FredMJG

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AVANT L’AUBE de Raphaël Jacoulot

In Cinéma, Drame, France, Polar, Raphaël Jacoulot on 25/03/2011 at 12:17

© UGC Distribution

A l’ombre du père.

A l’honneur dans le second film de Raphaël Jacoulot, la figure paternelle n’attendra pas même l’aube pour en prendre un sacré coup dans l’aile. Jugeons plutôt.

Pour qui a déjà sillonné les routes sinueuses menant à Andorre, l’hôtel de luxe perdu en pleine montagne et tenu d’une main courtoise mais ferme par Jacques Couvreur — soit Jean-Pierre Bacri, au sommet de son art et que l’on n’avait plus revu depuis l’émouvant Adieu Gary de Nassim Amaouche_2009 —, ne peut être qu’un merveilleux refuge où venir se ressourcer dans une atmosphère feutrée, à moins qu’il ne soit le décor d’épouvantables crimes aisés à escamoter. Car il neige bien dru lorsque l’aventure débute et l’ascension professionnelle d’un jeune stagiaire, ex petit loubard de son état — fantastique Vincent Rottiers, qui tient la dragée haute à son aîné — va être aussi silencieuse et ouatée que l’air ambiant. Lire la suite »

PAUL de Greg Mottola

In Cinéma, Comédie, Greg Mottola, USA on 24/03/2011 at 11:58

© Universal Pictures International France

A Roswell, personne ne vous entend jurer.

Enfer et ewoks putréfiés ! Après les échappées hilarantes de Shaun of the dead_2005 et Hot fuzz!_2007, films réalisés sous les bons auspices d’Edgar Wright, nous étions en droit d’espérer nous dilater généreusement la rate en compagnie des toujours craquants Simon Pegg et Nick Frost, désormais attirés par les sirènes hollywoodiennes et l’appel déchirant de nerds aussi déjantés qu’eux.

Mais l’on peut être fan de SF, dessiner de pulpeuses aventurières à obus multiples, voire causer Klingon dans le texte, et se laisser phagocyter par plus opportuniste que soi en moins de temps qu’il ne faut à Darth Vader pour annoncer à Luke qu’il est son père.

Il ne se passe malheureusement rien que de très banal sous le soleil du Nevada et toutes les péripéties vécues par nos deux geeks ayant malencontreusement croisé un alien — moins moche qu’E.T. mais tout autant que la créature de Roswell — des plus bavards* au cours de leur villégiature, sont bien peu originales et guère irrévérencieuses. Malgré de belles promesses au départ et quelques fausses pistes, le duel tant attendu entre british un poil coincés et peuplades primitives, tels ces white trash directement sortis de Délivrance (John Boorman_1972), n’aura pas lieu.

Bien que nos compères soient obligés à moult reprises de préciser aux quidams qu’ils croisent sur un parcours indiscutablement dessiné par Fox Mulder qu’ils ne sont pas gays mais juste deux potes en vadrouille victimes d’une rencontre d’un troisième type, même si Paul — alien chut sur terre plus de 50 ans auparavant et qui apprécierait s’en retourner dans son home sweet home épuisé de tant de bons et loyaux services auprès du gouvernement et certaines têtes couronnées d’Hollywood — affirme, pour les mettre plus à leur aise, être volontiers bisexuel, les plaisanteries et blagues diverses ne dépasseront pas le potache. Pas le moindre doigt magique qui luit à l’horizon. Ce qui est un comble lorsque l’on songe à l’éprouvante misère sexuelle dans laquelle a été contrainte de vivre cette pauvre petite créature durant tant d’années.

A part quelques bienheureuses surprises à l’épilogue, cette aimable aventure serait du genre poussive si le film ne parodiait allègrement les Men in black chers à Barry Sonnenfeld_1997 (devinette : qui en était le producteur ?), en convoquant un trio infernal composé de Jason Bateman (soit l’Agent Zoil, Lorenzo de son prénom. Les fans de George Miller apprécieront) aussi déterminé qu’un pitbull affamé, flanqué d’un couple de bouffons décérébrés. Les formidables Bill Hader et Joe Lo Truglio finissent d’ailleurs par subrepticement piquer la vedette à nos charmants touristes sous influence, tandis que l’on cherche encore un moyen de museler définitivement le Paulo (et de l’empêcher de montrer son cul, le mooning et la fumette étant manifestement les seules bonnes choses qu’il ait appris au contact des humains).

Si l’on évite de trop s’attarder sur une improbable love story d’une cucuterie absolue née entre un de nos puceaux et une évangéliste borgne en rupture de ban bientôt atteinte du syndrome de la Tourette — puisque recouvrant la vue elle en retrouve également un certain (mauvais) esprit —, le film se regarde sans déplaisir certes (il est inutile de bouder), mais guère plus de passion.

Paul est avant tout une comédie très familiale qui — tout en rendant une allégeance quasi obscène à tonton Spielberg — ne gratte finalement que là où l’on s’y attend. Frustrant, donc.

* La bestiole réalisée en images de synthèse est « incarnée » par Seth Rogen, en roue totalement libre, qui en profite pour tirer méchamment la couverture à lui et en devient rapidement imbuvable.

© Universal Pictures International France

Paul de Greg Mottola_2010
avec Simon Pegg, Nick Frost, Jason Bateman, Kristen Wiig, Sigourney Weaver, Bill Hader, Joe Lo Truglo, Blythe Danner et Jeffrey Tambo

ROUTE IRISH de Ken Loach

In Cinéma, Drame, Grande-Bretagne, Ken Loach on 23/03/2011 at 11:22

© Diaphana Distribution

Zone grise.

Fergus est un triste sire. Doublé d’un teigneux sur lequel on ne peut compter. Du genre à se bourrer consciencieusement la gueule (qu’il tire en permanence) et à se bastonner ensuite avec les bobbies de sa majesté. Résultat des courses : garde à vue, procès en suspens et interdiction de sortie du territoire. Enfin, ça n’est pas la mort non plus. Tout du moins, pas la sienne.

Car son pote Frankie (auquel John Bishop insuffle une charge si sympathique qu’il rend sa disparition encore plus insupportable) qui l’a appelé plusieurs fois à l’aide sans l’obtenir — et pour cause — est bien raide, lui, et en de si nombreux morceaux que le cercueil est présenté fermé en signe de respect pour ses proches (Les corps éventrés et ensanglantés, c’est bon pour les infos, pas dans l’intimité).

Il y a de meilleures façons de rentrer de mission. Mais Frankie n’était pas soldat. Enfin, disons qu’il ne l’était plus. Ce n’est donc pas pour défendre la veuve et l’orphelin ou pourfendre la dictature, voire assurer le plein d’essence des 4×4 qu’il s’est retrouvé à Bagdad. Frankie était un agent de sécurité, embauché par une de ces compagnies privées qui font leur beurre des conflits dans le monde.

Et s’il convoyait « des paquets » jour après jour sur cette fameuse route Irish, la plus dangereuse de toutes, c’est un peu grâce à Fergus, son alter ego, son compagnon de beuverie, son âme damnée, son frère de lait avec qui il partageait tout — sauf sa régulière — et qui lui avait fait entrevoir la possibilité d’éviter d’aller pointer au chômage ou de se tuer toute une vie au travail en échange d’un salaire de misère.

Ken Loach, manifestement, n’a pas souhaité traiter de la sale guerre en Irak en s’attachant aux soldats gracieusement prêtés à l’empire américain par Tony Blair et consorts. Il préfère plutôt évoquer toutes les contradictions et les effets secondaires que peut avoir un conflit interminable et quelque peu hors-la-loi sur la psyché d’une société d’ores et déjà bien mal en point.

Lorsque Fergus a décidé de devenir auto-entrepreneur à Bagdad, c’était l’avouera-t-il à la veuve (Andrea Lowe, dans un rôle ingrat un poil convenu) de son ami, « pour en croquer aussi », s’assurer une belle retraite, en encaissant des sommes astronomiques exemptes de tout impôt. Fergus est-il un brave type un peu naïf ou un salaud de la même espèce que le patron de Frankie qui s’est chargé d’élever son mercenaire au rang de martyr lors d’une superbe oraison funèbre ? La question pourrait se poser si Fergus n’avait payé le prix fort pour son éventuel cynisme*.

Il n’est qu’à voir le vide absolu de son existence depuis qu’il est rentré à Liverpool s’occuper méticuleusement de sa future cirrhose. On ne sort pas aisément de sa condition si l’on n’est pas prêt à abandonner toute éthique. La lutte des classes n’est jamais loin chez Ken Loach. Fergus qui s’est offert avec le prix du sang un magnifique loft doté d’un panorama renversant n’est même pas fichu de le meubler correctement. Il s’agacera même un jour sur la manie qu’ont ses ex-collègues de se convertir au golf. Hormis l’amitié, il n’est point de salut.

Ce solitaire n’a désormais plus qu’une idée en tête. Comprendre les raisons de la mort de Frankie et au besoin, mener lui-même les recherches, au risque d’en perdre la vie, ou la raison.

De la même manière que Fergus s’est planqué dans la chapelle ardente pour forcer l’ouverture du cercueil arrivé d’Irak après une escale touristique au Koweit car il ne peut croire que ce qu’il voit, l’enquête va essentiellement se recentrer sur la vision, de ce que l’on saisit, de ce qui nous échappe, des détails qui crèvent les yeux et des mensonges qui égarent.

Des photographies, des articles de journaux, des vidéos tournées à l’arrache sur un portable, des images d’archive (insoutenables) qui parfois viennent interférer dans les conversations, des chats sur le net, tout n’est plus désormais qu’une question de regards, plus ou moins émus — le traducteur irakien —, plus ou moins aveuglés — Fergus, l’esprit ravagé par le chagrin et la culpabilité va se laisser manipuler comme un bleu** et passer les bornes —, plus ou moins apocryphes — les employeurs et autres compagnons de route —, jusqu’à la frontière infranchissable. Que notre prolétaire gonflé à bloc va pourtant traverser, traduisant à la lettre l’infamant « by all means necessary », sans jugement de la part du réalisateur, sans nécessairement plus de complaisance, mais également sans esquive. Mieux vaut avoir l’estomac solide.

Car, que l’on ne s’y trompe pas, la seule bonne cause que défend réellement Fergus est la sienne et elle ne vaut pas tripette.

Le réalisateur ne manque jamais une occasion d’exposer les contradictions de son « héros », prêt à remuer ciel et terre pour faire éclater la vérité sur des actions iniques — exactions commises sur la population civile passées sous silence vs obscénité des pots de vin versés — tout en approuvant d’autres actes tout aussi barbares basés sur des préjugés de soldat surentrainé (Légende urbaine : un Bagdadi, fut-il un bambin, ne peut être qu’un terroriste en puissance. A abattre donc, sans sommation).

Il faut tout le talent de Ken Loach et sa remarquable direction d’acteurs pour nous permettre de suivre jusqu’au bout, et parfois même jusqu’à l’empathie malgré le dégoût qu’il peut nous inspirer, le cheminement dépressif de son anti-héros (incarné par le formidablement intense Mark Womack que l’on apprécierait de revoir très vite, et ce, dans un rôle moins foncièrement antipathique, merci).

On pourra regretter — comme le fait fort à propos remarquer l’un des protagonistes — que le conflit irakien ne soit réduit ici qu’à la portion congrue et serve de toile de fond à une radiographie de la perfide Albion décidément bien malade de ses compromissions politiques et de ses amitiés militaires. Mais reconnaissons au réalisateur l’honnêteté proverbiale dont il a toujours fait preuve. Et rendons lui grâce de ne jamais rendre les armes en ces temps difficiles.

* L’employeur de Frankie, lui, se prend à rêver à d’autres contrats juteux aux quatre coins explosifs de la planète, le conflit irakien étant manifestement « passé de mode ».
** Ce qui est passablement agaçant pour le spectateur, tant la ficelle parfois est un peu grosse.

© Diaphana Distribution

Route Irish de Ken Loach_2010
avec Mark Womack, Andrea Lowe, John Bishop, Talib Hamafraj, Geoff Bell, Trevor Williams et Jack Fortune

JE SUIS UN NO MAN’S LAND de Thierry Jousse

In Cinéma, Comédie, France, Thierry Jousse on 22/03/2011 at 15:17

@ Sophie Dulac distribution

Katerine en campagne.

Entendons nous bien. Si l’on est allergique à Philippe Katerine, mieux vaut gentiment passer son chemin.

Dans le cas contraire, réjouissons-nous car ce grand dadais (dé)coiffé à la Neil Young et à la voix si délicatement sucrée qu’elle en deviendrait inquiétante, est la principale (unique?) attraction de Je suis un no man’s land, objet biscornu un poil foutraque tout entier dédié à sa loufoque étrangeté.

L’histoire débute sur les chapeaux de roues. Lorsque Philippe, chanteur à succès, se laisse kidnapper par une fan hystérique — Judith Chemla, démontrant un sacré tempérament dans une composition survoltée — pour éviter un copain d’enfance venu le saluer, il ne se doute pas de l’abracadabrantesque aventure qui l’attend. Perdu en pleine cambrousse, toujours affublé de son costume de scène argenté, il se retrouve tel un improbable homme qui venait d’ailleurs* à errer en terre (qu’il croit) inconnue avant de rejoindre une chaumière qui n’est autre que la demeure de son enfance.

Et de tomber, et sur ses parents — le joli couple inédit que forment la délicieuse Aurore Clément et l’impayable Jackie Berroyer —, et dans les pommes. Pour se réveiller dans le village où il est né, reprenant sans fausse honte ses bonnes vieilles habitudes d’adolescent (qui ne l’ont jamais vraiment quitté car quoi de plus assisté qu’une idole des jeunes) et mystérieusement incapable d’en repartir, quels que soient les efforts fournis.

Et le film de se mettre, aussi, à tourner fermement en rond, malgré quelques belles scènes d’émotion (notamment, celle où Philippe s’enterre dans le foin pour oublier que sa mère n’est pas immortelle) ou subtilement savoureuses (la vieille rancune/rivalité qui l’oppose à son père auquel il dispute l’amour maternel), Thierry Jousse capitalisant manifestement sur la fantaisie et la spontanéité de son acteur pour remplir le cadre — ce que notre farfelu réussit et sans guère forcer sa nature excentrique — et faire exister un film certes plaisant, mais manquant cruellement de rythme, voire d’une écriture plus ambitieuse.

Julie Depardieu a beau être charmante et parfaitement juste, le couple de tourtereaux qu’elle forme avec notre barde a néanmoins beaucoup de mal à fonctionner et leur aventure ne présente guère d’intérêt, même si l’on peut s’amuser de la parade amoureuse de l’épris et applaudir le final qui voit deux petites créatures s’éloignant en valsant vers un avenir radieux.

Œuvre bancale donc, mais sympathique. Souhaitons néanmoins à Philippe Katerine de trouver enfin un rôle à sa sublime (dé)mesure.

* L’homme qui venait d’ailleurs/The man who fell to earth de Nicholas Roeg_1976

@ Sophie Dulac distribution

Je suis un no man’s land de Thierry Jousse_2010
avec Philippe Katerine, Julie Depardieu, Aurore Clément, Jacky Berroyer, Judith Chemla et Jean Michel Portal

L’ÉTRANGE AFFAIRE ANGÉLICA de Manoel de Oliveira

In Cinéma, Drame, Fantastique, Manoel de Oliveira, Portugal on 21/03/2011 at 12:10

© Epicentre Films

L’amour à mort.

Une nuit, dans la vallée du Douro soumise à une pluie battante, un jeune photographe inconnu est mandé par le domestique d’une demeure ancestrale aux fins d’immortaliser et ce, pour l’éternité, la jeune fille de la maison, mystérieusement décédée quelques heures après son mariage. Son acquiescement signe sa fin.

Alors que doublement* étranger en cette auguste maison, il s’évertue au milieu de parents affligés à saisir le meilleur angle de la défunte, ne voit-il pas s’épanouir dans son viseur la charmante trépassée qui, reposant belle endormie dans sa robe virginale, lui décoche un sourire des plus radieux en guise de flèche assassine. Voilà notre malheureux qui s’enfuit, d’ores et déjà empêtré dans les rets de la passion dont il ignorait jusqu’à présent les effets.

Le joyeusement centenaire Manoel de Oliveira filme avec raffinement cette histoire d’amour et de mort, sans inquiétude aucune quant à l’issue fatale de ce coup de foudre qui frappe un jeune homme solitaire, inconsciemment prisonnier d’un passé auquel il ne pourrait échapper qu’en acceptant d’entrer de plein pied dans une modernité qui au pire, l’effraie, au mieux l’ennuie passablement. Il n’est qu’à voir de quelle manière quelque peu outrageante il demeure profondément absent des discussions enflammées des autres locataires — parmi eux, Luís Miguel Cintra, acteur fétiche du cinéaste — de la maison d’hôtes où il loge.

L’étrange affaire Angélica pourrait apparaître de prime abord comme un film d’horreur gothique inspiré des rêveries opiacées de Poe, puisque tous les accessoires afférents offrent de lui prêter main forte : manoir, mausolée, goule, veuf inconsolable, grilles désespérément closes, chants tonitruants, silhouettes inquiétantes (médecin, servante, religieuse, mendiant)…

A contrario, si l’on se laisse aller à la douceur ouatée qui enveloppe notre héros lorsque telle une succube, la disparue lui rend quelques épuisantes visites nocturnes et l’entraîne avec elle dans des vols au-delà du fleuve lui faire visiter le monde duquel il s’est scrupuleusement retiré, on ressent alors comme une étrange fascination pour ce voyage auquel nous convie le réalisateur, par delà l’espace temps, où vivants et défunts se rencontrent pour une bien insolite sarabande fantasmatique.

Et ce, par la grâce d’exquis trucages à la Méliès qui ajoutent encore à l’ingénuité d’une histoire affirmant que l’amour est bien plus fort que la mort, et que seule compte la libération des âmes.

Car à trop vouloir emprisonner le présent — notamment en photographiant frénétiquement des corps de métiers voués à disparaître — l’esprit d’Isaac semble errer dans un passé révolu.De même que la mort se déjoue des grilles (d’un cimetière pour approcher les (sur)vivants) et des cages (un oiseau expire d’être trop désiré par un patient matou), l’artiste (le metteur en scène ?), camouflé derrière son objectif, préside à la naissance d’inquiétants univers peuplés de personnages improbables.

Sa logeuse, elle-même, fixant ses tirages d’ouvriers agricoles étalés comme autant de portraits anthropomorphiques, n’imagine-t-elle pas reconnaître la grande faucheuse sous les traits d’un humble paysan brandissant son outil ?Nous invitant avec humour à nous délivrer de nos attaches terrestres et à laisser libre court à notre fantaisie, Manoel de Oliveira, particulièrement malicieux en la matière, réalise là un film résolument épatant et délicatement optimiste, malgré la violence des sentiments en jeu, véritable hymne à l’amour quand bien même ce dernier mènerait au trépas.

Libre à chacun de se laisser posséder ou pas par sa vision enchanteresse des ardeurs amoureuses.

* La sœur de la défunte, stricte religieuse, se signe lorsqu’il lui apprend qu’il se prénomme Isaac. Sa condition sera également rappelée par sa logeuse, inquiète des drôles d’activités et des expériences que son singulier locataire — qui ne se plie à aucune des règles édictées — peut fomenter dans sa chambrette.

© Epicentre Films

L’étrange affaire Angélica/O estranho caso de Angélica de Manoel de Oliveira_2011
avec Pilar López de Ayala, Ricardo Trepa, Luís Miguel Cintra, Isabel Ruth, Sara Carinhas et Ricardo Aibéo

JIMMY RIVIÈRE de Teddy Lussi-Modeste

In Cinéma, Drame, France, Teddy Lussi-Modeste on 14/03/2011 at 11:53

© Pyramide Distribution

L’homme de glaise.

Les gens du voyage. Tel est le nom que l’on donne à la communauté à laquelle appartient Jimmy Rivière, héros méchamment velléitaire du premier long métrage* de Teddy Lussi-Modeste.

Un terme évocateur de vastes horizons et se prêtant aisément aux fantasmes d’indépendance et de liberté qui nous étreignent tous un jour dans nos vies étriquées. Bien loin malheureusement de la réalité.

Et le danger ne vient pas uniquement des gadjés — à peine évoqués lors d’une tractation avec les élus locaux, scène courte mais éloquente — mais du cœur même de la tribu, mue par une intolérance certaine envers ceux qui aspirent à s’en émanciper.

Jimmy, jeune chien fou et exalté, va recevoir — scène étonnante et joyeusement champêtre — le baptême, se laissant immerger selon le rite pentecôtiste dans l’eau d’une rivière censée le purifier de toutes ses fautes passées.

On ne saura jamais vraiment ce qui l’a décidé à se convertir. Le désir de reconnaissance ? La curiosité ? Le souci d’appartenir corps et âme à son clan ? Le besoin de nouer des liens d’autant plus puissants que le pasteur qui lui sert de père de substitution — Serge Riaboukine, puissant et effrayant à la fois — est le pilier de la communauté et ainsi, dépositaire de son pouvoir et de ses plus intimes secrets ?

Ne serait-ce pas plutôt un orgueil démesuré qui le pousse à s’interdire tout ce à quoi il est obligé de renoncer en recevant les sacrements : la boxe comme défouloir, la brutalité en guise de dialogue, l’alcool dans lequel il s’oublie — voir la scène ahurissante du dancing où tout infatué de sa personne et en proie à une ivresse extatique, il danse solitaire — et les filles enfin, pour échapper définitivement à celle qu’il a possédé et qui le tient désormais.

Tout l’intérêt du film réside dans cette balade adolescente où la jeunesse se cherche encore une raison de ne pas imiter les anciens.

Mais tout candide qu’il veut paraître, d’avoir été oint ne rend certes pas Jimmy meilleur, et ne lui offre pas instantanément les réponses aux questions qu’il ne cesse de se poser, contrairement à ce que les sermons — effarant mélange d’exhortations naïves, mêlant syntaxe approximative et paroles d’évangile — auxquels il assiste semblent prétendre. Les voies du seigneur sont impénétrables et il ne suffit pas de le mander à cor et à cri pour qu’il réponde. Et les dons qu’il dispense ne sont rien s’ils ne sont pas exploités à bon escient.

Comment concilier violence et passion, impulsions charnelles et paroles divines, indépendance et appartenance à un groupe, réalisation personnelle et oubli de soi pour le bien de tous ? Jimmy tergiverse, échoue à canaliser sa fougue et, tout en décryptant les saintes écritures, s’égare dans des chemins de traverse jusqu’à en arriver à trahir et sa famille et ses idéaux.

Il lui faudra toute la tendresse des femmes (son entraineuse, Béatrice Dalle, impériale ; l’amour de sa vie, Hafsia Herzi, volontaire et tenace ; sa sœur, Pamela Flores, une nouvelle venue qui ne démérite pas. La justesse de son interprétation lorsqu’elle reconnait devant ce frère qui lui voue un amour convulsif avoir fait son deuil d’une passion de jeunesse est en tout point remarquable) qui l’entourent, le bercent, l’aiment, le provoquent ou le protègent — parfois contre lui-même — pour ne pas sombrer définitivement.

Jimmy Rivière, c’est Guillaume Gouix (un patronyme à répéter comme un mantra) qui porte brillamment ce très joli film sur ses épaules musclées et fragiles à la fois. Tour à tour charmeur et enfantin, tchatcheur plein de morgue, prêcheur passionné ou boxeur masochiste, il est quasiment de tous les plans qu’il irradie de sa beauté singulière, dévoilant en sus d’un fort séduisant physique une palette de jeu des plus subtiles.

S’attachant à une population peu montrée au cinéma (cependant, hasard de la distribution, est sorti il y a un mois le docu-fiction La BM du seigneur de Jean Charles Hue, traitant peu ou prou des mêmes sujets), Teddy Lussi-Modeste réussit un film au charme indéfinissable, empreint de mysticisme et d’un lyrisme effréné, bref définitivement emballant.

* Prix du public au 23e Festival Premiers plans d’Angers 2011

© Pyramide Distribution

Jimmy Rivière de Teddy Lussi-Modeste_2011
avec Guillaume Gouix, Béatrice Dalle, Hafsia Herzi, Serge Riaboukine, Pamela Flores, Jacky Patrac, Canaan Marguerite et Nadia Esposito

LE RITE de Mikaël Hafstrom

In Cinéma, Horreur, Michaël Hafstrom, Thriller, USA on 13/03/2011 at 16:29

© Warner Bros. France

Tu seras exorciste, mon fils !

Depuis The last exorcism, nous aurions pu espérer qu’en la matière les réalisateurs allaient prendre désormais un peu de recul et nous offrir une relecture saine et originale des inlassables combats menés contre les manifestations lucifériennes. Que nenni !

D’ailleurs, si l’on y songe, et après vision de cette énième souffreteuse variation « inspirée de faits réels », le film de Daniel Stamm ne pouvait être à n’en point douter qu’une ruse du démon pour égarer les brebis dévoyées que nous sommes.

Mais, alléluia ! Mikaël Hafstrom — réalisateur de l’inquiétant Chambre 1408_2008 et de l’inénarrable Dérapage/Dérailed_2006 — se charge avec Le rite, et un sérieux quasi christique, de nous remettre sur le droit chemin menant directement vers les verts pâturages et immanquablement à la flagellation (c’est si bon) en nous assénant une grande leçon de courage et d’abnégation sans lesquels la culpabilité qui se doit de nous ronger chaque jour de notre misérable existence ne serait plus qu’un mauvais souvenir.

Et ce, tout en lorgnant effrontément sur le cultissime Exorcist de William Friedkin_1973 et en convoquant un bestiaire tel que vous n’accommoderez plus jamais vos cuisses de grenouilles d’ail persillé mais bien plutôt de trois Pater et deux Ave. Toutefois, c’est à l’apparition d’un mulet amateur de chair tendre et atteint de myxomatose que nos zygomatiques n’ont pas résisté. Pardon mon père d’avoir péché par incrédulité, tout comme notre tourmenté héros, ex-enfant traumatisé comme il se doit (ou ça ne serait pas drôle).

Car ce brave séminariste (Colin O’Donoghue, une seule expression faciale au compteur) se trouve à la croisée des chemins. Prêtre (tradition familiale oblige) ou croque-mort comme papa (Rutger Hauer qui cachetonne tristement), tel est son destin. Soit. Sur la question du libre-arbitre, merci de revenir en seconde semaine.

Tandis que d’excellentes notes lui permettraient de se lancer dans une fructueuse carrière de psychiatre, le doute l’étreint, Satan l’habite, et son professeur en théologie en profite pour l’expédier derechef à Rome faire ses classes parmi les exorcistes — dont Ciarán Hinds, qui retient difficilement quelques bâillements — pour qui schizophrénie, hystérie et névroses diverses avariées ne sont que preuves que le diable continue de faire le malin (pardon) parmi les hommes.

Et c’est alors qu’Anthony Hopkins, oscar du meilleur acteur — c’est l’affiche qui se permet de s’en prévaloir — entre en scène et reprend possession de l’écran en lieu et place du freluquet qui cède au même instant à la tentation de la junk food et nous induit en erreur en folâtrant chastement avec une journaliste (Alice Braga, qui ne sert strictement à rien, si ce n’est à prouver qu’elle ne possède pas une once du charme affolant de sa tante Sonia), avide de se soumettre à la bonne parole de la sainte autorité papale, et d’assurer ainsi la pérennité des exactions religieuses.

S’il n’y a dorénavant plus erreur sur la marchandise, notre controversé homme de (peu de) foi affirmant tout de go au sceptique qu’il n’y aura ni jet de purée de pois, ni derviches tourneurs, les scènes qui vont se succéder — outre qu’elles nous laisseront le loisir, mécréants que nous sommes, de ricaner bassement, de nous endormir, d’envoyer une salve de SMS assassins à des compagnons d’infortune reluquant le même naveton ou de parier sur les événements à venir tant le scénario est d’une prévisibilité diabolique — misent absolument tout sur le charisme de son interprète principal, estimant que son talent (capable de se dissoudre allègrement dans un éhonté cabotinage) va suffire à assurer un spectacle inexistant.

Affirmer que le damné gallois n’en est pas à une pitrerie près — quitte à oublier qu’il faut éteindre son portable avant tout exorcisme ou à claquer le beignet d’une gamine qui le gonfle — pour maintenir éveillé le spectateur comateux serait mentir. D’ailleurs, la grande (?) scène d’affrontement où prêtre déchu, il annonce que son nom est (Hanni)Ba’al vaut son pesant de crucifix renversés.

Dommage que malgré tant de bonne volonté, il ait à faire face au jeu sans saveur de deux endives et à des dialogues anémiques manifestement sponsorisés par l’église catholique, apostolique et romaine. Le principal étant, mais vous l’aviez déjà compris, que l’incrédule croit et que la vocation naisse. De gré ET de force. La résultante étant la recrudescence de pécheresses à s’abandonner à la moiteur du confessionnal dès lors que notre renégat y prêche.

Nous vous remercions en conséquence d’avoir l’obligeance d’envoyer vos dons à l’association « Sauvons la fin de carrière d’Anthony Hopkins », quoique le bougre a tellement l’air de bien s’amuser qu’il ne mérite sans doute pas votre miséricorde.

© Warner Bros. France

Le rite/The rite de Mikaël Hafstrom_2011
avec Anthony Hopkins, Colin O’Donoghue, Alice Braga, Ciarán Hinds, Toby Jones, Rutger Hauer, Marta Gastini et Maria Grazia Cucinotta

TRUE GRIT de Joël et Ethan Coen

In Cinéma, USA, Western on 09/03/2011 at 11:26

© Paramount Pictures France

La danse de l’ours.

Décidément, les frères Coen n’en démordent pas. Rien de nouveau à l’ouest du Pécos. Le spleen qui engluait l’avenir du shérif de No country for old men et le nihilisme qui crevait dans l’œuf toute idée d’espoir dans A serious man sont à nouveau à l’œuvre dans True grit, où en définitive, il s’agit moins d’avoir du cran que de posséder une certaine morale.

Ce qui n’est guère aisé. Car partant du principe que l’on ne peut être vraiment vertueux en parlant constamment de (rendre la) justice, et comme dans les trois quarts de leur filmographie — bien qu’à leur habitude les réalisateurs se dispensent une nouvelle fois de tout jugement sur leurs personnages — il n’y en a pas un ici pour racheter franchement l’autre. Ce qui ne nous empêche pas d’éprouver de l’empathie pour une enfant montée trop vite en graine et aveuglée par un chagrin qu’elle refuse de ressentir, et quelque affection pour les deux canailles/frères ennemis — les blessures engendrées par la guerre de Sécession n’étant pas entièrement cautérisées — qui l’escortent dans sa vengeresse villégiature.

Car Mattie Ross n’a pas de veine. Alors que l’ouest sauvage est en voie de civilisation et que juges et avocats règnent désormais en maitres (Au vu de son bagout, elle pourrait aisément se lancer dans la carrière), son père — payant un excès de générosité — est assassiné par un malfaisant dont on découvrira plus tard que l’intelligence n’est guère son point fort.

Ainée d’une fratrie, et manifestement bien plus éduquée que sa pauvre mère désormais veuve, l’obstinée péronnelle se met en tête de partir à la recherche du meurtrier dans le but de le faire juger et pendre haut et court. Et ce ne sont pas les trois exécutions auxquelles elle assiste fortuitement — scène qui permet par ailleurs aux frères Coen de régler d’une fort expéditive et grinçante manière la question indienne — qui vont la faire changer d’avis. D’autant plus que reine du marchandage, elle a obtenu de roupiller à l’aise à la morgue en compagnie des défunts, entre nous soit dit bien plus silencieux que la petite vieille avec qui elle se disputera bientôt la couverture dans un lit tout aussi bon marché.

Le négoce, c’est son truc à la Mattie. Tandis qu’elle embauche Rooster Cogburn, un U.S. Marshall borgne, alcoolique et grande gueule que l’on dit infaillible — en clair, un tueur réfugié derrière un insigne — pour dénicher la crevure, elle compte également veiller sur son investissement en chevauchant à ses côtés en territoire indien, au grand dam du bonhomme qui n’a que faire de changer les couches d’une gamine. Notons que ce brave homme offrira ultérieurement la preuve de la grande estime dans laquelle il tient les marmots, et l’humanité en général.

Alors que son chasseur de primes s’acoquine avec un Texas Ranger nommé LaBoeuf — un nom aussi improbable que ses goûts vestimentaires — animé de douteuses intentions (ne s’introduit-il pas dans la chambre d’une adolescente animé d’étranges désirs) et guère plus futé que l’assassin recherché, la donzelle va résolument forger son propre malheur en laissant un sens de la justice incontestablement perverti par son ressentiment prendre le pas sur sa raison.

Au moment précis où elle décide envers et contre tous — y compris le Charon du coin qui tente de lui en interdire l’accès — de traverser la rivière sous l’œil goguenard des deux gredins qui la matent tranquillement de l’autre côté de la berge et de pénétrer dans ce no man’s land où les criminels disparaissent tels des fantômes, l’adolescente ratifie implicitement l’imprudent contrat signé avec le destin. De fait, elle rejoint le monde des adultes, fait d’erreurs et de compromissions, et n’y discerne que désillusions.

Mattie Ross cite — dès lors que ça l’arrange — les saintes écritures autant que les textes de loi, mais oublie au passage que la vengeance n’est pas sienne. Il y a toujours un prix à payer affirme-t-elle dès le début du film. Elle ne pense pas si bien dire, elle qui d’un côté exige la tête d’un homme qu’elle va abattre sans coup férir à la première occasion et de l’autre, pleure sur un cheval épuisé qu’on achève.

Et des morts, elle va en croiser ; d’abord un pendu — très haut, trop, pour éviter les tentations car tout s’échange dans cet étrange royaume — puis des vivants en sursis : un indien solitaire, un dentiste toqué dissimulant son humanité sous une peau d’ours, des outlaws épuisés — objets de la vindicte de Cogburn — et bientôt et par le plus grand des hasards, le fugitif, au front si bas que l’on se demande où peut loger sa cervelle.

Mais force est de reconnaître que ses compagnons de voyage ne valent guère mieux que les hommes qu’ils pourchassent. Cogburn, grizzli mal léché, est d’ores et déjà un pur anachronisme. Ses joutes verbales et ses duels infantiles avec LaBoeuf — pauvre abruti portant son étoile de ranger comme un petit garçon exhiberait un jouet — ne semblent exister que pour briller inconsciemment devant une gosse dont aucun d’eux ne souhaitaient la présence.

Tandis que ces trois solitudes chevauchent de concert, Mattie cristallise le bien fondé de leurs misérables existences. De paquet autrefois encombrant, elle devient tour à tour dame de compagnie, copain de régiment, nourrice, confidente, salut de leur âme. Et un supplément ne serait guère de trop pour le sieur Cogburn qui n’hésite pas à abattre un discourtois sans sommation ou à mentir effrontément à un moribond.

Outre la jeune Hailee Steinfeld, 14 ans au compteur, très impressionnante et parfaitement à l’aise avec les dialogues logorrhéiques dont les frères Coen sont friands*, Matt Damon réussit le tour de force d’être tout à la fois parfaitement imbuvable et touchant dans le rôle ardu d’un benêt au sens de l’honneur un tantinet élastique.

Dans des rôles secondaires mais pivots, le toujours charismatique Barry Pepper — invraisemblable trogne et haleine fétide — en leader d’un gang de pieds nickelés et Josh Brolin, en demeuré qui ne vaut même pas la corde pour le pendre, nous font regretter leur apparition tardive.

Jeff Bridges, quant à lui, s’il a l’intelligence de n’imiter en rien son illustre prédécesseur**, excelle dans le rôle de cette vieille outre cacochyme faussement nonchalante*** revenue de tout — y compris du mariage et de la paternité — qui se rachète une conduite en s’offrant une dernière chevauchée fantastique avant de raccrocher définitivement les colts****.

Le retour vers la civilisation de nos piètres héros, vécu comme un cauchemar éveillé, leur fait parcourir un paysage fabuleux où le sang des hommes abattus se mêle à celui des bêtes tombées dans un duel sans honneur.

Et l’on sait gré aux frères Coen, manifestement atteints de misanthropie aiguë, d’avoir saupoudré d’un peu d’humour — fut-il noir — ce mélancolique gâchis de l’imparfaite jeunesse, car l’épilogue résolument lugubre de ce voyage initiatique parfois languissant laisse entrevoir une vie amère. Il n’y a rien de glorieux au royaume de la vengeance dès lors que les légendes de l’ouest expirent au fond d’un cirque.

Renouveau du western ? Mon œil !

* Il n’est guère innocent que dans une scène aussi hilarante qu’atroce, Cogburn essaie d’arracher la langue meurtrie de LaBoeuf aux fins de « le soulager » de ses souffrances.
** John Wayne qui gagna, grâce à une truculente interprétation mâtinée de cabotinage, l’unique oscar de sa carrière dans le film éponyme d’Henry Hathaway_1969.
*** Lors du fameux duel aux patates — Cogburn s’est vu accusé d’un « tir ami » sur la personne de LaBoeuf — l’acteur joue habilement d’un gracieux déséquilibre autant dû à une consommation d’alcool quasi suicidaire qu’à son agacement envers un gandin qui le dévalorise aux yeux de la jeune héroïne dont ils se disputent l’attention.
**** Le film d’Hathaway, a contrario, se termine sur une ultime cascade de Cogburn. Le Duke reprendra d’ailleurs ce rôle, face à Katharine Hepburn, dans une suite oubliable signée Stuart Millar en 1974.

Paramount Pictures France


True grit de Joël et Ethan Coen_2010

avec Jeff Bridges, Hailee Steinfeld, Matt Damon, Josh Brolin, Barry Pepper, Bruce Green, Mike Watson et Elizabeth Marve

A voir : Making True Grit, un album de tournage signé Jeff Bridges

© Jeff Bridges

REQUIEM POUR UNE TUEUSE de Jérome Le Gris

In Cinéma, France, Jérôme Le Gris, Polar on 04/03/2011 at 11:28

© StudioCanal

Le coup de la cymbale.

Lucrèce est une implacable tueuse de classe internationale et à l’imagination débordante quand il s’agit d’échafauder d’ahurissants crimes censés être parfaits. Il est permis de rire de bon cœur (notamment lorsque « la spécialiste » manque de décimer par erreur tout le casting masculin) et de lui proposer éventuellement d’abattre son coiffeur.

Lucrèce, c’est Mélanie Laurent qui semble ne pas avoir saisi qu’elle jouait dans une comédie débridée. La meilleure preuve ? Le film débute par ses vocalises — tous ceux qui ont eu l’occasion de voir le dernier clip de la belle ont déjà le sourire aux lèvres — en compagnie du toujours mutin Jean Claude Dreyfus travesti en maître de chant.

Hors donc, et ce jusqu’au générique de fin, titillés bien malgré nous par une envie grandissante de trucider toutes les Castafiores, nous serons désormais partagés entre l’effarement et l’hilarité.

Effarement devant tant d’inanité et d’indigence dans un scénario qui non seulement se permet parfois de copier-coller des histoires d’ores et déjà tant racontées, le réalisateur poussant le vice jusqu’à embaucher Tchéky Karyo dans le rôle de mentor de la donzelle assassine, mais tente d’égaler de prestigieux maîtres — Sir Alfred appréciera l’hommage à sa juste valeur — avec un sérieux imperturbable et une arrogance sans égale. Notons également que Johan Leysen, transfuge de The american, tient ici le même rôle de malfaisant recruteur de criminels en puissance que chez Anton Corbijn. Consternation et tristesse donc.

Mais l’hilarité l’emporte finalement car Tchéky Karyo nous offre une parodie plutôt réussie d’André Pousse, l’excellent Xavier Gallais en organisateur de festivals totalement à côté de ses pompes vole allègrement la vedette à ses illustres costars et l’impayable Clovis Cornillac déguisé en Manitas de Plata nous ébranle définitivement les zygomatiques.

Répondant au doux patronyme de Rico et aussi charismatique qu’un caribou en chaleur, l’acteur est censé nous faire admettre — grâce à une interprétation ad hoc de bourru sous temesta — qu’il est le meilleur des barbouzes. Rigolons encore un peu ; Frédérique Tirmont en colonel est sans doute censée nous rappeler, du moins dans la perruque, l’intraitable M, Judi Dench.

Sommé par son implacable hiérarchie de sauver la vie d’un baryton qui se pique de narguer effrontément de grandes compagnies pétrolières et torturé par de troublantes crises de conscience, l’ami Rico flingue en semi-ralenti et arrêt sur image — scène hallucinante s’il en est — un handicapé mental puis se met en tête de se flageller en sauvant malgré elle la tueuse qu’il est censé arrêter.

Lucrèce n’a rien contre, la mort du baryton était — surprise ! — son dernier contrat. On y croit. Fort. Le suspense est à son comble. Lors du concert lyrique où la gredine se produit (rires), on patiente la bave aux lèvres qu’un coup de cymbale bien envoyé sonne le tocsin. Mais la plaisanterie est un tantinet poussive et trop assourdissante.

Alors on pouffe. De temps en temps. Pas assez souvent. Et l’on se met à songer à Nikita. Et là est le début de la fin. Car le film de Luc Besson s’est mué avec le temps en malicieux souvenir. Le premier film de Jérôme Le Gris, boursouflé et prétentieux, n’aura pas cette chance.

© StudioCanal


Requiem pour une tueuse de Jérôme Le Gris_2010

avec Mélanie Laurent, Clovis Cornillac, Tchéky Karyo, Xavier Gallais, Christopher Stills, Corrado Invernizzi, Frédérique Tirmont, Michel Fau et Johan Leysen

LARGO WINCH II de Jérôme Salle

In Action, Aventure, Belgique, Cinéma, Jérôme Le Gris on 03/03/2011 at 00:35

© Wild Bunch Distribution

Bons baisers de Birmanie.

Largo Winch devenu l’unique héritier du groupe W décide de se muer en St François d’Assise et de partir vivre nu (N’hésite pas Tomer, nous sommes avec toi) dans les rizières birmanes après avoir offert aux mânes de son père une fondation humanitaire.

Et tout irait pour le mieux dans la meilleure et luxuriante Birmanie possible si une gueuse de procureur (Sharon Stone) ne l’accusait de crimes contre l’humanité pour se faire un peu de pub — son basic instinct ne la trompe pas, ce garçon est trop beau pour être honnête. A moins que la perfide ne fasse partie du damné complot car, de trois choses l’une : 1/ la proc’ en croque 2/ cette effrontée cougar veut s’offrir un nouveau sex toy 3/ cette juste est manipulée comme une bienheureuse idiote par des puissances supérieures possédant des penthouses de la taille du Luxembourg.

Les volte-face sont nombreuses, les coups de théâtre de préférence grotesques et l’épilogue tout bonnement ahurissant lorsque l’on songe qu’il y a près de vingt ans, la dame à la foufoune narquoise jouait sans faillir du pic à glace.

En guise de résumé, les plus du film…

  • Largo Winch a une belle âme (et de chouettes pectoraux) et le cœur sur la main, surtout avec le pognon de papa.
  • Tomer Sisley tombe la chemise dès qu’il en a l’occasion (et il se castagne sans doublure).
  • Le charisme de Laurent Terzieff.
  • Sharon Stone a le port de string d’une fille de 20 ans.
  • Un invraisemblable saut en parachute (ou pas) offrant le même degré d’hilarité que les cascades fofolles de L’agence tout risque/The A-team de Joe Carnahan_2010.
  • Les tribulations d’un maître d’hôtel en Thaïlande. L’humour primesautier et la fantaisie de Nicolas Vaude n’auraient pas déparé dans certaines grandes comédies d’aventure signées Philippe de Broca (la mise en scène de Jérôme Salle, moins).
  • Ah dieu que la Birmanie est jolie !

Les moins…

  • Son nom n’est ni Bond, James Bond ni Bourne, Jason Bourne. Nous sommes chez Largo Winch, où règne un petit côté bricolage au demeurant sympathique et un manichéisme de fort mauvais aloi sérieusement fatiguant sur la longueur.
  • Largo Winch n’a pas une once d’humour. Ce type est d’un ennui affolant en définitive (surtout quand Tomer ne tombe pas la chemise).
  • Les private jokes sur le mythe Sharon Stone (croisement de jambes à l’appui) ne sont guère exploitées par un scénario anémique.
  • Pas la moindre pincée d’alchimie, ni de tension sexuelle — un comble! — entre Sharon Stone (aka la nouvelle femme au masque de cire : pas une patte d’oie, une cerne, une ridule. C’était notre instant Rions un peu) et Tomer Sisley (un peu trop propre sur lui, y compris en icône de guide du routard).
  • Soyons clairs. Il ferait bon vivre en Birmanie n’étaient ces calculateurs de sournois occidentaux avides de mettre la main sur les richesses du pays et qui corrompent, de fait, de graveleux militaires.
  • Des bagarres pour ne surtout pas trop réfléchir, en veux-tu en voilà. A force de voir se succéder à un rythme — plus ou moins infernal — des poursuites/cascades/tours de force, le spectateur n’arrive plus très bien à comprendre qui sont les méchants qui poursuivent notre héros ou pourquoi, et d’ailleurs, il finit même promptement par s’en battre un poil les miches.
  • Les perpétuels sauts de puce dans le temps. Si trois ans avant se décomptent du jour où le film commence, est-on trois ans après ou l’ultérieurement fait-il suite aux trois années subséquentes ? Et d’ailleurs, pourquoi trois ? Si l’on s’ennuie entre deux coups de poing et la quinzième roulade dans la poussière, ce genre de questions existentielles d’ordre chronologique peut occuper agréablement l’esprit.
  • Un montage à la serpe enchaînant de manière anarchique scènes d’action, moments romantiques (ah ! ce doux et tendre échange familial sur fond d’incendie d’un camp de prisonniers birmans) ou humoristiques.
  • Ulrich Tukur gâche son talent là où il n’a rien à jouer.
  • Largo Winch a manifestement de la conversation. Il nous ressort quinze fois son proverbe bosniaque (en VO et en VF). Fascinant.
  • Des malfaisants si abjects (spoiler : ils suent même à l’ombre) que l’on peut lire bad guy ! sur le post-it épinglé sur leur front.
  • Les serbes sont fourbes, toujours.
  • Les seins de Sharon Stone sont en apesanteur. Y a complot.
  • Il faut réécrire le rôle du meilleur ami de Largo Winch, résolument insupportable (l’acteur — Olivier Barthelemy — ou le personnage, la question est posée).
  • RIP Laurent Terzieff.

En bref, une aventure qui ne brise pas trois pattes à un canard et que l’on peut regarder d’un œil torve sans risquer de perdre une information capitale (ne pas espérer non plus une quelconque réflexion sur la junte birmane, là n’est pas le sujet).

Nous pouvons également, sans faillir, prévoir qu’il y aura un troisième opus car vous n’imaginez pas tout ce qu’Audi peut faire pour Largo Winch.

© Wild Bunch Distribution

Largo Winch II de Jérôme Salle_2010
avec Tomer Sisley, Sharon Stone, Ulrich Tukur, Mamee Napakpapha Nakprasitte, Olivier Barthelemy, Laurent Terzieff, Nicolas Vaude, Clemens Schick, Nirut Sirichanya, Dmitry Nazarov et Miki Manojlovic

JEWISH CONNECTION de Kevin Asch

In Cinéma, Comédie dramatique, Kevin Asch, Thriller, USA on 25/02/2011 at 11:00

© Pyramide Distribution

Candide au pays de l’ecstasy.

Passons rapidement sur le peu de subtilité du titre français* lançant une obscène œillade à l’ultra violent French Connection de William Friedkin — voire laissant imaginer une comédie adolescente à l’humour un peu gras — pour nous intéresser de plus près à l’aventure abracadabrantesque (based on a true story nous prévient d’emblée un carton au générique aux fins de prévenir toute incrédulité) contée par l’ambitieux Kevin Asch, dont c’est le premier long métrage.

S’intéressant à une affaire criminelle datant des années 90 où, à l’insu de leur plein gré, moult jeunes juifs orthodoxes furent recrutés et se muèrent en mules pour le compte d’un trafiquant d’ecstasy, le réalisateur rend hommage à ses deux maîtres, Sidney Lumet et Martin Scorsese.

Tout d’abord par le grain très particulier de l’image qui rappelle sans faillir les années 70 chères à Serpico, Dog day afternoon, voire au Prince of the city, ensuite par la présence discrète de Stella Keitel (fille de son père, tragique héros de Mean Streets, écartelé entre sa foi profonde, ses amitiés indéfectibles et la rugueuse réalité de ses activités mafieuses) et la description minutieuse des liens familiaux et religieux dans lesquels se débat Sam Gold, l’audacieux délinquant en rupture de ban.

La principale qualité de Jewish Connection est sans contexte l’embrigadement de Jesse Eisenberg (garçon aussi joli que talentueux) dont le visage angélique et la fausse fragilité un peu gauche sont derechef démentis par un culot et un bagout invraisemblables.

Se rebellant — sans doute par dépit** — contre un père intolérant et une vie d’ores et déjà toute tracée, son indépendance passe non seulement par la tentation du crime mais tout autant par une totale remise en question de ses convictions qu’il a cependant du mal à oublier, notamment lorsqu’il se trouve en présence d’une fille perdue qui le trouble (la pulpeuse et « ecstatique » Ari Graynor). Le couple de joyeux gredins très attachants— en costume traditionnel et baskets immaculées ! — qu’il forme avec Justin Bartha se révèle être la pièce maitresse d’un film par ailleurs inégal.

Si un humour bienvenu parsème la réalisation de Kevin Asch, ce dernier peine toutefois à mener à bon terme et avec un égal bonheur la double histoire : un polar sans esbroufe niant la violence intrinsèque au genre mais exploitant la présence charismatique de Danny A. Abeckaser (en mode Joe Pesci d’opérette) d’un côté et l’accomplissement personnel d’un adolescent en pleine crise existentielle de l’autre. Notons qu’à l’occasion, le réalisateur ose une scène ahurissante de redécouverte de sa foi par le petit sacripant aux papillotes rasées sans sombrer dans le ridicule.

Jewish Connection, malgré une interprétation impeccable et un bouquet de scènes superbement filmées (dont une course éperdue sur le pont de Brooklyn, symbole d’une liberté trop chèrement acquise) est un film agréable certes, mais qui manque d’aspérités, pâtit d’un trop plein d’augustes références et laisse à la fois une curieuse impression de déjà (trop) vu et un goût d’inachevé. Une déception à la mesure de l’attente.

* Alors que le titre original, foncièrement intraduisible et quelque peu péjoratif, fait allusion au prosélytisme religieux et évoque en conséquence les rites et traditions dans lesquelles baignent les jeunes et immoraux héros du film
** Les héros interprétés par Jesse Eisenberg n’ont décidément pas de chance avec les filles. Pour un aussi ravissant garçon, cela tient certainement d’un odieux complot de scénaristes jaloux.

© Pyramide Distribution

Jewish Connection/Holy rollers de Kevin Asch_2010
avec Jesse Eisenberg, Justin Bartha, Ari Graynor, Danny A. Abeckaser, Q-Tip, Stella Keitel, Mark Ivanir et Jason Fuchs

LE CHOIX DE LUNA de Jasmila Zbanic

In Bosnie, Cinéma, Drame, Jasmila Zbanic on 24/02/2011 at 11:10

© Diaphana Distribution

Les désastres de la guerre.

Luna et Amar s’aiment d’un amour tendre et vigoureux. Ils travaillent ensemble dans la même compagnie aérienne ; lui, au sol, comme aiguilleur du ciel, elle, dans les nuages, charmante hôtesse de l’air s’éclipsant vers des contrées étrangères. Luna et Amar souhaitent un enfant mais vont être contraints par la stérilité d’Amar d’en passer par l’insémination artificielle. Amar est alcoolique et en perd son travail, mais le soutien de la douce et impétueuse Luna semble indéfectible.

Cette histoire simple et fort chabadabadesque serait d’une banalité à pleurer si Luna et Amar n’étaient également des survivants de la guerre fratricide qui divisa à jamais l’ex-Yougoslavie à l’orée du XXIe siècle.

Musulmans non pratiquants vivant à Sarajevo, ville dont l’architecture et les esprits sont encore fortement marqués par le conflit, la stabilité de leur couple se lézarde dangereusement le jour où, par le plus grand des hasards (?), Amar croise le chemin d’un ancien compagnon d’armes, converti au salafisme.

Exalté par ces retrouvailles fortuites, le fragile Amar — qui vit dans le souvenir d’un frère mort en héros durant les hostilités — se laisse insidieusement séduire par les belles promesses qui lui sont faites d’un avenir meilleur sous la sainte garde d’Allah et en oublie tout sens commun.

Si soudaine appréhension il y a, elle provient essentiellement de nos clichés tant sur l’alcoolisme que sur l’intégrisme. Aucune violence pourtant, qu’elle soit verbale ou physique, dans le comportement d’Amar. C’est bien ce qui le rend singulièrement inquiétant. Comme brusquement habité par une flamme intérieure et devenu sourd aux supplications de sa compagne prompte à la révolte, il ressemble comme un frère aux malheureux héros d’Invasion of the body snatchers*.

Cette force qui vient de s’emparer de son corps et de son âme, Amar la nomme Allah et se met à prêcher en son nom d’inacceptables leçons pour tout bon musulman qui se respecte. Pour l’indépendante Luna, cette obstination nouvelle et ces imprécations évoquent fondamentalisme et intolérance. Surtout après une sinistre visite dans un camp retranché, où les nouveaux compagnons de son cher et tendre ont élu domicile pour y vivre loin des tentations de la vie moderne, repliés sur eux-mêmes et observant des valeurs, certes pures dans leurs intentions, mais malgré tout abimées par la soif de pouvoir des hommes et leur désir de revanche.

Jasmila Zbanic ne juge pas, ni les éventuels choix de sa troublante héroïne (la fin reste ouverte, aux spectateurs de l’écrire), ni les faiblesses d’Amar, ni même les barbus (tout au plus pointe-t-elle du doigt en une scène unique les contradictions de leur enseignement).

Son propos n’est pas là mais bien plutôt de composer un subtil portrait de femme, et à travers elle et la difficulté à se reconstruire — parfois très égoïstement — après un conflit meurtrier, nous éclairer sur le destin d’un peuple sur le chemin de la résilience et du pardon.

Joli film sur la désagrégation d’un amour mais toutefois résolument optimiste, Le choix de Luna est illuminé par la solaire beauté de son interprète principale, la pétillante et délicieuse Zrinka Cvitesic.

* Film paranoïaque de Don Siegel_1956

© Diaphana Distribution


Le choix de Luna/Na putu de Jasmila Zbanic_2009
avec Zrinka Cvitesic, Leon Lucev, Ermin Bravo, Mirjana Karanovic et Marija Köhn

THE HUNTER de Rafi Pitts

In Cinéma, Iran, Rafi Pitts, Thriller on 23/02/2011 at 11:30

© Sophie Dulac Distribution

La ballade sauvage.

Après le superbe Téhéran de Nader Takmil Homayoun sorti l’année passée, la ville iranienne — témoin d’émeutes sanglantes en juin 2009 — est à nouveau la terrifiante héroïne du dernier film de Rafi Pitts, The hunter, soit « Le chasseur », du moins dans sa première partie.

Et le réalisateur*, également interprète — beau visage, magnifique présence, parfaite économie en gestes et paroles — suite à la défection de son acteur principal, a manifestement tourné à l’arrache et au nez et à la barbe des censeurs de tous poils cette chronique d’un désastre annoncé.

Qu’est-ce qui peut mener un homme censément raisonnable, collègue agréable, fils, mari et père aimant, à tirer — tel les snipers fous immortalisés par tant de polars américains — sur une voiture de police, et à abattre posément l’homme qui tente de s’en échapper, si ce n’est une rébellion désespérée contre la torture quotidienne distillée par un pays en proie à une dictature paranoïaque acharnée à broyer toute tentative de liberté individuelle ?

Ali Alavi**, héros ordinaire, sort de prison. Nous ne saurons guère la cause de son emprisonnement même s’il est aisé de deviner qu’il ne s’agit à l’évidence pas d’un délinquant sans éducation. Forcé d’accepter un travail de nuit au risque d’attenter à son bonheur familial, sa vie bascule le jour où lui sont ravies son épouse et son enfant. Sans raison, ni explications.

Confronté aux dédales d’une administration peu amène et aux injures larvées d’une police suspicieuse, Ali, chasseur émérite, piste les traces laissées par les victimes des répressions meurtrières ordonnées par les sbires de Mahmoud Ahmadinejad.

Personnage taiseux au regard fuyant (attitude aisément reconnaissable du taulard dressé à se soumettre à l’autorité), Ali erre dans une ville tentaculaire constamment au bord du chaos, incessamment traversée de jour comme de nuit par un flot ininterrompu de voitures se pressant on ne sait où.

Ali, lui-même, fuit vers la campagne iranienne après son forfait. Mais pas de ballade élégiaque ici, uniquement une échappée en avant vers un grand nulle part, où même l’immensité du ciel semble être soumise à un quadrillage policier. Ainsi, dans une scène quasi onirique, un hélicoptère intrusif semble naître des amours affolées d’une nuée d’oiseaux.

Le spectateur qui aura la patience de supporter une lenteur dévolue (car étonnamment, ce sont les difficultés intrinsèques survenues de par les troubles politiques sur un tournage quelque peu hors-la-loi qui rendent le rythme du film si étrangement cotonneux) aux deux premiers tiers de l’histoire, se verra récompensé par une dernière partie exceptionnelle, empreinte de sourdes tensions et où se mêlent poursuites et dialogues d’une inquiétante absurdité, où le chasseur devient proie, où la révolte d’Ali et la nature humaine faite de corruption, de vilenie et de petites trahisons entre dictateurs en uniforme, se rejoignent dans un final époustouflant. Et Ali, bien qu’entravé, ose regarder ses geôliers droit dans les yeux, à hauteur d’homme, enfin.

Édifiant, notamment lorsque l’on songe aux condamnations de Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof, interdits de tournage pour les 20 prochaines années***.

* Notamment auteur en 2003 d’un documentaire mémorable de la série Cinéma, de notre temps consacré à Abel Ferrara : Not guilty.
** A noter que Rafi Pitts a offert à son héros le nom de Bozorg Alavi, écrivain communiste et homme politique décédé en exil, auquel le film est dédié
*** Violemment critique à l’égard du régime totalitaire, le film de Rafi Pitts a comme de bien entendu été interdit de distribution en Iran après la répression. Le DVD s’y vend actuellement sous le manteau. Source : Interview de Rafi Pitts Je me battrai toujours pour le point de vue du mal-aimé

© Diaphana Distribution

The hunter/Shekarchi de Rafi Pitts_2010
avec Rafi Pitts, Mitra Hajjar, Saba Yaghoobi, Ali Nicksaulat, Manoochehr Rahimi et Malek Jahan Khazai

SANTIAGO 73, POST-MORTEM de Pablo Larrain

In Chili, Cinéma, Drame, Pablo Larrain on 22/02/2011 at 15:00

© Memento Films Distribution

Chili, année zéro.

Après Tony Manero, Pablo Larrain, avec son troisième film, explore une nouvelle fois le terrain fructueux où naquirent si aisément folie et dictature en radiographiant la psychologie d’une partie du peuple chilien, aux appétits médiocres et à la pensée vile, celle-là même qu’il fut si facile de (con)vaincre et de soumettre.

Est-ce d’être tous les jours confronté aux cadavres de la morgue dans laquelle il travaille comme transcripteur de rapports d’autopsie, mais le misérable héros — transfiguré par l’hallucinant acteur de prédilection de Pablo Larrain, Alfredo Castro, résolument frigorifiant — de Santiago 73, post-mortem mène une vie aussi ennuyeuse qu’inutile. D’ailleurs, ce triste sire semble être déjà mort avant même que les terribles événements qui ont secoué le Chili ne surviennent. Toujours à contre courant, y compris lors de manifestations populaires.

Cet être médiocre est pourtant animé d’une morbide et dévorante passion pour sa voisine (Antonia Zegers, à la triste beauté), une danseuse de cabaret en voie littérale de putréfaction. Ne disparaît-elle pas de l’affiche du petit théâtre où elle se produit suite à une dépression affichée et un laisser-aller suicidaire ?

Dès le début, le réalisateur crève l’espoir dans l’œuf et annonce la couleur ; cet étrange couple si mal assorti (lui cède-t-elle par ennui, désespoir ou mépris d’elle-même ?) qui pleure de concert sur un présent si instable, ne vieillira pas ensemble. Leurs coïts mécaniques ne peuvent survivre à l’horreur intervenue en septembre 73. C’est le corps amaigri et décharné de la femme qu’il poursuivit de ses assiduités jusque dans sa loge — étrange et très belle scène hors du temps que cette recherche dans les coulisses, sans doute la seule du film qui soit porteuse d’espoir — que le minable fonctionnaire voit arriver sans ciller sur la table d’examen.

Comme dans son précédent film (portrait d’un obsessionnel, véritable tyran domestique s’épanouissant dans un Chili survivant sous le joug de Pinochet), Pablo Larrain navigue sur le fil du rasoir entre glauque et soupçon de complaisance, tout en disséquant l’espoir fou d’un peuple face à la tentation du socialisme et l’extrême facilité avec laquelle les faibles (ici, ce sont la jalousie et l’humiliation qui vont précipiter notre « héros » dans les bras de la dictature militaire) et les corrompus oublient tout sens commun pour s’abandonner aux pires exactions, trop heureux de se ranger du côté du plus fort. Seules les femmes semblent toujours insoumises, et donc, irrémédiablement victimes.

Dans des plans séquences d’une longueur particulièrement insoutenable, Pablo Larrain n’hésite pas parfois à user de stratagèmes qui pourraient être comiques, n’étaient les atrocités que l’on devine hors champ, en invitant un Alfredo Castro d’une impassibilité inhumaine à se livrer à d’inquiétantes pantomimes, empreintes d’un humour si noir qu’il semble teinté de cynisme.

La manière quasi keatonnienne qu’il a de se débattre avec des monceaux de cadavres récalcitrants à l’idée de disparaître définitivement derrière les portes de la morgue municipale ou de batailler avec une machine à écrire électrique dont il ignore le fonctionnement (tandis qu’un médecin légiste débite machinalement un premier rapport descriptif sur le suicide programmé de Salvador Allende) devrait prêter à sourire si l’on n’avait eu un aperçu de quelques sauvages et éphémères rictus défigurant un faciès ordinairement placide à l’avènement du coup d’état. Qui ne dit mot, consent. Et notre taiseux est une hyène en puissance.

En mettant tranquillement en parallèle le meurtre politique et l’assassinat sordide, le réalisateur ne laisse aucune chance à ses personnages de se racheter et enfonce toujours plus le clou. Moins que les militaires (qui ne font jamais que ce pour quoi ils sont payés, obéir), ce sont surtout la petitesse d’esprit et la lâcheté ordinaires que stigmatise Pablo Larrain qui manifestement, bien que n’ayant pas vécu cette triste période, ne s’en est jamais totalement remis. Et l’on ressent comme un plaisir coupable à voir le Chili s’enfoncer à jamais vers les ténèbres. Un peu d’espoir pourtant ne nuirait pas.

Ce film mal aimable (certains spectateurs se sont prestement enfuis en cours de projection) mais nécessaire — et dont on peut sortir parfaitement essoré — est à voir, ne serait-ce que parce qu’en nos temps de révolutions tant chéries par la jeunesse et les exclus, la peur mène toujours le monde et la bête immonde n’en finit pas de renaitre.

© Memento Films Distribution

Santiago 73 post-mortem/Post-mortem de Pablo Larrain_2011
avec Alfredo Castro, Antonia Zegers, Jaime Vadell, Amparo Noguera, Marcelo Alonso et Marcial Tagle

LE DERNIER DES TEMPLIERS de Dominic Sena

In Aventure, Cinéma, Dominic Sena, Fantastique, USA on 17/01/2011 at 11:30

 

© Metropolitan FilmExport

Le temps des bubons.

Fatalitas ! Alors que nous aurions pu espérer qu’avec ses choix de l’an passé (comme celui de s’unir à ce grand siphonné d’Herzog pour une relecture salutaire de Bad lieutenant), Nicolas Cage allait arrêter de gâcher sa carrière en cachetonnant dans des films (?) indignes du talent dont il sait faire preuve pour peu qu’il s’en donne l’ambition, que nenni !

Le revoilà, renouant le dialogue avec Dominic Sena*, l’inoubliable réalisateur de 60 minutes chrono/Gone in sixty seconds_2000 (où Cage roulait des mécaniques aux côtés d’un honteux cabotin nommé Robert Duvall) ou d’Opération Espadon/Swordfish_2001 (farce égrillarde exploitant les pectoraux d’Hugh Jackman**).

C’est dire si l’idée d’aller voir Le dernier des Templiers, traduction improbable du titre original Season of the witch (qui n’a strictement rien à voir avec le film éponyme réalisé en 1969 par George Romero, une fantastique variation sur l’intrinsèque schizophrénie d’une desperate housewife) pouvait prêter à sourire avant même le prologue, du genre brutal, où trois villageoises sont jugées pour sorcellerie, pendues, noyées et exorcisées. Ou pas.

Revoici donc, pour le bonheur de tous, une énième variation sans grande originalité sur l’éternel combat entre les gens de bien contre le mal, agrémentée de quelques libertés prises avec la vérité historique puisque le film mêle gaiement inquisitions, croisades, obscurantisme et peste bubonique.

Et c’est toujours une joie sans égale que de découvrir la dernière création capillaire qui aura l’insigne honneur d’orner le merveilleux crâne de Nic Cage. Puisqu’il le vaut bien, et parce que le port constant du heaume n’est guère tendre pour le cuir chevelu, ce sont des pointes bien grasses et d’un blond vénitien sale que nous verrons virevolter durant une fascinante heure trente.

Se déroulent alors sous nos yeux ébahis de captivants affrontements contre les infidèles — été, automne comme hiver, dans la brise printanière, sous la pluie, dans la boue, la neige, au centre des villes et des campagnes, voire en plein désert (au bout d’un moment, on ne sait plus trop qui est qui, on perd le fil de l’épée et pour tout dire, on s’en cogne) où le fameux Templier Behmen de Bleibruck, flanqué de son fidèle compagnon (soit l’impayable Ron Perlman qui s’amuse comme un petit fou dans cette aimable plaisanterie à ne guère prendre au sérieux), pourfend généreusement l’ennemi dans l’ignorance crasse que ce dernier est en lui.

Jusqu’au jour où se battant dans l’obscurité — car le film est bien sombre, et ce n’est pas une litote —, vlan ! ne voilà-t-il pas que notre preux transperce de manière fort peu chrétienne une gente dame qui passait par là. Et la lumière fut.

Enfer et croisés putréfiés ! Ses yeux cernés se dessillent ; le sieur de Bleibruck comprend enfin que les mécréants décédés sur tant de champs de bataille ne lui ont laissé à écharper que femmes et enfants. Arrrgh ! Dieu mais que d’horreurs ne commet-on pas en ton nom ! (air connu) brame notre Behmen, et d’un blasphème l’autre, le voici déserteur, dégouté des saloperies de la vie, à jamais stigmatisé par sa faute, sa très grande faute.

Et notre pauvre hère de errer, accompagné de son croisé de compère qui ne cause — dans l’espoir fou de le dérider — que de trousser la gueuse une fois rentré au pays. Mais la peste est partout. Et les délateurs itou. Trahi par le pommeau de son épée, le voilà jeté en un cachot obscur d’où il ne sera tiré que s’il accepte une mission secrète dont le haut dignitaire responsable de ce chantage niera avoir eu connaissance en cas d’échec. Diable ! Le suspense est à son comble.

Car sa sainteté n’est autre que l’increvable Christopher Lee, méconnaissable en cardinal souffreteux (saignées et bubons à tous les repas, remercions les maquilleurs de l’avoir déguisé en homme qui rit. Car oui, il faut bien l’avouer, nous avons ri, aussi). Hors donc, le décati le somme d’accompagner une accorte sorcière*** en une lointaine abbaye sur une route semée d’embûches — où il aura tout loisir de faire contrition — aux fins que la péronnelle soit jugée, puis au choix : pendue, noyée, brulée, écorchée vive, voire exorcisée. L’important est que cette chienne paie sa forfaiture de sa vie car Satan l’habite (oups ! j’ai spoilé) et que cesse enfin cette infamie qui décime la chrétienté déjà bien entamée par d’incessantes batailles pleines de bruit et de fureur qui ne signifient plus grand chose.

Je ne sers plus Dieu croasse Behmen de Bleibruck tandis que Perlman se gausse. Un œil sur la pauvre fille martyrisée par le tonsuré du coin et un regain de folle chevalerie enflamme le cœur accablé de Behmen qui n’écoutant que son sens moral (et les écrits du scénariste) accepte finalement de faire un beau geste. Car Templier un jour, Templier toujours.

Passons sur les événements aussi divers qu’avariés qui parsèment l’histoire : recrutement de samouraïs (le fameux moine fourbe — pléonasme —, un chevalier dépressif — Ulrich Thomsen, inexistant —, un enfant de chœur vindicatif pour d’éventuelles fausses pistes et un arnaqueur pour la caution humour), apparitions surnaturelles dans un cimetière de pestiférés, traversée de la forêt de Brocéliande****, rencontre avec des loups en animatronic, franchissement très salaire de la peur d’un pont défaillant, pour nous attacher au dénouement à pleurer de rire, tant par le sérieux sans faille d’un Nic Cage jouant au chevalier sans peur mais non sans reproche (regards hallucinés à l’appui) que par la terrible indigence des effets spéciaux et de la révélation finale qui ne dépareraient pas un Harry Potter du pauvre.

L’ultime bataille d’une laideur et d’un ridicule achevés rajoute au mystère de la sortie d’un tel film sur les écrans alors que tant de productions bien plus subtiles sont privées de distribution. Les mystères du saigneur sont décidément impénétrables.

* Egalement auteur il est vrai d’un Kalifornia_1993 intéressant à plus d’un titre puisqu’il réunit les juvéniles Brad Pitt (enlaidi à plaisir), Juliette Lewis et un David Duchovny sur les chemins de la renommée par la grâce d’un MIB nommé Fox Mulder.
** Oui, bon, après tout, pourquoi pas ? Les garçons peuvent de leur côté se consoler avec les obus généreusement dévoilés par miss Berry.
*** S’agissant avant tout (quoique le film oscille paresseusement entre massacres et dépeuplement maladif) d’un divertissement familial, les mécréants qui espèrent que Claire Foy — au jeu minimaliste — échappée de séries télévisées sera aussi peu farouche que Valentina Vargas dans Le nom de la rose, peuvent passer leur chemin, merci.
**** Ne ratez pas l’extatique écolo Nicolas Cage en promo sur le site d’AlloCiné.

© Metropolitan FilmExport

Le dernier des Templiers/Season of the witch de Dominic Sena_2011
avec Nicolas Cage, Ron Perlman, Cathy Foy, Stephen Campbell Moore, Stephen Graham, Ulrich Thomsen, Robert Sheehan et Christopher Lee

 

OCTUBRE de Daniel et Diego Vega Vidal

In Cinéma, Daniel Vega Vidal, Diego Vega Vidal, Drame, Pérou on 10/01/2011 at 11:36

© Eurozoom

Sauvée des gages.

Clémente (Bruno Odar), un usurier tristounet comme un jour sans gain, clame à qui veut bien l’écouter qu’il a sauvé un lardon d’une mort certaine. Il n’en est guère à une élucubration près.

Connu comme « le fils du prêteur », cet individu taiseux à la triste figure poursuit sans états d’âme la tradition paternelle et ne semble même pas prendre quelque plaisir à humilier les emprunteurs en leur offrant de poser leur postérieur sur un banc qui les met plus bas que terre.

Qu’arrivera-t-il si je ne rembourse pas lui demande un jour un inconscient à l’air patelin. Essaie seulement, lui rétorque imperturbablement Clémente, aussi froid que le coutelas qu’il planterait à loisir dans le lard de l’imprudent. Mais tout cela n’est que rodomontades. Et le bel équilibre que cet asocial s’est forgé, prêteur à gages le jour, client de bordel la nuit, va bientôt s’écrouler.

Car la braillarde (« La cosa » comme il la nomme) est bien née de ses amours avec une demoiselle de petite vertu, qui lui a de surcroît joué le sale tour de la lui abandonner sans laisser d’adresse. Et Clémente, encombré, de rechercher frénétiquement cette mère indigne dans un Lima dépressif tandis que son monde s’effondre au rythme de ses rencontres.

Alors que sous la morgue affleure peu à peu la panique, son pouvoir se désagrège au contact de compatriotes guère plus reluisants que lui, certes, mais qui survivent, galvanisés comme ils le sont par des rêves inentamés. Une voisine solitaire, amoureuse et sans doute un peu sorcière (nous tairons ici la recette de l’invraisemblable philtre d’amour qu’elle concocte), un vieillard qui investit sa demeure en compagnie d’une bien aimée quasi-expirante, ses débiteurs de plus en plus audacieux et insolents, les prostituées qui le grugent, un complice qui le vole, cette enfant dont il n’arrive pas à se désintéresser totalement malgré un cœur qu’il souhaiterait de pierre, tout ce petit monde va contribuer à secouer son être endormi.

La valse d’un faux billet qui sonne le glas de sa minable existence sera l’occasion d’une succession de scènes aussi drôles que mélancoliques, chaque tentative de le refourguer se soldant peu ou prou par un échec, le dernier n’étant pas le moindre.

Est-on capable d’un changement radical ? Sans nul doute si l’on ouvre sa porte et son cœur aux autres nous répondent les frères Vega Vidal. Sans compter que vouer un culte au seigneur des miracles peut également y contribuer.

En filmant affectueusement — et par la grâce de plans aussi rigoureux que la vie de métronome de leur lugubre héros — une galerie de personnages haute en couleurs dont le moteur ne semble être que l’argent, les deux réalisateurs par touches sensibles et délicieusement loufoques offrent — après une tendre éclaircie — une fin ouverte aux cyniques que nous sommes.

Prix du jury au Festival de Cannes 2010, catégorie Un certain regard

© Eurozoom

Octubre de Daniel et Diego Vega Vidal_2010
avec Bruno Odar, María Carbajal, Carlos Gassols et Gabriela Velásquez

Jan Švankmajer ou l’appréhension du réel 1. Survivre à sa vie (théorie et pratique)

In Animation, Avant-première, Cinéma, Fantastique, Forum des Images, Jan Švankmajer, Rétrospective, Tchéquie on 28/10/2010 at 10:12

© Athanor

L’intégrale Jan Švankmajer a donc débutée hier au Forum des images dans une salle plus que comble où était présentée en avant-première et en présence du réalisateur, une charge féroce contre la psychanalyse, Survivre à sa vie (Théorie et pratique)/Prezít svuj zivot (teorie a praxe)_2010.

Jan Švankmajer a joué courte sa première apparition, préférant avertir fort malicieusement le public qu’outre que son film n’avait rien de particulièrement drôle, il était inutile qu’il se fasse l’écho de son prologue où tout avait déjà été dit.

Effectivement, en guise d’introduction, Jan Švankmajer se filmant en papier découpé prévient que pour des raisons de restriction de budget — et de son impossibilité à gagner à la loterie nationale, obsession récurrente des protagonistes —, son film a été réalisé en bouts de ficelles et en photos d’acteurs qui parlent (qui jouent aussi bien que les vrais mais coûtent nettement moins chers en nourriture).

La déconstruction de la vie d’Eugène, dépressif héros de Survivre à sa vie (Théorie et pratique) peut donc débuter.

En un mot, ce brave type tombe — dans un rêve ! — éperdument amoureux d’une femme qui porte le prénom de sa mère et, en proie à un doute existentiel, démarre une analyse plus que sauvage tout en menant désormais, quasiment à son corps défendant, une double vie. Petit employé étriqué et mari aimant quoique peu enthousiaste de la libido dans une lugubre et kafkaïenne réalité, amant fougueux et passionné dès qu’il retrouve sa Julie qui change d’identité au gré de ses envies, tel une belle au bois dormant qui se réveillerait enfin d’un long cauchemar, notre rêveur fou, comme abasourdi par sa propre audace, se réapproprie sa vie.

Survivre à sa vie (théorie et pratique) serait — si l’on en croit le réalisateur qui s’est exprimé à Venise où le film était présenté hors compétition – son dernier film. Pouvant s’appréhender comme un testament cinématographique, il rassemble toutes les fameuses obsessions du cinéaste — découpages, grosse bouffe, langues charnues, femmes nues à tête de poule, amour fou — sur ce ton paillard et grinçant qui caractérise son œuvre.

Il faut bien évidemment laisser au vestiaire tout cartésianisme et accepter de passer de l’humain à la machine, de l’organique au noir et blanc, de la chair au dessin.

Si l’on rit tout de même beaucoup — et notamment par la grâce d’une homérique bataille entre Freud et Jung dont les portraits veillent comme deux Pythies au bon déroulement des analyses— aux aventures psychanalytiques d’Eugène, ce qui frappe avant tout dans cette accumulation de symboles c’est la terrible angoisse qui sourd de chaque photomontage animé, accentué par de dégoutants gros plans récurrents sur les bouches des personnages atteints de diarrhée verbale.

Dans un pays où la parole fut interdite, où d’immenses oreilles vous écoutent, où des humains vivent comme des chiens, voire l’inverse, où l’on applaudit le moindre de vos faits et gestes épiés par des yeux démesurés, où l’on vous file, où l’on torture des enfants, où l’on complote, où l’on corrompt, où les êtres disparaissent avalés par d’étranges monstres protéiformes, là vécut Jan Švankmajer.

Et il ne s’en est manifestement pas tout à fait remis. Tout en gardant, grâce à une imagination débordante et une ironie sans faille, cette insoutenable légèreté de l’être tant vantée par Kundera.

© Athanor

Survivre à sa vie (Théorie et pratique)/Prezít svuj zivot (teorie a praxe) de Jan Švankmajer_2010
avec Václav Helšus, Klára Issová et Zuzanna Kronerova

VOUS ALLEZ RENCONTRER UN BEL ET SOMBRE INCONNU de Woody Allen

In Cinéma, Comédie dramatique, USA, Woody Allen on 26/10/2010 at 09:55

 

© Warner Bros.

La proie pour l’ombre.

Damned ! Woddy Allen devient satanément méchant avec l’âge. Et à l’aune des couples qui se défont à l’écran sous les prétextes les plus futiles, nous sommes en droit de nous poser des questions sur le bonheur conjugal dans lequel baigne ce brave homme… A moins qu’il n’ait été contaminé par Larry David, cynisme sur pattes croisé dans Whatever Works, son précédent opus qui ne tenait justement que par l’intérêt que l’on pouvait porter à son interprète principal.

Ici, comment diable appréhender la misanthropie du réalisateur et se passionner pour les pantins qui s’agitent mollement, dont le moindre battement de cils est légendé par une insupportable voix off qui, après avoir cité le malheureux Macbeth* — excusez du peu — narre ce qui se déroule sous nos yeux comme si nous étions trop stupides pour perdre le fil d’une histoire d’une simplicité biblique, soit la pathétique existence d’une bande d’insatisfaits chroniques soupirant perpétuellement devant leur verre à moitié vide et reluquant éhontément l’assiette du voisin. Etude entomologique de grotesques créatures qui peut captiver certes, mais où il est néanmoins éprouvant d’observer avec quelle gourmandise notre nouvel Alceste se repait de la mesquinerie de ses personnages.

Retourné dans une Angleterre d’une tristesse à pleurer — et fleurant quelque peu la naphtaline — Wooddy Allen n’a pas oublié de s’offrir quelques stars qui ne sortent guère grandis de l’expérience.

Anthony Hopkins (qui peine à nous émouvoir armé de ses pilules de viagra), estimant insupportable l’idée de son trépas, plaque sa vieille épouse (la délicieusement excentrique Gemma Jones, véritable pilier du film) et s’entiche d’une créature (Lucy Punch, supportable quinze minutes chrono dans un rôle devenu habituel chez Allen de la blonde crétine mais pas trop) dont il espère un enfant pour devenir immortel.

Naomi Watts, présumée artiste et femme de goût, veut fonder une famille avec son écrivain raté d’époux et pour ce, s’humilie périodiquement, et devant sa mère qui l’entretient, et devant son patron (cliché ambulant du latin lover à qui Antonio Banderas essaie vainement d’offrir quelque ambigüité) dont elle s’est entichée.

Josh Brolin — l’époux velléitaire et butineur de Naomi — est un des rares à ne pas être soluble dans la médiocrité ambiante. Son interprétation brute d’un parfait imposteur prêt à toutes les extrémités pour s’offrir ce dont il a envie dans l’instant, fut-ce une femme, est fascinante. Affublé de quelques poignées d’amour qu’il n’hésite pas à exhiber et d’une invraisemblable moumoute, il est au cœur de la seule scène profondément troublante du film. Mateur de demoiselles à ses nombreux moments perdus, une fois installée chez sa nouvelle bonne amie, ne le surprend-on pas à épier subrepticement le déshabillage de son épouse ? Malheureusement la scène tourne court, le réalisateur ne souhaitant pas s’étendre sur le sujet du voyeurisme mais simplement rajouter une pierre à l’édifice du concept qui tient tout son film. CQFD, causer de sots qui songent perpétuellement que l’herbe est plus verte ailleurs.

Accessoirement, Freida Pinto est l’inconstante de service et fait très jolie dans le décor…

Pour en finir avec Brolin, l’acteur se révèle être aussi à l’aise dans le drame (l’infamie dont il va se rendre coupable sans éprouver le moindre remords — voler un mort, la belle affaire !) que dans la comédie pure. On en viendrait presque à plaindre cet opportuniste d’avoir à affronter la folie douce de sa belle-mère. Les échanges hystériques qui l’opposent alors avec la fantasque Gemma Jones sont résolument hilarants.

Totalement à côté de ses pompes depuis qu’elle a été échangée contre une cagole, trouvant l’apaisement au fond des bouteilles ou à la table d’une Madame Irma qui lui permet d’entretenir ses petites illusions, Gemma Jones joue une partition charmante et bien plus subtile que ses compères. Partie obstinément à la rencontre du bel et sombre inconnu que lui ont promis les cartes, c’est la seule à accepter gracieusement les frêles cadeaux que lui offre encore la vie, alors que les enfants gâtés qui la cernent se noient dans leur égoïsme. Manifestement, toute la tendresse de Woody Allen lui est acquise. Ainsi qu’au doux dingue (Roger Ashton-Griffiths) en ligne directe avec le ciel qui demeure à ses côtés. Pour un peu, ils s’envoleraient tous deux sur un balai qu’on ne s’en étonnerait guère. Mais non, rien de tel.

Les petits jeux de l’humiliation, de la trahison et du hasard se finissent abruptement, coupant court à la curiosité que nous ont inspiré certains coups de théâtre croustillants qui auraient bien mérités d’être narrés, et ce, en guise de cadeau de consolation pour avoir notamment supporté un début de film franchement poussif.

Le sens de la vie made in Woody se révèle nettement moins absurde ou extravagant que celui des Frères Coen ou des Monty Python. Se dégagerait plutôt de cette sombre aventure pas très belle un étrange sentiment d’impuissance et un arôme de vieillesse déliquescente qui effarent plus qu’ils n’amusent. Nobody’s perfect, donc.

* Life’s but a walking shadow, a poor player who struts and frets his hour upon the stage and is heard no more. It is a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing. Shakespeare

© Warner Bros.

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu/You will meet a tall dark stranger de Woody Allen_2010
avec Naomi Watts, Josh Brolin, Anthony Hopkins, Antonio Banderas, Gemma Jones, Freida Pinto, Roger Ashton-Griffiths, Lucy Punch, Pauline Collins et Anupam Kher

 

ILLÉGAL de Olivier Masset-Depasse

In Belgique, Cinéma, Drame, France, Olivier Masset-Depasse on 25/10/2010 at 10:10

© Haut et court

Là où l’herbe est plus verte.

Jusqu’où nous faut-il souffrir pour avoir le droit de rester dans ton pays ? Telle est la question que Tania (étonnante Anne Coesens), sans-papiers « candidate à l’expulsion », réplique à la gardienne qui s’enquiert naïvement — dans un élan de solidarité qu’elle croit sincère — de la difficulté de retourner vivre dans un pays d’où elle s’est volontairement exilée depuis près de 8 ans.

Car voilà bien huit années que Tania, mère célibataire, vit dans la peur et le mensonge. Dans la souffrance aussi, puisque la brûlure qu’elle a infligée à ses empreintes digitales nie jusqu’à son existence, et ce, bien plus cruellement que les faux papiers fournis par un mafieux vipérin.

Tania est aussi l’alibi fictionnel de ce documentaire âpre et implacable sur le sort réservé aux clandestins qui ont eu la malchance de se faire prendre, et plus particulièrement sur les zones de non vie que sont les centres de rétention, antichambres désespérantes de l’enfer administratif où demeurent enfermés — tels des criminels — hommes, femmes et enfants, jusqu’à ce que leur sort soit statué.

Habituellement sur le qui-vive, c’est pour avoir baissé sa garde en flirtant gracieusement avec un bel inconnu qui la dévorait des yeux, que Tania, cédant à la demande de son fils de converser dans sa langue maternelle, n’a pas prêté beaucoup d‘attention aux deux types à la mine patibulaire qui l’observaient tout aussi effrontément, mais sans aménité ni tendresse. Arrêtée, elle n’aura de cesse de dissimuler son identité et ses origines aux fins d’éloigner de sa progéniture la menace policière, et par là, leur expulsion définitive vers la Russie.

C’est alors que débute son chemin de croix… parfaitement illégal, mais officialisé, car orchestré par un gouvernement en vue de combattre une immigration clandestine jugée aussi agressive qu’envahissante.

Si l’on y réfléchit soigneusement, qui dans ce film peut finalement se targuer d’être Illégal ?

  • Tania, professeur de français, demeurée clandestinement en Belgique où elle fait des ménages parce qu’elle souhaite le meilleur avenir pour son jeune fils scolarisé ?
  • Sa supposée (car dans un monde où le danger peut surgir à tout moment, comment et à qui se confier ?) amie Zina, biélorusse qui pourrait — mais ne le fait pas — demander l’asile politique ?
  • La gardienne qui accepte un travail inique — parce qu’elle a des enfants à nourrir — et tente de se déculpabiliser en essayant de faire proprement un sale boulot ?
  • La loi, qui selon son bon vouloir, affirme que certains clandestins peuvent bénéficier de passe-droits alors que les autres n’ont que des devoirs ?
  • Aïssa (superbe Esse Lawson), grande gueule et animée d’une force de caractère peu commune, méthodiquement brisée à chaque tentative d’expulsion ?
  • Ce fonctionnaire bien policé, raide comme la justice, qui ne la frappe pas mais menace sourdement Tania de représailles judiciaires et lui interdit l’accès aux toilettes ?
  • Les mafieux qui exploitent les misères de leurs compatriotes en leur vendant — au prix fort — travail, faux papiers et « protection » tout en leur promettant de se rembourser le cas échéant sur leurs enfants ?
  • Ceux qui n’ont pas eu la chance de naître « au bon endroit » et fuient avec femmes et enfants la pauvreté, la guerre ou la dictature en espérant un avenir radieux ?
  • La matrone, qui pratique des fouilles au corps à la chaîne, indifférente à la gêne des gens qu’elle humilie ?
  • La psychologue qui lui ment effrontément en lui affirmant qu’elle a le choix de décider de son sort, mais ce, seulement après être montée dans l’avion du retour ?
  • Le témoin assermenté qui filme posément les expulsions, en pur rouage d’un impitoyable appareillage d’état qui ne souhaite rien tant qu’éviter les vagues ?
  • Le pilote qui refuse de se rendre complice d’un retour forcé ?
  • Les représentants de la loi un poil trop sanguins qui pètent un câble et se défoulent sur des êtres entravés qui ne peuvent se défendre ?
  • Ou le matelas qui peut aussi bien préserver qu’asphyxier ?

La bonne nouvelle est qu’Olivier Masset-Depasse, pour encourager une totale empathie, — même si Tania, butée et peu sociable, est loin d’être parfaite — a privilégié l’idée de suivre une émigrée que rien ne distingue particulièrement des habitants qu’elle côtoie chaque jour. Quant aux « justes », ils restent à la périphérie de l’histoire.

Caméra à l’épaule, le réalisateur s’est particulièrement attaché à son héroïne, la travaillant littéralement au corps et ne lui laissant que peu l’occasion de respirer, augmentant ainsi l’impression de constante claustrophobie, que Tania soit dans son minuscule appartement, enfermée dans le centre à tourner en rond (où chacun — clandestin et gardien— se retrouve à la merci d’une infernale solitude), perpétuellement encadrée de policiers dès qu’elle met un pied dehors ou littéralement étouffée par les sbires qui tentent de l’entraver sur son fauteuil*.

Bien que le film échappe résolument au manichéisme de tout film de prison qui se respecte, une scène d’une sourde violence parvient à nous glacer l’espace d’un instant. Car si une supposée dispute préfère évoluer vers une bataille rangée de purée catapultée plutôt qu’en mutinerie, c’est sans doute aussi parce qu’Olivier Masset-Depasse a préféré poser sa caméra dans un centre destiné aux familles, tout aussi oppressif, mais bien moins menaçant et éruptif que ceux qui ne renferment que des hommes.

Il nous faut encore réaffirmer qu’Anne Coesens, subtile et discrète actrice, nous offre ici une remarquable interprétation. Combattante acharnée, sa Tania est une magnifique héroïne dont on ne peut que souhaiter tout au long du film que son combat aboutisse et qu’elle retrouve enfin, et le fils pour lequel elle se bat, et la liberté que certains — selon les règles en vigueur dans nos belles démocraties aux effarantes dérives sécuritaires — doivent acquérir bien plus chèrement que le commun des mortels.

Quant le film s’achève de manière abrupte, Tania rejoint alors la mythologique Gloria, tragique héroïne évoluant dans une ambiance ouatée dont sont faits les rêves et nous laisse en proie à nos doutes. Ne nous reste plus qu’à examiner notre propre indifférence aux drames qui se nouent si près de chez nous.

* Alors que le film d’Olivier Masset-Depasse est sorti début octobre sur les écrans français, un nouveau cas de décès d’un sans-papiers consécutif à un refus d’obtempérer a été constaté en Grande Bretagne. Source : OJIM

© Haut et court

Illégal d’Olivier Masset-Depasse_2010
avec Anne Coesens, Esse Lawson, Alexandre Golntcharov, Gabriela Perez, Christelle Cornil, Frédéric Frenay, Olivier Schneider, Olga Zhdanova et Tomasz Bialkowski

LA YUMA de Florence Jaugey

In Avant-première, Cinéma, Drame, Florence Jaugey, Nicaragua on 27/09/2010 at 10:15

 

© Ciné Classic

Relever le gant.

Elle a une sacrée poigne La Yuma et elle cogne dur. Avec son caractère bien trempé et son humeur chatouilleuse, mieux vaut ne pas la chercher.

Née dans une banlieue de Managua livrée aux gangs, elle n’a guère trop le choix la charmante, sombrer dans la délinquance, voire dans le lit d’un « beau-père » machiste aussi priapique que feignasse ou travailler d’arrache-pied à se bâtir un avenir meilleur.

Aussi, La Yuma, envers et contre tous (sa mère prête à vendre ses filles pour garder son homme à la maison, son frère junkie et voleur à la tire, son gangsta de copain qui joue les matamores mais qu’elle pourrait aisément étaler d’une pichenette, sa patronne bonne comme le pain qui apprécierait que son employée soit un poil plus féminine) a décidé de devenir boxeuse. Comme, entre autres, les héroïnes de Girlfight de Karyn Kusama_2000 ou de Million dollar baby de Clint Eastwood_2004, et ce, pour d’identiques raisons, échapper à une vie toute tracée faite de violence conjugale, de frustration intellectuelle et d’éternelle indigence.

Et la belle et gracile pugiliste s’offrira même le luxe d’une romance avec un jeune étudiant des beaux quartiers qui la fantasmera mais ne la comprendra guère, tant ses pensées sont encore murées dans les clichés.

Il faut savoir gré à la documentariste Florence Jaugey d’avoir soigneusement évité tout misérabilisme, y compris dans certaines scènes « sensibles », et porté un regard respectueux sur les populations d’un pays contre lequel le sort s’acharne depuis tant d’années. La Yuma est sa première fiction mais également, il faut le préciser, le premier film jamais produit depuis plus de 20 ans au Nicaragua.

Il n’est donc pas surprenant que cette histoire simple mais lumineuse — transcendée par la gracieuse présence d’Alma Blanco — ait rencontré depuis sa sortie un immense succès, tant dans le pays qui l’a vu naître que dans les nombreux festivals où il a été présenté et récompensé. Ce film généreux à l’impeccable casting composé pour moitié de non professionnels, mérite que l’on s’y attarde, même si l’on peut estimer que l’aventure développée ici l’a déjà été plus de cent fois ailleurs.

Sachant que nous est contée — et ce, sans prétention aucune — une belle leçon de vie et d’espoir dont l’insolite épilogue laisse rêveur, il ne faut pas hésiter à laisser La Yuma nous mettre K.O.

© Ciné Classic

La Yuma de Florence Jaugey_2010
avec Alma Blanco, Gabriel Benavides, Rigoberto Mayorga, Guillermo Martinez, María Esther López, Eliézer Traña et Juan Carlos García-Sampedro

Sortie le 29 septembre 2010