Mireille Franchino, Jo Prestia et Sacha Bourdo

 

LLUVIA de Paula Hernández

In Argentine, Avant-première, Drame psychologique, Paula Hernandez on 30/06/2010 at 23:30

© Les Grands Films Classiques

Après eux, le déluge.

Quel endroit singulier pour une si belle rencontre !

En l’occurrence, la voiture plutôt déglinguée d’Alma (Valéria Bertuccelli, vue en 2007 dans XXY de Lucia Puenzo) qui déménage, au propre comme au figuré, bloquée dans un embouteillage monstre en plein cœur d’un Buenos Aires ardu à reconnaître tant la ville semble disparaître sous une pluie (lluvia) diluvienne.

D’aucuns penseraient que l’apocalypse est proche.

C’est là que se réfugie Roberto (Ernesto Alterio, un des candidats d’El método de Marcelo Pineyro_2005), blessé à la main, et qui semble vouloir échapper à d’invisibles poursuivants. Il s’introduit comme un voleur dans cet abri de fortune pour reprendre contenance, voire laisser passer l’orage ou simplement s’extraire un instant du monde extérieur. Ce qui paraît braquage n’en est pas un. Et Roberto, l’intrus, est encore plus effrayé qu’Alma, non parce qu’elle représente une menace, mais comme interloqué de sa propre audace.

Nous sommes en Argentine, des clameurs sourdes nous parviennent difficilement comme effacées par le bruit de l’orage, cette rencontre impromptue pourrait être le prélude d’un thriller politique. Mais en l’occurrence ce que fuit Ernesto ne sont que des souvenirs et de sordides problèmes matériels à résoudre, et Alma n’a pas d’autres ennemis que ses propres contradictions.

Ernesto, bourgeois à la vie rangée et un tantinet monomaniaque dont la soupape finira par exploser dans une scène d’anthologie, a momentanément quitté sa famille espagnole pour fermer les yeux d’un père miséreux qu’il n’a guère connu. Alma, la bordélique, a quitté son compagnon dont elle ignore encore si elle porte ou non l’enfant. Ces deux étrangers que tout oppose vont se raccrocher l’un à l’autre, perdus dans une ville tentaculaire livrée au déluge, tenter de s’apprivoiser, se découvrir, et ce faisant, effectuer un point sur leur existence et rêver à un avenir qu’ils peuvent encore modeler selon leurs désirs.

Plastiquement superbe — l’humidité y est palpable — Lluvia est une parenthèse enchantée entre deux êtres momentanément en standby existentiel et que la solitude va rapprocher.

Aidée par deux subtils comédiens (et courageux ! Valéria Bertuccelli passant les 2/3 du film transie sous une pluie battante), Paula Hernández a réalisé là un film délicat et pudique sur les destinées humaines qu’il serait dommageable de rater sous le fallacieux prétexte qu’il sort en plein mois de juillet.

Bien au contraire, il ne peut qu’être judicieux en ces temps de canicule d’aller se rafraîchir sous les ondées argentines.

© Les Grands Films Classiques

Lluvia de Paula Hernández_2010
avec Valeria Bertuccelli et Ernesto Alterio

Sortie le 21 juillet 2010

RABIA de Sebastián Cordero

In Cinéma, Colombie, Drame, Mexique, Sebastián Cordero, Thriller on 07/06/2010 at 09:45

© Haut et court

Le chant de l’insoumis.

Rosa (la délicate Martina García qui porte littéralement le film sur ses frêles épaules), une jeune colombienne, s’occupe de l’entretien d’une invraisemblable demeure — vestige d’une bonne fortune désormais révolue — appartenant à de grands bourgeois madrilènes.

Victime de son exquise beauté, elle cristallise tous les fantasmes des hommes qui la côtoient, les anonymes de la rue qui la désirent et la jaugent à l’aune de son statut d’expatriée, le fils de famille qui la violera, bientôt le petit-fils (interprété par le jeune Fernando Tielve, héros de London nights d’Alexis Dos Santos _2010) en pleine crise hormonale qu’elle intriguera et surtout José Maria (Gustavo Sánchez Parra vu dans le premier segment d’Amores Perros de Alejandro González Inárritu _2000) travailleur au noir, dont elle va tomber amoureuse, envers et contre tout et tous.

Las, autant la gracieuse est douce et soumise devant l’adversité, autant son Roméo est belliqueux et toujours au bord de la crise de nerfs. Et les raisons d’exploser ne manquent pas pour un immigré clandestin, du mépris organisé des patrons exploiteurs à la violence plus doucereuse des affronts quotidiens et devant lesquels il faut apprendre à courber craintivement l’échine sous peine d’expulsion.

Leur rencontre est alchimique, ils ne devraient plus se quitter, si ce n’est que José Maria n’a rien d’autre à offrir qu’un inconditionnel amour et un salaire de misère qu’il perd illico dans un stupide accident où son patron est occis.

Voilà un film relativement étrange et, finalement, fort frustrant. Le fait qu’il soit produit par Guillermo del Toro* perd joyeusement le spectateur imaginatif. Surtout lorsque l’assassin par imprudence investit la demeure pour vivre ainsi auprès de son aimée… qu’il va surveiller ? protéger ? perdre ? Les questions ne manquent pas, ni les retournements de situation.

La réalisation fait la part belle à cette bâtisse tombant en décrépitude qui va devenir le lieu de cristallisation de tous les coups du sort qui attendent ceux qui n’ont pas eu la chance de naître "du bon côté" et être le témoin d’un amour vécu par procuration. Si loin, si proches. Rosa, subtile observatrice d’un monde en déroute (le vieux couple qui l’habite se déchire au moindre propos, le fils mal aimé ne sait que dérober à Rosa l’affection que ne lui porte pas son père, la fille revenue dans le giron maternel pour cause de mariage en perdition) vit et s’épanouit** désormais sous l’œil bientôt hagard de son ange gardien, hôte improbable de la maison familiale.

Ne jamais sous-estimer le pouvoir de l’obéissance car y réside le secret de la survie semble nous dire cet étrange hymne claustrophobe. Au fur et à mesure que la jeune femme prend de l’assurance et décide de son destin, son amant, lui, retourne pratiquement à l’état animal. La métaphore est parfois un peu lourde, lorsque l’on voit José Maria partager sa maigre nourriture avec les rats dont il a dérangé la tranquille existence mais la performance de l’acteur, peu à peu réduit à l’état de cadavre, souffrant de faim et d’extrême solitude à quelques pas de sa maitresse, est remarquable. Les rêves de grandeur passée à retrouver des propriétaires vont ajouter sans malice à son inconfort. Et le drame se noue peu à peu qui verra les justes triompher des injures et de l’iniquité.

Là où Sebastián Cordero réussit somme toute son pari est que le film le plus intéressant est en définitive le captivant scénario que l’on peut écrire en parallèle, égaré que nous sommes par des fausses pistes aussi nombreuses que les couloirs et recoins de cette fichue baraque que l’on ne cesse d’arpenter. Film fantastique débouchant sur l’horreur et un massacre généralisé ?

Suspense policier ? Drame bourgeois (le brusque intérêt des employeurs de Rosa pour son enfant à naître fait tantôt frissonner) ? Brûlot politique sur la situation intenable des travailleurs clandestins et notamment sur le mépris généralisé des espagnols pour leurs "frères" sud-américains ?

Nonobstant, sous les oripeaux d’un film fantastique doublé d’une étude sur l’éternelle lutte des classes, Rabia est avant tout un superbe mélodrame dont la dernière image impressionne durablement la rétine.

* Réalisateur entre autres des magnifiques El espinazo del diablo_2001 et El laberinto del fauno_2006 et producteur de l’inquiétant El orfanato de Juan Antonio Bayona_2007.
** A noter, un très bel interlude musical (Sombras de Julio Jaramillo réinterprétée par Chavela Vargas), où la famille écoute quasi religieusement un CD de chansons équatoriennes que José Maria a offert à sa bien-aimée.

© Haut et court

Rabia de Sebastián Cordero_2009
avec Gustavo Sanchez Parra, Martina García, Icíar Bollaín, Concha Velasco, Xabier Elorriaga, Alex Brendemühl et Fernando Tielve

DRACULA AU PAKISTAN de Khwaja Sarfraz

In Cinéma, Fantastique, Horreur, Khwaja Sarfraz, Pakistan on 05/06/2010 at 22:26

© Bach Films

Un vampire à Lollywood.

A la fin des années 60, Bela Lugosi peut RIP sereinement et Christopher Lee boire goulument le sang de vierges effarouchées dans les productions de la Hammer, ce n’est certainement plus à Lahore que l’on viendra leur faire de l’ombre.

Zinda Laash est célèbre à plus d’un titre. Il est le second film d’horreur produit par Lollywood mais possède en outre le privilège d’être le seul film classé X de tout le Pakistan…

Méchamment censuré lors de sa sortie (certains dandinements de hanches plantureuses furent jugés follement vulgaires par la police religieuse) et donc amputé de la quasi totalité des scènes dansées, le film — dont la légende voudrait qu’il provoqua une crise cardiaque chez une spectatrice particulièrement sensible — a été perdu puis réhabilité et demeure comme une des rares (et belles) incursions pakistanaises dans le monde vampirique.

Réalisé en langue ourdou, et bénéficiant d’une musique quasi omniprésente de Tasaquad Hussain, Dracula au Pakistan est autant une adaptation contemporaine du Dracula de Bram Stoker qu’un démarquage tranquille d’Horror of Dracula de Terence Fisher_1958, particulièrement dans l’interprétation très expressive et sensuelle de Rehan, qui après avoir joué les apprentis sorciers, se transforme en vampire hautain, gominé et encapé.

En effet, le prologue tente d’expliquer à un public non averti — car principalement abreuvé de sombre mélodrames ou de comédies made in Bollywood — comment nait un vampire. Un professeur (impie !) à la recherche de la vie éternelle (sacrilège !) avale sa mixture et retrouve illico son créateur non sans avoir, tel un Dr Jekyll se transformant en Mr Hyde, nous avoir fait accroire que nous étions chez Stevenson… Mais non.

Bientôt, le mort est bel et bien vivant, terriblement affamé, et par le mystère d’un cruel destin, doté d’appendices dentaires démesurés. Son assistante (interprétée par Nasreen, une voluptueuse créature aux grands yeux de biche effarée) pousse, sous l’attaque, un cri déchirant tellement admirable dans sa stridente beauté qu’il sera repris par la suite dès lors qu’une scène inquiétante se déroulera. De l’art et la manière de recycler la bande son* dans un film gothique en noir et blanc…

Jonathan Harker, prénommé ici Aquil, déboule sur ces entrefaites et après (cf. la réjouissante vidéo ci-dessous) avoir résisté tant bien que mal à l’assaut hypnotique de la danse du sari de Vampirella finit sous les crocs du malin qui, tombé amoureux du portrait de sa jeune fiancée, part à la recherche de sa future épouse…

Le déroulement de l’aventure est plus ou moins respecté, le roman ayant bien évidemment été adapté selon les préceptes de la religion musulmane. Fi des superstitions (aucune gousse d’ail à l’horizon), quelques dialogues bien sentis chez les sceptiques nous font aisément comprendre qu’Allah est la seule voie et que le reste est bagatelle. Il va de soi que pour défaire l’ennemi (qui est également un as du volant, la poursuite finale au son d’une rengaine guillerette est aussi impitoyable qu’hilarante), il est totalement hors de question de brandir croix de bois et crucifix d’argent… Nonobstant, une foi inébranlable et de violents coups de poignards dans le cœur — et quelques surimpressions plus tard — viennent aisément à bout de l’horreur.

Si certains acteurs sont un peu prisonniers du sérieux de leurs personnages (surtout lorsqu’ils incarnent la voix de la sagesse), il est bon de noter qu’outre Rehan/Dracula et le naïf Asad Bukhari/Aqil Harker, l’exquise Deeba Begum — la proie — est tout à fait remarquable dans un double rôle, incarnant à la fois la prude et la rouée, la vierge et la vampire, notamment dans la fameuse scène du cimetière où elle tente de séduire une innocente enfant avant d’être libérée du maudit sort qui l’accable.

Ce qui fait bien évidemment le sel de cette production est l’amour démesuré du public pakistanais pour les comédies musicales. Ainsi, outre la danse de séduction de la goule, l’action est-elle singulièrement ralentie car entrecoupée de numéros de chants et de chorégraphies lascives pas piquées des hannetons par la grâce de visites répétées dans un night club (scènes qui frémirent sous les ciseaux hystériques des censeurs) ou d’un pique-nique champêtre…

Une curiosité donc. A découvrir.

* Nul doute que le héros de Blow out de Brian de Palma_1981 serait tombé amoureux de ce cri

NB. Pour en savoir plus sur Lollywood, l’excellent site (en anglais) de Pakistan Film Magazine

© Bach Films

Zinda Laash/The living corpse/Dracula au Pakistan de Khwaja Sarfraz_1967
avec Rehan, Nasreen, Asad Bukhari, Alauddin, Deeba Begum, Yasmin et Habibur Rehman

Extrait. A ne pas rater : une danse sensuelle, un cha-cha-cha endiablé et une passe de bébé.

RAPT de Lucas Belvaux

In Cinéma, Drame psychologique, France, Thriller on 23/11/2009 at 23:08

© Diaphana Films

Swimming with sharks.

Amplement inspiré de la méchante aventure qu’a vécu en 1978 le baron Empain, Rapt de Lucas Belvaux ne convainc pas totalement. La faute sans doute à la relecture actuelle (pour raisons essentiellement financières) de l’événement.

Ne pouvant jouer sur le suspense car l’histoire et l’heureux – du moins en apparence – dénouement (le financier, après avoir été mutilé par ses kidnappeurs aux fins d’intimidation est relâché vivant bien que la rançon exigée n’ait jamais été versée) sont connus, le réalisateur a préféré s’attacher — parallèlement à la détention de son héros — aux drames familiaux, enfer médiatique et coups bas industriels qui se sont joués lors de son absence.

La question qui se pose n’est donc plus de savoir si notre victime va ou non être délivrée à temps mais bien plutôt, comment diable la famille va-t-elle gérer son intenable position financière et se comporter, après moult révélations graveleuses sur la vie de patachon mené par le pater familias, tout en persuadant les malfaisants d’accepter une somme bien inférieure à celle réclamée et ainsi, réussir à refiler cette maudite rançon au nez et à la barbe de policiers intransigeants*.

Tout ceci sous l’œil parfaitement inamical du pouvoir, des sous-fifres et autres ambitieux qui ne semblent rêver que d’une seule chose : être débarrassés à tout jamais de l’impudent héritier, dut-il devenir un martyr pour laver l’opprobre jeté sur le patronat.

Si Lucas Belvaux excelle à décrire par le menu cette comédie des apparences** (mention spéciale à Françoise Fabian, vipérine génitrice du héros) et l’appétit des médiocres (André Marcon offre également une interprétation remarquable), on a pourtant du mal à imaginer en 2010 où toute personne publique n’a plus de vie privée et risque désormais de payer le prix fort à la moindre incartade (siège de paparazzi, informations erronées et mise en ligne de sex tape) que soient divulguées dans les journaux people exhibés par les protagonistes des photos volées, alors qu’en son temps un magazine bien connu préféra exhiber sur sa couverture l’humiliant portrait du séquestré envoyé par ses ravisseurs.

De même que contrairement à ce qu’a pu dire l’acteur principal du film, Yvan Attal, venu seul (et légèrement éméché, ce dont il s’est excusé) défendre le film après sa présentation***, on ne peut faire d’amalgames avec les faits survenus durant les tristement fameuses années de plomb et l’époque actuelle. Mettre en parallèle la souffrance du baron Empain, victime du grand banditisme, et celle (dont on ne saurait se gausser par ailleurs) ressentie par des patrons retenus en otages par des employés désespérés est un raccourci qu’il vaut mieux éviter de prendre. On ne peut du reste pas plus comparer le rapt dont s’agit avec ceux d’Hanns-Martin Schleyer abattu l’année précédente par la Fraction Armée Rouge ou de Georges Besse assassiné quelques dix ans plus tard par Action Directe. Ni préjuger en outre de la personnalité des victimes****.

Nonobstant, c’est au moment précis où notre héros est relâché que le film prend de l’ampleur et acquiert son intérêt. Comment se reconstruire après la peur, les révélations, la suspicion et la mise en quarantaine… Ainsi, une scène domestique des plus banales – un dîner de famille où le chien vient quémander un peu de nourriture au revenant importun – devient le comble de l’horreur.

On ne saurait nier l’implication totale d’Yvan Attal (il reviendra lors des questions posées par le public sur son fameux "régime"… Il faudrait d’ailleurs s’interroger sur l’absolue nécessité de se mettre en danger pour valider la valeur d’une interprétation) et son entier dévouement. Du pantin égoïste sous amphétamines uniquement mu par ses obligations professionnelles ou sa recherche de plaisirs immédiats du prologue, à l’homme émacié de l’épilogue, en cheminant par la déshumanisation du séquestré, il opère un sans-faute.

Par le choix de Gérard Meylan (d’une inquiétante bonhommie) pour le rôle de la crapule, Lucas Belvaux, s’il ne juge pas ses personnages, prouve tout de même où vont ses sympathies. Car c’est avec son kidnappeur (un bon vivant uniquement préoccupé de la bonne marche de son business) que son héros a les échanges les plus francs sans faux-semblant ni pure bienséance.

Il est d’ailleurs amusant de noter que s’il ne rechigne pas à causer chasse et arme à feu avec son (peut-être) futur bourreau, il a bien plus de mal à franchir la frontière de son intimité et à babiller sur ses aventures extra-conjugales. La lutte des classes est donc loin d’être finie.

Mais le réalisateur se range, quant à lui, définitivement du côté de l’humain et le film s’achève sur un plan des plus crus d’une glaciale solitude. Dommage. L’histoire ne faisait que débuter.

* Parmi d’autres infructueux essais, une scène quasi surréaliste voit l’avocat de la famille (joué par le trop rare Alex Descas) s’égarer en fin de course sur une plage occupée par des policiers en faction.
** Les scènes familiales sont empreintes d’une théâtralité de mauvais aloi parfaitement étouffante… et Anne Consigny devrait prendre garde à ne pas devenir notre Maria Schell nationale en pleurant de film en film. Son talent mérite mieux : pour preuve, la remarquable scène de retrouvailles. En un instant passent tant d’émotions dans son regard – incrédulité, reconnaissance, haine et froideur – que l’on a plus aucun doute sur le devenir du couple.
*** Merci à CineManiaC de son invitation.
**** Nous mettrons donc sur le compte du repas arrosé l’emballement de l’acteur répétant à l’envie que nul ne mérite d’être enlevé et de souffrir, fut-il un patron… Affirmation qu’une personne au cerveau normalement constitué ne peut mettre en doute. Le débat est clos.

© Diaphana Films

Rapt de Lucas Belvaux_2009
avec Yvan Attal, Anne Consigny, André Marcon, Françoise Fabian, Alex Descas, Michel Voïta, Gérard Meylan, Patrick Descamps et Maxime Lefrançois

MARY AND MAX de Adam Elliot

In Adam Elliot, Animation, Australie, Comédie dramatique on 06/10/2009 at 00:05

© Gaumont Distribution

Tant qu’il y aura des pompons.

Pour certains, la vie, c’est comme une boite de chocolat ; pour d’autres, elle se résume impitoyablement à des berlingots de lait concentré* chargés d’adoucir une enfance solitaire ou à des bouffées d’angoisse sous l’ombre menaçante des tours jumelles du World Trade Center.

Mais peu importe finalement, pour Adam Elliot, ce que l’existence vous réserve.

Son dernier né, Mary & Max, sous ses lugubres oripeaux, est avant tout un formidable hymne à l’amitié inconditionnelle et à l’inaltérable droit à la différence (qu’elle soit physique ou mentale).

Mary a 8 ans et n’a pas un physique facile. Sa mère, abonnée à la clope sans filtre, tangue au gré des verres de Sherry et son père se préoccupe plus des volatiles qu’il empaille que de sa petite famille logée dans une triste banlieue paumée de Melbourne. Mary s’ennuie (l’éternel drame des enfants surdoués) et a des préoccupations bien trop éloignées de celles des enfants de son âge. Et sa petite volaille domestique lui apporte incontestablement un peu de tendresse mais ne peut lui apprendre grand-chose sur les mystères de la vie.

Max est juif (et souffrant du syndrome d’Asperger, il ne connaît de la psychiatrie que l’hôpital où on l’enferme illico en cas de stress aigu), obèse, et vit solitaire dans un minuscule appartement new yorkais, entouré d’une multitude d’animaux aussi cabossés que lui, sans oublier une galerie de poissons rouges identiques tous prénommés Henry, qui se succèdent dans le minuscule aquarium à une cadence que, même durant ses plus sanglantes heures, la royauté anglaise n’a jamais connue. Bien qu’ayant allègrement dépassé la quarantaine, il continue de communiquer avec un fort inquiétant ami imaginaire. L’unique compagnie humaine qu’il parvient à tolérer est celle d’une voisine asexuée d’un âge vénérable et quasiment aveugle (l’un des Henry en fera d’ailleurs les frais dans un des meilleurs gags du film, et ils sont légion).

Par un heureux hasard, et bénie soit la kleptomanie maternelle, Mary écrit un jour à Max qui, passé les premières crises d’angoisse que lui valent des questionnements improbables sur ses goûts culinaires ou des actions enchaînant des termes tels que "bébé", "sexe" et "préservatif", va finalement trouver une séduisante raison de vivre: une véritable amie.

Se sentant totalement étrangers au monde qui les entoure, ces deux-là vont se reconnaître dans leurs différences. Cette relation épistolaire et les cadeaux qui l’accompagnent (barres chocolatées, sucreries en tous genres) vont faire de ces deux boulimiques le couple le plus mal assorti certes, mais aussi singulièrement le plus émouvant du moment.

Cette histoire d’amitié entre une enfant trop intelligente et un adulte inadapté aurait pu se révéler franchement glauque en prises de vue réelles (Il suffit de se souvenir du malaise distillé par Tideland de Terry Gilliam_2006), mais apparaît ici poétique, cruelle, étrange et hilarante à la fois car Mary et Max sont avant tout deux petites créatures faites de pâte à modeler. Jamais matière ne fut plus sombre, ni plus déprimante et touchante en un même plan (une seconde vision est conseillée pour apprivoiser la multiplicité des détails). Le film** passe régulièrement du chromatisme brun de la campagne australienne à la grisaille des hivers new yorkais. La rare touche de couleur qui lie les deux univers est le rouge sanglant des bouches féminines (dont la voracité réveille les peurs enfantines de Max) ou la petite barrette dans les cheveux noirs de Mary auquel répondra bientôt un pompon que Max posera crânement sur son minuscule galurin.

Leur triste et navrante destinée (l’ami imaginaire de Max prendra la poudre d’escampette, Mary apprendra que la vie, c’est comme pour le lait concentré sucré, il suffit que l’on tombe sur un produit frelaté pour que la douceur se change en amertume) est doctement narrée avec tout l’understatement nécessaire par Barry Humphries, tandis que Toni Collette (qui partage avec Bethany Whitmore le rôle de Mary) et Philip Seymour Hoffman (qui remplirait le stade de France avec une lecture de l’annuaire) offrent leur part d’humanité aux petites figurines emportées dans le tourbillon de la vie.

Les deux personnages principaux ne sont pas épargnés par le réalisateur (à l’image de la photographe Diane Arbus qui n’aimait rien tant immortaliser des êtres hors normes) qui évite plaisamment, par la grâce de quelques gags remarquablement troussés, tout pathos ou apitoiement***.

C’est noir, c’est passionnant, c’est désespéré, c’est désopilant et certains (comme Pascale) en iront vraisemblablement de leur petite larme à l’épilogue.

Entre désespoir et hautes solitudes, entre crises existentielles et tentatives de suicide, entre drame de l’alcoolisme et victoires quotidiennes sur cette chienne de vie, Mary & Max par le truchement de deux petites marionnettes — et d’une Underwood — est un film à découvrir, à savourer, à revoir et à pétrir joyeusement en toute amitié, sans les enfants, entre adultes consentants.

* Ah les bons vieux souvenirs d’enfance que rappelle cette étrange mixture bien trop sucrée…
** Pour information, le film est composé de 132 480 images, chiffre qui donne aisément le tournis
*** Comme par exemple Max, évoquant la maladie qui l’afflige, joint le gag à la parole lapidaire. Prenez un siège lui ordonne une pancarte ; le plan suivant, nous le retrouvons dans le métro, voyageant en compagnie d’une chaise qu’il a subtilisée

© Gaumont Distribution

Mary and Max d’Adam Elliot_2009
avec Toni Collette, Philip Seymour Hoffman, Eric Bana, Barry Humphries, Bethany Whitmore, Renée Geyer, John Flaus

SIN NOMBRE de Cary Fukunaga

In Avant-première, Cary Fukunaga, Cinéma, Drame, Mexique on 27/09/2009 at 21:50

© Diaphana Films

Ceux qui s’exilent prendront le train.

Premier long-métrage de Cary Fukunaga, Sin nombre (notamment produit par les acteurs Gael Garcia Bernal et Diego Luna) est un coup de maître et l’ambition du jeune homme laisse augurer du meilleur pour la suite de sa carrière.

Le réalisateur — après avoir obtenu les prix de la meilleure réalisation et de la meilleure direction artistique dans la catégorie "film dramatique" au Festival du Film Indépendant de Sundance en 2009 — en a profité pour rafler le prix du jury (ex-aequo avec Precious de Lee Daniels) au 35ème festival de Deauville.

Fruit de patientes recherches sur les immigrés sud-américains prêts à tout risquer pour rejoindre les Etats-Unis, éternelle terre promise de tous les damnés de la terre, Sin Nombre, très adroitement, mêle le récit de deux destinées : celles de Sayra (Paulina Gaitan, à la beauté farouche et singulière), jeune Hondurienne que son père — récent expulsé — entraîne dans son périple ferroviaire et du Mexicain Casper (Edgar Flores, nouveau venu), membre dissident de la Mara, un des gangs les plus dangereux (car tentaculaire) de l’Amérique du Sud*.

Victimes tous deux d’une inexorable (peu importe les disparus, les égarés, les retardataires) fuite en avant, c’est une rencontre imprévue (et pourtant hautement probable, puisque les migrants qui voyagent illégalement sur le toit des trains doivent faire face, au mieux aux intempéries, au pire aux dangers que représentent la loi et l’ordre — extorsion, arrestations, tir à vue —, et sont également victimes de rapines de la part des gangs) qui va faire se confronter leurs deux mondes.

Sayra a dû abandonner sa grand-mère au Honduras pour espérer connaître un meilleur avenir (comme son père l’a autrefois "oubliée" en fondant une nouvelle famille aux Etats-Unis) ; Casper, en voulant la défendre tout en vengeant l’assassinat de sa bien-aimée, la sauve d’un viol barbare et se condamne à mort. Désormais liés par ce crime de sang, les deux orphelins s’attachent l’un à l’autre et poursuivent leur périple de concert, poursuivis par l’ire des anciens compagnons d’armes du garçon. On se prend parfois à penser aux Amants de la nuit**, autre épopée d’un couple juvénile en cavale.

Et le croquemitaine qui les poursuit est un bambin au visage d’ange (Kristian Ferrer, qui rappelle quant à lui, un autre enfant perdu, Pixote***) dont on ignorera jusqu’au bout si la rage est due à une irrépressible envie d’appartenir corps — bientôt tatoué donc stigmatisant — et âme à la Mara ou n’est que le reflet du dépit d’avoir été brutalement renvoyé à sa solitude par son mentor.

Violent, mais sans complaisance ni concession aucune, Sin nombre n’en oublie pas d’exalter la beauté des paysages sud-américains. Dès le premier plan, d’un éclat terrassant (Cary Fukunaga, entre autres talents, a été directeur de la photographie sur plusieurs longs métrages), le film happe le spectateur pour ne plus le lâcher, entre suspense (nos héros parviendront-ils entre fusillades et trahisons à bon port ?) et critique sous-jacente des politiques (la corruption quasi-généralisée).

Mais s’il décrit l’absence d’avenir d’une certaine jeunesse (pauvreté, illettrisme, démission parentale) qui considère qu’hors des gangs, il n’est point de salut, et le mépris qui cerne les indigents, le réalisateur — tout en filmant de manière exquise la naissance d’un possible amour — évoque également la solidarité qui malgré tout préexiste.

Empli de compassion excluant tout paternalisme dégoulinant, Sin nombre est un film à voir, ne serait-ce que pour le subtil message d’espoir qui le porte.

* manifestement co-responsable le 2 septembre dernier de l’assassinat au Salvador de Christian Poveda qui lui a consacré un documentaire, La vida loca.
** They Live by Night de Nicholas Ray_1949.
*** Pixote : a lei do mais fraco/Pixote, la loi du plus faible d’Hector Babenco_1981, interprété par Fernando Ramos da Silva, alors âgé de 13 ans. Tombé dans la délinquance, il fut abattu par la police militaire à 20 ans. Il ne reste qu’à souhaiter à l’interprète de Smiley de connaître un sort moins funeste.

NB. Sin Nombre ne sortira en France que le 21 octobre prochain. J’ai été invitée à l’avant-première — qui s’est déroulée en présence du (charmant) réalisateur — par la grâce de l’amical coup de pouce de Chandleyr, Rob Gordon et Florian. Qu’ils en soient ici remerciés.

© Diaphana Films

Sin nombre de Cary Fukunaga_2009
avec Edgar Flores, Paulina Gaitan, Kristian Ferrer, Tenoch Huerta, Gerardo Taracena, Guillermo Villegas, Diana Garcia et Damayanti Quintanar

TU N’AIMERAS POINT de Haïm Tabakman

In Drame, Haim Tabakman, Israël on 05/09/2009 at 23:15

© Haut et Court

La dernière tentation d’Aaron.

Premier long métrage du réalisateur israélien Haïm Tabakman, Tu n’aimeras point* est dans sa subtile beauté un objet plus qu’aimable.

Installant sa caméra au cœur d’un quartier juif ultra-orthodoxe de Jérusalem, le réalisateur filme au plus près les soubresauts du désir qui s’empare subrepticement d’Aaron, boucher casher** et, accessoirement, pilier de sa communauté.

Aaron (Zohar Strauss, au regard triste de chien battu dont le fatalisme rappelle celui de Jason Robards, l’inoubliable Cheyenne d’Il était une fois dans l’ouest***), dans son incommensurable piété (et mû sans aucun doute par l’immense solitude qui accompagne un deuil) prend la décision d’ouvrir et son commerce et ses bras à un jeune homme précédé d’une réputation sulfureuse. Tel un ange exterminateur, Ezri (Ran Danker — à la troublante beauté — est tout aussi parfait) va révéler Aaron à lui-même, et l’éveiller d’une vie morne et résignée, éternellement soumise à de stricts rituels.

La chair est faible hélas et la tentation bien grande… Ironiquement, Aaron, homme pieux****, époux attentif et père aimant, va y sombrer corps et biens et apprendre à ses dépens qu’il n’est pas si aisé de suivre les règles du Talmud et d’occulter ses appétits.

Plus que la passion charnelle, c’est la convoitise et l’abandon que filme Haïm Tabakman et la peur, aussi, que ces sentiments trop humains font naître dans le cœur de ceux qui n’y ont pas cédé. C’est cet appétit de vivre que refuse catégoriquement d’entériner son entourage par la voix des religieux qui somment les deux hommes de se séparer immédiatement sous peine d’exil. Et si le film s’attache (avec délicatesse) à ces amours interdites, le réalisateur n’en oublie pas pour autant d’épingler l’hypocrisie de son héros qui, tandis qu’il s’abandonne, se permet de donner des leçons à un impudent jeune homme dont le tort est d’aimer une donzelle qui ne lui est pas destinée.

Sans nécessairement porter de jugement hâtif, Haïm Tabakman décrit la tranquille inquisition (menaces et injures en option) qui perdure dans certains quartiers de la ville sainte, où tout contrevenant à la "pureté" de l’âme ou du corps se voit irrémédiablement rappelé à l’ordre et ne quitte pas les rues étroites dont les hauts murs (où fleurissent tantôt d’intolérables affiches dénonciatrices) semblent enfermer les protagonistes dans une voie sans issue.

Dans ce monde de reclus, où tout voisin est un espion — voire un juge — en puissance, Tu n’aimeras point plaide pour la liberté d’exister et de vibrer selon ses inclinations.

L’épilogue, selon l’humeur du spectateur, pourra être traduit comme la victoire d’un homme contre les préjugés et la jouissance d’un jardin secret, ou — plus dramatiquement — un abandon irrévocable au désespoir.

* Si le titre français, tel un onzième commandement, évoque le tabou de l’homosexualité dans la société juive orthodoxe, le film fut présenté cette année à Cannes sous le titre Eyes wide open — soit les yeux grands ouverts — évoquant autant le dessillement du regard du personnage principal que la perpétuelle surveillance à laquelle est soumis tout pécheur potentiel au sein de sa communauté.
** La réplique culte du jour. Ne souris pas. As-tu déjà vu un boucher sourire ? Aaron inculquant les bases du métier à Ezri.
*** C’era una volta il West de Sergio Leone_1968.
**** Aaron commet par ailleurs un vrai péché d’orgueil, tant il est persuadé qu’il peut "sauver" l’âme perdue du jeune homme qu’il a recueilli.

© Haut et Court

Tu n’aimeras point/Einaym Pkuhot de Haïm Tabakman_ 2009
avec Zohar Strauss, Ran Danker, Ravit Rozen (Tinkerbell), Tzahi Grad, Isaac Sharry, Avi Grayinik et Eva Zrihen-Attali

QT et les emprunts

In Bande annonce, BO, Cinéma, Italie, Quentin Tarantino, USA on 01/09/2009 at 21:25

© Jean-Baptiste Mondino

Bonnes vibrations (mais mauvaise pioche).

L’histoire retiendra que Ennio Morricone ne put satisfaire la demande de Quentin Tarantino de délivrer une œuvre originale pour Inglourious basterds pour cause de "conflits d’agenda"…

Il fallait donc bien que le Quentin emprunte… Mais qui trop embrasse bien mal étreint parfois… Voici donc, en live, le bon goût mais les mauvaises pioches dudit.

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Bande-annonce de Cat people de Paul Schrader_1982
avec Nastassia Kinski, Malcolm McDowell et John Heard.
Musique de Georgio Moroder. Paroles de David Bowie.

 

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Bande-annonce de Revolver/La poursuite implacable/Blood in the streets de Sergio Sollima_1973
avec Oliver Reed, Fabio Testi, Frédéric de Pasquale, Paola Pitagora et Agostina Belli.
Musique d’Ennio Morricone.

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Scène d’ouverture de Revolver/La poursuite implacable/Blood in the streets de Sergio Sollima_1973
avec Fabio Testi. Musique d’Ennio Morricone.
Chanson interprétée par Daniel Beretta.

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Pour finir, et en un double hommage au maestro et au troisième grand Sergio* du western italien, voici pour le bonheur de nos tympans l’ouverture d’Il grande silenzio, film culte s’il en est.

Scène d’ouverture de Il grande silenzio/Le grand silence de Sergio Corbucci_1968
avec Jean-Louis Trintignant, Klaus Kinski, Frank Wolff et Vonetta McGee.
Musique d’Ennio Morricone.

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* auquel, en toute modestie, Quentin Tarantino compare son cinéma. Source : Influences chez Inisfree.

INGLORIOUS BASTERDS de Quentin Tarantino

In Cinéma, Guerre, USA on 31/08/2009 at 00:57

© Universal Pictures International France

QT le recycleur.

La vérité historique est une fille que l’on peut violer à condition de lui faire de beaux enfants. Alexandre Dumas

Le sixième* opus de Quentin Tarantino, Inglourious basterds ou comment le cinéma permet — pur fantasme d’un virtuose — de changer le cours de l’Histoire est un bâtard de la plus belle espèce. Dommage qu’il ne tienne pas sur la longueur les promesses annoncées dans la scène d’ouverture.

S’il souhaitait se montrer fort respectueux de la vérité historique pour son Walkyrie, Bryan Singer eut beaucoup de peine à fasciner avec son faux suspense (Von Stauffenberg va-t-il réussir à abattre Hitler ?) et l’absence de crédibilité quant à l’embauche d’une armada d’acteurs so british chargés d’incarner la fine fleur de l’armée allemande.

Grand bavard devant l’éternel, Quentin Tarantino ne pouvait succomber à une erreur aussi grossière, et là est la première force d’Inglourious basterds, qui réunit un casting hallucinant d’acteurs issus d’univers et de nationalités différentes pour un film joyeusement polyglotte**.

Le second pied de nez à tout film hollywoodien qui se respecte est de faire cohabiter le classique et le trivial***, d’amalgamer les genres comme les références et d’honorer ainsi le cinéma bis qui jamais ne connut un tel état de grâce, ni semblable budget. Remercions donc ici le réalisateur pour son petit jeu de pistes burlesque qui ne peut que pousser ses laudateurs à la curiosité : revoir ou découvrir (dans le désordre, et cette liste est loin d’être exhaustive) les films de Chaplin, Leone, Ford, Godard, Corbucci, Pabst, Lubitsch, Hitchcock, Clouzot, Sirk, Sollima, Walsh, Fuller, Lang, Aldrich, Margheriti, ou Cardiff et y admirer Zarah Leander, Aldo Ray, Marlene Dietrich, Yvettte Mimieux, Brigitte Helm, Dorothy Malone, Danielle Darrieux, Jim Brown, Audy Murphy, voire Edwige Fenech (pour les amateurs de beautés transalpines peu farouches****).

Sacrifiant à une vieille habitude, en décidant de découper son conte de fées (en deux mots, une jeune juive venge le massacre de sa famille en fomentant un complot visant à éliminer le führer et ses ouailles lors de la première du biopic d’un sniper***** tout en ignorant qu’une horde de juifs américains, grands amateurs de scalps, caresse le même but) en cinq chapitres inégaux (en longueur et en intérêt), Quentin Tarantino prend le risque de perdre le spectateur. Tout concoure pourtant à faire se retrouver tous les protagonistes au cinéma, dans une salle conçue comme un piège, où va se jouer la vraie fiction : l’élimination pure et simple de la menace nazie. Belle idée s’il en est.

La mise en bouche convoque tour à tour deux légendes westerniennes, John Ford et Sergio Leone (qui se partagèrent Henry Fonda, aussi inoubliable en bon qu’en brute) et nous présente le personnage le plus glauque jamais enfanté par l’imagination délirante de Quentin Tarantino. Justement récompensé par un prix d’interprétation à Cannes, Christoph Waltz, en nazi linguiste d’une bonhomme perversité, offre une prestation ahurissante. Alliant la viscosité d’un poulpe à l’amabilité du crotale, il est sans contexte l’Uma Thurman d’Inglourious basterds. Même si en définitive, c’est Diane Kruger, remarquable en agent double, qui aura droit dans un délicieux démarquage de Cendrillon au fameux plan fétichiste sur ses charmants orteils, c’est irrévocablement Christoph Waltz qui sera filmé de bout en bout avec amour et fascination. Un vrai coup de foudre cinématographique.

On ne peut malheureusement pas en dire autant de la rencontre Quentin Tarantino/Mélanie Laurent. Alors que tous (ou presque) jouent leur partition côté farce, sa froide prestation fondée sur le sérieux et des œillades intempestives plombe singulièrement la plaisanterie. A fortiori, Julie Dreyfus (dans un hommage très appuyé aux traductions simultanées du Mépris de Godard******), fort pimpante et donc, Diane Kruger, étonnante — et il faut l’avouer, remarquablement servie — remportent la palme du glamour et de l’humour, côté dames.

Côté garçons, les inglourious basterds débarquent dans le second chapitre, menés tambour battant par le Da Vinci de la croix gammée, un Brad Pitt quasi défiguré par une mâchoire prognathe et affublé d’un accent à couper au couteau, qui s’auto-parodie allègrement*******. Toutefois, même si son talent n’égale pas celui de Lee Marvin, recruteur de douze salopards pour Robert Aldrich [The dirty dozen_1967], il a l’air de tellement s’amuser à se ridiculiser (une scène anthologique restera toutefois à jamais dans les annales de son CV, soit une interprétation sans rire et sans peur d’un producteur italien dans le texte) qu’on finit par le trouver diablement sympathique… particulièrement dans la mesure où l’équipe des basterds est bien pâlotte et nous fait regretter Cassavetes, Bronson, Sutherland ou Savalas à deux exceptions près.

D’un côté, Til Schweiger, le psychopathe de service, est souverainement hilarant en serial killer d’officiers nazis à ses heures perdues. On s’attendrait presque, dès qu’il croise sa proie favorite, à l’entendre geindre Ich kann nicht! tel M, le maudit/Peter Lorre dans le film éponyme de Fritz Lang_1931. De l’autre, Eli Roth (raffiné réalisateur de Hostel 1 et 2, deux films d’exploitation — torture et perversion — d’une haute portée morale), s’est vu offrir par son petit camarade de jeu le rôle du Bear Jew, le pourfendeur de cranes et assouplisseur de squelettes d’ennemis à coups de battes de baseball. Son jeu très limité et son air frustre font d’autant plus merveille lorsqu’il essaie de se faire passer pour le fameux Antonio Margheriti, réalisateur de films d’horreur gothique et de westerns parodiques (il n’est d’ailleurs que justice qu’un américain emprunte son pseudonyme à un réalisateur qui signa les trois quarts de ses œuvres sous le nom d’Anthony M. Dawson).

Les scènes de chasse au nazillon et cueillettes de scalps, filmées de manière hyperréaliste, évoquent d’emblée le sadisme de certains westerns italiens mais rappellent également Le dernier train du Katanga de Jack Cardiff [Mercenaries ou The Dark of the sun_1968], épopée sanguinaire émaillée de folles bagarres — dont une à la tronçonneuse — et massacres en tous genres, truffée de nazis et de mercenaires bas du front et interprétée par Rod Taylor (ici, en Winston Churchill dans la séquence britannique) et Yvette Mimieux (nom donné au personnage interprété par Maggie Cheung, malheureusement éliminée du montage final********).

Si l’on savoure gaillardement le recrutement de l’agent anglais (Michael Fassbender, tout en nuances et distinction charmeuse), "critique de cinéma dans le civil", la rencontre prévue au sommet entre nos héros et l’agent double permet à Quentin Tarantino de donner à nouveau pleine mesure de ses péchés mignons, bavardages extravagants (en l’occurrence, nos joyeux drilles vont se trouver dans l’ironique obligation de jouer à Qui suis-je ? avec l’ennemi) et suspense sur la continuité. Il étire la scène avec un plaisir narquois alors que le public subodore que tous ces enfantillages ne peuvent s’achever que dans un bain de sang puisque que lors de La grande évasion de John Sturges [The great escape_1963], les excellents Richard Attenboroug et Gordon Jackson nous ont prouvé qu’aussi doués que soient les britanniques en matière d’infiltration ou de langues étrangères, ils finissent toujours par trahir leurs origines anglo-saxonnes par excès de politesse.

Pour jubilatoires que soient ces scènes, Quentin Tarantino pêche par excès de zèle dans les séquences françaises et rate ses effets les trois quarts du temps. Si la première rencontre entre Mélanie Laurent et Daniel Brühl est réussie (outre que la donzelle lui propose, s’il souhaite lever une française d’aller faire un tour du côté de Vichy, leur discussion sur le respect montré en France aux réalisateurs prête à sourire lorsque l’on se remémore les problèmes rencontrés par Henri-Georges Clouzot lors de la sortie de son Corbeau en 1943*********), les séquences suivantes (la rencontre dans un café où la péronnelle lit impunément Le saint à New York de Leslie Charteris et la convocation de ladite à une rencontre surréaliste avec Joseph Goebbels pour la réquisition de son cinéma) sont fort longues et un tantinet laborieuses. Sans parler des échanges entre la demoiselle et son projectionniste d’amant et la description en fanfare du complot qu’elle ourdit : lors de la fabrication du home movie, le jeu médiocre des deux acteurs couplé à un manque total d’alchimie est pour beaucoup dans l’ennui ressenti.

Par contre, la frustration est grande de ne pas assister plus longuement au jeu du chat et de la souris qu’instaure Christoph Waltz lorsqu’il retrouve sa victime… Scènes abandonnées sur la table de montage ? Indice quant à l’effarant twist final ? Impossible d’en juger, à moins qu’un DVD director’s cut ne vienne combler les trous du scénario.

Qui trop recycle finit par lasser et Quentin Tarantino se tire finalement une superbe balle dans le pied. Tout à son enthousiasme (la dernière réplique du film prononcé par Brad Pitt n’est-elle pas : You know somethin’, Utivich? I think this might just be my masterpiece… Gageons qu’il s’agit là d’un pur clin d’œil du bonhomme qui n’est jamais le dernier pour se complimenter), le réalisateur semble parfois se parodier et finit même par s’auto-citer : le fameux bingo! déjà prononcé — et de manière moins cabotine — par Gogo/Chiaki Kuriyama dans Kill Bill). Qu’il apprécie Ennio Morricone (dont il n’a pu obtenir le concours pour cause d’agenda surchargé), personne ne songera à lui en tenir rigueur, qu’il emprunte mélodies et musiques à d’autres films pourquoi pas lorsqu’elles servent le film (pour mémoire, le duel sis dans un jardin japonais enneigé baignant dans un climat surréaliste grâce au Don’t let me be Misunderstood made in Santa Esmeralda ; combat à l’issue duquel d’ailleurs The bride/Uma Thurman scalpe d’O-Ren Ishii/Lucy Liu) mais deux fausses notes parfaitement déroutantes sont pour beaucoup dans la déception qu’est finalement Inglourious basterds qui a une fâcheuse tendance sur sa durée à lâcher les spectateurs en cours de route.

Et Mélanie Laurent en fait malheureusement les frais. Etait-ce une si bonne idée de faire retentir Putting on fire de David Bowie, chanson composée par Georgio Moroder pour le Cat people de Paul Schrader_1982 lors d’un long plan fixe ? Outre que les paroles décalquent immodérément l’épilogue à venir et que la jeune femme vient d’être comparée à la charmante Danielle Darrieux (pardon ?), cet air aux connotations effroyablement eighties rappelle également le jeu instinctif et animal de Nastassja Kinski, soit l’antithèse parfaite de notre actrice mesurée et cérébrale.

Le coup de grâce intervient lors de l’ultime confrontation entre Mélanie Laurent et Daniel Brülh filmée dans un ralenti ridicule qui éteint toute émotion alors que retentit (sacrilège !) la musique qu’Ennio le maestro avait écrite pour Revolver de Sergio Sollima, un des plus beaux fleurons du cinéma italien des années 70 [La poursuite implacable/Blood in the Streets_1973]. On s’attendrait presque à entendre chanter Daniel Beretta…

Et peu importe que le film s’achève sur un morceau de bravoure (que n’aurait pas renié la Carrie de Brian de Palma) et un embrasement qui laisse un goût amer de cendres. La merveilleuse beauté du film en noir et blanc réalisé pour l’occasion (en un ultime hommage à Brigitte Helm) et qui n’en finit pas de brûler fait regretter les faux pas qui parsèment le film.

Reste à imaginer qu’ayant enfin réglé son compte au cinéma tout entier, Quentin Tarantino se libère définitivement de la créature QT qu’il a lui-même contribué à créer et nous offre prochainement une œuvre enfin débarrassée de toutes fioritures.

L’ultime intérêt d’Inglourious basterds est de rappeler à notre bon souvenir Man hunt/Chasse à l’homme de Fritz Lang_1941 où, lors d’une partie de chasse, le héros interprété par Walter Pidgeon capture un bref instant Hitler dans sa ligne de mire et passe le reste de l’histoire à regretter de ne pas avoir tiré.

Et, blague à part, gageons — à toutes fins utiles — que ce brave Hubert Bénisseur des Filles Bath aurait été comblé par le twist final imaginé par Quentin Tarantino, lui qui ne rêvait qu’à une réconciliation des juifs et des nazis à la fin d’OSS117 : Rio ne répond plus de Michel Hazanavicius…

* Si l’on considère Kill Bill 1 et 2 comme un seul et même film et si l’on oublie charitablement sa participation en 1995 au film à sketches Four rooms/Groom service.

** Un bémol cependant se doit d’être apporté concernant l’équipe française (Hormis Denis Minochet tétanisé par Waltz, Mélanie Laurent et Jackie Ido) qui semble très mal à l’aise et peine à s’adapter au ton cartoonesque de l’ensemble… Par excès de cartésianisme n’en doutons pas. Et passons sous silence le "rôle" dévolu à Léa Seydoux…

*** Il va de soi que ce terme est à prendre avec les pincettes nécessaires… n’en déplaise à ceux qui s’offusquèrent il y a quelques mois qu’un "bisseux" comme Jess Franco ait les honneurs d’une rétrospective à la Cinémathèque Française.

**** Ce petit plaisantin de Tarantino affuble de ce patronyme le général britannique interprété par le frétillant Mike Meyers qui n’est pas loin d’avoir retrouvé son mojo.

***** Dans un film intitulé La gloire de la nation, tout un programme ! Le film d’un intérêt confondant — un sniper transforme un quartier en boucherie en tirant comme des lapins les soldats qui l’encerclent — a été réalisé par Eli Roth, déjà responsable de Thanksgiving, une des fausses bandes annonces égayant le double programme Grindhouse de Quentin Tarantino et Robert Rodriguez_2007.

****** En une auto-citation toutefois du rôle qu’elle tenait auprès de Lucy Liu/O-Ren Ishii dans Kill Bill.

******* Brad en profite pour nous servir un peu de réchauffé, lorsque menaçant un soldat d’en appeler au golem, le "Bear Jew", il mâchouille goulument les mots, les yeux emplis de gourmandise, sur le même ton employé pour terroriser Osborne Cox/John Malkovitch dans le Burn after Reading des frères Cohen_2008.

******** Si l’on en croit les rumeurs qui pourraient éventuellement s’avérer exactes puisque le réalisateur lui-même se répand à chaque interview sur la qualité époustouflante du jeu de Maggie Cheung, les scènes auraient été retirées pour ne pas froisser la susceptibilité de la présidente du Festival de Cannes, Isabelle Huppert, envisagée un moment pour le rôle et ayant déclaré forfait pour cause de conflits d’agenda…

********* Faussement accusé de donner une image bien peu reluisante de la France en des temps si cruels où la délation était le sport favori de certains, il sera à la libération frappé d’une interdiction à vie d’exercer son métier et ne devra son salut professionnel qu’à certains éminents confrères comme Jacques Becker ou Henri Jeanson.

© Universal Pictures International France

Inglourious basterds de Quentin Tarantino_2009
avec Brad Pitt, Christoph Waltz, Eli Roth, Diane Kruger, Mélanie Laurent, Michael Fassbender, Til Schweiger, Daniel Brühl, August Diehl, Mike Myers, Julie Dreyfus, Jacky Ido, Denis Ménochet et Rod Taylor

Epilogue en forme de revue de blogs
Reconnaissons que Quentin Tarantino a également le grand mérite de ne laisser personne indifférent et qu’il vaut mieux diviser plutôt que de connaître un règne consensuel.
Parmi les plus dithyrambiques, citons Vincent d’Inisfree, mais également l’enthousiasme délirant de Pascale Sur la route du cinéma, talonnée par Rob Gordon a toujours raison et Sandra M. qui témoigne de son expérience cannoise sur inthemoodforcannes.
Tandis que Kilucru des Irréductibles avoue sa déception, Edisdead de Nightswimming est bien plus circonspect alors que Vierasouto de Cinemaniac s’excuserait presque de ne pas s’être laissée séduire.
Et finalement, sur Buzzmygeek, Chandleyr, plus pragmatique, essaie de ne pas trop bouder son plaisir malgré les infidélités de Quentin Tarantino au script original, qu’il a apparemment eu le loisir de consulter.

LA JOURNÉE DE LA JUPE de Jean-Paul Lilienfeld

In Cinéma, Drame psychologique, France on 23/03/2009 at 00:46

© Rezo Films

Le petit bouffon est mort.

Pour son énième retour au cinéma (ou presque, puisque La journée de la jupe était initialement destiné au petit écran), Isabelle Adjani frappe très fort.

Après avoir éclipsé par son extravagante tenue son metteur en scène et attisé l’imagination du public et les quolibets de la presse lors de la Cérémonie des Globes de cristal en février dernier, elle prouve ici si besoin était, qu’à défaut d’avoir su vieillir gracieusement, son talent d’actrice est intact. Nonobstant, il nous est parfois difficile de supporter la vision de son visage bouffi par les toxines.

Dans le rôle d’un professeur de collège dans une ces banlieues dites sensibles, camée aux antidépresseurs, tentant quoiqu’il lui en coûte d’inculquer un peu de la beauté de la langue de Molière à des élèves récalcitrants, où elle se montre enfin sans fard ni artifice, son évidente implication* et son jeu singulier empreint de théâtralité font tout l’intérêt de La journée de la jupe, qui possède malheureusement les défauts de ses bonnes intentions.

Contrepoint idéal (par son traitement abrupt et mal élevé) au film de Laurent Cantet, Entre les murs, dont il pourrait passer pour le remake nihiliste et claustrophobe, La journée de la jupe (huis clos étouffant d’où sourd une sombre angoisse) a le mérite de poser une foultitude d’excellentes questions — sur l’éducation, l’intégration et les clivages communautaires entre autres — sans prétendre donner de leçons en retour. Toutefois, outre que le téléfilm de Jean Paul Liliefeld souffre d’un manque cruel de moyens, le réalisateur dilue inopportunément son propos (une cartographie de la peur dans nos sociétés actuelles, excellent sujet pour un Dossiers de l’écran particulièrement explosif) dans des intrigues secondaires sans grand intérêt.

La tragédie qui advient du côté des portes cadenassées de cette salle de classe transfigurée en petit théâtre des humiliations quotidiennes est si captivante, troublante, voire surréaliste, que l’agitation venant de l’extérieur paraît comme plaquée. Les violents échanges entre Isabelle Adjani (exaltée et abîmée, occasionnellement triviale) et sa classe de jeunes égarés intolérants, sans autre avenir que celui tout tracé par leurs propres contradictions, auraient mérité de ne pas se laisser phagocyter par une accumulation de clichés : les mésaventures conjugales d’un négociateur au bord de la crise de nerfs (Denis Podalydès, bien falot) et la charge conjointe contre les médias**, des services de l’ordre excités de la gâchette (l’ahurissant Yann Colette, égal à lui-même) et une ménagerie politique aussi méprisante que paternaliste.

Mais Jean-Paul Lilienfeld peut être reconnaissant envers son actrice principale. Cette diablesse d’Adjani parvient à nous émouvoir sans que l’on arrive à déterminer si la tristesse qui nous étreint est inspirée par le destin tragique de son personnage ou la carrière chaotique d’une grande comédienne hantée par son image.

* La mythologie adjanienne est parfaitement exploitée, de ses débuts à la Comédie Française à ses origines kabyles, en cheminant par les dangers de haute solitude d’une starisation poussée à l’extrême
**A noter que Jackie Berroyer est parfait (cela devient une habitude) en chef d’établissement, prompt devant les caméras du journal télévisé à accabler son employée, montrant pour elle le même mépris sexiste que ses élèves manifestent à l’endroit de leurs congénères féminines.

© Rezo Films

La journée de la jupe de Jean-Paul Lilienfeld_2009
avec Isabelle Adjani, Denis Podalydès, Yann Collette, Nathalie Besançon, Khalid Berkouz, Yann Ebongé, Sonia Amori, Kevin Azaïs, Sarah Douali et Marc Citti

L’ENQUÊTE de Tom Tykwer

In Cinéma, Espionnage, Thriller, Tom Tykwer, USA on 16/03/2009 at 04:11

© Sony Pictures Releasing France

Clive et Naomi contre la World Company.

Les médias nous le répètent à tour d’éditos, la banque est devenue le nouveau Satan à combattre… Alors, s’inspirant insidieusement de l’obscène faillite qui a abattu la BCCI* en 1991, Tom Tykwer et son scénariste Eric Singer lancent Louis Salinger, un agent d’Interpol, aux trousses d’une multinationale aux activités fort peu catholiques : blanchiment d’argent, terrorisme, corruption, assassinat, sponsoring de putschs en tous genres…

Effets pervers de la mondialisation, si Lola** se contentait de courir dans les rues berlinoises pour sauver la vie de son bien-aimé, Salinger, lui, cavale de Berlin à New York après un détour par Milan pour achever sa course à Istanbul, et prévoit au passage de sauver le monde des griffes tentaculaires des cyniques qui jouent l’avenir de la planète à coups de prêts revolving.

Et c’est là que le bât blesse…

Manifestement, après une entrée en matière des plus prometteuses, Tom Tykwer n’a pas su choisir entre le traitement sérieux, voire dépressif, d’une enquête chiffrée, minutieuse, quasi-clinique et l’entertainment emballé c’est pesé d’un James Bond ou d’un Jason Bourne***, avec ce que cela implique de scènes d’action rondement orchestrées mais qui se révèlent ici tout aussi invraisemblables que le côté increvable du personnage principal.

Reconnaissons-le honnêtement, le seul intérêt de ce film est son acteur, Clive Owen, dont on apprécie une fois encore le regard perdu et mélancolique de l’intégrité faite homme. Et dès que l’histoire débute, Clive a sa tête des mauvais jours… Il n’y a guère trop de raisons à cela : 1/ c’est bientôt la fin du monde (comme dans Children of men d’Alfonso Cuarón_2006), 2/ sa femme le trompe avec Jude Law – idée saugrenue s’il en est ! – (comme Julia Roberts dans Closer de Mike Nichols_2005), 3/ il vient de se rendre compte que le scénario est cousu de fil blanc ou 4/ qu’il ne couchera pas avec Naomi Watts (la pauvrette en est réduite à jouer les utilités), ce qui peut définitivement déprimer un homme n’en doutons pas… Merci de rayer les mentions inutiles.

Ajoutons à cela des scènes de poursuites effarantes où le bouillant Salinger — ex-Scotland Yard, fils caché de Sherlock Holmes (car médecin légiste à ses heures perdues) et héritier spirituel de Colombo (pour l’imper craspec) — se balade placidement pistolet en main dans les rues milanaises ou turques sans que cela émeuve les figurants qui le cernent… Et n’oublions pas les dialogues d’un ridicule achevé (pour ceux qui souhaitent creuser plus avant et rire un peu, rendez-vous sur la route du cinéma) et une interprétation ad hoc.

Outre la Naomi qui essaie vainement de participer, le spectateur a la joie de voir débarquer Armin Mueller-Stahl, son partenaire dans Eastern Promises de David Cronenberg_2007 (inutile que les femmes rêvassent, il n’y avait pas de scène de hammam prévue au contrat de Clive Owen…), qui se plait depuis Music Box de Costa Gavras_1990 à jouer les affreux de service dès que l’occasion lui en est offerte. Ici, en ex-crapule de la Stasi, l’acteur paraît bien las et assure le minimum syndical… Gloussements assurés devant la scène de "retournement" où ce grand naïf de Salinger en appelle à son idéal communiste.

Le grand manitou est interprété par Ulrich Thomsen (bien plus incisif en fils abusé dans Festen de Thomas Vinterberg_1998), tellement transparent en tête froide et condescendante de l’hydre financière qui nous contrôle, nous ment et nous spolie qu’il nous faut nous forcer pour y croire un peu… et éviter de s’esclaffer lorsque survient le dénouement, d’une féroce stupidité.

Le comble du copier-coller intervient lors d’un morceau de bravoure**** d’une gratuité exemplaire, soit la destruction du musée Guggenheim, éparpillé façon puzzle, par une bande de sagouins armés jusqu’aux dents et Salinger (jamais en reste quand il s’agit de faire le coup de feu) qui rappelle la cacophonie d’un Shoot’Em up***** de sinistre mémoire et rompt totalement avec une mise en scène certes un peu prévisible mais nettement plus sinueuse et discrète.

Il est en conséquence plus que temps de retirer tout flingue à Clive Owen et de le remettre à la roulette****** !

* Bank of Credit and Commerce International, fondée en 1972 et basée au Pakistan
** Lola rennt/Cours, Lola, cours de 1999 avec Franka Potente
*** Clive Owen se fait d’ailleurs abattre par Matt Damon au cours d’une bucolique et haletante chasse à l’homme dans La mémoire dans la peau/The Bourne Identity de Doug Liman_2002, premier épisode des aventures de Jason Bourne
**** Vraie fausse bonne idée que cette fusillade en règle. Il est d’ailleurs étonnant de voir cette scène mise à l’honneur sur l’affiche originale, induisant ainsi le spectateur en erreur par la présence aux côtés de Clive Owen de l’interprète féminine, totalement absente du massacre.
***** Cartoon bruyant de Michael Davis_2007 avec Clive Owen, Paul Giamatti et l’inénarrable Monica Bellucci
****** Comme dans le remarquable Croupier de Mike Hodges_1999

© Sony Pictures Releasing France

L’enquête/The international de Tom Tykwer_2009
avec Clive Owen, Naomi Watts, Armin Mueller-Stahl, Ulrich Thomsen, Jack McGee et Victor Slezak

WATCHMEN de Zack Snyder

In Action, Cinéma, Comic, USA on 09/03/2009 at 03:20

© Paramount Pictures France

Souriez, vous êtes périmés.

1985… Alors que la Grande Bretagne ploie sous le joug thatchérien, le monde est stone dans l’univers parallèle sorti de l’imagination de ce sacré misanthrope d’Alan Moore – grand démolisseur de super héros devant l’éternel – et de son complice Dave Gibbons. Le temps a suspendu son vol à minuit moins cinq sur l’horloge de l’apocalypse et tous espèrent que les leaders des deux super puissances cessent de jouer à je te tiens tu me tiens par la centrale nucléaire.

Car dans cet univers alternatif, la guerre froide est d’actualité, les gros états désunis ont gagné au Vietnam et voilà que Tricky Dick Nixon (interprété par Robert Wisden grimé comme le casting de Dick Tracy de Warren Beatty_1990, et affublé du nez de notre Depardieu national) en est à son cinquième mandat — après avoir balayé d’un ricanement ces deux hurluberlus de Bernstein et Woodward — inévitablement flanqué de Kissinger et d’une soldatesque de la table ronde directement inspirée des joyeux drilles qui folâtraient dans le Dr Strangelove de Stanley Kubrick_1964.

Comment ce cauchemar a-t-il débuté ? Par un stupide incident au cours duquel un scientifique (Billy Crudup, jumeau de Jim Caviezel, en moins christique) totalement désintégré s’est réincarné tel le phœnix en une mystérieuse créature translucide, dotée de pouvoirs extraordinaires : régénération, don de seconde vue, roi de la téléportation (le capitaine Kirk et son pote Spock peuvent garder leurs pyjamas), sorte de grand Schtroumpf exhibitionniste plus connu sous le pseudonyme de Dr Manhattan et dont le gouvernement va faire son arme d’intimidation massive favorite*…

A ce vrai super héros hyper sensible (car sous toute cette électricité bat un petit cœur romantique et naissent de hautes pensées d’idéal et de fraternité), qui finira d’un pet par s’exiler sur Mars pour y créer des petits joujoux en 3D, va s’adjoindre une bande de loufdingues névrosés aux âmes de justicier, adeptes du déguisement louche et du second degré douteux. Inutile de préciser qu’ils sont tous assis à l’extrême droite d’Attila** et que leurs convictions feraient passer Dirty Harry pour un aimable gauchiste.

Ainsi Le comédien (Jeffrey Dean Morgan, clone du Javier Bardem version mocheté de Perdita Durango de Álex de la Iglesia_1997), rigolard tout en dents, est-il avant tout invétéré fumeur, alcoolique, séducteur du genre bondage, assassin à l’occasion, toujours prompt à en découdre sauvagement avec les pacifistes et a une manière toute personnelle d’échapper aux recherches en paternité… En bref, ce dégénéré est fondamentalement super infréquentable. Alors que l’affreux se fait dégommer dès le début du film, les miaulements suaves de Nat King Cole susurrant son Unforgettable en guise d’oraison funèbre, on se dit qu’il ne va pas être super regretté… Et pourtant, c’est ce meurtre qui va pousser ses anciens compagnons à sortir de la retraite où les a confinés une loi inique votée par un gouvernement ingrat.

Rorschach (excellent Jackie Earle Haley, remarqué en pédophile dans Little children de Todd Field_2007), un résidu de fausse couche, laid comme un pou et total sociopathe se camouflant sous un masque arborant le fameux test (gare à quiconque essaie de le regarder dans les taches, c’est le haut-le-cœur assuré), aurait pu comme tous les garçons méprisés par leur mère, devenir serial killer ; il a préféré faire vigilante par haine de la barbarie. Son sens de la justice expéditive ferait passer Charles Bronson pour un petit chanteur à la croix de bois. Doté d’un sens de la répartie qui tue et d’un sang-froid à toute épreuve, il se révèle surtout à l’usage super suicidaire.

Tout à sa super théorie du complot, il s’en va réveiller Hibou junior (le très mollasson Patrick Wilson***), être veule et gris, étouffé par la flamboyance de son paternel (Stephen McHattie) et plus préoccupé par sa libido que par l’idée de reprendre le flambeau. Le fiston étant une super pucelle, quel n’est pas son bonheur lorsqu’il est contacté au même moment par Le Spectre Soyeux seconde génération (Malin Akerman****, guère à son aise), fille de la super hot Sally (Carla Gugino, divine, mais que l’on voit trop peu) et accessoirement amante du Dr Manhattan.

Cette super gourdasse, renonçant à une folle nuit en compagnie des clones que son cher et tendre a créé pour s’occuper de son fameux Spectre, ne trouve rien de mieux que de se lancer à l’assaut de l’oisillon (dont les rêves mouillés mettant en scène roulage de patin sur fond de champignon atomique valent leur pesant de neutrons !) tout revigoré après un rendez-vous galant. Au programme : destruction à coup de tatanes des squelettes d’une bande d’ignobles, sauvetage d’un immeuble en flammes d’une armée de travailleurs clandestins… Bref, la routine…

Le club des gais lurons (nous tairons ici ce que cet homophobe d’Hancock de Peter Berg_2008 pense des garçons en collant) ne serait pas complet sans Ozymandias, (Matthew Goode*****), Adrian Veidt dans le civil, blondinet aux yeux bleus ressemblant à s’y méprendre à Siegfried sans son Roy, fasciné par la grandeur pharaonique de Ramsès, un joli garçon tout simple en somme, homme d’affaires sournois et super mercantile … Accompagné d’un bestiau qu’il nomme sa beauté, l’Adrian, secoué de pulsions destructrices, se la joue de préférence super zoophile pour qui la fin justifie les moyens…

Et tout ce beau monde de nous être présenté en détail : leurs blessures d’enfance, leurs (basses) œuvres, leurs problèmes psychologiques, leurs espoirs, leurs dépendances, leurs hantises, leurs (à) côtés humains, trop humains lorsque leurs masques tombent… Sans compter que flotte sur cette aventure un parfum de nihilisme exacerbé par les ruines de Ground Zero******.

Si l’on en croit les connaisseurs et amoureux du roman graphique de Moore et Gibbons, Zack Snyder a rempli son contrat. Succédant aux essais avortés de Terry Gilliam, Darren Aronofsky ou Paul Greengrass, la fidélité du script et le respect avec lequel il a abordé le comic ont été unanimement loués. On peut cependant rêver à ce qu’auraient apporté l’imagination délirante de l’ex-Monty Python ou le sens du rythme du réalisateur des aventures de Jason Bourne, mais force est de reconnaître que l’on ne s’ennuie pas une seconde lors des trois heures que dure le film.

Bien sûr, Zack Snyder (qui ne peut s’empêcher de s’autociter en un rapide clin d’œil à 300, inénarrable reconstitution de la bataille des Thermopyles orchestrée par des spartiates postillonneurs aux muscles hypertrophiés) ne peut résister à ses péchés mignons : ralentis intempestifs, effets spéciaux envahissants, mauvais goût assumé, scènes de sexe d’un ridicule achevé (ah ! cette obsession des pectoraux sculptés et fessiers rebondis…). Mais un humour noir de très bon aloi baigne toute cette tragédie à ne pas trop prendre au sérieux, sous peine de dépression immédiate.

La bande originale offre un regard distancié sur les événements et achève d’emporter notre adhésion à cette histoire pleine de bruit et de fureur qui signifie beaucoup et plus amusante qu’il n’y paraît (notamment lorsque notre chouette trouve enfin le mode d’emploi de la Soyeuse et que le Hallelujah de Leonard Cohen retentit. Ces deux-là forment le couple de super héros le plus affligeant depuis Batman et Robin !).

Réalisé dans de superbes décors signés Alex McDowell (The Crow de Alex Proyas_1994, Crying Freeman de Christophe Gans_1996, Fight Club de David Fincher_1999 ou encore Minority report de Steven Spielberg_2002), le film bénéficie d’un somptueux générique, bourré jusqu’à la gueule de références de toute beauté, bercé par The times they are A-changin’ de Bob Dylan où le réalisateur******* condense vingt années de super héroïsme parfaitement illégitime et déglingue allègrement les mythes entre crimes crapuleux, corruption généralisée, suicides et peoplisation effrénée.

Et pour les néophytes, l’auteur de ces lignes (qui va se plonger avec délices dans les 12 chapitres du comic) ne saurait trop leur conseiller de se délecter également du reader’s digest hilarant de Pascale sur la route du cinéma qui leur permettra de mieux appréhender les méandres de ces troublantes chroniques des justiciers (dé)masqués…

* Ainsi, le géant bleu ira-t-il humer l’odeur du napalm au petit-déjeuner (Hélicos d’Apocalypse now et les Walkyries de Wagner de rigueur) et verra-t-il les Việt Cộngs se prosterner devant sa mâle assurance… en l’occurrence un slip Eminence poutres apparentes porté pour l’occasion. Il faut effectivement préciser que si ce bon docteur se balade la plupart du temps dans le plus simple appareil, il a une certaine tendance à se ridiculiser dès qu’il sort dans le monde, augmentant l’obscénité de sa condition inhumaine en portant caleçon ou costume trois-pièces…
** Rendons à César… La formule est de John Carpenter (Interview dans les bonus DVD d’Escape from NewYork_1981)
*** Remarqué en pédophile (décidément !) visqueux dans Hard candy de David Slade_2006 en mari infidèle et lâche irrévocablement séduit par Kate Winslet dans Little children de Todd Field_2007 et en voisin velléitaire terrorisé par Sam Jackson dans Lakeview Terrace de Neil LaBute_2008)
**** Découverte en femme très imparfaite de Ben Stiller dans le film des Farrelly, La femme de ses rêves/The Heartbreak Kid_2007 et totalement méconnaissable ici sous sa moumoute
***** Vu en brun dans Match Point de Woody Allen_2005 mais quelle fille normalement constituée remarquerait un grand dadais quand Jonathan Rhys-Meyers croise dans les parages ?
****** Watchmen éclaire d’un jour nouveau la destruction de Manhattan, et nous révèle incidemment la véritable identité de l’assassin de John F. Kennedy. Et non, ce n’était pas un mari jaloux…
******* Secondé par la société yU+Co. Le générique peut être visionné sur YouTube

© Paramount Pictures France

Watchmen – Les Gardiens/Watchmen de Zack Snyder_2009
avec Jackie Earle Haley, Patrick Wilson, Matthew Goode, Billy Crudup, Malin Akerman, Carla Gugino, Stephen McHattie et Jeffrey Dean Morgan

GRAN TORINO de Clint Eastwood

In Cinéma, Drame, Thriller, USA on 01/03/2009 at 15:33

 

© Warner Bros. France

Go ahead, Mr Eastwood, make my day.

Excellente nouvelle pour tous les Clintophiles, son dernier opus — véritable film-somme — est à hurler de rire. Le papy indigne (78 ans au compteur quand même) s’est offert le rôle gratiné de Walt Kowalski, vétéran aigri de la guerre de Corée, veuf misanthrope au langage ordurier, qui lui permet de parodier intelligemment les "héros" qui ont fait sa gloire ou son infamie, allant de l’implacable tueur désespéré d’Unforgiven_1992 (qui reprenait goût au bonheur grâce à l’amour d’une prostituée défigurée) à L’inspecteur Harry (le get off my lawn de Kowalski vaut bien le make my day* du Dirty Harry immortalisé par Don Siegel en 1971) en passant par cette baderne de Maître de guerre_1986 (Kowalski remplace néanmoins les pompes guerrières et exercices martiaux par des travaux d’intérêt général en envoyant son petit soldat retaper les maisons du quartier), tout en évitant soigneusement le pathos qui engluait les dernières scènes de son Million Dollar baby_2005.

Nonobstant, Gran Torino, tout en rendant un bel hommage à tous les émigrants qui ont bâti et contribué à la grandeur des Etats-Unis, est également un gros glaviot balancé en pleine poire de l’Amérique blanche triomphante, raciste, va-t-en guerre et ultra-conservatrice, qui a déjà bien failli avaler son extrait de naissance en voyant Barack Obama entrer à la Maison Blanche…

Accessoirement, Clint Eastwood en profite pour régler définitivement ses comptes avec une carrière schizophrénique et les personnages hauts en couleurs et très ambivalents qu’il n’a jamais hésité à incarner avec un enthousiasme qui lui attira, tout au long de sa vie professionnelle, l’ire des censeurs de tous poils oubliant généreusement que le bonhomme — grand masochiste devant l’éternel — n’a jamais été le dernier à se flageller (au propre comme au figuré) et que même dans ses films les plus extrémistes, les dames y ont souvent eu le dernier mot (tout le casting féminin de The Beguiled de Don Siegel_1970, Sondra Locke dans The Gauntlet_1977 et Sudden impact_1983 ou la délicieuse Geneviève Bujold dans Tightrope de Richard Tuggle_1984, entre autres**).

Ici, son vieux gâteux sombrant dans l’alcoolisme, confit dans la haine, le remords et les regrets, n’a plus d’autre interlocutrice qu’une vieille chienne, sourde comme un pot, ce qui explique que la pauvre bête ne lui ait pas encore sauté à la gorge à l’écoute de son énième radotage sur les étrangers qui ont envahi sa banlieue chérie (Gran Torino offre également un point de vue unique sur une communauté mal connue fréquentée par le scénariste, Nick Schenk, les Hmongs***) ou la médiocrité de ses enfants, traitres à la patrie et à la mémoire de leur père puisqu’ils n’hésitent pas à s’exhiber dans des voitures japonaises à Détroit, capital américaine de l’automobile, berceau des usines Ford d’où est sortie la Gran Torino qui fait sa fierté de mécano.

L’ancien en rajoute dans le bougonnement rauque, le crachat, l’insulte, l’aparté, bref il est bon pour le cabanon… et c’est bien ce que songe le cancer qui le ronge. Ses échanges fleuris avec ses camarades de chambrée (coiffeur italien ou chef de chantier irlandais), outre qu’ils rappellent une époque pas si lointaine où les émigrés européens, après avoir massacré les gens du cru, se battirent comme des chiffonniers pour le partage du territoire, ne sont pas moins absurdes que les rites d’initiation des gangs (Il est d’ailleurs relativement jouissif pour le vieux grigou d’apprendre que sa guimbarde fait l’objet de toutes les convoitises****) et font passer Harry Callahan pour un enfant de chœur*****.

Suite à un accès de forte méchante humeur où il fait fuir une troupe de malfaisants, sauvant bien involontairement la mise au jeune garçon de la maison voisine, il voit sa triste existence bientôt envahie par un espoir de bonheur, de partage, de rédemption et de respect mutuel grâce aux émigrés Hmong qui l’encerclent désormais. L’ancêtre étant toujours fort sensible aux charmes de la gente féminine******, il n’est pas chose malaisée à la sœur aînée, Sue (parfaitement intégrée, possédant en sus d’un fort joli minois un solide sens de l’humour et de la répartie cinglante) de faire sa conquête, ni aux membres de la communauté de le corrompre grâce à une nourriture aux parfums plus subtils que le bœuf séché dont il a fait son ordinaire depuis la mort de son épouse.

Evoquant tour à tour le Charles Bronson******* de Death Wish de Michael Winner_1974 (notamment lorsque voulant sauver Sue cernée par trois membres d’un gang afro-américain qui ont pris à parti son compagnon, jeune blanc-bec stupide ayant adopté leurs tics de langage, il leur mime un flingue de la main avant de brandir une arme véritable) ou le John Wayne de The cowboys de Mark Rydell_1972, film dans lequel le grand héros américain apprenait à une bande de jeunes morveux à devenir des hommes, des vrais, le réalisateur enfonce à nouveau le clou qui blesse, confirme et signe.

Il n’a jamais été l’héritier de John Wayne. Comme Sergio Leone le faisait remarquer en rigolant, l’homme sans nom de ses westerns était parfaitement capable de tirer dans le dos de ses semblables et de n’en éprouver aucun remords. Inversement au choix du The Shootist/Le dernier des géants_1976 où son vieil ami Don Siegel offrait à la star atteinte d’un cancer une fin digne de sa légende, Clint Eastwood décide que son Walt Kowalski mérite de soigner sa sortie en faisant la nique à sa famille qu’il méprise, au jeune prêtre qui le poursuit de ses assiduités et dont il botterait bien le cul pour avoir eu autant "d’intimité" avec sa chère et tendre lors de la maladie qui l’a emportée (ne lègue-t-il pas sa maison à l’église juste histoire d’être jusqu’au bout un père indigne ?), à son créateur et aux spectateurs qui attendent impatiemment que l’infâme retraité révolvérise toutes les terreurs du quartier.

Devenu un vestige dans une Amérique de flingueurs arrogants à bout de souffle, Eastwood le dinosaure tourne le dos à ses démons, s’efface élégamment en protégeant l’avenir de la nouvelle génération (contrairement aux lardons du film de Mark Rydell qui atteignaient le rang d’homme par un crime de sang) et raccroche les gants. Définitivement ? Well, what do ya think, punk ?

* Go ahead, make my day est la proposition faite par Harry Callahan, héros de Sudden Impact réalisé en 1983 par Clint Eastwood, au complice des deux braqueurs d’une cafétéria qu’il vient d’abattre. Dialoguiste : Joseph C. Stinson

** Sans oublier la vénéneuse Jessica Walter qui manque lui faire la peau dans son second film, Play Misty for me_1972 et, dans un registre délibérément comique, Shirley MacLaine dans Two mules for sister Sara de Don Siegel_1970 où l’actrice déguisée en nonne fait tourner en bourrique le cow-boy mal dégrossi luttant contre ses idées libidineuses qu’incarne un Eastwood totalement dépassé

*** Pour avoir, de gré ou de force, combattu aux côtés des envahisseurs français et américains lors des guerres d’Indochine et du Vietnam, les Hmongs, montagnards originaires du Laos, sont aussi honnis et méprisés que les Harkis et comme eux, ont souffert de l’ingratitude des démocraties auxquelles ils se sont alliés. Ceux qui souhaitent parfaire leurs connaissances sont invités à lire l’excellent — mais éprouvant — témoignage de Cyril Payen Laos, la guerre oubliée (Editions Robert Laffont_2007)

**** Dialogue extrait d’Il buono, il brutto, il cattivo de Sergio Leone_1966. Scénario d’Age & Scarpelli.
Man With No Name : You see, in this world there’s two kinds of people, my friend: Those with loaded guns and those who dig. You dig.
Comme l’homme sans nom, Walt Kowalski estime que le monde se divise en deux : les émigrés européens, qui possèdent éventuellement une Ford Gran Torino, et la nouvelle génération de réfugiés — latinos, asiatiques — qui essaient de la lui piquer.

***** Dialogue entre Harry Callahan, son nouveau co-équipier d’origine mexicaine (incarné par Reni Santoni) sous l’œil sardonique d’un collègue (interprété par John Mitchum), extrait de Dirty Harry de Don Siegel_1971. Scénario de Harry Julian Fink, Rita M. Fink et Dean Riesner.
Gonzales : There is one question, Inspector Callahan: Why do they call you "Dirty Harry"?
De Georgio : Ah that’s one thing about our Harry, doesn’t play any favorites! Harry hates everybody: Limeys, Micks, Hebes, Fat Dagos, Niggers, Honkies, Chinks, you name it.
Gonzales : How does he feel about Mexicans?
De Georgio : Ask him.
Harry Callahan : Especially Spics.
La longue litanie raciste de Walt Kowalski finit par faire rire devant tant d’obstination crétine et fait songer au fameux sketch de l’irascible comique Lenny Bruce, que l’on peut entendre dans le biopic que Bob Fosse lui a consacré en 1974 — Lenny — où il est interprété par Dustin Hoffman, d’après un scénario de Julian Barry.

****** Clint Eastwood, tout émoustillé par le charme ravageur de sa jeune actrice, l’exquise Ahney Her, nous offre en prime son sourire de grand gala en rappel savoureux du vieux séducteur impénitent incarné par Donald Sutherland, un des héros cacochymes de son Space cowboys_2000

******* Une autre scène évoque à nouveau Charles Bronson, à qui Sean Penn offrit en 1991 un de ses plus beaux rôles dans son superbe The indian runner, où veuf dépressif il appelle son fils aîné avant de se suicider. La différence est de taille : l’amour filial indéfectible qui lie les protagonistes du film de Penn (acteur pour Eastwood dans le crépusculaire Mystic river_2003, tragédie familiale hantée par les remords et les trahisons) qui fait totalement défaut ici, excepté de manière détournée, lorsque Walt Kowalski décide de prendre sous une aile paternelle quelque peu handicapée le jeune asiatique qui héritera de ses seuls biens, sa voiture et son clébard
Source des dialogues : IMDb

© Warner Bros. France

Gran Torino de Clint Eastwood_2009
avec Clint Eastwood, Bee Vang, Ahney Her, Geraldine Hughes, John Carroll Lynch, Cory Hardrict, Ashley Kowalski, Dreama Walker et Doua Moua

 

BELLAMY de Claude Chabrol

In Cinéma, Comédie dramatique, France, Polar on 01/03/2009 at 11:47

© TFM Distribution

Bel ennui.

Le cinéma de Claude Chabrol n’est jamais aussi bon que lorsque le réalisateur décide d’être cruel avec ses personnages.

Las, avec Bellamy, rôle taillé sur mesure pour Gérard Depardieu à qui il prête certains traits de leurs caractères respectifs (l’amour de la bonne bouffe, des vignobles, des dames… et l’horreur des voyages), le pourfendeur de la bourgeoisie provinciale s’est sacrément adouci (du moins en apparence, son film étrange s’achevant dans une noirceur des plus misanthropes…) et finit par ennuyer* avec une mise en scène poussive, à l’image de son commissaire aux neurones ralentis par la lumière trop crue du soleil nîmois et un physique somme toute aux proportions effarantes…

Le cœur n’a plus l’air d’y être et l’on se fiche comme d’une guigne (et Chabrol aussi sans doute aucun) de savoir qui a tué quoi et pour qui dans cette invraisemblable histoire d’arnaque à l’assurance. Certes, ce diable d’homme filme avec tendresse l’extravagante carcasse de Gérard Depardieu (bien loin de son interprétation en roue libre dans Diamant 13 de Gilles Béhat. Manifestement, le Gégé est content d’être là, c’est déjà ça !) et réussit à nous faire aimer son personnage, gros matou priapique, jaloux et égoïste. Ce n’est pas le moindre de ses talents… Par contre, on a parfois la sensation que le film a été tourné durant la digestion de l’équipe tant le rythme est mou, sans atteindre toutefois le mystère et la perversité qui transparaissent dans le jeu de Bruno Cremer, monumental commissaire Maigret télévisuel auquel le film rend indirectement hommage (le film est dédié à deux Georges, Brassens et Simenon).

Tout occupé à cadrer sa grosse bête envahissante, le réalisateur en oublie les comparses… et si l’acteur, plein de délicatesse, offre l’opportunité de briller à ses imposants côtés à l’exquis casting féminin, il n’en est pas de même pour les garçons qu’il étouffe allègrement. Clovis Cornillac, tout en aigreur avinée, essaie vainement d’exister face au facétieux couple Bunel/Depardieu et Jacques Gamblin (dans un triple rôle, quelle folie !) se perd sous ses masques divers et sombre dans l’hystérie et le parlé faux.

Les dames donc, comme toujours chez Claude Chabrol, s’en sortent finalement beaucoup mieux, à des degrés divers. Les deux Marie, Bunel et Matheron, nous offrent chacune une partition sans faute. Vahina Giocante, superbe, tente de renouveler son personnage de tentatrice mais se fait allègrement voler la vedette par une Adrienne Pauly, acide et excentrique (dans le rôle de Claire Bonheur… comment rater une interprétation avec un patronyme pareil !).

Ajoutons à cela une scène de plaidoirie qui vire à l’absurde (Rodolphe Pauly n’y pousse-t-il pas la chansonnette pour faire acquitter son client et accessoirement assassiner Brassens ?) et l’on regrette que Claude Chabrol, pépère entouré de sa petite famille**, nous ait refilé un de ses films de vacances réalisés sans trop d’efforts.

* Certains spectateurs se sont d’ailleurs laissés aller à une douce torpeur un tantinet bruyante, la faute sans doute aux fauteuils moelleux du Gaumont Opéra…
** Comme à son habitude, il a confié le sort musical de son dernier opus à son fils aîné Matthieu, le cadet, Thomas, fait une apparition éclair et — pince-sans-rire — crache sur la Star Ac’. De plus, la scénariste et dialoguiste Odile Barski est incidemment la maman des petits Pauly… N’en jetez plus !

PS. Les inconditionnels peuvent retrouver le Chabrol des grands jours dans une série d’interviews orchestrées par AlloCiné : Claude Chabrol juge ses 50 ans de cinéma !

 

© TFM Distribution

Bellamy de Claude Chabrol_2009
avec Gérard Depardieu, Clovis Cornillac, Jacques Gamblin, Marie Bunel, Vahina Giocante, Marie Matheron, Adrienne Pauly, Maxence Aubenas, Yves Verhoeven et Rodolphe Pauly