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RAPT de Lucas Belvaux

In Cinéma, Drame psychologique, France, Thriller on 23/11/2009 at 23:08

© Diaphana Films

Swimming with sharks.

Amplement inspiré de la méchante aventure qu’a vécu en 1978 le baron Empain, Rapt de Lucas Belvaux ne convainc pas totalement. La faute sans doute à la relecture actuelle (pour raisons essentiellement financières) de l’événement.

Ne pouvant jouer sur le suspense car l’histoire et l’heureux – du moins en apparence – dénouement (le financier, après avoir été mutilé par ses kidnappeurs aux fins d’intimidation est relâché vivant bien que la rançon exigée n’ait jamais été versée) sont connus, le réalisateur a préféré s’attacher — parallèlement à la détention de son héros — aux drames familiaux, enfer médiatique et coups bas industriels qui se sont joués lors de son absence.

La question qui se pose n’est donc plus de savoir si notre victime va ou non être délivrée à temps mais bien plutôt, comment diable la famille va-t-elle gérer son intenable position financière et se comporter, après moult révélations graveleuses sur la vie de patachon mené par le pater familias, tout en persuadant les malfaisants d’accepter une somme bien inférieure à celle réclamée et ainsi, réussir à refiler cette maudite rançon au nez et à la barbe de policiers intransigeants*.

Tout ceci sous l’œil parfaitement inamical du pouvoir, des sous-fifres et autres ambitieux qui ne semblent rêver que d’une seule chose : être débarrassés à tout jamais de l’impudent héritier, dut-il devenir un martyr pour laver l’opprobre jeté sur le patronat.

Si Lucas Belvaux excelle à décrire par le menu cette comédie des apparences** (mention spéciale à Françoise Fabian, vipérine génitrice du héros) et l’appétit des médiocres (André Marcon offre également une interprétation remarquable), on a pourtant du mal à imaginer en 2010 où toute personne publique n’a plus de vie privée et risque désormais de payer le prix fort à la moindre incartade (siège de paparazzi, informations erronées et mise en ligne de sex tape) que soient divulguées dans les journaux people exhibés par les protagonistes des photos volées, alors qu’en son temps un magazine bien connu préféra exhiber sur sa couverture l’humiliant portrait du séquestré envoyé par ses ravisseurs.

De même que contrairement à ce qu’a pu dire l’acteur principal du film, Yvan Attal, venu seul (et légèrement éméché, ce dont il s’est excusé) défendre le film après sa présentation***, on ne peut faire d’amalgames avec les faits survenus durant les tristement fameuses années de plomb et l’époque actuelle. Mettre en parallèle la souffrance du baron Empain, victime du grand banditisme, et celle (dont on ne saurait se gausser par ailleurs) ressentie par des patrons retenus en otages par des employés désespérés est un raccourci qu’il vaut mieux éviter de prendre. On ne peut du reste pas plus comparer le rapt dont s’agit avec ceux d’Hanns-Martin Schleyer abattu l’année précédente par la Fraction Armée Rouge ou de Georges Besse assassiné quelques dix ans plus tard par Action Directe. Ni préjuger en outre de la personnalité des victimes****.

Nonobstant, c’est au moment précis où notre héros est relâché que le film prend de l’ampleur et acquiert son intérêt. Comment se reconstruire après la peur, les révélations, la suspicion et la mise en quarantaine… Ainsi, une scène domestique des plus banales – un dîner de famille où le chien vient quémander un peu de nourriture au revenant importun – devient le comble de l’horreur.

On ne saurait nier l’implication totale d’Yvan Attal (il reviendra lors des questions posées par le public sur son fameux "régime"… Il faudrait d’ailleurs s’interroger sur l’absolue nécessité de se mettre en danger pour valider la valeur d’une interprétation) et son entier dévouement. Du pantin égoïste sous amphétamines uniquement mu par ses obligations professionnelles ou sa recherche de plaisirs immédiats du prologue, à l’homme émacié de l’épilogue, en cheminant par la déshumanisation du séquestré, il opère un sans-faute.

Par le choix de Gérard Meylan (d’une inquiétante bonhommie) pour le rôle de la crapule, Lucas Belvaux, s’il ne juge pas ses personnages, prouve tout de même où vont ses sympathies. Car c’est avec son kidnappeur (un bon vivant uniquement préoccupé de la bonne marche de son business) que son héros a les échanges les plus francs sans faux-semblant ni pure bienséance.

Il est d’ailleurs amusant de noter que s’il ne rechigne pas à causer chasse et arme à feu avec son (peut-être) futur bourreau, il a bien plus de mal à franchir la frontière de son intimité et à babiller sur ses aventures extra-conjugales. La lutte des classes est donc loin d’être finie.

Mais le réalisateur se range, quant à lui, définitivement du côté de l’humain et le film s’achève sur un plan des plus crus d’une glaciale solitude. Dommage. L’histoire ne faisait que débuter.

* Parmi d’autres infructueux essais, une scène quasi surréaliste voit l’avocat de la famille (joué par le trop rare Alex Descas) s’égarer en fin de course sur une plage occupée par des policiers en faction.
** Les scènes familiales sont empreintes d’une théâtralité de mauvais aloi parfaitement étouffante… et Anne Consigny devrait prendre garde à ne pas devenir notre Maria Schell nationale en pleurant de film en film. Son talent mérite mieux : pour preuve, la remarquable scène de retrouvailles. En un instant passent tant d’émotions dans son regard – incrédulité, reconnaissance, haine et froideur – que l’on a plus aucun doute sur le devenir du couple.
*** Merci à CineManiaC de son invitation.
**** Nous mettrons donc sur le compte du repas arrosé l’emballement de l’acteur répétant à l’envie que nul ne mérite d’être enlevé et de souffrir, fut-il un patron… Affirmation qu’une personne au cerveau normalement constitué ne peut mettre en doute. Le débat est clos.

© Diaphana Films

Rapt de Lucas Belvaux_2009
avec Yvan Attal, Anne Consigny, André Marcon, Françoise Fabian, Alex Descas, Michel Voïta, Gérard Meylan, Patrick Descamps et Maxime Lefrançois

MARY AND MAX de Adam Elliot

In Adam Elliot, Animation, Australie, Comédie dramatique on 06/10/2009 at 00:05

© Gaumont Distribution

Tant qu’il y aura des pompons.

Pour certains, la vie, c’est comme une boite de chocolat ; pour d’autres, elle se résume impitoyablement à des berlingots de lait concentré* chargés d’adoucir une enfance solitaire ou à des bouffées d’angoisse sous l’ombre menaçante des tours jumelles du World Trade Center.

Mais peu importe finalement, pour Adam Elliot, ce que l’existence vous réserve.

Son dernier né, Mary & Max, sous ses lugubres oripeaux, est avant tout un formidable hymne à l’amitié inconditionnelle et à l’inaltérable droit à la différence (qu’elle soit physique ou mentale).

Mary a 8 ans et n’a pas un physique facile. Sa mère, abonnée à la clope sans filtre, tangue au gré des verres de Sherry et son père se préoccupe plus des volatiles qu’il empaille que de sa petite famille logée dans une triste banlieue paumée de Melbourne. Mary s’ennuie (l’éternel drame des enfants surdoués) et a des préoccupations bien trop éloignées de celles des enfants de son âge. Et sa petite volaille domestique lui apporte incontestablement un peu de tendresse mais ne peut lui apprendre grand-chose sur les mystères de la vie.

Max est juif (et souffrant du syndrome d’Asperger, il ne connaît de la psychiatrie que l’hôpital où on l’enferme illico en cas de stress aigu), obèse, et vit solitaire dans un minuscule appartement new yorkais, entouré d’une multitude d’animaux aussi cabossés que lui, sans oublier une galerie de poissons rouges identiques tous prénommés Henry, qui se succèdent dans le minuscule aquarium à une cadence que, même durant ses plus sanglantes heures, la royauté anglaise n’a jamais connue. Bien qu’ayant allègrement dépassé la quarantaine, il continue de communiquer avec un fort inquiétant ami imaginaire. L’unique compagnie humaine qu’il parvient à tolérer est celle d’une voisine asexuée d’un âge vénérable et quasiment aveugle (l’un des Henry en fera d’ailleurs les frais dans un des meilleurs gags du film, et ils sont légion).

Par un heureux hasard, et bénie soit la kleptomanie maternelle, Mary écrit un jour à Max qui, passé les premières crises d’angoisse que lui valent des questionnements improbables sur ses goûts culinaires ou des actions enchaînant des termes tels que "bébé", "sexe" et "préservatif", va finalement trouver une séduisante raison de vivre: une véritable amie.

Se sentant totalement étrangers au monde qui les entoure, ces deux-là vont se reconnaître dans leurs différences. Cette relation épistolaire et les cadeaux qui l’accompagnent (barres chocolatées, sucreries en tous genres) vont faire de ces deux boulimiques le couple le plus mal assorti certes, mais aussi singulièrement le plus émouvant du moment.

Cette histoire d’amitié entre une enfant trop intelligente et un adulte inadapté aurait pu se révéler franchement glauque en prises de vue réelles (Il suffit de se souvenir du malaise distillé par Tideland de Terry Gilliam_2006), mais apparaît ici poétique, cruelle, étrange et hilarante à la fois car Mary et Max sont avant tout deux petites créatures faites de pâte à modeler. Jamais matière ne fut plus sombre, ni plus déprimante et touchante en un même plan (une seconde vision est conseillée pour apprivoiser la multiplicité des détails). Le film** passe régulièrement du chromatisme brun de la campagne australienne à la grisaille des hivers new yorkais. La rare touche de couleur qui lie les deux univers est le rouge sanglant des bouches féminines (dont la voracité réveille les peurs enfantines de Max) ou la petite barrette dans les cheveux noirs de Mary auquel répondra bientôt un pompon que Max posera crânement sur son minuscule galurin.

Leur triste et navrante destinée (l’ami imaginaire de Max prendra la poudre d’escampette, Mary apprendra que la vie, c’est comme pour le lait concentré sucré, il suffit que l’on tombe sur un produit frelaté pour que la douceur se change en amertume) est doctement narrée avec tout l’understatement nécessaire par Barry Humphries, tandis que Toni Collette (qui partage avec Bethany Whitmore le rôle de Mary) et Philip Seymour Hoffman (qui remplirait le stade de France avec une lecture de l’annuaire) offrent leur part d’humanité aux petites figurines emportées dans le tourbillon de la vie.

Les deux personnages principaux ne sont pas épargnés par le réalisateur (à l’image de la photographe Diane Arbus qui n’aimait rien tant immortaliser des êtres hors normes) qui évite plaisamment, par la grâce de quelques gags remarquablement troussés, tout pathos ou apitoiement***.

C’est noir, c’est passionnant, c’est désespéré, c’est désopilant et certains (comme Pascale) en iront vraisemblablement de leur petite larme à l’épilogue.

Entre désespoir et hautes solitudes, entre crises existentielles et tentatives de suicide, entre drame de l’alcoolisme et victoires quotidiennes sur cette chienne de vie, Mary & Max par le truchement de deux petites marionnettes — et d’une Underwood — est un film à découvrir, à savourer, à revoir et à pétrir joyeusement en toute amitié, sans les enfants, entre adultes consentants.

* Ah les bons vieux souvenirs d’enfance que rappelle cette étrange mixture bien trop sucrée…
** Pour information, le film est composé de 132 480 images, chiffre qui donne aisément le tournis
*** Comme par exemple Max, évoquant la maladie qui l’afflige, joint le gag à la parole lapidaire. Prenez un siège lui ordonne une pancarte ; le plan suivant, nous le retrouvons dans le métro, voyageant en compagnie d’une chaise qu’il a subtilisée

© Gaumont Distribution

Mary and Max d’Adam Elliot_2009
avec Toni Collette, Philip Seymour Hoffman, Eric Bana, Barry Humphries, Bethany Whitmore, Renée Geyer, John Flaus

SIN NOMBRE de Cary Fukunaga

In Avant-première, Cary Fukunaga, Cinéma, Drame, Mexique on 27/09/2009 at 21:50

© Diaphana Films

Ceux qui s’exilent prendront le train.

Premier long-métrage de Cary Fukunaga, Sin nombre (notamment produit par les acteurs Gael Garcia Bernal et Diego Luna) est un coup de maître et l’ambition du jeune homme laisse augurer du meilleur pour la suite de sa carrière.

Le réalisateur — après avoir obtenu les prix de la meilleure réalisation et de la meilleure direction artistique dans la catégorie "film dramatique" au Festival du Film Indépendant de Sundance en 2009 — en a profité pour rafler le prix du jury (ex-aequo avec Precious de Lee Daniels) au 35ème festival de Deauville.

Fruit de patientes recherches sur les immigrés sud-américains prêts à tout risquer pour rejoindre les Etats-Unis, éternelle terre promise de tous les damnés de la terre, Sin Nombre, très adroitement, mêle le récit de deux destinées : celles de Sayra (Paulina Gaitan, à la beauté farouche et singulière), jeune Hondurienne que son père — récent expulsé — entraîne dans son périple ferroviaire et du Mexicain Casper (Edgar Flores, nouveau venu), membre dissident de la Mara, un des gangs les plus dangereux (car tentaculaire) de l’Amérique du Sud*.

Victimes tous deux d’une inexorable (peu importe les disparus, les égarés, les retardataires) fuite en avant, c’est une rencontre imprévue (et pourtant hautement probable, puisque les migrants qui voyagent illégalement sur le toit des trains doivent faire face, au mieux aux intempéries, au pire aux dangers que représentent la loi et l’ordre — extorsion, arrestations, tir à vue —, et sont également victimes de rapines de la part des gangs) qui va faire se confronter leurs deux mondes.

Sayra a dû abandonner sa grand-mère au Honduras pour espérer connaître un meilleur avenir (comme son père l’a autrefois "oubliée" en fondant une nouvelle famille aux Etats-Unis) ; Casper, en voulant la défendre tout en vengeant l’assassinat de sa bien-aimée, la sauve d’un viol barbare et se condamne à mort. Désormais liés par ce crime de sang, les deux orphelins s’attachent l’un à l’autre et poursuivent leur périple de concert, poursuivis par l’ire des anciens compagnons d’armes du garçon. On se prend parfois à penser aux Amants de la nuit**, autre épopée d’un couple juvénile en cavale.

Et le croquemitaine qui les poursuit est un bambin au visage d’ange (Kristian Ferrer, qui rappelle quant à lui, un autre enfant perdu, Pixote***) dont on ignorera jusqu’au bout si la rage est due à une irrépressible envie d’appartenir corps — bientôt tatoué donc stigmatisant — et âme à la Mara ou n’est que le reflet du dépit d’avoir été brutalement renvoyé à sa solitude par son mentor.

Violent, mais sans complaisance ni concession aucune, Sin nombre n’en oublie pas d’exalter la beauté des paysages sud-américains. Dès le premier plan, d’un éclat terrassant (Cary Fukunaga, entre autres talents, a été directeur de la photographie sur plusieurs longs métrages), le film happe le spectateur pour ne plus le lâcher, entre suspense (nos héros parviendront-ils entre fusillades et trahisons à bon port ?) et critique sous-jacente des politiques (la corruption quasi-généralisée).

Mais s’il décrit l’absence d’avenir d’une certaine jeunesse (pauvreté, illettrisme, démission parentale) qui considère qu’hors des gangs, il n’est point de salut, et le mépris qui cerne les indigents, le réalisateur — tout en filmant de manière exquise la naissance d’un possible amour — évoque également la solidarité qui malgré tout préexiste.

Empli de compassion excluant tout paternalisme dégoulinant, Sin nombre est un film à voir, ne serait-ce que pour le subtil message d’espoir qui le porte.

* manifestement co-responsable le 2 septembre dernier de l’assassinat au Salvador de Christian Poveda qui lui a consacré un documentaire, La vida loca.
** They Live by Night de Nicholas Ray_1949.
*** Pixote : a lei do mais fraco/Pixote, la loi du plus faible d’Hector Babenco_1981, interprété par Fernando Ramos da Silva, alors âgé de 13 ans. Tombé dans la délinquance, il fut abattu par la police militaire à 20 ans. Il ne reste qu’à souhaiter à l’interprète de Smiley de connaître un sort moins funeste.

NB. Sin Nombre ne sortira en France que le 21 octobre prochain. J’ai été invitée à l’avant-première — qui s’est déroulée en présence du (charmant) réalisateur — par la grâce de l’amical coup de pouce de Chandleyr, Rob Gordon et Florian. Qu’ils en soient ici remerciés.

© Diaphana Films

Sin nombre de Cary Fukunaga_2009
avec Edgar Flores, Paulina Gaitan, Kristian Ferrer, Tenoch Huerta, Gerardo Taracena, Guillermo Villegas, Diana Garcia et Damayanti Quintanar

TU N’AIMERAS POINT de Haïm Tabakman

In Drame, Haim Tabakman, Israël on 05/09/2009 at 23:15

© Haut et Court

La dernière tentation d’Aaron.

Premier long métrage du réalisateur israélien Haïm Tabakman, Tu n’aimeras point* est dans sa subtile beauté un objet plus qu’aimable.

Installant sa caméra au cœur d’un quartier juif ultra-orthodoxe de Jérusalem, le réalisateur filme au plus près les soubresauts du désir qui s’empare subrepticement d’Aaron, boucher casher** et, accessoirement, pilier de sa communauté.

Aaron (Zohar Strauss, au regard triste de chien battu dont le fatalisme rappelle celui de Jason Robards, l’inoubliable Cheyenne d’Il était une fois dans l’ouest***), dans son incommensurable piété (et mû sans aucun doute par l’immense solitude qui accompagne un deuil) prend la décision d’ouvrir et son commerce et ses bras à un jeune homme précédé d’une réputation sulfureuse. Tel un ange exterminateur, Ezri (Ran Danker — à la troublante beauté — est tout aussi parfait) va révéler Aaron à lui-même, et l’éveiller d’une vie morne et résignée, éternellement soumise à de stricts rituels.

La chair est faible hélas et la tentation bien grande… Ironiquement, Aaron, homme pieux****, époux attentif et père aimant, va y sombrer corps et biens et apprendre à ses dépens qu’il n’est pas si aisé de suivre les règles du Talmud et d’occulter ses appétits.

Plus que la passion charnelle, c’est la convoitise et l’abandon que filme Haïm Tabakman et la peur, aussi, que ces sentiments trop humains font naître dans le cœur de ceux qui n’y ont pas cédé. C’est cet appétit de vivre que refuse catégoriquement d’entériner son entourage par la voix des religieux qui somment les deux hommes de se séparer immédiatement sous peine d’exil. Et si le film s’attache (avec délicatesse) à ces amours interdites, le réalisateur n’en oublie pas pour autant d’épingler l’hypocrisie de son héros qui, tandis qu’il s’abandonne, se permet de donner des leçons à un impudent jeune homme dont le tort est d’aimer une donzelle qui ne lui est pas destinée.

Sans nécessairement porter de jugement hâtif, Haïm Tabakman décrit la tranquille inquisition (menaces et injures en option) qui perdure dans certains quartiers de la ville sainte, où tout contrevenant à la "pureté" de l’âme ou du corps se voit irrémédiablement rappelé à l’ordre et ne quitte pas les rues étroites dont les hauts murs (où fleurissent tantôt d’intolérables affiches dénonciatrices) semblent enfermer les protagonistes dans une voie sans issue.

Dans ce monde de reclus, où tout voisin est un espion — voire un juge — en puissance, Tu n’aimeras point plaide pour la liberté d’exister et de vibrer selon ses inclinations.

L’épilogue, selon l’humeur du spectateur, pourra être traduit comme la victoire d’un homme contre les préjugés et la jouissance d’un jardin secret, ou — plus dramatiquement — un abandon irrévocable au désespoir.

* Si le titre français, tel un onzième commandement, évoque le tabou de l’homosexualité dans la société juive orthodoxe, le film fut présenté cette année à Cannes sous le titre Eyes wide open — soit les yeux grands ouverts — évoquant autant le dessillement du regard du personnage principal que la perpétuelle surveillance à laquelle est soumis tout pécheur potentiel au sein de sa communauté.
** La réplique culte du jour. Ne souris pas. As-tu déjà vu un boucher sourire ? Aaron inculquant les bases du métier à Ezri.
*** C’era una volta il West de Sergio Leone_1968.
**** Aaron commet par ailleurs un vrai péché d’orgueil, tant il est persuadé qu’il peut "sauver" l’âme perdue du jeune homme qu’il a recueilli.

© Haut et Court

Tu n’aimeras point/Einaym Pkuhot de Haïm Tabakman_ 2009
avec Zohar Strauss, Ran Danker, Ravit Rozen (Tinkerbell), Tzahi Grad, Isaac Sharry, Avi Grayinik et Eva Zrihen-Attali

QT et les emprunts

In Bande annonce, BO, Cinéma, Italie, Quentin Tarantino, USA on 01/09/2009 at 21:25

© Jean-Baptiste Mondino

Bonnes vibrations (mais mauvaise pioche).

L’histoire retiendra que Ennio Morricone ne put satisfaire la demande de Quentin Tarantino de délivrer une œuvre originale pour Inglourious basterds pour cause de "conflits d’agenda"…

Il fallait donc bien que le Quentin emprunte… Mais qui trop embrasse bien mal étreint parfois… Voici donc, en live, le bon goût mais les mauvaises pioches dudit.

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Bande-annonce de Cat people de Paul Schrader_1982
avec Nastassia Kinski, Malcolm McDowell et John Heard.
Musique de Georgio Moroder. Paroles de David Bowie.

 

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Bande-annonce de Revolver/La poursuite implacable/Blood in the streets de Sergio Sollima_1973
avec Oliver Reed, Fabio Testi, Frédéric de Pasquale, Paola Pitagora et Agostina Belli.
Musique d’Ennio Morricone.

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Scène d’ouverture de Revolver/La poursuite implacable/Blood in the streets de Sergio Sollima_1973
avec Fabio Testi. Musique d’Ennio Morricone.
Chanson interprétée par Daniel Beretta.

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Pour finir, et en un double hommage au maestro et au troisième grand Sergio* du western italien, voici pour le bonheur de nos tympans l’ouverture d’Il grande silenzio, film culte s’il en est.

Scène d’ouverture de Il grande silenzio/Le grand silence de Sergio Corbucci_1968
avec Jean-Louis Trintignant, Klaus Kinski, Frank Wolff et Vonetta McGee.
Musique d’Ennio Morricone.

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* auquel, en toute modestie, Quentin Tarantino compare son cinéma. Source : Influences chez Inisfree.

INGLORIOUS BASTERDS de Quentin Tarantino

In Cinéma, Guerre, USA on 31/08/2009 at 00:57

© Universal Pictures International France

QT le recycleur.

La vérité historique est une fille que l’on peut violer à condition de lui faire de beaux enfants. Alexandre Dumas

Le sixième* opus de Quentin Tarantino, Inglourious basterds ou comment le cinéma permet — pur fantasme d’un virtuose — de changer le cours de l’Histoire est un bâtard de la plus belle espèce. Dommage qu’il ne tienne pas sur la longueur les promesses annoncées dans la scène d’ouverture.

S’il souhaitait se montrer fort respectueux de la vérité historique pour son Walkyrie, Bryan Singer eut beaucoup de peine à fasciner avec son faux suspense (Von Stauffenberg va-t-il réussir à abattre Hitler ?) et l’absence de crédibilité quant à l’embauche d’une armada d’acteurs so british chargés d’incarner la fine fleur de l’armée allemande.

Grand bavard devant l’éternel, Quentin Tarantino ne pouvait succomber à une erreur aussi grossière, et là est la première force d’Inglourious basterds, qui réunit un casting hallucinant d’acteurs issus d’univers et de nationalités différentes pour un film joyeusement polyglotte**.

Le second pied de nez à tout film hollywoodien qui se respecte est de faire cohabiter le classique et le trivial***, d’amalgamer les genres comme les références et d’honorer ainsi le cinéma bis qui jamais ne connut un tel état de grâce, ni semblable budget. Remercions donc ici le réalisateur pour son petit jeu de pistes burlesque qui ne peut que pousser ses laudateurs à la curiosité : revoir ou découvrir (dans le désordre, et cette liste est loin d’être exhaustive) les films de Chaplin, Leone, Ford, Godard, Corbucci, Pabst, Lubitsch, Hitchcock, Clouzot, Sirk, Sollima, Walsh, Fuller, Lang, Aldrich, Margheriti, ou Cardiff et y admirer Zarah Leander, Aldo Ray, Marlene Dietrich, Yvettte Mimieux, Brigitte Helm, Dorothy Malone, Danielle Darrieux, Jim Brown, Audy Murphy, voire Edwige Fenech (pour les amateurs de beautés transalpines peu farouches****).

Sacrifiant à une vieille habitude, en décidant de découper son conte de fées (en deux mots, une jeune juive venge le massacre de sa famille en fomentant un complot visant à éliminer le führer et ses ouailles lors de la première du biopic d’un sniper***** tout en ignorant qu’une horde de juifs américains, grands amateurs de scalps, caresse le même but) en cinq chapitres inégaux (en longueur et en intérêt), Quentin Tarantino prend le risque de perdre le spectateur. Tout concoure pourtant à faire se retrouver tous les protagonistes au cinéma, dans une salle conçue comme un piège, où va se jouer la vraie fiction : l’élimination pure et simple de la menace nazie. Belle idée s’il en est.

La mise en bouche convoque tour à tour deux légendes westerniennes, John Ford et Sergio Leone (qui se partagèrent Henry Fonda, aussi inoubliable en bon qu’en brute) et nous présente le personnage le plus glauque jamais enfanté par l’imagination délirante de Quentin Tarantino. Justement récompensé par un prix d’interprétation à Cannes, Christoph Waltz, en nazi linguiste d’une bonhomme perversité, offre une prestation ahurissante. Alliant la viscosité d’un poulpe à l’amabilité du crotale, il est sans contexte l’Uma Thurman d’Inglourious basterds. Même si en définitive, c’est Diane Kruger, remarquable en agent double, qui aura droit dans un délicieux démarquage de Cendrillon au fameux plan fétichiste sur ses charmants orteils, c’est irrévocablement Christoph Waltz qui sera filmé de bout en bout avec amour et fascination. Un vrai coup de foudre cinématographique.

On ne peut malheureusement pas en dire autant de la rencontre Quentin Tarantino/Mélanie Laurent. Alors que tous (ou presque) jouent leur partition côté farce, sa froide prestation fondée sur le sérieux et des œillades intempestives plombe singulièrement la plaisanterie. A fortiori, Julie Dreyfus (dans un hommage très appuyé aux traductions simultanées du Mépris de Godard******), fort pimpante et donc, Diane Kruger, étonnante — et il faut l’avouer, remarquablement servie — remportent la palme du glamour et de l’humour, côté dames.

Côté garçons, les inglourious basterds débarquent dans le second chapitre, menés tambour battant par le Da Vinci de la croix gammée, un Brad Pitt quasi défiguré par une mâchoire prognathe et affublé d’un accent à couper au couteau, qui s’auto-parodie allègrement*******. Toutefois, même si son talent n’égale pas celui de Lee Marvin, recruteur de douze salopards pour Robert Aldrich [The dirty dozen_1967], il a l’air de tellement s’amuser à se ridiculiser (une scène anthologique restera toutefois à jamais dans les annales de son CV, soit une interprétation sans rire et sans peur d’un producteur italien dans le texte) qu’on finit par le trouver diablement sympathique… particulièrement dans la mesure où l’équipe des basterds est bien pâlotte et nous fait regretter Cassavetes, Bronson, Sutherland ou Savalas à deux exceptions près.

D’un côté, Til Schweiger, le psychopathe de service, est souverainement hilarant en serial killer d’officiers nazis à ses heures perdues. On s’attendrait presque, dès qu’il croise sa proie favorite, à l’entendre geindre Ich kann nicht! tel M, le maudit/Peter Lorre dans le film éponyme de Fritz Lang_1931. De l’autre, Eli Roth (raffiné réalisateur de Hostel 1 et 2, deux films d’exploitation — torture et perversion — d’une haute portée morale), s’est vu offrir par son petit camarade de jeu le rôle du Bear Jew, le pourfendeur de cranes et assouplisseur de squelettes d’ennemis à coups de battes de baseball. Son jeu très limité et son air frustre font d’autant plus merveille lorsqu’il essaie de se faire passer pour le fameux Antonio Margheriti, réalisateur de films d’horreur gothique et de westerns parodiques (il n’est d’ailleurs que justice qu’un américain emprunte son pseudonyme à un réalisateur qui signa les trois quarts de ses œuvres sous le nom d’Anthony M. Dawson).

Les scènes de chasse au nazillon et cueillettes de scalps, filmées de manière hyperréaliste, évoquent d’emblée le sadisme de certains westerns italiens mais rappellent également Le dernier train du Katanga de Jack Cardiff [Mercenaries ou The Dark of the sun_1968], épopée sanguinaire émaillée de folles bagarres — dont une à la tronçonneuse — et massacres en tous genres, truffée de nazis et de mercenaires bas du front et interprétée par Rod Taylor (ici, en Winston Churchill dans la séquence britannique) et Yvette Mimieux (nom donné au personnage interprété par Maggie Cheung, malheureusement éliminée du montage final********).

Si l’on savoure gaillardement le recrutement de l’agent anglais (Michael Fassbender, tout en nuances et distinction charmeuse), "critique de cinéma dans le civil", la rencontre prévue au sommet entre nos héros et l’agent double permet à Quentin Tarantino de donner à nouveau pleine mesure de ses péchés mignons, bavardages extravagants (en l’occurrence, nos joyeux drilles vont se trouver dans l’ironique obligation de jouer à Qui suis-je ? avec l’ennemi) et suspense sur la continuité. Il étire la scène avec un plaisir narquois alors que le public subodore que tous ces enfantillages ne peuvent s’achever que dans un bain de sang puisque que lors de La grande évasion de John Sturges [The great escape_1963], les excellents Richard Attenboroug et Gordon Jackson nous ont prouvé qu’aussi doués que soient les britanniques en matière d’infiltration ou de langues étrangères, ils finissent toujours par trahir leurs origines anglo-saxonnes par excès de politesse.

Pour jubilatoires que soient ces scènes, Quentin Tarantino pêche par excès de zèle dans les séquences françaises et rate ses effets les trois quarts du temps. Si la première rencontre entre Mélanie Laurent et Daniel Brühl est réussie (outre que la donzelle lui propose, s’il souhaite lever une française d’aller faire un tour du côté de Vichy, leur discussion sur le respect montré en France aux réalisateurs prête à sourire lorsque l’on se remémore les problèmes rencontrés par Henri-Georges Clouzot lors de la sortie de son Corbeau en 1943*********), les séquences suivantes (la rencontre dans un café où la péronnelle lit impunément Le saint à New York de Leslie Charteris et la convocation de ladite à une rencontre surréaliste avec Joseph Goebbels pour la réquisition de son cinéma) sont fort longues et un tantinet laborieuses. Sans parler des échanges entre la demoiselle et son projectionniste d’amant et la description en fanfare du complot qu’elle ourdit : lors de la fabrication du home movie, le jeu médiocre des deux acteurs couplé à un manque total d’alchimie est pour beaucoup dans l’ennui ressenti.

Par contre, la frustration est grande de ne pas assister plus longuement au jeu du chat et de la souris qu’instaure Christoph Waltz lorsqu’il retrouve sa victime… Scènes abandonnées sur la table de montage ? Indice quant à l’effarant twist final ? Impossible d’en juger, à moins qu’un DVD director’s cut ne vienne combler les trous du scénario.

Qui trop recycle finit par lasser et Quentin Tarantino se tire finalement une superbe balle dans le pied. Tout à son enthousiasme (la dernière réplique du film prononcé par Brad Pitt n’est-elle pas : You know somethin’, Utivich? I think this might just be my masterpiece… Gageons qu’il s’agit là d’un pur clin d’œil du bonhomme qui n’est jamais le dernier pour se complimenter), le réalisateur semble parfois se parodier et finit même par s’auto-citer : le fameux bingo! déjà prononcé — et de manière moins cabotine — par Gogo/Chiaki Kuriyama dans Kill Bill). Qu’il apprécie Ennio Morricone (dont il n’a pu obtenir le concours pour cause d’agenda surchargé), personne ne songera à lui en tenir rigueur, qu’il emprunte mélodies et musiques à d’autres films pourquoi pas lorsqu’elles servent le film (pour mémoire, le duel sis dans un jardin japonais enneigé baignant dans un climat surréaliste grâce au Don’t let me be Misunderstood made in Santa Esmeralda ; combat à l’issue duquel d’ailleurs The bride/Uma Thurman scalpe d’O-Ren Ishii/Lucy Liu) mais deux fausses notes parfaitement déroutantes sont pour beaucoup dans la déception qu’est finalement Inglourious basterds qui a une fâcheuse tendance sur sa durée à lâcher les spectateurs en cours de route.

Et Mélanie Laurent en fait malheureusement les frais. Etait-ce une si bonne idée de faire retentir Putting on fire de David Bowie, chanson composée par Georgio Moroder pour le Cat people de Paul Schrader_1982 lors d’un long plan fixe ? Outre que les paroles décalquent immodérément l’épilogue à venir et que la jeune femme vient d’être comparée à la charmante Danielle Darrieux (pardon ?), cet air aux connotations effroyablement eighties rappelle également le jeu instinctif et animal de Nastassja Kinski, soit l’antithèse parfaite de notre actrice mesurée et cérébrale.

Le coup de grâce intervient lors de l’ultime confrontation entre Mélanie Laurent et Daniel Brülh filmée dans un ralenti ridicule qui éteint toute émotion alors que retentit (sacrilège !) la musique qu’Ennio le maestro avait écrite pour Revolver de Sergio Sollima, un des plus beaux fleurons du cinéma italien des années 70 [La poursuite implacable/Blood in the Streets_1973]. On s’attendrait presque à entendre chanter Daniel Beretta…

Et peu importe que le film s’achève sur un morceau de bravoure (que n’aurait pas renié la Carrie de Brian de Palma) et un embrasement qui laisse un goût amer de cendres. La merveilleuse beauté du film en noir et blanc réalisé pour l’occasion (en un ultime hommage à Brigitte Helm) et qui n’en finit pas de brûler fait regretter les faux pas qui parsèment le film.

Reste à imaginer qu’ayant enfin réglé son compte au cinéma tout entier, Quentin Tarantino se libère définitivement de la créature QT qu’il a lui-même contribué à créer et nous offre prochainement une œuvre enfin débarrassée de toutes fioritures.

L’ultime intérêt d’Inglourious basterds est de rappeler à notre bon souvenir Man hunt/Chasse à l’homme de Fritz Lang_1941 où, lors d’une partie de chasse, le héros interprété par Walter Pidgeon capture un bref instant Hitler dans sa ligne de mire et passe le reste de l’histoire à regretter de ne pas avoir tiré.

Et, blague à part, gageons — à toutes fins utiles — que ce brave Hubert Bénisseur des Filles Bath aurait été comblé par le twist final imaginé par Quentin Tarantino, lui qui ne rêvait qu’à une réconciliation des juifs et des nazis à la fin d’OSS117 : Rio ne répond plus de Michel Hazanavicius…

* Si l’on considère Kill Bill 1 et 2 comme un seul et même film et si l’on oublie charitablement sa participation en 1995 au film à sketches Four rooms/Groom service.

** Un bémol cependant se doit d’être apporté concernant l’équipe française (Hormis Denis Minochet tétanisé par Waltz, Mélanie Laurent et Jackie Ido) qui semble très mal à l’aise et peine à s’adapter au ton cartoonesque de l’ensemble… Par excès de cartésianisme n’en doutons pas. Et passons sous silence le "rôle" dévolu à Léa Seydoux…

*** Il va de soi que ce terme est à prendre avec les pincettes nécessaires… n’en déplaise à ceux qui s’offusquèrent il y a quelques mois qu’un "bisseux" comme Jess Franco ait les honneurs d’une rétrospective à la Cinémathèque Française.

**** Ce petit plaisantin de Tarantino affuble de ce patronyme le général britannique interprété par le frétillant Mike Meyers qui n’est pas loin d’avoir retrouvé son mojo.

***** Dans un film intitulé La gloire de la nation, tout un programme ! Le film d’un intérêt confondant — un sniper transforme un quartier en boucherie en tirant comme des lapins les soldats qui l’encerclent — a été réalisé par Eli Roth, déjà responsable de Thanksgiving, une des fausses bandes annonces égayant le double programme Grindhouse de Quentin Tarantino et Robert Rodriguez_2007.

****** En une auto-citation toutefois du rôle qu’elle tenait auprès de Lucy Liu/O-Ren Ishii dans Kill Bill.

******* Brad en profite pour nous servir un peu de réchauffé, lorsque menaçant un soldat d’en appeler au golem, le "Bear Jew", il mâchouille goulument les mots, les yeux emplis de gourmandise, sur le même ton employé pour terroriser Osborne Cox/John Malkovitch dans le Burn after Reading des frères Cohen_2008.

******** Si l’on en croit les rumeurs qui pourraient éventuellement s’avérer exactes puisque le réalisateur lui-même se répand à chaque interview sur la qualité époustouflante du jeu de Maggie Cheung, les scènes auraient été retirées pour ne pas froisser la susceptibilité de la présidente du Festival de Cannes, Isabelle Huppert, envisagée un moment pour le rôle et ayant déclaré forfait pour cause de conflits d’agenda…

********* Faussement accusé de donner une image bien peu reluisante de la France en des temps si cruels où la délation était le sport favori de certains, il sera à la libération frappé d’une interdiction à vie d’exercer son métier et ne devra son salut professionnel qu’à certains éminents confrères comme Jacques Becker ou Henri Jeanson.

© Universal Pictures International France

Inglourious basterds de Quentin Tarantino_2009
avec Brad Pitt, Christoph Waltz, Eli Roth, Diane Kruger, Mélanie Laurent, Michael Fassbender, Til Schweiger, Daniel Brühl, August Diehl, Mike Myers, Julie Dreyfus, Jacky Ido, Denis Ménochet et Rod Taylor

Epilogue en forme de revue de blogs
Reconnaissons que Quentin Tarantino a également le grand mérite de ne laisser personne indifférent et qu’il vaut mieux diviser plutôt que de connaître un règne consensuel.
Parmi les plus dithyrambiques, citons Vincent d’Inisfree, mais également l’enthousiasme délirant de Pascale Sur la route du cinéma, talonnée par Rob Gordon a toujours raison et Sandra M. qui témoigne de son expérience cannoise sur inthemoodforcannes.
Tandis que Kilucru des Irréductibles avoue sa déception, Edisdead de Nightswimming est bien plus circonspect alors que Vierasouto de Cinemaniac s’excuserait presque de ne pas s’être laissée séduire.
Et finalement, sur Buzzmygeek, Chandleyr, plus pragmatique, essaie de ne pas trop bouder son plaisir malgré les infidélités de Quentin Tarantino au script original, qu’il a apparemment eu le loisir de consulter.

LA JOURNÉE DE LA JUPE de Jean-Paul Lilienfeld

In Cinéma, Drame psychologique, France on 23/03/2009 at 00:46

© Rezo Films

Le petit bouffon est mort.

Pour son énième retour au cinéma (ou presque, puisque La journée de la jupe était initialement destiné au petit écran), Isabelle Adjani frappe très fort.

Après avoir éclipsé par son extravagante tenue son metteur en scène et attisé l’imagination du public et les quolibets de la presse lors de la Cérémonie des Globes de cristal en février dernier, elle prouve ici si besoin était, qu’à défaut d’avoir su vieillir gracieusement, son talent d’actrice est intact. Nonobstant, il nous est parfois difficile de supporter la vision de son visage bouffi par les toxines.

Dans le rôle d’un professeur de collège dans une ces banlieues dites sensibles, camée aux antidépresseurs, tentant quoiqu’il lui en coûte d’inculquer un peu de la beauté de la langue de Molière à des élèves récalcitrants, où elle se montre enfin sans fard ni artifice, son évidente implication* et son jeu singulier empreint de théâtralité font tout l’intérêt de La journée de la jupe, qui possède malheureusement les défauts de ses bonnes intentions.

Contrepoint idéal (par son traitement abrupt et mal élevé) au film de Laurent Cantet, Entre les murs, dont il pourrait passer pour le remake nihiliste et claustrophobe, La journée de la jupe (huis clos étouffant d’où sourd une sombre angoisse) a le mérite de poser une foultitude d’excellentes questions — sur l’éducation, l’intégration et les clivages communautaires entre autres — sans prétendre donner de leçons en retour. Toutefois, outre que le téléfilm de Jean Paul Liliefeld souffre d’un manque cruel de moyens, le réalisateur dilue inopportunément son propos (une cartographie de la peur dans nos sociétés actuelles, excellent sujet pour un Dossiers de l’écran particulièrement explosif) dans des intrigues secondaires sans grand intérêt.

La tragédie qui advient du côté des portes cadenassées de cette salle de classe transfigurée en petit théâtre des humiliations quotidiennes est si captivante, troublante, voire surréaliste, que l’agitation venant de l’extérieur paraît comme plaquée. Les violents échanges entre Isabelle Adjani (exaltée et abîmée, occasionnellement triviale) et sa classe de jeunes égarés intolérants, sans autre avenir que celui tout tracé par leurs propres contradictions, auraient mérité de ne pas se laisser phagocyter par une accumulation de clichés : les mésaventures conjugales d’un négociateur au bord de la crise de nerfs (Denis Podalydès, bien falot) et la charge conjointe contre les médias**, des services de l’ordre excités de la gâchette (l’ahurissant Yann Colette, égal à lui-même) et une ménagerie politique aussi méprisante que paternaliste.

Mais Jean-Paul Lilienfeld peut être reconnaissant envers son actrice principale. Cette diablesse d’Adjani parvient à nous émouvoir sans que l’on arrive à déterminer si la tristesse qui nous étreint est inspirée par le destin tragique de son personnage ou la carrière chaotique d’une grande comédienne hantée par son image.

* La mythologie adjanienne est parfaitement exploitée, de ses débuts à la Comédie Française à ses origines kabyles, en cheminant par les dangers de haute solitude d’une starisation poussée à l’extrême
**A noter que Jackie Berroyer est parfait (cela devient une habitude) en chef d’établissement, prompt devant les caméras du journal télévisé à accabler son employée, montrant pour elle le même mépris sexiste que ses élèves manifestent à l’endroit de leurs congénères féminines.

© Rezo Films

La journée de la jupe de Jean-Paul Lilienfeld_2009
avec Isabelle Adjani, Denis Podalydès, Yann Collette, Nathalie Besançon, Khalid Berkouz, Yann Ebongé, Sonia Amori, Kevin Azaïs, Sarah Douali et Marc Citti

L’ENQUÊTE de Tom Tykwer

In Cinéma, Espionnage, Thriller, Tom Tykwer, USA on 16/03/2009 at 04:11

© Sony Pictures Releasing France

Clive et Naomi contre la World Company.

Les médias nous le répètent à tour d’éditos, la banque est devenue le nouveau Satan à combattre… Alors, s’inspirant insidieusement de l’obscène faillite qui a abattu la BCCI* en 1991, Tom Tykwer et son scénariste Eric Singer lancent Louis Salinger, un agent d’Interpol, aux trousses d’une multinationale aux activités fort peu catholiques : blanchiment d’argent, terrorisme, corruption, assassinat, sponsoring de putschs en tous genres…

Effets pervers de la mondialisation, si Lola** se contentait de courir dans les rues berlinoises pour sauver la vie de son bien-aimé, Salinger, lui, cavale de Berlin à New York après un détour par Milan pour achever sa course à Istanbul, et prévoit au passage de sauver le monde des griffes tentaculaires des cyniques qui jouent l’avenir de la planète à coups de prêts revolving.

Et c’est là que le bât blesse…

Manifestement, après une entrée en matière des plus prometteuses, Tom Tykwer n’a pas su choisir entre le traitement sérieux, voire dépressif, d’une enquête chiffrée, minutieuse, quasi-clinique et l’entertainment emballé c’est pesé d’un James Bond ou d’un Jason Bourne***, avec ce que cela implique de scènes d’action rondement orchestrées mais qui se révèlent ici tout aussi invraisemblables que le côté increvable du personnage principal.

Reconnaissons-le honnêtement, le seul intérêt de ce film est son acteur, Clive Owen, dont on apprécie une fois encore le regard perdu et mélancolique de l’intégrité faite homme. Et dès que l’histoire débute, Clive a sa tête des mauvais jours… Il n’y a guère trop de raisons à cela : 1/ c’est bientôt la fin du monde (comme dans Children of men d’Alfonso Cuarón_2006), 2/ sa femme le trompe avec Jude Law – idée saugrenue s’il en est ! – (comme Julia Roberts dans Closer de Mike Nichols_2005), 3/ il vient de se rendre compte que le scénario est cousu de fil blanc ou 4/ qu’il ne couchera pas avec Naomi Watts (la pauvrette en est réduite à jouer les utilités), ce qui peut définitivement déprimer un homme n’en doutons pas… Merci de rayer les mentions inutiles.

Ajoutons à cela des scènes de poursuites effarantes où le bouillant Salinger — ex-Scotland Yard, fils caché de Sherlock Holmes (car médecin légiste à ses heures perdues) et héritier spirituel de Colombo (pour l’imper craspec) — se balade placidement pistolet en main dans les rues milanaises ou turques sans que cela émeuve les figurants qui le cernent… Et n’oublions pas les dialogues d’un ridicule achevé (pour ceux qui souhaitent creuser plus avant et rire un peu, rendez-vous sur la route du cinéma) et une interprétation ad hoc.

Outre la Naomi qui essaie vainement de participer, le spectateur a la joie de voir débarquer Armin Mueller-Stahl, son partenaire dans Eastern Promises de David Cronenberg_2007 (inutile que les femmes rêvassent, il n’y avait pas de scène de hammam prévue au contrat de Clive Owen…), qui se plait depuis Music Box de Costa Gavras_1990 à jouer les affreux de service dès que l’occasion lui en est offerte. Ici, en ex-crapule de la Stasi, l’acteur paraît bien las et assure le minimum syndical… Gloussements assurés devant la scène de "retournement" où ce grand naïf de Salinger en appelle à son idéal communiste.

Le grand manitou est interprété par Ulrich Thomsen (bien plus incisif en fils abusé dans Festen de Thomas Vinterberg_1998), tellement transparent en tête froide et condescendante de l’hydre financière qui nous contrôle, nous ment et nous spolie qu’il nous faut nous forcer pour y croire un peu… et éviter de s’esclaffer lorsque survient le dénouement, d’une féroce stupidité.

Le comble du copier-coller intervient lors d’un morceau de bravoure**** d’une gratuité exemplaire, soit la destruction du musée Guggenheim, éparpillé façon puzzle, par une bande de sagouins armés jusqu’aux dents et Salinger (jamais en reste quand il s’agit de faire le coup de feu) qui rappelle la cacophonie d’un Shoot’Em up***** de sinistre mémoire et rompt totalement avec une mise en scène certes un peu prévisible mais nettement plus sinueuse et discrète.

Il est en conséquence plus que temps de retirer tout flingue à Clive Owen et de le remettre à la roulette****** !

* Bank of Credit and Commerce International, fondée en 1972 et basée au Pakistan
** Lola rennt/Cours, Lola, cours de 1999 avec Franka Potente
*** Clive Owen se fait d’ailleurs abattre par Matt Damon au cours d’une bucolique et haletante chasse à l’homme dans La mémoire dans la peau/The Bourne Identity de Doug Liman_2002, premier épisode des aventures de Jason Bourne
**** Vraie fausse bonne idée que cette fusillade en règle. Il est d’ailleurs étonnant de voir cette scène mise à l’honneur sur l’affiche originale, induisant ainsi le spectateur en erreur par la présence aux côtés de Clive Owen de l’interprète féminine, totalement absente du massacre.
***** Cartoon bruyant de Michael Davis_2007 avec Clive Owen, Paul Giamatti et l’inénarrable Monica Bellucci
****** Comme dans le remarquable Croupier de Mike Hodges_1999

© Sony Pictures Releasing France

L’enquête/The international de Tom Tykwer_2009
avec Clive Owen, Naomi Watts, Armin Mueller-Stahl, Ulrich Thomsen, Jack McGee et Victor Slezak

WATCHMEN de Zack Snyder

In Action, Cinéma, Comic, USA on 09/03/2009 at 03:20

© Paramount Pictures France

Souriez, vous êtes périmés.

1985… Alors que la Grande Bretagne ploie sous le joug thatchérien, le monde est stone dans l’univers parallèle sorti de l’imagination de ce sacré misanthrope d’Alan Moore – grand démolisseur de super héros devant l’éternel – et de son complice Dave Gibbons. Le temps a suspendu son vol à minuit moins cinq sur l’horloge de l’apocalypse et tous espèrent que les leaders des deux super puissances cessent de jouer à je te tiens tu me tiens par la centrale nucléaire.

Car dans cet univers alternatif, la guerre froide est d’actualité, les gros états désunis ont gagné au Vietnam et voilà que Tricky Dick Nixon (interprété par Robert Wisden grimé comme le casting de Dick Tracy de Warren Beatty_1990, et affublé du nez de notre Depardieu national) en est à son cinquième mandat — après avoir balayé d’un ricanement ces deux hurluberlus de Bernstein et Woodward — inévitablement flanqué de Kissinger et d’une soldatesque de la table ronde directement inspirée des joyeux drilles qui folâtraient dans le Dr Strangelove de Stanley Kubrick_1964.

Comment ce cauchemar a-t-il débuté ? Par un stupide incident au cours duquel un scientifique (Billy Crudup, jumeau de Jim Caviezel, en moins christique) totalement désintégré s’est réincarné tel le phœnix en une mystérieuse créature translucide, dotée de pouvoirs extraordinaires : régénération, don de seconde vue, roi de la téléportation (le capitaine Kirk et son pote Spock peuvent garder leurs pyjamas), sorte de grand Schtroumpf exhibitionniste plus connu sous le pseudonyme de Dr Manhattan et dont le gouvernement va faire son arme d’intimidation massive favorite*…

A ce vrai super héros hyper sensible (car sous toute cette électricité bat un petit cœur romantique et naissent de hautes pensées d’idéal et de fraternité), qui finira d’un pet par s’exiler sur Mars pour y créer des petits joujoux en 3D, va s’adjoindre une bande de loufdingues névrosés aux âmes de justicier, adeptes du déguisement louche et du second degré douteux. Inutile de préciser qu’ils sont tous assis à l’extrême droite d’Attila** et que leurs convictions feraient passer Dirty Harry pour un aimable gauchiste.

Ainsi Le comédien (Jeffrey Dean Morgan, clone du Javier Bardem version mocheté de Perdita Durango de Álex de la Iglesia_1997), rigolard tout en dents, est-il avant tout invétéré fumeur, alcoolique, séducteur du genre bondage, assassin à l’occasion, toujours prompt à en découdre sauvagement avec les pacifistes et a une manière toute personnelle d’échapper aux recherches en paternité… En bref, ce dégénéré est fondamentalement super infréquentable. Alors que l’affreux se fait dégommer dès le début du film, les miaulements suaves de Nat King Cole susurrant son Unforgettable en guise d’oraison funèbre, on se dit qu’il ne va pas être super regretté… Et pourtant, c’est ce meurtre qui va pousser ses anciens compagnons à sortir de la retraite où les a confinés une loi inique votée par un gouvernement ingrat.

Rorschach (excellent Jackie Earle Haley, remarqué en pédophile dans Little children de Todd Field_2007), un résidu de fausse couche, laid comme un pou et total sociopathe se camouflant sous un masque arborant le fameux test (gare à quiconque essaie de le regarder dans les taches, c’est le haut-le-cœur assuré), aurait pu comme tous les garçons méprisés par leur mère, devenir serial killer ; il a préféré faire vigilante par haine de la barbarie. Son sens de la justice expéditive ferait passer Charles Bronson pour un petit chanteur à la croix de bois. Doté d’un sens de la répartie qui tue et d’un sang-froid à toute épreuve, il se révèle surtout à l’usage super suicidaire.

Tout à sa super théorie du complot, il s’en va réveiller Hibou junior (le très mollasson Patrick Wilson***), être veule et gris, étouffé par la flamboyance de son paternel (Stephen McHattie) et plus préoccupé par sa libido que par l’idée de reprendre le flambeau. Le fiston étant une super pucelle, quel n’est pas son bonheur lorsqu’il est contacté au même moment par Le Spectre Soyeux seconde génération (Malin Akerman****, guère à son aise), fille de la super hot Sally (Carla Gugino, divine, mais que l’on voit trop peu) et accessoirement amante du Dr Manhattan.

Cette super gourdasse, renonçant à une folle nuit en compagnie des clones que son cher et tendre a créé pour s’occuper de son fameux Spectre, ne trouve rien de mieux que de se lancer à l’assaut de l’oisillon (dont les rêves mouillés mettant en scène roulage de patin sur fond de champignon atomique valent leur pesant de neutrons !) tout revigoré après un rendez-vous galant. Au programme : destruction à coup de tatanes des squelettes d’une bande d’ignobles, sauvetage d’un immeuble en flammes d’une armée de travailleurs clandestins… Bref, la routine…

Le club des gais lurons (nous tairons ici ce que cet homophobe d’Hancock de Peter Berg_2008 pense des garçons en collant) ne serait pas complet sans Ozymandias, (Matthew Goode*****), Adrian Veidt dans le civil, blondinet aux yeux bleus ressemblant à s’y méprendre à Siegfried sans son Roy, fasciné par la grandeur pharaonique de Ramsès, un joli garçon tout simple en somme, homme d’affaires sournois et super mercantile … Accompagné d’un bestiau qu’il nomme sa beauté, l’Adrian, secoué de pulsions destructrices, se la joue de préférence super zoophile pour qui la fin justifie les moyens…

Et tout ce beau monde de nous être présenté en détail : leurs blessures d’enfance, leurs (basses) œuvres, leurs problèmes psychologiques, leurs espoirs, leurs dépendances, leurs hantises, leurs (à) côtés humains, trop humains lorsque leurs masques tombent… Sans compter que flotte sur cette aventure un parfum de nihilisme exacerbé par les ruines de Ground Zero******.

Si l’on en croit les connaisseurs et amoureux du roman graphique de Moore et Gibbons, Zack Snyder a rempli son contrat. Succédant aux essais avortés de Terry Gilliam, Darren Aronofsky ou Paul Greengrass, la fidélité du script et le respect avec lequel il a abordé le comic ont été unanimement loués. On peut cependant rêver à ce qu’auraient apporté l’imagination délirante de l’ex-Monty Python ou le sens du rythme du réalisateur des aventures de Jason Bourne, mais force est de reconnaître que l’on ne s’ennuie pas une seconde lors des trois heures que dure le film.

Bien sûr, Zack Snyder (qui ne peut s’empêcher de s’autociter en un rapide clin d’œil à 300, inénarrable reconstitution de la bataille des Thermopyles orchestrée par des spartiates postillonneurs aux muscles hypertrophiés) ne peut résister à ses péchés mignons : ralentis intempestifs, effets spéciaux envahissants, mauvais goût assumé, scènes de sexe d’un ridicule achevé (ah ! cette obsession des pectoraux sculptés et fessiers rebondis…). Mais un humour noir de très bon aloi baigne toute cette tragédie à ne pas trop prendre au sérieux, sous peine de dépression immédiate.

La bande originale offre un regard distancié sur les événements et achève d’emporter notre adhésion à cette histoire pleine de bruit et de fureur qui signifie beaucoup et plus amusante qu’il n’y paraît (notamment lorsque notre chouette trouve enfin le mode d’emploi de la Soyeuse et que le Hallelujah de Leonard Cohen retentit. Ces deux-là forment le couple de super héros le plus affligeant depuis Batman et Robin !).

Réalisé dans de superbes décors signés Alex McDowell (The Crow de Alex Proyas_1994, Crying Freeman de Christophe Gans_1996, Fight Club de David Fincher_1999 ou encore Minority report de Steven Spielberg_2002), le film bénéficie d’un somptueux générique, bourré jusqu’à la gueule de références de toute beauté, bercé par The times they are A-changin’ de Bob Dylan où le réalisateur******* condense vingt années de super héroïsme parfaitement illégitime et déglingue allègrement les mythes entre crimes crapuleux, corruption généralisée, suicides et peoplisation effrénée.

Et pour les néophytes, l’auteur de ces lignes (qui va se plonger avec délices dans les 12 chapitres du comic) ne saurait trop leur conseiller de se délecter également du reader’s digest hilarant de Pascale sur la route du cinéma qui leur permettra de mieux appréhender les méandres de ces troublantes chroniques des justiciers (dé)masqués…

* Ainsi, le géant bleu ira-t-il humer l’odeur du napalm au petit-déjeuner (Hélicos d’Apocalypse now et les Walkyries de Wagner de rigueur) et verra-t-il les Việt Cộngs se prosterner devant sa mâle assurance… en l’occurrence un slip Eminence poutres apparentes porté pour l’occasion. Il faut effectivement préciser que si ce bon docteur se balade la plupart du temps dans le plus simple appareil, il a une certaine tendance à se ridiculiser dès qu’il sort dans le monde, augmentant l’obscénité de sa condition inhumaine en portant caleçon ou costume trois-pièces…
** Rendons à César… La formule est de John Carpenter (Interview dans les bonus DVD d’Escape from NewYork_1981)
*** Remarqué en pédophile (décidément !) visqueux dans Hard candy de David Slade_2006 en mari infidèle et lâche irrévocablement séduit par Kate Winslet dans Little children de Todd Field_2007 et en voisin velléitaire terrorisé par Sam Jackson dans Lakeview Terrace de Neil LaBute_2008)
**** Découverte en femme très imparfaite de Ben Stiller dans le film des Farrelly, La femme de ses rêves/The Heartbreak Kid_2007 et totalement méconnaissable ici sous sa moumoute
***** Vu en brun dans Match Point de Woody Allen_2005 mais quelle fille normalement constituée remarquerait un grand dadais quand Jonathan Rhys-Meyers croise dans les parages ?
****** Watchmen éclaire d’un jour nouveau la destruction de Manhattan, et nous révèle incidemment la véritable identité de l’assassin de John F. Kennedy. Et non, ce n’était pas un mari jaloux…
******* Secondé par la société yU+Co. Le générique peut être visionné sur YouTube

© Paramount Pictures France

Watchmen – Les Gardiens/Watchmen de Zack Snyder_2009
avec Jackie Earle Haley, Patrick Wilson, Matthew Goode, Billy Crudup, Malin Akerman, Carla Gugino, Stephen McHattie et Jeffrey Dean Morgan

GRAN TORINO de Clint Eastwood

In Cinéma, Drame, Thriller, USA on 01/03/2009 at 15:33

 

© Warner Bros. France

Go ahead, Mr Eastwood, make my day.

Excellente nouvelle pour tous les Clintophiles, son dernier opus — véritable film-somme — est à hurler de rire. Le papy indigne (78 ans au compteur quand même) s’est offert le rôle gratiné de Walt Kowalski, vétéran aigri de la guerre de Corée, veuf misanthrope au langage ordurier, qui lui permet de parodier intelligemment les "héros" qui ont fait sa gloire ou son infamie, allant de l’implacable tueur désespéré d’Unforgiven_1992 (qui reprenait goût au bonheur grâce à l’amour d’une prostituée défigurée) à L’inspecteur Harry (le get off my lawn de Kowalski vaut bien le make my day* du Dirty Harry immortalisé par Don Siegel en 1971) en passant par cette baderne de Maître de guerre_1986 (Kowalski remplace néanmoins les pompes guerrières et exercices martiaux par des travaux d’intérêt général en envoyant son petit soldat retaper les maisons du quartier), tout en évitant soigneusement le pathos qui engluait les dernières scènes de son Million Dollar baby_2005.

Nonobstant, Gran Torino, tout en rendant un bel hommage à tous les émigrants qui ont bâti et contribué à la grandeur des Etats-Unis, est également un gros glaviot balancé en pleine poire de l’Amérique blanche triomphante, raciste, va-t-en guerre et ultra-conservatrice, qui a déjà bien failli avaler son extrait de naissance en voyant Barack Obama entrer à la Maison Blanche…

Accessoirement, Clint Eastwood en profite pour régler définitivement ses comptes avec une carrière schizophrénique et les personnages hauts en couleurs et très ambivalents qu’il n’a jamais hésité à incarner avec un enthousiasme qui lui attira, tout au long de sa vie professionnelle, l’ire des censeurs de tous poils oubliant généreusement que le bonhomme — grand masochiste devant l’éternel — n’a jamais été le dernier à se flageller (au propre comme au figuré) et que même dans ses films les plus extrémistes, les dames y ont souvent eu le dernier mot (tout le casting féminin de The Beguiled de Don Siegel_1970, Sondra Locke dans The Gauntlet_1977 et Sudden impact_1983 ou la délicieuse Geneviève Bujold dans Tightrope de Richard Tuggle_1984, entre autres**).

Ici, son vieux gâteux sombrant dans l’alcoolisme, confit dans la haine, le remords et les regrets, n’a plus d’autre interlocutrice qu’une vieille chienne, sourde comme un pot, ce qui explique que la pauvre bête ne lui ait pas encore sauté à la gorge à l’écoute de son énième radotage sur les étrangers qui ont envahi sa banlieue chérie (Gran Torino offre également un point de vue unique sur une communauté mal connue fréquentée par le scénariste, Nick Schenk, les Hmongs***) ou la médiocrité de ses enfants, traitres à la patrie et à la mémoire de leur père puisqu’ils n’hésitent pas à s’exhiber dans des voitures japonaises à Détroit, capital américaine de l’automobile, berceau des usines Ford d’où est sortie la Gran Torino qui fait sa fierté de mécano.

L’ancien en rajoute dans le bougonnement rauque, le crachat, l’insulte, l’aparté, bref il est bon pour le cabanon… et c’est bien ce que songe le cancer qui le ronge. Ses échanges fleuris avec ses camarades de chambrée (coiffeur italien ou chef de chantier irlandais), outre qu’ils rappellent une époque pas si lointaine où les émigrés européens, après avoir massacré les gens du cru, se battirent comme des chiffonniers pour le partage du territoire, ne sont pas moins absurdes que les rites d’initiation des gangs (Il est d’ailleurs relativement jouissif pour le vieux grigou d’apprendre que sa guimbarde fait l’objet de toutes les convoitises****) et font passer Harry Callahan pour un enfant de chœur*****.

Suite à un accès de forte méchante humeur où il fait fuir une troupe de malfaisants, sauvant bien involontairement la mise au jeune garçon de la maison voisine, il voit sa triste existence bientôt envahie par un espoir de bonheur, de partage, de rédemption et de respect mutuel grâce aux émigrés Hmong qui l’encerclent désormais. L’ancêtre étant toujours fort sensible aux charmes de la gente féminine******, il n’est pas chose malaisée à la sœur aînée, Sue (parfaitement intégrée, possédant en sus d’un fort joli minois un solide sens de l’humour et de la répartie cinglante) de faire sa conquête, ni aux membres de la communauté de le corrompre grâce à une nourriture aux parfums plus subtils que le bœuf séché dont il a fait son ordinaire depuis la mort de son épouse.

Evoquant tour à tour le Charles Bronson******* de Death Wish de Michael Winner_1974 (notamment lorsque voulant sauver Sue cernée par trois membres d’un gang afro-américain qui ont pris à parti son compagnon, jeune blanc-bec stupide ayant adopté leurs tics de langage, il leur mime un flingue de la main avant de brandir une arme véritable) ou le John Wayne de The cowboys de Mark Rydell_1972, film dans lequel le grand héros américain apprenait à une bande de jeunes morveux à devenir des hommes, des vrais, le réalisateur enfonce à nouveau le clou qui blesse, confirme et signe.

Il n’a jamais été l’héritier de John Wayne. Comme Sergio Leone le faisait remarquer en rigolant, l’homme sans nom de ses westerns était parfaitement capable de tirer dans le dos de ses semblables et de n’en éprouver aucun remords. Inversement au choix du The Shootist/Le dernier des géants_1976 où son vieil ami Don Siegel offrait à la star atteinte d’un cancer une fin digne de sa légende, Clint Eastwood décide que son Walt Kowalski mérite de soigner sa sortie en faisant la nique à sa famille qu’il méprise, au jeune prêtre qui le poursuit de ses assiduités et dont il botterait bien le cul pour avoir eu autant "d’intimité" avec sa chère et tendre lors de la maladie qui l’a emportée (ne lègue-t-il pas sa maison à l’église juste histoire d’être jusqu’au bout un père indigne ?), à son créateur et aux spectateurs qui attendent impatiemment que l’infâme retraité révolvérise toutes les terreurs du quartier.

Devenu un vestige dans une Amérique de flingueurs arrogants à bout de souffle, Eastwood le dinosaure tourne le dos à ses démons, s’efface élégamment en protégeant l’avenir de la nouvelle génération (contrairement aux lardons du film de Mark Rydell qui atteignaient le rang d’homme par un crime de sang) et raccroche les gants. Définitivement ? Well, what do ya think, punk ?

* Go ahead, make my day est la proposition faite par Harry Callahan, héros de Sudden Impact réalisé en 1983 par Clint Eastwood, au complice des deux braqueurs d’une cafétéria qu’il vient d’abattre. Dialoguiste : Joseph C. Stinson

** Sans oublier la vénéneuse Jessica Walter qui manque lui faire la peau dans son second film, Play Misty for me_1972 et, dans un registre délibérément comique, Shirley MacLaine dans Two mules for sister Sara de Don Siegel_1970 où l’actrice déguisée en nonne fait tourner en bourrique le cow-boy mal dégrossi luttant contre ses idées libidineuses qu’incarne un Eastwood totalement dépassé

*** Pour avoir, de gré ou de force, combattu aux côtés des envahisseurs français et américains lors des guerres d’Indochine et du Vietnam, les Hmongs, montagnards originaires du Laos, sont aussi honnis et méprisés que les Harkis et comme eux, ont souffert de l’ingratitude des démocraties auxquelles ils se sont alliés. Ceux qui souhaitent parfaire leurs connaissances sont invités à lire l’excellent — mais éprouvant — témoignage de Cyril Payen Laos, la guerre oubliée (Editions Robert Laffont_2007)

**** Dialogue extrait d’Il buono, il brutto, il cattivo de Sergio Leone_1966. Scénario d’Age & Scarpelli.
Man With No Name : You see, in this world there’s two kinds of people, my friend: Those with loaded guns and those who dig. You dig.
Comme l’homme sans nom, Walt Kowalski estime que le monde se divise en deux : les émigrés européens, qui possèdent éventuellement une Ford Gran Torino, et la nouvelle génération de réfugiés — latinos, asiatiques — qui essaient de la lui piquer.

***** Dialogue entre Harry Callahan, son nouveau co-équipier d’origine mexicaine (incarné par Reni Santoni) sous l’œil sardonique d’un collègue (interprété par John Mitchum), extrait de Dirty Harry de Don Siegel_1971. Scénario de Harry Julian Fink, Rita M. Fink et Dean Riesner.
Gonzales : There is one question, Inspector Callahan: Why do they call you "Dirty Harry"?
De Georgio : Ah that’s one thing about our Harry, doesn’t play any favorites! Harry hates everybody: Limeys, Micks, Hebes, Fat Dagos, Niggers, Honkies, Chinks, you name it.
Gonzales : How does he feel about Mexicans?
De Georgio : Ask him.
Harry Callahan : Especially Spics.
La longue litanie raciste de Walt Kowalski finit par faire rire devant tant d’obstination crétine et fait songer au fameux sketch de l’irascible comique Lenny Bruce, que l’on peut entendre dans le biopic que Bob Fosse lui a consacré en 1974 — Lenny — où il est interprété par Dustin Hoffman, d’après un scénario de Julian Barry.

****** Clint Eastwood, tout émoustillé par le charme ravageur de sa jeune actrice, l’exquise Ahney Her, nous offre en prime son sourire de grand gala en rappel savoureux du vieux séducteur impénitent incarné par Donald Sutherland, un des héros cacochymes de son Space cowboys_2000

******* Une autre scène évoque à nouveau Charles Bronson, à qui Sean Penn offrit en 1991 un de ses plus beaux rôles dans son superbe The indian runner, où veuf dépressif il appelle son fils aîné avant de se suicider. La différence est de taille : l’amour filial indéfectible qui lie les protagonistes du film de Penn (acteur pour Eastwood dans le crépusculaire Mystic river_2003, tragédie familiale hantée par les remords et les trahisons) qui fait totalement défaut ici, excepté de manière détournée, lorsque Walt Kowalski décide de prendre sous une aile paternelle quelque peu handicapée le jeune asiatique qui héritera de ses seuls biens, sa voiture et son clébard
Source des dialogues : IMDb

© Warner Bros. France

Gran Torino de Clint Eastwood_2009
avec Clint Eastwood, Bee Vang, Ahney Her, Geraldine Hughes, John Carroll Lynch, Cory Hardrict, Ashley Kowalski, Dreama Walker et Doua Moua

 

BELLAMY de Claude Chabrol

In Cinéma, Comédie dramatique, France, Polar on 01/03/2009 at 11:47

© TFM Distribution

Bel ennui.

Le cinéma de Claude Chabrol n’est jamais aussi bon que lorsque le réalisateur décide d’être cruel avec ses personnages.

Las, avec Bellamy, rôle taillé sur mesure pour Gérard Depardieu à qui il prête certains traits de leurs caractères respectifs (l’amour de la bonne bouffe, des vignobles, des dames… et l’horreur des voyages), le pourfendeur de la bourgeoisie provinciale s’est sacrément adouci (du moins en apparence, son film étrange s’achevant dans une noirceur des plus misanthropes…) et finit par ennuyer* avec une mise en scène poussive, à l’image de son commissaire aux neurones ralentis par la lumière trop crue du soleil nîmois et un physique somme toute aux proportions effarantes…

Le cœur n’a plus l’air d’y être et l’on se fiche comme d’une guigne (et Chabrol aussi sans doute aucun) de savoir qui a tué quoi et pour qui dans cette invraisemblable histoire d’arnaque à l’assurance. Certes, ce diable d’homme filme avec tendresse l’extravagante carcasse de Gérard Depardieu (bien loin de son interprétation en roue libre dans Diamant 13 de Gilles Béhat. Manifestement, le Gégé est content d’être là, c’est déjà ça !) et réussit à nous faire aimer son personnage, gros matou priapique, jaloux et égoïste. Ce n’est pas le moindre de ses talents… Par contre, on a parfois la sensation que le film a été tourné durant la digestion de l’équipe tant le rythme est mou, sans atteindre toutefois le mystère et la perversité qui transparaissent dans le jeu de Bruno Cremer, monumental commissaire Maigret télévisuel auquel le film rend indirectement hommage (le film est dédié à deux Georges, Brassens et Simenon).

Tout occupé à cadrer sa grosse bête envahissante, le réalisateur en oublie les comparses… et si l’acteur, plein de délicatesse, offre l’opportunité de briller à ses imposants côtés à l’exquis casting féminin, il n’en est pas de même pour les garçons qu’il étouffe allègrement. Clovis Cornillac, tout en aigreur avinée, essaie vainement d’exister face au facétieux couple Bunel/Depardieu et Jacques Gamblin (dans un triple rôle, quelle folie !) se perd sous ses masques divers et sombre dans l’hystérie et le parlé faux.

Les dames donc, comme toujours chez Claude Chabrol, s’en sortent finalement beaucoup mieux, à des degrés divers. Les deux Marie, Bunel et Matheron, nous offrent chacune une partition sans faute. Vahina Giocante, superbe, tente de renouveler son personnage de tentatrice mais se fait allègrement voler la vedette par une Adrienne Pauly, acide et excentrique (dans le rôle de Claire Bonheur… comment rater une interprétation avec un patronyme pareil !).

Ajoutons à cela une scène de plaidoirie qui vire à l’absurde (Rodolphe Pauly n’y pousse-t-il pas la chansonnette pour faire acquitter son client et accessoirement assassiner Brassens ?) et l’on regrette que Claude Chabrol, pépère entouré de sa petite famille**, nous ait refilé un de ses films de vacances réalisés sans trop d’efforts.

* Certains spectateurs se sont d’ailleurs laissés aller à une douce torpeur un tantinet bruyante, la faute sans doute aux fauteuils moelleux du Gaumont Opéra…
** Comme à son habitude, il a confié le sort musical de son dernier opus à son fils aîné Matthieu, le cadet, Thomas, fait une apparition éclair et — pince-sans-rire — crache sur la Star Ac’. De plus, la scénariste et dialoguiste Odile Barski est incidemment la maman des petits Pauly… N’en jetez plus !

PS. Les inconditionnels peuvent retrouver le Chabrol des grands jours dans une série d’interviews orchestrées par AlloCiné : Claude Chabrol juge ses 50 ans de cinéma !

 

© TFM Distribution

Bellamy de Claude Chabrol_2009
avec Gérard Depardieu, Clovis Cornillac, Jacques Gamblin, Marie Bunel, Vahina Giocante, Marie Matheron, Adrienne Pauly, Maxence Aubenas, Yves Verhoeven et Rodolphe Pauly

UNDERWORLD 3 : LE SOULÈVEMENT DES LYCANS de Patrick Tatopoulos

In Action, Cinéma, Fantastique, USA on 01/03/2009 at 00:24

© SND

Chiens galeux.

Le soulèvement des Lycans est le troisième chapitre de la saga Underworld mais précèdent, dans l’histoire, les deux opus signés Len Wiseman…

Nonobstant, si nous faisions connaissance de Sélène (la croquignolette Kate Beckinsale revêtue de latex, look total dominatrice), redoutable guerrière vampire et de ses charmants complices dans le premier épisode (2003), la trahison de son clan par la perfide qui se permettait au cours du film de tomber raide dingue d’un blondinet fadasse (Scott Speedman, aussi tartignolle qu’à l’ordinaire*) donna lieu à un second long-métrage, Underworld 2 Evolution_2006 toujours réalisé par Wiseman (époux de la jolie dame) où vampires et lycanthropes se lançaient comme un seul homme à la poursuite du couple maudit accusé de vouloir abâtardir leurs races.

Au cours de sa crise d’adolescence, la belliqueuse et ingrate Sélène apprenait à ses dépens l’histoire de sa "famille" par la grâce d’un flashback moyenâgeux sis en terres vampiriques, qui tentait d’expliquer en moins d’un quart d’heure les us, coutumes, crimes et châtiments préexistant aux rapports haineux qu’entretenaient désormais les deux personnages principaux : Viktor, le plus ancien des vampires et Lucian, lycanthrope dans le civil. Au final, le leader des loups-garous n’avait eu que le tort de se permettre quelques privautés sur la fille du suceur de sang sans que la damoiselle n’y trouve à redire… au grand dam du papa outré !

Pour ceux qui avaient raté le début ou n’avaient pas tout compris, une escouade de producteurs (pas moins de dix, dont Kevin Grevioux, également scénariste et acteur**) ont estimé nécessaire d’étirer en une heure et demie une malheureuse chronique tenant sur un médaillon et ont offert la réalisation au responsable des effets spéciaux et créateur des fameux Lycans, Patrick Tatopoulos qui, s’il n’est pas manchot question décoration (Se détachent notamment sur son CV Dark City d’Alex Proyas _1998, Pitch Black de David Twohy_2000 ou Silent Hill de Christophe Gans_2006) a encore des progrès à faire en matière de direction d’acteurs…

Place donc au conflit originel où s’affrontèrent canines aiguisées et chiens enragés. Qui pourra peut-être intéresser tous ceux qui ne connaissent pas la saga… Car les autres en seront quelque peu pour leurs frais question suspense et nouveauté puisqu’ils savent déjà pertinemment que ce malfaisant de Viktor, écœuré par leur union contre-nature, n’a pas hésité à condamner sa propre fille à être brulée vive par la lumière du jour sous les yeux de son amoureux velu…

Certes, les décors sont magnifiques (le film a été réalisé en Nouvelle Zélande et le directeur artistique, Dan Hennah, a fait ses classes avec Peter Jackson), les responsables des effets digitaux et marionnettistes de tous poils s’en sont certainement donnés à cœur joie à animer toutes les bestioles hystériques qui passent leur temps à festoyer de tendres chairs mais le spectateur s’ennuie ferme… Il n’y a guère de souffle épique dans ce soulèvement d’esclaves (et oui ! Lucian n’est pas un animal, Lucian est un lycan libre et entend le faire savoir à ses maîtres, dut-il croquer du vampire jusqu’à la fin de ses jours…) et le couple d’amants Lucian/Sonja — interprété par un Michael Sheen*** chevelu et une Rona Mithra impavide — est aussi charismatique qu’une armée d’endives.

Le grand gagnant reste encore et toujours cette vieille goule de Viktor. L’interprétation de Bill Nighty****, mal absolu en pleine décrépitude, est bien la seule chose intéressante à sauver de ce salmigondis.

* Il disparaît littéralement face à Kurt Russell dans le Dark Blue de Ron Shelton_2003 ou Willem Dafoe dans Anamorph d’Henry Miller_2007… Dans Underworld, le fait que la Kate n’en fasse pas immédiatement son quatre-heures est uniquement du à une blague des scénaristes.
** Acteur à la voix caverneuse et d’une stature impressionnante, il interprète Raze, humain contaminé et premier lieutenant de Lucian.
*** Tony Blair dans The Queen de Stephen Frears_2006, c’était lui aussi… c’est dire s’il fait envie…
**** Inoubliable patron de presse dans la remarquable série créée par Paul Abbott en 2003, State of Play, impayable en Davy Jones chez Gore Verbinski : Pirates of the Caribbean 2 : dead man’s chest _2006, il ne faut pas non plus rater ses participations aux deux films d’Edgar Wright, Shaun of the dead_2005 et Hot Fuzz_2007.

© SND

Underworld 3 : le soulèvement des Lycans/Underworld : Rise of the Lycans de Patrick Tatopoulos_2009
avec Michael Sheen, Bill Nighy, Rhona Mitra, Andreas Tanis, Steven Mackintosh, Kevin Grevioux, David Ashton et Alex Carroll

THE WRESTLER de Darren Aronofsky

In Cinéma, Drame, USA on 23/02/2009 at 00:21

© Mars Distribution

La passion de Mickey.

Un film qui s’achève par un générique bercé par la voix de Bruce Springsteen* ne peut décidément pas être mauvais.

Il n’est guère innocent que le film (gore) de Mel Gibson, The passion of the Christ_2004 soit évoqué dans le dernier opus de Darren Aronofsky. Le réalisateur ne sort-il pas du purgatoire où l’ont plongé les critiques assassines et le flop (injustifié, au vu des dithyrambes que récolte aujourd’hui le dernier film ampoulé de David Fincher) de The fountain  ? Et l’acteur qu’il a choisi (on n’ose imaginer ce qu’aurait été The wrestler interprété par ce grand cabotin de Nicolas Cage) pour filmer sa résurrection n’entame-t-il pas lui aussi son propre chemin de croix vers une consécration méritée ?

Après une radiographie de l’Amérique junkie (dans Requiem for a dream_2001), Darren Aronofsky filme aujourd’hui les laissés-pour-compte du grand rêve américain et de la société du spectacle en s’immergeant au cœur même d’une drôle de confrérie, celle des catcheurs professionnels… Mais fi des stars et des grands matchs retransmis par la World Wide Wrestling Federation (dont les fleurons restent Dwayne The Rock Johnson ou Hulk Hogan qui poursuivent tous deux une carrière à Hollywood) et place aux petits, aux sans-grades, aux obscurs.

Le réalisateur s’attache ici à décrire la survie d’un vétéran qui fut célèbre lors des fameuses années don’t worry be happy (Bobby McFerrin_1988) et qui, par manque de talent, d’opportunité ou d’intelligence, ne sut se reconvertir et continue désormais, avec ses compagnons d’infortune, à se produire pour le bonheur de ses fans sur des rings ressemblant plus à un abattoir qu’à une salle de sport. Certaines scènes de combat, d’une violence inouïe, en disent fort long sur le dolorisme latent de ces modernes gladiateurs qui n’hésitent pas à s’automutiler pour assurer un spectacle digne de ce nom (ainsi, après une joute à l’agrafeuse, le dos de notre héros portera-t-il les mêmes stigmates que le Pale rider d’un certain Clint Eastwood, autre grand masochiste devant l’éternel).

Ironiquement, c’est justement en (affable, voire impayable) boucher que le pathétique héros de The wrestler se déguise, la journée venue, pour subsister, payer le loyer de son misérable mobil home, s’offrir de temps en temps une lap dance et acheter anabolisants, calmants et autres substances parfaitement illicites lui permettant de contrôler un corps devenu récalcitrant avec l’âge.

Et parlons-en de ce corps. Celui de Randy The Ram* Robinson dont le nom ressemble à un pseudo. Ça tombe bien, c’en est un : sa véritable identité est Robin (comme le petit copain de Batman) Razinski et n’a pas l’heur de plaire à son propriétaire. La consonance ne verse certes pas du côté "mâle yankee"… D’ailleurs, dans ce milieu shooté à la testostérone, les catcheurs ressemblent au mieux à Attila (ou, ici, à un Ayatollah combattant sous les couleurs iraniennes… The Ram ne se privera pas de briser l’étendard sous les acclamations chauvines des rednecks pur teint qui composent le public), au pire à Axl Rose. Hommage ? Mickey Rourke lui emprunte sa chevelure peroxydée, ses fringues d’un goût douteux et son arrogance toute rock’n roll. Mais conserve son regard fracassé.

Aussi botoxé qu’une Pamela Anderson, la peau cramée par les UV, le visage détruit par les innombrables chirurgies très inesthétiques subies lors de ces dix dernières années, le corps meurtri par les excès, abîmé par de vilains tatouages (dont un christ implorant qui lui mange le dos) et alourdi par la mauvaise graisse et des muscles hypertrophiés, le Mickey est proprement sidérant. S’offrant sans aucune pudeur à la caméra scrutatrice de Darren Aronofsky, il trouve en The wrestler non pas le rôle de sa vie, mais un personnage, qu’en adepte de la méthode Stanislavski poussée à son paroxysme, il s’emploie à créer depuis près de vingt ans.

Sa présence incandescente transcende le film, réalisé comme un documentaire (plus de belles images léchées, priorité aux plans bruts de décoffrage panachés de mauvais goût) autant sur les à-côtés des petits matchs minables (il faut voir toutes ces grandes brutes comploter leur chorégraphie comme autant de coups de théâtre à offrir à un public qui mérite, pour sa fidélité, d’en avoir pour son argent) que sur le vécu d’un acteur star, éternel phœnix renaissant sans cesse de ses cendres, gâté par trop de succès, de morgue non feinte, de choix de carrière désastreux et d’un talent sans égal pour l’autodestruction.

Darren Aronofsky a l’intelligence dès que débute le film, en un involontaire (?) hommage à la jeune Rosetta des frères Dardenne, de suivre et de faire corps — avec toute la tendresse nécessaire — avec son fameux bélier en perpétuel mouvement et de ne plus le quitter jusqu’à sa fin, en une parodie de crucifixion sur les cordes… d’où il s’envole.

Entretemps, il nous aura fait craindre un grand mélodrame teinté de sentimentalisme à la Rocky, avec rédemption, grande scène de pardon familial et victoire à la clé. Fausse alerte. Il n’y aura pas de seconde chance pour le barbare en chignon, ni avec sa fille (interprétation toute en ferveur de l’exquise Evan Rachel Wood) avec qui il dansera sur les années gâchées, ni avec la femme qu’il courtise, stripteaseuse improbable*** et encore moins avec le petit cœur fragile qui bat sous sa frustre carcasse.

Le discours précédant ce qui sera vraisemblablement son dernier combat, celui pour lequel il abandonne toute idée d’accéder à la "normalité", s’il n’a été écrit par l’acteur lui-même, pourrait avantageusement lui servir de mot de remerciements à la cérémonie des Oscars s’il est distingué par ses pairs cette année.

Chapeau bas l’artiste !

* Le morceau The wrestler, spécialement composé pour le film, figure sur l’album Working on a dream. Bruce Springsteen est également l’auteur, entre autres, des chansons des génériques de Philadelphia de Jonathan Demme_1993, The Crossing guard de Sean Penn_1995 et Dead man walking de Tim Robbins_1995.
** Ce surnom de "Bélier" ne lui vient pas d’une grande endurance sexuelle mais décrit sa prise favorite : l’art de s’envoler comme une ballerine du haut des cordes du ring pour finir par un plaqué au corps de ses malheureux adversaires qui n’en peuvent mais.
*** Et pour cause, elle est jouée par Marisa Tomei, qui après avoir affolé les deux hommes de sa vie dans Before the devil knows you’re dead de Sidney Lumet_2007, continue de révéler la bombe sexuelle qui sommeille en elle. Elle est le très gros cliché du film : mère courage le jour, stripteaseuse la nuit et s’en tire plutôt pas mal (voire même très bien disent les garçons).

© Mars Distribution

The wrestler de Darren Aronofsky_2009
avec Mickey Rourke, Marisa Tomei, Evan Rachel Wood, Ajay Naidu, Mark Margolis, Todd Barry, Ernest Miller (II) et Dylan Summers

TONY MANERO de Pablo Larrain

In Chili, Cinéma, Drame on 18/02/2009 at 00:20

© Sophie Dulac Distribution

Fièvre disco au temps de Pinochet.

1977, un certain John Travolta chaloupe grave du bassin et gigote vers la gloire dans La fièvre du samedi soir*, enflammant les dance floors sous le charmant sobriquet de Tony Manero.

1978, à Santiago du Chili survivant sous le joug d’un certain Pinochet, les entrechats dudit Tony affolent salement un quinquagénaire, Raúl, qui pour tromper le mortel ennui d’une vie sans avenir, décide d’exister en devenant "ça".

"Ça" consiste à revêtir une reproduction à l’identique du costume endossé par l’enfiévré (costard 3pièces d’un blanc immaculé, pattes d’ef’, chemise col pelle à tarte, il n’est jusqu’au slip noir qui ne soit d’origine) et de rejouer le film — dialogues en V.O. compris — sur la scène du night-club minable où il travaille.

Ce qui pourrait passer pour une aimable lubie lui permettant d’échapper au sentiment de claustrophobie provoqué par le quadrillage de la ville par les sbires du général, se transforme en folie furieuse lorsque notre danseur se montre prêt à tout pour participer à un concours télévisé de sosies de Tony Manero, y compris se soulager puis barbouiller de fèces les vêtements d’un jeune rival.

Et là n’est pas le moindre des talents du psychopathe. Apolitique rigoureusement dénué de conscience et de scrupules, capable de tuer à mains nues la cacochyme veuve d’un colonel aux fins de lui dérober sa télévision, il n’hésite pas plus à faire les poches d’un opposant au régime abattu sans autre forme de procès par deux dignes représentants de l’autorité. De même que les propriétaires d’un cinéma paieront le prix fort pour avoir osé déprogrammer son film culte au profit de Grease (Randal Kleiser_1978).

Le candidat aux quinze minutes de célébrité tant célébrées par Warhol** est incarné sans fausse pudeur et froide impassibilité par Alfredo Castro, un fascinant comédien chilien (et co-scénariste) ressemblant parfois jusqu’au vertige à un autre Tony, Montana celui-ci, immortalisé par Al Pacino.

Rien ne nous est épargné, ni la férocité des homicides, ni les scènes très crues exposant la misère sexuelle de pathétiques destinées. Inutile donc de préciser que ce film s’adresse à un public averti, de même que tout éventuel réfractaire aux vocalises des frères Gibb est prié de passer son chemin.

Pablo Larrain, très adroitement, en s’attachant à suivre pas à pas l’absurde monomanie de son répugnant héros, dresse un portrait effrayant des années de dictature chilienne et évoque subtilement tant la propagande étasunienne que la fascination exercée par les films hollywoodiens sur les peuples en léthargie.

Son film à l’image sale, parfois floue (où semble se noyer l’obsessionnel), qui tressaute même au rythme des humeurs de l’aliéné, diffuse une sensation d’amertume. Notamment parce que le réalisateur n’offre au spectateur aucune chance d’envisager un quelconque châtiment pour le gredin. Bien au contraire, lorsque l’aventure s’achève, il est évident que le cauchemar, lui, n’est pas terminé. Ne subsistent aucun soulagement ni aucun espoir, tout est consommé, et ces misérables petits morceaux de non-vie qui ont traversé l’écran comme des fantômes glacent définitivement le sang.

* Saturday night fever de John Badham
** In the future, everyone will be famous for 15 minutes. Andy Warhol (1968)

© Sophie Dulac Distribution

Tony Manero de Pablo Larrain_2009
avec Alfredo Castro, Amparo Noguera, Paola Lattus, Hector Morales et Elsa Pobletes

LES NOCES REBELLES de Sam Mendes

In Cinéma, Drame psychologique, USA on 12/02/2009 at 03:13

© Paramount Pictures France

Cauchemar conjugal.

C’est plus le souvenir ému d’un Kevin Spacey se paluchant frénétiquement sous sa douche matinale dans l’ambiance délétère de l’american way of life d’American Beauty_2000 qui pousse à aller voir de plus près le dernier opus de Sam Mendes consacré à la biopsie d’un couple dans les années triomphantes de l’après-guerre, qu’une folle envie de retrouver "le" couple d’amants de Titanic_1998* et de découvrir ce qui serait advenu de leurs rêves et de leurs amours si Jack n’avait décidé de couler à pic laissant Rose idéaliser leur vie commune.

On peut aisément comprendre ce qui a attiré Kate Winslet dans cette histoire : l’évidente occasion d’incarner un superbe personnage de femme borderline dans la droite ligne de ses interprétations dans Marrakech Express de Gillies MacKinnon_1999, Eternal sunshine of the spotless mind de Michel Gondry _2004 ou Little children de Todd Field_2007 et oui, elle y est parfaite en névrosée fantasque.

A la voir, si lisse, si blonde, si frigide, on se dit même qu’elle ne déparerait pas dans un beau rôle de garce de film noir aussi létale que Barbara Stanwyck dans Assurance sur la mort**. Malheureusement, nous sommes ici plongés dans un grand drame psychologique, sans l’ombre d’un crime ou presque.

Quand le film débute, c’en est déjà fini de l’amour entre April/Kate Winslet et Franck/Leonardo di Caprio.

A-t-il du reste jamais existé si ce n’est dans les fantasmes de cette Bovary désormais confrontée au conformisme morbide d’une vie toute tracée : un mariage, des enfants (qui ne seront jamais que quantité négligeable, limite boulet, durant les deux heures que dure la projection), une maison pimpante toute équipée dans une banlieue chic (ironiquement baptisée Revolutionary road), puis la mélancolie, la médiocrité et les misérables coucheries.

Il est à noter que dans le rôle du mari lâche et pathétique (la scène de séduction d’une petite cruche de secrétaire est à cet effet exemplaire), étouffé par les chimères d’une épouse qu’il souhaiterait voir rentrer dans le rang, Leonardo di Caprio, même s’il trimballe toujours son air poupin, a pris de l’épaisseur et ne démérite pas face à une Kate Winslet transfigurée en desperate housewife. Aliénée, mauvaise mère, épouse toujours plus insatisfaite, sans grand talent malgré son ambition démesurée, April s’étiole au fur et à mesure que ses névroses l’envahissent et dépérit au même rythme que le spectateur totalement asphyxié par l’odeur de naphtaline qui s’échappe de ce film d’un autre âge. Il aurait été judicieux que le réalisateur insuffle à son œuvre d’un académisme étouffant un minimum d’humour et de distance.

Et comme si l’on n’avait pas déjà compris qu’il n’y aurait aucune issue positive au conflit cauchemardesque opposant une mythomane castratrice à un pitoyable gamin d’une veulerie à pleurer, Sam Mendes nous afflige encore en nous imposant la présence d’un chœur antique (incarné par Michael Shannon dont le talent mérite mieux que ce rôle navrant d’excité du bocal) venu en renfort nous traduire le sens caché des scènes de ménage interminables et répétitives que nous venons de subir. Le traitement des disputes affichant une fausse théâtralité, la Kate tournant virago et le Leonardo éructant à force moulinets de bras nous laissent à songer que nous assistons aux répétitions d’un juvénile remake de Qui a peur de Virginia Woolf ?**.

Peu à peu, l’ennui le gagnant aussi sûrement qu’une épouse frustrée, le spectateur se prend à espérer qu’April se décoiffe un peu, découpe son mari en petits morceaux et s’enfuit avec ses parties intimes vers Paris après avoir étouffé ses enfants, détruit son charmant mobilier à force tronçonneuse et mis le feu au quartier. Rien de tout cela, bien évidemment.

Sam Mendes, qui n’a jamais passé pour un maître de l’ellipse, n’hésite pas au contraire, très complaisamment, à enfoncer le clou sur les malheurs conjugaux des couples en désamour (la séduction d’un voisin — époux d’une "pondeuse" — s’achève sur un rapide et triste petit coït, un retour de flammes entre les époux condamne l’épouse à la maternité) jusqu’à une fin moralisatrice difficilement acceptable.

Espérons pour l’avenir du couple Mendes qu’il est moins dysfonctionnel que ceux qu’il se complait à épingler ici avec tant de cruauté.

* Partant du principe que le chef d’œuvre romanesque de James Cameron demeure Abyss_1989
** Double indemnity de Billy Wilder_1944**
*** Who’s Afraid of Virginia Woolf? de Mike Nichols_1967

© Paramount Pictures France

Les noces rebelles/Revolutionary Road de Sam Mendes_2009
avec Kate Winslet, Leonardo DiCaprio, Michael Shannon, Kathryn Hahn, David Harbour, Kathy Bates, Richard Easton et Zoe Kazan

L’ÉTRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON de David Fincher

In Cinéma, Comédie romantique, Drame psychologique, Fantastique, USA on 11/02/2009 at 21:50

© Warner Bros. France

L’insoutenable légèreté du Pitt en numérique.

La vie est ainsi faite : les gens naissent, vieillissent — à leur grand dam et au bonheur des cosmétiques — puis meurent pour laisser la place à d’autres qui naissent, déclinent, se shootent au botox, mais trépassent quand même, et ainsi de suite jusqu’à la fin des temps. Tout le monde n’a pas la chance d’être vampire, voire Highlander

Le monde est injuste aussi. Les gens naissent libres et égaux, mais la nature se charge d’en avantager certains par rapport à d’autres… Ainsi, l’insolente jeunesse de Brad Pitt, acteur quadragénaire et la beauté diaphane de Cate Blanchett en font les interprètes idéaux pour ce (trop) joli, (très) long conte de fées (terriblement consensuel) adapté d’une nouvelle de Francis Scott Fitzgerald.

Cette histoire de mort et d’amour* débute par un bien bouleversant prologue : un horloger ayant perdu son fils fabrique une immense pendule qui avance à rebours dans l’espoir de faire revivre les disparus… Dommage que la reconstitution du siècle en de belles illustrations rappelle le méchant académisme du dernier Sam Mendes.

L’aventure prenant corps dans les décors surannés d’un hospice sis à la Nouvelle-Orléans, la mort est omniprésente et acceptée de tous, avec piété ou résignation, comme le terme inéluctable de toute vie… Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, n’était le fabuleux destin de Benjamin Button. Affichant 80 ans au compteur le jour de sa naissance, il ne cessera de rajeunir, vivant totalement à l’envers du commun des mortels, mais parmi eux, sans ostracisme**, ni réel souci, si ce n’est celui d’arriver à être parfaitement synchrone (corps et esprit) avec Daisy, l’amour de sa vie (moment que le réalisateur gâchera en filmant allègrement leur courte vie conjugale façon publicité GMF).

Après l’extrême noirceur de Zodiac_2007 qui autopsiait les obsessions de ses héros confrontés à un serial killer insaisissable, il semble que David Fincher ait eu envie de souffler et de s’offrir une belle histoire d’amour (dommage qu’un sentimentalisme écœurant plombe parfois la romance), très chaste, un mélodrame familial en quelque sorte, sans aspérité et très sucré (tout le monde il est beau etc.), saupoudré d’un peu d’humour (les mésaventures d’un homme poursuivi par la foudre, réalisées en super 8 à la manière des Keystone cops, parcourent épisodiquement le film réveillant le spectateur assoupi). Ajoutons à cela des considérations pseudo-philosophiques, des clichés infernaux*** et surtout le moment le plus abscons et ridicule du film où le metteur en scène nous expose dans le détail un épisode de la théorie du chaos du plus bel effet papillon… Alors que le postulat du départ aurait suffi au bonheur des spectateurs s’il avait été un peu plus incarné et traité en toute honnêteté.

Car la vie de rêve de Benjamin Button ressemble fort à un cauchemar pour tous ceux qui l’entourent, vu que l’impudent rajeunissement au fil des années de notre héros leur rappelle constamment leur condition de mortel et le flétrissement de leur chair… Comme dans la superbe scène où Daisy, à l’aube de la cinquantaine, voit revenir Benjamin sous les traits d’un jeune homme (Brad Pitt, version poupon made in Thelma and Louise_Ridley Scott_1991). Mais David Fincher dans un accès de pudibonderie occultera la scène d’amour des deux amants et filmera chastement leur baiser dans l’ombre.

Rétrospectivement, L’étrange histoire de Benjamin Button se révèle être une ode à la maternité. Le passage le plus poignant du film n’est-il pas en définitive lorsque Daisy retrouve le père de sa fille sous l’apparence d’un enfant d’une dizaine d’années (Brad a déclaré forfait) et devient sa (grand) mère aimante et protectrice ? C’est dans les dernières scènes où Benjamin Button retombe en enfance, s’avance à l’état de joli nourrisson et s’éteint dans les bras de sa bien-aimée qui le berce, que le trouble et l’émotion interviennent enfin. Et le talent de Cate Blanchett y est indéniable.

Une autre actrice apporte un supplément d’âme au film, Tilda Swinton. Son interprétation de grande bourgeoise, épouse frustrée, tentant de résister à l’étrange attirance qu’elle éprouve pour un marin bien plus vieux qu’elle (Brad Pitt, version Robert Redford à l’aube de la soixantaine) est toute en élégance et subtilité.

Que dire alors de l’interprète principal, véritable cheville ouvrière de cette fresque interminable, Brad Pitt ? Englouti les 9/10è du film sous des effets spéciaux, numérisé, souvent réduit à une voix-off plutôt pesante, faire-valoir de ces dames, on peut apprécier chez l’acteur sa grande humilité, mais le préférer néanmoins en coach sportif décérébré, en mari désespéré de Cate Blanchett, en pur fantasme du WASP schizophrène interprété par Edward Norton ou en fumeur de ganja et autres substances parfaitement illicites****.

* Sur le thème de l’amour fou et le destin cruel s’acharnant à séparer les deux amants, on peut réévaluer The fountain de Darren Aronofsky_2006, ou revoir ses classiques, Peter Ibbetson d’Henry Hathaway_1935, Pandora and the Flying Dutchman d’Albert Lewin_1951 ou The Ghost and Mrs. Muir de Joseph L. Mankiewicz_1947… les yeux fermés et rêver à ce qu’aurait pu être L’étrange histoire de Benjamin Button entre des mains plus sensuelles.
** Hormis son géniteur qui l’abandonne, effaré par une telle horreur, mais finit cependant par lui léguer tous ses biens (ça compense), Benjamin ne rencontre que des êtres pétris d’humanité et autres personnages forts en gueule qui l’adoptent illico (Jared Harris en capitaine de chalutier, un pygmée… Euh ? Oui, un pygmée… Et pourquoi ? A la réflexion, pourquoi pas ? Certains rencontrent bien des boites de chocolat et des amateurs de crevettes).
*** Et des dialogues grotesques comme ce grand moment d’humour (involontaire ?) où les juvéniles amants se regardent droit dans leurs (beaux) yeux… M’aimeras-tu quand j’aurais des rides ? s’inquiète Daisy/Cate Blanchett somptueuse (la vache !)… M’aimeras-tu quand j’aurais de l’acné ? répond le grand dadais… Fou rire assuré !
**** Dans respectivement, Burn after Reading de Joel et Ethan Cohen_2008, Babel de Alejandro González Inárritu_2006, Fight club de David Fincher_1999, True Romance de Tony Scott_1993

© Warner Bros. France

L’étrange histoire de Benjamin Button/ The Curious Case of Benjamin Button de David Fincher_2009
avec Brad Pitt, Cate Blanchett, Julia Ormond, Taraji P. Henson, Jason Flemyng, Tilda Swinton, Jared Harris, Elias Koteas et Elle Fanning

MORSE de Tomas Alfredson

In Cinéma, Fantastique, Horreur, Suède on 07/02/2009 at 22:35

© Chrysalis Films

Ma puberté chez les vampires.

Qu’il fait donc froid dans cette misérable petite banlieue enneigée de Stockholm et que l’on s’y sent bien seul lorsque comme Oskar (excellent Kare Hedebrant), 12 ans, enfant timide de parents divorcés, on est le souffre-douleur désigné des graines de délinquant qui hantent les collèges et que l’on a la malchance de posséder un physique pour le moins équivoque.

Oskar ressemble curieusement à une gamine trop vite poussée en graine avec son joli visage pâle efféminé, ses cheveux trop blonds et son corps dégingandé. Mais sous ses dehors gauches, Oskar n’a rien d’une innocente oiselle et ses mauvaises habitudes (collectionner soigneusement des coupures de journaux relatant des crimes affreux ou attaquer les arbres au couteau en une brutale imitation de ce psychopathe de Travis Bickle*) annoncent un serial killer en devenir.

Hors donc, il était grand temps que Oskar, travaillé comme tous les adolescents de son âge par sa libido, croise le chemin d’Eli, une drôle de paroissienne. Affublé d’un prénom ambigu, la jeune fille (remarquablement interprétée par Lina Leandersson, à la beauté surannée) affiche elle aussi 12 années au compteur — bien qu’elle ne se souvienne plus en quel siècle elle les a fêtées… — ne sort que la nuit, vomit les petites friandises qu’il lui offre, a une bien étrange cicatrice intime et laisse s’exprimer sa part animale lorsque le nigaud s’entaille le doigt sacrifiant à un stupide rituel.

Oskar est transfiguré : bon sang ne peut mentir, sa voisine est une vampire. Alors, qui est l’homme qui vit avec elle ? Son père, son pourvoyeur en hémoglobine (et meurtrier désastreux), son époux, son frère, un enfant solitaire qui a vieilli près d’elle lié à jamais par un étrange contrat ? Le réalisateur Tomas Alfredson préfère laisser planer un doute délicieux.

Une mélancolie certaine dirige la vie d’Eli, mais sa survie est essentielle, toute en froide logique (Sa psyché est en cela radicalement différente de celle de Kirsten Dunst, petit vampire revanchard car coincé pour l’éternité dans un corps d’enfant**). Oskar rêve de meurtres et de vengeance, Eli a faim. Oskar est en manque d’affection, Eli a follement besoin de protection. Ces deux-là se reconnaissent enfin, puis scellent leur destin dès lors que Oskar propose à Eli de pénétrer sous son toit***, respectant à la lettre le mythe vampirique qui veut que le mal ne puisse s’introduire dans une demeure que s’il y est respectueusement invité.

Ce film fait froid dans le dos, moins par ce qu’il montre (les exactions d’Eli sont souvent filmées en ellipses ou furtivement, sous l’œil effaré de quelques témoins involontaires ; les effets spéciaux sont réduits à la portion congrue et souvent artisanaux — et de ce fait, cocasses) que par ce qu’il suggère de transgression, de bonheur dans le crime, de cruautés enfantines et d’ineffable tristesse. La violence, lorsqu’elle est filmée crûment, surprend et laisse exsangue, bien que Tomas Alfredson ne manque pas d’humour… Voir la scène de meurtre extrêmement décalée qui ouvre le film, où un homme égorgé se vide de son sang sous l’œil concupiscent d’un élégant clébard d’un blanc aussi immaculé que la neige qu’il foule.

Il est appréciable que le réalisateur, tout en décrivant un coup de foudre peu conventionnel entre deux adolescents à peine éveillés de l’enfance (et qui ne concluront jamais, à moins qu’Eli ne décide de contaminer Oskar en le mordant), injecte révérencieusement ici et là quelques rappels discrets sur les us et coutumes de la gente vampirique — la vélocité, la pâleur morbide, l’autocombustion à la lumière du jour, les transformations ; mais si Eli peut saigner, notamment lorsque Oskar découvrant le plaisir de torturer plus faible que soi ne respecte plus les conventions, ses canines ne poussent pas — qui contribuent au climat d’étrangeté de ce très beau film.

A cela s’ajoute une excellente bande sonore regorgeant de bruits insolites, gargouillis et autres sifflements qui subtilement ponctuent des images parfois fort banales et par là, inquiétantes en diable.

* Héros du Taxi driver de Martin Scorsese_1976, interprété par Robert de Niro
** Dans Interview with the Vampire : The Vampire Chronicles _Neil Jordan_1994 où la petiote est voracement croquée par un Brad Pitt affamé… Il y a pire comme destin prétendront certaines…
*** Si le titre français met l’accent sur la trouvaille d’Oskar pour communiquer plus aisément avec l’appartement d’Eli, le titre original Låt den rätte komma signifie "laissez entrer la bonne personne"

© Chrysalis Films

Morse/Låt den rätte komma in de Tomas Alfredson_2008
avec Kare Hedebrant, Lina Leandersson, Per Ragnar, Henrik Dahl, Karin Bergquist, Peter Carlberg et Ika Nord

DIAMANT 13 de Gilles Béat

In Cinéma, France, Polar on 31/01/2009 at 23:15

© Mars Distribution

Mais que fait la police ?

Faisons court : le film de Gilles Béat ressemble à son affiche, il est moche et tout pourri.

Et le réalisateur a beau avoir laissé tomber le h de son nom, on a bien vite reconnu l’inénarrable metteur en scène de Rue Barbare_1984 (Cultissime plaisir coupable, avec Bernard Giraudeau déguisé en docker filant des coups de boule à Bernard-Pierre Donnadieu), Urgence_1985 (avec la toute frêle Fanny Bastien balançant de méchants coups de latte au même, estampillé gros affreux des années 80 dans les polars à la française) et surtout Dancing machine_1990, superbe nanar où sont venus sombrer corps et biens Alain Delon (en maître de ballet, on en rit encore) et Patrick Dupont.

Mais ce n’est pas ce passé somme toute exaltant qui allait faire peur au nouveau duo comique, Depardieu et Marchal. Bien au contraire, les deux larrons semblent résolument ravis de se retrouver après 36 quai des orfèvres_2004 pour une énième (sous) mouture de leurs aventures cinématographiques que Béat/Béhat pille sans vergogne et pour cause, le scénario est signé Olivier Marchal…

Il n’est donc guère étonnant d’y retrouver ses tics particulièrement agaçants (des flics au bout du rouleau, alcooliques, mais toujours armés (au secours !), des tabassages en règle, des commissariats puant le foutre et la sueur emplie de trop jolies dames (notamment la fichtrement ravissante Aïssa Maïga qui devrait mieux choisir ses rôles), de belles images (en vrac : corridas, tortures, balles en pleine tête, photos anthropométriques de cadavres explosés disséminées ici et là — pour détendre l’atmosphère au boulot, la police n’a manifestement rien trouvé de mieux—, corps découpés à la morgue, etc.) que l’on aimerait éviter de voir trop souvent et un casting invraisemblable pour une histoire qui ne l’est pas moins.

Les décors sonnent faux (une ville inconnue, puzzle de diverses cités belges, et de préférence les jours de grève des éboueurs), les damoiselles ont de bien drôles de nom : Calhoune (cette pauvrette d’Asia – que diable suis-je venue faire dans cette galère ? – Argento a perpétuellement l’air de lire un prompteur), Léon (Anne Coessens, qui fait ce qu’elle peut) ou Z’yeux d’or (Catherine — Madame Olivier M. dans le civil — Marchal dans le rôle d’une journaliste trop bien informée parce qu’elle "baise utile", fin de citation), les malfaisants (emmenés par un Aurélien Recoing qui s’amuse comme un petit fou à gâcher son talent) conduisent une voiture dont la plaque annonce FIEL-48 (c’est là qu’il faut s’esbaudir) et les dialogues subtils et raffinés tuent plus sûrement que les balles.

Déjà passablement étourdi par un générique épileptique (on ne dira jamais assez le mal que Seven de David Fincher — 1996 quand même, il serait grand temps d’évoluer ! — a pu faire au cinéma français de genre sans imagination), le spectateur, plongé dans une triste histoire de flics ripoux pas si pourris que ça finalement mais faisant croire aux crevures d’en face qu’ils sont encore plus corrompus que c’est pas dieu possible, finit par baisser les bras n’y comprenant que pouic et contemple, fasciné, la monstrueuse carcasse de Depardieu (encore quelques menus efforts pour te briser la santé cher Gérard et tu pourras postuler pour un remake de L’outremangeur sans qu’il soit nécessaire à la production de prévoir un budget Prothèse !).

© Mars Distribution

Diamant 13 de Gilles Béat_2009
avec Gérard Depardieu, Olivier Marchal, Asia Argento, Anne Coesens, Aïssa Maïga, Catherine Marchal et Aurélien Recoing

LE BAL DES ACTRICES de Maïwenn

In Cinéma, Comédie musicale, France on 31/01/2009 at 22:38

 

© SND

Le sacre de l’acteur.

Après son dérangeant (et fascinant car en chacun de nos cœurs nichent les sales petits secrets d’une enfance dysfonctionnelle) Pardonnez-moi, Maïwenn (Le Besco) s’attaque à la radiographie d’un animal étrange, à poils généralement longs, plus ou moins névrosé et/ou égocentrique, répertorié sous le terme générique d’actrice*.

Il ne faut pas trop se fier à l’affiche racoleuse en diable, bien peu de ces jolies personnes dévêtues pour l’occasion cèderont à ce cliché mais il est vrai que cette image contribue à la mauvaise foi à laquelle cède trop souvent (consciemment ou non) la réalisatrice.

Prétextant un documentaire, Maïwenn nous offre en sus de confessions intimes très réalistes (Julie Depardieu mesurant son état dépressif à l’aune du nombre de fleurs qu’elle porte à ses cheveux, Marina Foïs crachant dans la soupe des Robin des Bois face à un metteur en scène sans imagination, Jeanne Balibar susurrant des mesquineries sur son ex, Muriel Robin pleurant de n’être point prise au sérieux face à un Jacques Weber se livrant à une savoureuse imitation de Louis de Funès), un kaléidoscope d’idées reçues ou de vérités bien vachardes sur les travers de ces drôles de dames et la cruelle condition d’actrice en proposant à ses comédiennes de jouer un double rôle.

Ainsi, Karin Viard se révèle être un monstre d’ambition — et nous gratifie de scènes hilarantes, grâce en soit rendue à son exceptionnel talent comique —, Mélanie Doutey interprète un clone d’Angelina Jolie, Romane Bohringer joue courageusement les cachetonneuses (et croise au détour d’une scène terriblement dérangeante, une Charlotte Valandrey méconnaissable en directrice de casting), Jeanne Balibar se came régulièrement sur son lieu de travail, Marina Foïs se shoote au botox entre deux crises de nerfs tandis que la délicate Linh Dan Pham, son César (du meilleur espoir féminin obtenu en 2006 pour De battre mon cœur s’est arrêté de Jacques Audiard) en guise de bouclier, affronte l’ire paternelle.

Pendant ce temps là, la réalisatrice se sert au mieux et se filme (le plus souvent complaisamment) au travail et dans le privé, en épouse branchée du leader de Suprême NTM.

En échange, et pour se faire pardonner sans nul doute tant de cruauté gratuite (Estelle Lefèbure a bien du courage — de l’inconscience ? — de se prêter à un jeu de massacre où elle paie de sa personne et accepte, outre un roulage de pelle exclusivement féminin très convenu, une scène de nu — passage obligé de toute aspirante actrice ? — dans un rêve érotique fort pénible, en compagnie de sa réalisatrice qui cède là à un exhibitionnisme particulièrement aigu), Maïwenn — qui connait décidément du beau linge et nous le fait savoir — offre à chacune de ses stars une mini comédie musicale filmée de manière très kitschounette (le talent de chanteuse des ¾ de ces demoiselles reste encore à prouver) et aux auteurs des chansons (Benjamin Biolay, Anaïs, Pauline Croze, Jeanne Cherhal ou Marc Lavoine) un joli clip tout prêt tout chaud à être diffusé à la télé…

Ce qui est en définitive gênant est que, contrairement à Je veux voir de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige où l’apparition de Catherine Deneuve suffisait à évoquer tout un pan de l’histoire du cinéma, on ressent plus à la vision du bal des actrices un désir revanchard (les piques lancées à Sharon Stone, star virtuelle ou aux actrices bankables) qu’un véritable amour de ce métier. Mais il nous est également difficile de juger d’un tel film puisque Maïwenn elle-même ne s’épargne pas et dans un exercice (sincère ? il est permis d’en douter) d’autodérision se fait casser du sucre sur le dos par son casting de rêve.

Finalement, les actrices qui s’en sortent le mieux sont celles qui se fichent de paraitre mal aimables : ainsi la divine Miss Rampling (on en redemande de ses duos avec Joey Starr) qui après avoir survécu si élégamment à Portier de nuit (Liliana Cavani_1974) n’a strictement rien à prouver à une gamine outrageusement gâtée, ou Karine Rocher (dont le boulot d’appoint rappelle le très beau rôle qu’elle tenait dans Stella, la gracieuse autobiographie de Sylvie Verheyde) et surtout Christine Boisson (qui n’a rien perdu, malgré les années, de sa singulière présence qui nous avait tant émus en 1980 dans Extérieur, nuit de Jacques Bral).

Nonobstant, le bal des actrices se révèle moins crispant qu’Actrices, le one névrosée woman show de Valeria Bruni Tedeschi_2007, et ce, en raison notamment de tous les talents convoqués et de l’humour ravageur qui vient régulièrement ponctuer le film. Gageons que Maïwenn deviendra un metteur en scène digne de ce nom dès qu’elle aura cessé de s’intéresser d’un peu trop près à son charmant nombril et filmera les actrices avec autant d’intérêt amoureux que celui qu’elle porte aux acteurs.

Didier Morville a.k.a. Joey Starr — particulièrement bien servi — est grandiose et bouffe tout sur son passage, y compris sa réalisatrice. Peau de vache, charmeur, langue de pute, explosif, résolument parfait en époux ricanant (la scène très drôle où il paie Maïwenn pour qu’elle accepte d’aller à un dîner d’amis restera dans les annales) et père de famille concerné (le choix du tee-shirt du fiston qui s’habille pour l’école ou la fête d’anniversaire où il vocifère semblable à un ogre joyeux au milieu des gamins mi-excités, mi-effrayés), hâbleur, tel qu’en lui-même et malgré tout très loin du personnage trop souvent mis en scène dans la presse people, il est la vraie révélation de ce ballet d’actrices.

* Et en oublie aimablement d’y convier sa jeune sœur, Isild, comédienne, productrice ET réalisatrice…

© SND

Le Bal des actrices de Maïwenn_2009
avec Jeanne Balibar, Romane Bohringer, Julie Depardieu, Mélanie Doutey, Marina Foïs, Estelle Lefebure, Maïwenn, Linh Dan Pham, Charlotte Rampling, Muriel Robin, Karole Rocher, Karin Viard, Joey Starr, Pascal Greggory et Samir Guesmi

 

CHE II GUÉRILLA de Steven Soderbergh

In Biopic, Cinéma, Guerre, Historique, USA on 30/01/2009 at 21:38

 

© Warner Bros. France

This is the end, my friend.

Nous avions quitté un Che triomphant sous un soleil de plomb à quelques kilomètres de La Havane, nous le retrouvons quelques années après* en Bolivie où, resté fidèle à ses idéaux révolutionnaires, il tente — parfois à leurs corps défendant — d’élever l’âme des opprimés.Lorsque débute le film (l’arrivée de Guevara, incognito, dans un invraisemblable déguisement), la guérilla est d’ores et déjà vouée à l’échec, le parti communiste bolivien ayant décidé de s’en remettre à Moscou plutôt qu’aux intransigeances d’un Argentin arrogant, peu enclin aux compromis.

C’est donc l’histoire d’un mort en marche que Steven Soderbergh nous conte dans Guérilla, en favorisant des choix de mise en scène radicalement opposés à ceux adoptés pour L’Argentin. La révolution cubaine était filmée en cinémascope tout en couleurs chaudes et lumineuses, le fiasco bolivien va être traduit par un tournage au plus près des corps, et s’il est regrettable que le réalisateur abuse parfois des filtres bleus qu’il affectionne tant (voir le traitement chromatique systématique de Traffic_2001), le refroidissement des teintes bucoliques de la jungle bolivienne fait naître chez le spectateur un sentiment de claustrophobie de fort bon aloi au fur et à mesure que le piège se referme sur les guérilleros.

S’attachant à décrire le combat quotidien des insurgés, Steven Soderbergh suit la chronologie du journal du Che et s’évade parfois à Cuba pour y prendre des nouvelles de Castro ou dans les recoins du palais présidentiel de La Paz pour y suivre les revirements de la politique impérialiste de René Barrientos (interprété par Joaquim de Almeida). On peut le déplorer, puisqu’il ne s’agit manifestement là que d’informations distillées aux fins de ne pas perdre le public, car dès lors que l’on s’éloigne de Guevara/Ramon/Fernando et de ses compagnons d’infortune, le film perd de son intérêt…

Il nous faut une fois encore louer le travail de Benicio del Toro qui privilégie l’humain à l’icône (on voit plus souvent le révolutionnaire soigner ou songer à nourrir des ventres vides que l’arme à la main, même s’il ne répugne pas à l’affrontement). Pas d’interprétation christique non plus, malgré le climat funèbre ; entouré de quasi inconnus (on reconnaît toutefois au passage Lou Diamond Phillips ou Franka Potente, voire Matt Damon, dans le rôle d’un prêtre allemand venu donner des leçons de nationalisme aux paysans boliviens), l’acteur se fond le plus souvent dans le paysage, indissociable de ses compagnons d’armes, jusqu’à y disparaître.

Nonobstant, c’est à un Ivan le Terrible dépenaillé que fait songer sa haute silhouette émaciée souvent filmée de profil, la faute sans doute à son insolente barbichette en pointe (A noter cependant, malgré tant de discrétion, une effarante scène où éclatent fureur, frustration et inflexibilité — y compris envers ses propres faiblesses — lorsqu’en pleine crise d’asthme, Guevara poignarde un canasson rétif).

Sa mort annoncée, le réalisateur la filme sobrement, sans pathos (le Che est un homme jugé si dangereux — n’a-t-il d’ailleurs pas essayé d’hypnotiser un jeune soldat chargé de le surveiller ? — qu’on le fait abattre, entravé, par un péquenot mort de trouille) et a le bon goût de ne pas reproduire la "fameuse" photo du corps supplicié de Guevara, exposé après son exécution à Vallegrande.

Bien au contraire, dans un bel élan d’optimisme, Steven Soderbergh décide de clore son diptyque sur les visages juvéniles d’Ernesto et de ses amis cubains, baignés de ferveur révolutionnaire, lorsqu’ils s’élancèrent à l’assaut de Cuba à bord du yacht Grandma dans l’espoir de lendemains qui ne déchantent pas trop vite.

* La désastreuse aventure congolaise est passée sous silence

© Warner Bros. France

Che 2 Guérilla/Guerrilla de Steven Soderbergh_2009
avec Benicio Del Toro, Carlos Bardem, Demian Bichir, Joaquim de Almeida, Eduard Fernandez, Marc-André Grondin, Khalil Mendez, Elvira Minguez, Ruben Ochandiano, Lou Diamond Phillips, Franka Potente et Matt Damon