FredMJG

Articles Tagués ‘Chronique’

ILLICIT de Archie Mayo [Forbidden Hollywood]

Dans Cinéma, Comédie dramatique, DVD, Inédit, Pre-code, USA le 09/05/2013 à 21:30
Collection Forbidden Hollywood.

Un peu d’histoire. Alors qu’à la fin des années 20 passe sur Hollywood un vent de folie furieuse et que trépassent allègrement starlettes et carrières prometteuses, un code de bonne conduite édicté par Will H. Hays est imposé aux patrons des studios, promettant de censurer tout ou partie de leurs films s’ils persistent à pervertir l’Amérique par la grâce de leurs créations libertines. Les compagnies étant bien plus préoccupées par la baisse de fréquentation des salles qu’à contenter quelques assommantes ligues de vertu et Hays, quoiqu’il affirme, ne tenant guère à trop presser ceux qui le paient royalement*, Hollywood va connaître de 1929 à 1934** une heureuse parenthèse — soit la fameuse "ère pré-code" — et se vautrer en toute liberté dans la violence, le cynisme et le stupre aux fins d’apologie de bon nombre de péchés mortels.

Va ainsi s’épanouir sur les écrans toute une série de films d’une étonnante modernité où s’illustrent de futures vedettes — les juvéniles Clark Gable, Barbara Stanwyck, James Cagney ou Joan Blondell entre autres — et dont les scénarios transgressent allègrement tous les principes ou presque de ce brave Willy avant qu’Hollywood ne se voit signifier par la Legion of decency effarée de tant d’audace la fin des festivités et le début de la censure. Pour notre plus grand bonheur, la Warner a décidé de plonger dans sa malle aux trésors et de réhabiliter ces invraisemblables pelloches pour la plupart inédites en France.

* Se reporter aux Secrets d’Hollywood de Patrick Brion et à Hollywood Babylon de Kenneth Anger
** Date d’entrée en vigueur du code qui sera aboli en 1967

A voir : L’excellent documentaire Thou Shalt Not: Sex, Sin and Censorship in Pre-Code Hollywood momentanément (?) visible ici.
A lire : L’ère du pré-code sur Cinéma Classic

Illicit

Être une femme libérée tu sais c’est pas si facile (air connu).

Anne Vincent est une femme de tête. Belle, intelligente, cultivée et manifestement à l’abri du besoin, elle ne tient pas à officialiser sa liaison avec ce brave Richard Ives (James Rennie, transparent), rejeton d’une famille de la bonne société new-yorkaise. Et encore moins à l’épouser, estimant à juste titre qu’un mariage suivi d’enfantement est le début de l’ennui, et de fait, la mort assurée de leur passion. Lire la suite »

LIV & INGMAR de Dheeraj Akolkar [Ciné Nordica 2013]

Dans Avant-première, Ciné Nordica, Cinéma, Dheeraj Akolkar, Documentaire, Festival, Norvège le 09/05/2013 à 13:56
© NordicStories

© NordicStories

Amours bergmaniennes.

Ingmar Bergman ne l’a jamais épousée, certes, mais elle fut sa muse (une dizaine de films* dont quasi autant de chefs d’œuvre), la mère d’un de ses enfants, et selon ses propres termes — rapportés par l’actrice émue aux larmes — son "stradivarius". Lire la suite »

DE L’INFLUENCE DES RAYONS GAMMA SUR LE COMPORTEMENT DES MARGUERITES de Paul Newman

Dans Cinéma, Drame, DVD, Paul Newman, USA le 05/05/2013 à 19:29

De l'influence des rayons gammas sur le comportement des marguerites

Tout sur la mère.

Décidément, le couple Newman-Woodward a le vent en poupe. Un de leurs baisers (surpris sur le tournage de La fille à la casquette/A new kind of love de Melville Shavelson_1963) orne l’affiche de la 66e édition du Festival de Cannes 2013. Et après s’être offert une nouvelle jeunesse sur grand écran il y a deux ans, voilà que le 3e film* réalisé par Paul Newman et interprété par son épouse-actrice-muse Joanne Woodward (qui emporta à Cannes le prix d’interprétation féminine en 1973) est enfin édité en DVD.

Inspiré d’une pièce de Paul Zindel, De l’influence des Rayons Gamma sur le comportement des Marguerites nous conte la pathétique histoire d’une femme vieillissante, hantée par une jeunesse trop vite enfuie et abîmée par de perpétuelles désillusions. L’insubmersible femme sous influence filmée par Paul Newman, Béatrice Hunsdorfer (Joanne Je-sais-tout-jouer Woodward), ne sait plus comment offrir un sens à sa vie, mais refuse obstinément de passer la main. Lire la suite »

A HIJACKING de Tobias Lindholm [Ciné Nordica 2013]

Dans Avant-première, Ciné Nordica, Cinéma, Danemark, Drame, Festival, Thriller, Tobias Lindholm le 03/05/2013 à 10:26
© Nordisk Film

© Nordisk Film

Le prix d’une vie.

Tobias Lindhom (co-scénariste entre autres du déprimant Submarino de Thomas Vinterberg et de la série Borgen, une femme au pouvoir* de Jeppe Gjervig Gram et Adam Price) a choisi pour son second film de nous plonger au cœur d’une guerre des nerfs aussi énergique qu’éprouvante**.

Semblant de calme avant la tempête. Peter (Søren Malling, à tomber), la cinquantaine élégante, portant beau et doté d’un aplomb démesuré dû à son incontestable réussite professionnelle est le président d’une compagnie maritime qui porte aux nues son exceptionnelle intelligence et le sang froid qui lui fait emporter nombre de tractations acharnées. Mikkel (Pilou Asbaek), quant à lui, est un homme plus modeste. Cuisinier sur le cargo MV Rozen, c’est un être doux et affable qui attend impatiemment la fin de sa mission pour retrouver femme et enfant.

Fatalitas ! Lire la suite »

SURVIVRE de Baltasar Kormákur [Ciné Nordica 2013]

Dans Baltasar Kormákur, Ciné Nordica, Cinéma, Drame, Festival, Islande le 01/05/2013 à 15:25
© Bac Films

© Bac Films

Nage ou crève.

Le générique annonce d’emblée la couleur. Survivre (surprenant mélange de reconstitution fantasmatique et de réalisme documentaire) est une "histoire vraie", hommage de Baltasar Kormákur aux pêcheurs islandais qui périrent lors d’une tempête hivernale dans les années 80, compagnons d’infortune de Gulli (solide Ólafur Darri Ólafsson), grand nounours balourd et introverti dont le film va nous conter la prodigieuse équipée. Sans esbroufe, ni pathos exacerbé.

Une longue scène d’exposition (une dernière beuverie avant de prendre la mer) nous présente les matelots et les liens étroits qui les unissent. Lire la suite »

LES SECRETS D’HOLLYWOOD de Patrick Brion

Dans Chroniques, Cinéma, Hollywood, Livre le 28/04/2013 à 16:12

Les secrets de Hollywood_Patrick Brion

Petite cuisine hollywoodienne.

La nostalgie, camarade ! L’ironie du sort, doublée des hasards du calendrier des maisons d’édition, font qu’au mois de mars dernier sont sortis deux livres consacrés à l’Hollywood d’antan.

Si cette provocante LDP de Kenneth Anger s’est employé avec humour à s’immiscer dans les alcôves et à révéler des vérités (?) qui mériteraient parfois d’être oubliées, l’écrivain/historien/fondateur — et voix — du Cinéma de Minuit, Patrick Brion*, avec ses Secrets d’Hollywood, a préféré quant à lui s’intéresser de près à la petite cuisine et aux somptueuses recettes des pionniers d’Hollywood, ces producteurs souvent conspués qui ont pourtant tant œuvré pour la gloire du cinéma américain avant que leurs rêves ne soient définitivement balayés par les avocats, les comptables et les banquiers d’affaires. Lire la suite »

JOHNNY 3.16 de Erick Ifergan

Dans Cinéma, Drame, DVD, Inédit, USA le 08/01/2013 à 10:28

Johnny 316

Crise de foi.

Sur Hollywood Boulevard, là où se côtoient le sacré et le profane, ne brillent que les étoiles inlassablement astiquées par un mutilé de guerre. Cet étrange monde s’étiole à l’ombre de la réussite insolente des stars de cinéma et il n’en est pas un qui n’y rêve encore à un avenir pimpant ou qui n’y joue pas, pour la gloire ou son propre salut, le rôle qu’il s’est patiemment forgé. Lire la suite »

L’Étrange Festival 2012, Focus Mathieu Seiler [LE CADEAU DE STÉFANIE & DER AUSFLUG]

Dans Cinéma, Drame, Fantastique, Forum des Images, L'Etrange Festival, Mathieu Seiler le 13/09/2012 à 15:02

© KoboiFILM

Rencontre avec Mathieu Seiler du 8/09/2012.

La journée d’hier était donc consacrée à la découverte de l’œuvre de Mathieu Seiler avec la projection de deux courts métrages Hochgenung et Girl on red couch puis du Cadeau de Stéfanie et enfin, de son petit dernier, Der Ausflug. Et ce, dans la salle 100 du Forum des images* que ma propension à la claustrophobie commence à trouver de moins en moins engageante, surtout que je compte y passer une bonne partie de mon week-end.

Première constatation, le réalisateur fait la part belle aux femmes en devenir. Mathieu Seiler semble posséder un talent tout particulier pour filmer délicatement les très jeunes filles tout en renvoyant au spectateur ses propres phobies, voire la lubricité de ses désirs, tant il joue délicieusement avec nos pensées les plus secrètes. A chacun de juger le regard qu’il porte sur les contes de fées un tantinet pervertis — quoique de manière fort ludique — de Mathieu Seiler où d’innocentes gamines peuvent se métamorphoser en un clin d’oeil en charmants démons. Tout en conservant le mystère intrinsèque de leur féminité, sillon que le réalisateur n’a pas fini de creuser tant ses personnages demeurent toujours hors d’atteinte et parfaitement énigmatiques. Pour nous achever, il est bon de préciser que le soin tout particulier apporté à l’image et au son emporte définitivement l’adhésion.

Si dans Hochgenung**, les compagnons de table d’une démone rejouent aux Dix petits nègres, Girl on a red couch** met en scène une enfant solitaire qui zappe par ennui tout en léchouillant négligemment une sucette jusqu’à ce qu’elle prenne peu à peu conscience que les images qu’elle mate subrepticement ne sont guère de son âge. Et s’en effraie.

© Klusfilm Productions

Avec Le cadeau de Stéfanie/Stefanies Geschenkt réalisé en 1995 pour une somme dérisoire, on entre enfin au cœur du sujet des films de Mathieu Seiler, soit l’étude fantasmagorique de la psyché des adolescentes. Stéfanie, aussi, s’ennuie terriblement. Fille unique, elle fait manifestement le désespoir de ses parents et s’enfuyant à travers le miroir à la découverte du monde des adultes, n’y découvre pas que des merveilles. Tourné en noir et blanc avec une jeune actrice effarante, Soraya Da Mota, Le cadeau de Stéfanie, entre rêveries et réalité, est un conte aussi troublant que terrifiant sur la dépression enfantine et l’esprit de sacrifice.

Enfin, le magnifique Der Ausflug, d’une beauté visuelle à couper le souffle, égrène une partition sans faute sur le double thème de l’évolution et la contamination. Débutant comme une variation moderne du petit chaperon rouge où nous accompagnons l’excursion en forêt d’une famille en crise — une petite fille se trouve prise en étau entre ses parents et sa tante, trois adultes dont elle ne peut saisir la complexité retorse des sentiments qui les unissent — Der Ausflug se révèle un conte fort savoureux sur la découverte de soi — donc, de son ennemi intime — qui joue sur nos attentes tout en les contrariant ironiquement et quelques craintes bien masculines.

Ces femmes qui courent — à leur corps et esprit prétendument défendant — avec les loups évoquent autant l’enfant sauvage de La compagnie des loups de Neil Jordan_1984 que — d’une façon bien plus délicate et subtile — la femme-mère nature de Antichrist de Lars Von Trier_2009 (mais également dans une moindre mesure, comme l’a fait remarquer Frédéric Temps lors de sa présentation, Innocence de Lucile Hadzihalilović_2004, notamment en ce qui concerne la prescience enfantine de la transformation à venir).

La forêt dans laquelle s’égarent nos infortunées est tour à tour décrite comme un labyrinthe où se perdre corps et biens, puis comme terrain de jeu où se fondre pour échapper aux chasseurs et ce, pour mieux les écharper mon enfant.

© KoboiFILM

Les projections ont été suivies d’un Q&A avec Mathieu Seiler qui tourne actuellement un nouveau film, mais s’est déplacé à l’occasion de cette rétrospective**. Passons sur les interrogations de certains spectateurs qui confondent érotisme et sensualité car, certes, le débat s’annonçait passionnant mais aurait nécessité une très grande disponibilité et du metteur en scène et surtout du public, bassement pressé par l’horaire tardif. Nonobstant, quelque soit l’âge des enfants qui hantent ses films, Mathieu Seiler s’est défendu de les traiter différemment des comédiens adultes et a adroitement éludé quelques insinuations de fort méchant aloi en établissant définitivement la frontière préexistante entre un acteur et le personnage qu’il interprète. Et de fait, en occultant le fabuleux pouvoir de suggestion de ses cauchemars féériques.

S’étendant sur la non distribution de ses films, le réalisateur s’est toutefois défendu d’être censuré pour cause de sujets "sensibles". Toujours est-il qu’ayant appris que Der Ausflug a été — comme manifestement toutes ses œuvres — autoproduit pour la modique somme de 8 000 euros et tourné en seulement trois semaines (la post-production s’est étalée quant à elle sur une année), on peut estimer que le film pourrait devenir un excellent cas d’école au vu du résultat : cisèlement du scénario, esthétisme de la mise en scène fourmillant de détails incongrus et extraordinaire travail effectué sur la bande son.

Mathieu Seiler n’a pas tari d’éloges sur ses collaborateurs directs et ses actrices, souvent dénichées à l’occasion de castings parfaitement sauvages qu’il a qualifié de "chanceux", qui travaillent tous en participation. A propos des rôles principaux attribués automatiquement à la gente féminine, le réalisateur a rétorqué, amusante pirouette s’il en est qui devrait combler les féministes de tous poils, que la femme étant à l’origine du monde, elle était donc normal qu’elle soit la première créature à laquelle il songe lors du processus d’écriture.

En bref, disponibilité, gentillesse, humilité et humour ont caractérisé cette rencontre et l’on peut remercier les défricheurs de L’Etrange Festival de cette superbe programmation, tout en se disant en loucedé que l’on lapiderait bien Frédéric Temps avec les cailloux du petit Poucet pour ne pas nous avoir proposé cette année une intégrale*** en lieu et place de cette rétrospective des plus alléchantes qui nous laisse nonobstant épouvantablement sur notre faim, les films de Mathieu Seiler étant parfaitement INVISIBLES, y compris dans son propre pays. Un comble.

* où j’ai croisé le taulier de The end que l’on peut lire à l’occasion chez 1kult et que je salue ici (à lire également, le texte de Sylvain Perret sur Stefanies Geschenkt)
** respectivement connus sous les titres de Der morgen_1992 et Orangen_1993 si l’on en croit imdb
*** manquaient donc à l’appel deux courts métrages et Orgienhaus_2000

A suivre, le jour 8.

HOLY MOTORS de Leos Carax

Dans Avant-première, Aventure, Cinéma, Comédie, Drame, Festival Paris Cinéma, France, Leos Carax le 29/06/2012 à 15:46

© Les films du Losange

Monsieur rêve de formes oblongues (air connu).

2012 est manifestement le temps des limousines, longs cercueils qui roulent silencieusement, destinés semble-t-il à protéger d’esseulés passagers du monde extérieur. Mais si le juvénile héros de Portrait en vieux con suffisant Cosmopolis de David Cronenberg était déjà mort, bien confit dans sa virtualité, le protagoniste d’Holy Motors — Monsieur Oscar — part à la rencontre de tous les univers envisageables, dut-il à chaque fois les secouer un brin pour les ranimer.

Pour preuve, sa voiture n’est pas une planque où se dissocier du reste de l’humanité, mais bien plutôt une grande boite à malices d’où surgissent des trésors de travestissement en vue d’un tour de piste qui risque à chaque instant d’être le dernier. Ce fatal moment où le dormeur qui rêve d’arènes et d’équilibristes s’emploiera à s’extirper de ses songes et l’anéantira. Coupez !

Mourir sur scène — sise dans un Paris fantasmagorique — dans une grandiose représentation, voilà ce qui semble mouvoir Monsieur Oscar, ce Fregoli au bord du burning out, englué jusqu’à l’os dans son odyssée de l’espèce. Crever de solitude sur un pont au milieu de ceux qui s’imaginent encore vivants et qui filent vers leur fin. Expirer d’avoir trop aimé et de s’être oublié. Trépasser bêtement aussi de temps à autre sur une simple erreur de jugement… Séquence hautement narquoise — tout autant que peut l’être le chauffeur/ange gardien joliment investi par Edith Scob — qui rassure étonnamment sur le sens de l’humour du réalisateur, ici, décidément très joueur, parfois jusqu’aux confins de la cruauté.

Qu’on ne s’y trompe toutefois pas. La magie n’opère qu’à la condition, pour certains de s’y abandonner, pour tous les autres, d’y croire dur comme fer.

Loin de n’être qu’un trip égocentrique, Holy motors, film gigogne, balaie pour ce faire tous les champs (chants ?) du possible. Drame existentiel, thriller, grand mélo des familles, pelloche érotico-fantastique, comédie musicale ou cinéma bis — un des grands moments du film où notre héros se dédouble jusqu’au vertige —, le dernier opus de Léos Carax ne serait que pur mirage si Denis Lavant (porte-parole, complice, alter ego) ne lui offrait généreusement, en un troublant mimétisme, ce corps nerveux et si flexible que les ravages du temps n’ont pas épargné. A la course d’Alex fauché en pleine jeunesse sur un classique de Bowie dans Mauvais sang, répond l’essoufflement de ce monsieur Loyal (jeu de mot) désormais condamné à cavaler devant un fond vert. Le spectacle est féerique, et l’envers du décor, magnifié par deux corps élastiques — effets spéciaux purement organiques — dont l’enchevêtrement va donner naissance à d’orgueilleuses chimères condamnées à toujours se renouveler dans un seul et unique désir de plaire encore.

Et tandis que Monsieur Oscar voltige à plusieurs et que l’on se surprend à rêvasser d’apesanteur, ce ne sera pourtant pas la voix de Bashung qui s’élèvera dans Holy Motors où notre funambule s’illusionne d’amour qui flingue, mais bien plutôt celle d’un revenant, qui a toujours préféré voyager en solitaire. Chair de poule assurée.

Film de pures sensations, bardé de serrures et de clés infernales — à l’image de celle qu’emploie Léos Carax lui-même, tel un phénix renaissant sans cesse de ses cendres, pour pénétrer de force dans la chambre aux sortilèges —, jeu de l’oie truffé d’émouvantes petites madeleines, souvent à la limite de l’impudeur [le spectateur bientôt désemparé pourrait même souhaiter sortir sur la pointe des pieds pour ne pas déranger le chagrin latent, si des moments incongrus et à pleurer oui, mais de rire, ne revenaient comme des respirations nécessaires le scotcher à son siège] ou de projets avortés maquillés en fausses pistes, Holy Motors est un chant d’amour résolument égoïste au cinéma à l’ancienne, là où l’on braille moteur et où les morts, quoiqu’il advienne, se relèvent toujours à la fin. Contrairement à la vie. Qui est bien mal faite.

Silencio !

P.S. Il est certain que sans Denis Lavant, Holy Motors n’existerait pas. Mais passent également, comme des spectres, un Michel Piccoli rajeuni, hanté par l’angoisse d’une prochaine disparition, une touchante Kylie Minogue évoquant un clone dépressif de Jean Seberg et Eva Mendes, que le scénario n’épargne pas, mais qui triomphe en symbole hiératique d’un cinéma aussi dévorant que l’amour qu’on lui porte.

Et l’on entraperçoit, avec un certain amusement, cet olibrius de Geoffrey Carey qui, à l’orée des années 80, alors même qu’il tournait dans L’état des choses de Wim Wenders — où l’imagination censée être au pouvoir se heurtait déjà à l’époque à la domination économique — participa au Territoire, réalisé par un autre magicien, grand joueur devant l’éternel, un certain Raoul Ruiz, auquel le Festival Paris Cinéma rend hommage cette année. Qui a causé de mise en abyme ?

Film projeté en avant-première dans le cadre du Festival Paris Cinéma. Sortie nationale, le 4 juillet.

© Les films du Losange

Holy motors de Leos Carax_2012
avec Denis Lavant, Edith Scob, Eva Mendes, Elise Lhomeau, Kylie Minogue, Michel Piccoli, Jeanne Disson, Léos Carax, Nastya Golubeva Carax et Geoffrey Carrey

TOURISTES de Ben Wheatley [Quinzaine des Réalisateurs 2012]

Dans Cinéma, Festival de Cannes, Forum des Images, Grande-Bretagne, La Quinzaine des Réalisateurs, Thriller le 02/06/2012 à 18:40

© Wild Side Films/Le Pacte

La ballade sauvage.

La Grande Bretagne randonneuse est en danger. Tina (petite souris effacée qui rêve d’un autre maître que sa mère) et Chris (géant roux intolérant et bas du front se réinventant en grand écrivain-explorateur) ont eu le tort de se rencontrer et de se plaire. Tout à leur amour naissant — et à une entente sexuelle plus que cordiale —, ils s’offrent un semblant de lune de miel au grand dam de la terrifiante génitrice de Tina, d’ores et déjà persuadée des tendances psychotiques de sa fille (le clébard de la maison en a fait les frais lors d’un incident des plus facheux).

A l’occasion d’un meurtre prémédité ingénieusement travesti en accident de la route, ils vont rapidement se découvrir l’un l’autre tout en prenant radicalement conscience de leur véritable personnalité. Dès lors, exiger au vu de leur absence totale de principes moraux qu’ils fassent preuve de la plus élémentaire humanité tient de l’utopie.

D’un affreux cynisme qui pourra paraître éprouvant aux cœurs tendres (prévoir quelques scènes aussi gores qu’expéditives), Ben Wheatley — réalisateur du remarquable Kill List dont la sortie est prévue le 11 juillet prochain sur les écrans de France et de Navarre — et ses scénaristes, mus par une détonante causticité, procèdent dans une atmosphère délibérément menaçante et sans autre forme de procès à la démonstration d’un jeu de massacre de plus en plus annoncé.

Le film autopsie alors sans grande surprise, mais avec force gros plans rigolards, dialogues à l’emporte pièce et amoralité absolue, la ballade sauvage de notre charmant duo, non sans égratigner au passage la conscience de classe qui étreint encore l’âme de la perfide Albion.

Tout en nous entrainant dans d’improbables décors naturels qui rendent la campagne anglaise — dont il sublime l’inquiétante beauté — si délicieusement effrayante les nuits de pleine lune, Ben Wheatley perd ici ce qui nous captivait dans Kill list, œuvre bien plus subtile quoique tout aussi désopilante malgré l’horreur qui suintait doucereusement de chaque plan. Nulle empathie ne nous relie aux héros de Touristes. Uniquement un regard complice. Nous restons donc posément, en témoins privilégiés, sur le bas-côté [pas trop près de la route cependant, conseil amical] à observer les activités de nos deux maniaques épinglés dans leur folie comme de sales petits insectes avec lesquels nous ne risquons pas de nous identifier. Leur lente plongée dans la sauvagerie — si elle nous titille généreusement la rate — ne nous émeut guère ; la faute sans doute à des personnages, voire des situations, par trop caricaturaux (le pollueur, le randonneur pédant, le donneur de leçons, etc.).

Quand l’aventure caravanière se clôt sur une pirouette subodorée depuis un moment, ne demeure que la frustration.

Car si le vertige parfois nous emporte c’est essentiellement grâce au malaise généreusement distillé par les deux acteurs — soit les co-scénaristes du film, Alice Low et Steve Oram — qui s’en donnent à cœur et corps joie en se soumettant aux démons intérieurs de ce couple qui se vaut bien, tant l’un fait tout pour rattraper l’autre. Sans compter que sous ses dehors de blague de potache, Touristes offre un point de vue sur l’humanité proprement apocalyptique, et au final adroitement misogyne, la femme étant au pire une mère possessive, au mieux une amoureuse vampirique qui ne pardonne aucun écart.

NB. Pour continuer de rire un peu, il est bon de noter que les héros canins du film, nous rappelant à leurs poils défendant l’amour immodéré que nos voisins anglais portent à la gente animale, ont reçu la Palm dog 2012.

Film projeté dans le cadre de la Reprise de la Quinzaine des réalisateurs 2012 au Forum des Images. Sortie nationale prévue en décembre 2012.

© Wild Side Films/Le Pacte

Touristes/Sightseers de Ben Wheatley_2012
avec Alice Lowe et Steve Oram

FEMALE YAKUZA TALE : TORTURE & INQUISITION de Teruo Ishii

Dans Action, Cinéma, DVD, Japon, Pinku, Thriller, Toei le 24/05/2012 à 10:20

Razzia sur la chnouf.

Second épisode* des aventures d’Ocho, la joueuse/bretteuse/voleuse de haut vol toujours incarnée par Reiko Ike, Female yakuza tale: Torture & Inquisition a été réalisé dans la foulée de Sex & Fury sous la houlette d’un autre réalisateur, Teruo Ishii, autrement plus frappadingue que son auguste collègue, Noribumi Suzuki.

Teruo Ishii, maître de l‘ero-guro, est notamment responsable d’une série de films édités en France sous le titre générique de Femmes criminelles, sexe et châtiment au Japon ** — dont les seuls titres : Vierges pour le shogun, L’enfer des tortures, Orgies sadiques de l’ère Edo ou encore Déviances et passion peuvent en faire rêver plus d’un —, et d’une excellente adaptation d’Edogawa Rampo, Horrors of malformed men***.

Nonobstant, contrairement aux films précités, ce Female yakuza tale verse bien plus dans le burlesque, voire le grotesque achevé, que dans la perversité ; il devient vite évident que le fameux "Torture & Inquisition" n’est que trouvaille de producteurs en mal de publicité même si le spectateur trouve son compte de nudité et de violence inhérentes au pinku.

Néanmoins, tout comme dans Sex & Fury, Torture & Inquisition débute et se clôt par deux combats d’importance remarquablement chorégraphiés. Dès le pré-générique, nous retrouvons — sous une pluie torrentielle — notre Ocho prise à partie par une bande d’affreux qu’elle va se faire un devoir d’éliminer et ce, tout en se débarrassant peu à peu de ses oripeaux car il est bien connu qu’une femme se bat mieux lorsque ses gestes ne sont entravés par aucun chiffon. Sans oublier que son impudente beauté lui permet de distraire momentanément ses assaillants aux fins de les crever plus aisément.

Les présentations étant faites, l’aventure peut commencer. Le scénario de Torture & Inquisition, variation sur un trafic de came, se révèle fort alambiqué du fait de la démultiplication des protagonistes.

Ocho débarque en pleine guerre de succession d’un clan yakuza et, prise à tort pour une mule, est derechef enlevée, ligotée, légèrement torturée et franchement humiliée avant d’être abandonnée près du corps mutilé d’une inconnue.

Sauvée in extremis par Juoji, un yakuza freelance (Makoto Ashikawa), des griffes de la police qui la tient pour le fameux "dépeceur de minous" qui fait des ravages parmi la gente féminine, Ocho découvre que le chef du clan auquel elle doit sa brillante carrière a été assassiné, et ce, vraisemblablement par le même gros fourbe qui a envoyé le naïf Juoji en prison. Une espèce de crapaud adipeux avec lequel elle va momentanément s’associer et s’envoyer en l’air dans une scène hilarante, la gredine — qui étrangement ici cause souvent en aparté — affirmant sans honte qu’elle simule à mort pendant que l’avorton s’excite, puis le rendant fou par d’insoutenables chatouilles tandis que le reste du clan, sis dans une pièce avoisinante, mate le spectacle d’ombres chinoises.

Dans le même temps, Juoji, à la recherche de la fille de son ancien boss, croise la route de la mystérieuse pince-sans-rire Yoshimi of Christ — Arumi Kuri, déguisée en Meiko Kaji époque La femme Scorpion — ainsi surnommée car elle prie pour ceux qu’elle va flinguer (rions un peu).

Quelques ellipses dans la narration nous font regretter que certains personnages ne soient pas plus développés (notamment ceux de Yoshimi et de la jeune héritière du clan qui disparaît sans autre forme de procès dans la folie expressionniste de l’asile de dingos où elle est enfermée) mais l’important pour Ishii le paillard n’est pas là. De même qu’il se fiche comme de son dernier tatami de l’époque à laquelle sont censés se dérouler les événements. Son Inquisition & torture tient plus de l’enquête policière — les ruelles crasseuses du Tokyo populaire du début du XXe siècle sont remarquablement exploitées par une mise en scène favorisant le voyeurisme à outrance — que du chanbara ou du film de yakuza.

Tout à son ode au sexe féminin, le réalisateur préfère balancer impromptu des blagues obscènes (la femme d’un perdant obligé de sacrifier un doigt demandera comme un service personnel à Ocho de bien vouloir épargner le majeur de son mari, bien utile parfois pour les épouses insatisfaites) et jouer avec la censure. Ainsi les prostituées exploitées doivent-elles servir de repos du guerrier à un trio d’insatiables malandrins qui les tiennent sous leur coupe, travailler l’élasticité de leur intimité (des godemichets de taille invraisemblable traînent nonchalamment dans le refuge des trafiquants), ou écarter perpétuellement les jambes pour qu’on y enfourne ou en retire la poudre délictieuse. En lieu et place d’inquisition, il serait donc plus honnête de causer ici de perquisition, voire de profanation.

Car au plus fort de l’homérique bataille finale**** qui va voir s’affronter dans un décor surréaliste tous les protagonistes du film, le plus libidineux des malfaisants se fera non seulement émasculer mais également généreusement pisser dessus par d’accortes jeunes meurtrières, alors qu’il est déjà bien trop mort pour y prendre encore quelque plaisir.

Résolument féministe, Inquisition & Torture fait la part belle aux courages des femmes tandis que les hommes sont, au mieux un tantinet ridicule (Juoji avec son sens de l’honneur d’un autre temps et ses cinq années passées derrière les barreaux n’en peut mais d’être perpétuellement entouré de femelles déchaînées qui passent le plus clair de leur temps à se déshabiller sans vergogne devant lui), au pire des vermines (tout le reste du casting masculin).

Et bêtes avec ça. Vu qu’à la faveur d’un retournement de situation, ces crétins ne trouvent rien de mieux, pour assurer leur pouvoir sur ces empêcheuses de trafiquer en rond, de leur ordonner de se mettre à oilpé en se postant si possible de trois-quarts pour éviter d’exposer leurs toisons (rions toujours). Cette supposée humiliation ne rend ces dames que plus létales. Nous assistons alors à un festival de membres tranchés et de corps ravagés où tout, voire n’importe quoi peut servir d’arme (dans la mesure où l’on a vu auparavant ce brave Juoji lancer des balles de revolver comme autant de poignards, plus rien ne peut nous surprendre). L’une des guerrières s’est entre autres munie d’impressionnantes griffes — celles-là même qu’utilisait la vénéneuse Carrie Ng dans Les nuits rouges du Bourreau de Jade de Julien Carbon et Laurent Courtiaud — avec lesquelles elle s’enthousiasme à refaire une beauté à tous ceux qui passent à sa portée.

C’est absurde et foncièrement délirant. Lorsque les félons enfin expirent, on exulte.

Aussi, ne boudons pas notre plaisir devant cette pelloche non sensique ultra archétypale, saupoudrée d’un humour salace de fort mauvais aloi et qui bénéficie comme Sex & Fury d’une excellente bande son jazzy. Pour notre bonheur.

* Il est préférable de voir les deux films dans le bon ordre, ne serait-ce que pour saisir aisément les motivations de son héroïne.
** Sortis chez HK
*** Existe en NTSC
**** On sait Quentin Tarantino friand d’emprunts en tous genres. Il serait bien étrange que les nombreux combats des Female Yakuza tale n’aient pas quelque peu inspiré les échauffourées de Kill Bill.

A noter. Le DVD est disponible en version originale, sous-titres anglais, sans bonus conséquent.

© Toei Company

Female yakuza tale : Torture and Inquisition/Yasagure anego den : sôkatsu rinchi de Teruo Ishii_1973
avec Reiko Ike, Makoto Ashikawa, Arumi Kuri, Meika Seri, Jun Midorikawa et Emi Jo

FEMALE YAKUZA TALE : SEX & FURY de Noribumi Suzuki

Dans Action, Cinéma, DVD, Japon, Pinku, Thriller, Toei le 23/05/2012 à 10:18

La vengeance est mienne.

Les familiers de la saga La pivoine rouge (interprétée par Sumiko Fuji) connaissent bien la vertueuse Oryu, joueuse invétérée à l’épaule tatouée et au sens de l’honneur exacerbé, qui parcourt les routes en aidant la veuve et l’orphelin.

Réalisé par ce grand fou de Noribumi Suzuki, qui offrira l’année suivante aux amateurs de nunsploitation le bien peu catholique Le couvent de la bête sacrée, le brutal Sex & Fury en est un des rejetons pervers et sexy. Autrement plus sanglant, aussi. Les deux actrices principales de cette pelloche de la Toei estampillée "Pinky violence" — l’impeccable Reiko Ike, la japonaise et Christina Lindberg*, la suédoise à l’inénarrable garde-robe — rivalisent d’ardeur en payant volontiers de leurs charmantes personnes.

Et les coquins seront aux anges, car il ne se passe pas un combat sans que l’athlétique Reiko ne finisse invariablement entièrement nue — selon les critères en vigueur de la censure japonaise, ce qui oblige souvent le réalisateur à certaines acrobaties, voire à ne filmer que les entrechats de son héroïne en pleine danse macabre — sous des geysers de sang. Témoin, le premier engagement, où Riki/Ocho est dérangée lors de ses ablutions par une bande de malandrins nourrissant de forts sombres projets et qu’elle occit en tenue d’Eve dans un jardin enneigé.

A la recherche des assassins de son père qui a eu l’excellente idée de semer quelques indices avant d’expirer (soit trois cartes représentant un cerf, un sanglier et un papillon), Ocho, joueuse professionnelle, ne reculera devant aucun sacrifice pour tuer tous les affreux. L’un d’entre eux, résolument abject, autoproclamé spécialiste de la défloration de vierges, mourra notamment des suites d’un cunnilingus fatal.

Ocho croisera sur son chemin un « dissident », nationaliste à la mèche romantique, bien décidé à abattre une de ses cibles, coupable à ses yeux de corrompre le Japon alors en pleine politique expansionniste — nous sommes au début du XXe siècle — et une espionne à la solde d’une fripouille ((Mark Darling, parfaitement inconnu au bataillon, qui ne fera guère carrière et on ne s’en plaindra pas) qui caresse le projet de faire main basse sur le commerce des stupéfiants. La gredine a accepté ce marché de dupes à seule fin de retrouver son anarchiste, étiqueté grand amour de sa vie, et qu’Ocho trouve également fort à son goût. Tout ce joli monde, encadré de canailles de haut vol, s’affronte, se poursuit, s’entraide et se trahit selon son bon plaisir.

Il ne faut absolument pas prendre au sérieux cette abracadabrantesque histoire où Ocho, armée d’un katana, pourfend des armées de gredins — et s’en sort miraculeusement — quand elle ne se fait pas enlever par un groupe de nonnes toutes dévouées au démon de la corruption et copieusement fouetter par l’odieuse espionne occidentale (étrangement vêtue d’un ravissant mini-costume en daim) sous le regard compatissant d’un christ peint.

Bénéficiant d’un scénario solide — avec coups de théâtre de rigueur — et non dénué d’humour, le film est un festival de gros plans. Yeux effrayés, bouches tremblantes, balafre du malfaisant de service, tatouages accusateurs, rien ne manque donc, et surtout pas les corps généreux de tendres oiselles offertes à la concupiscence de mâles parfaitement répugnants. Christina, entre autres, goûte aux plaisirs saphiques quand elle n’est pas rappelée à l’ordre (sexuel) par son supérieur hiérarchique outré qu’elle fasse passer les souvenirs amoureux du bon vieux temps avant son boulot.

Noribumi Suzuki n’hésite d’ailleurs pas à interrompre parfois son histoire pleine de bruit et de fureur pour quelques envolées lyriques. Il nous est alors permis de rire sous cape, tant Christina Lindberg parait totalement hors du coup, comme en état d’hypnose permanente, ce qui n’empêche pas le réalisateur d’exploiter sa beauté poupine et d’en accentuer l’étrange grâce qu’il magnifie jusqu’à l’extravagance.

Doté d’une bande originale jazzy des plus séduisantes et empruntant autant au western (combat de regards lors d’une partie de poker au suspense haletant ou ralentis lors d’un duel sur une ligne de chemin de fer) qu’au psychédélisme (parmi les effets graphiques inédits, on retiendra la ronde d’un obi que l’on défait et la punition d’un groupe de pickpockets sur fond de vieux films en super 8), le fort inventif Sex & Fury est une BD coloriée en rouge sang, qui fait la part belle aux femmes guerrières, tout en fustigeant le monde faisandé des (faux) bourgeois s’acoquinant avec l’étranger.

Et le plan final hallucinatoire est superbe.

* L’actrice connaîtra la gloire l’année suivante grâce à son rôle — muet — dans le désormais culte "Rape and Revenge" Thriller, en grym film/They call her One Eye de Bo Arne Vibenius.

A noter. Le DVD est disponible en version originale, sous-titres anglais, sans bonus conséquent.

© Toei Company

Female yakuza tale : Sex and Fury/Furyô anego den : Inoshika Ochô de Noribumi Suzuki_1973
avec Reiko Ike, Christina Lindberg, Akemi Negishi, Ryōko Ema, Yōko Hori et Nahomi Oka

L’AMOUR ET RIEN D’AUTRE de Jan Schomburg

Dans Allemagne, Cinéma, Drame le 14/05/2012 à 10:33

© Sophie Dulac Distribution

Autant en emporte le drame.

Martha (Sandra Hüller, une sacrée découverte) et Paul (Felix Knopp) forment un couple heureux. Ils s’aiment d’amour tendre, ont un avenir tout tracé par la formidable réussite de Paul qui les oblige — avec leur consentement mutuel — à déménager à Marseille. Ils sont jeunes, ils sont beaux, leurs amis sont merveilleux, tagada tsoin tsoin. Tant de guimauve achèverait de nous écœurer si Paul n’avait un secret, qu’il emporte dans la tombe. Son cadavre, découvert sur un parking marseillais, est celui d’un homme qui n’existe pas.

Fin brutale d’un bonheur utopique. Désemparée, Martha repousse d’autant le travail de deuil qu’il lui reste désormais à accomplir en entamant une enquête à la recherche de cet inconnu qu’elle a follement aimé et qui semble l’avoir trompée de bout en bout. Avec, songe sans doute aucun l’épouse blessée, la complicité de ses propres amis.

C’est alors qu’en lieu et place du thriller paranoïaque empli de cris, de larmes et de révélations fracassantes que l’on attend de pied ferme, Jan Schomburg — qui signe là sa première réalisation — nous cueille en prenant le parti de la béatitude sentimentale.

A la poursuite du fantôme de Paul, Martha croise fortuitement Alexander — Georg Friedrich, vu précédemment en collègue-mentor dans Nouveau souffle de Karl Markovics — dans un ascenseur, le temps que ce dernier remette en place une mèche folle. La veuve déjà troublée de reconnaître là le tic de son cher et tendre est au comble de l’extase lorsqu’elle retrouve notre bonhomme, tout aussi incidemment, dans un autobus et y voit là un signe du destin.

Il n’est guère important qu’Alexander soit aussi blond que Paul était brun, ce sera avec lui qu’elle fera sa vie. Pardon, plaît-il ? Oui ! Oublié le Paulo, ses mensonges, son suicide et la fausseté de leurs épousailles. Disparue, la douleur de l’absence. Martha se jette voracement à la tête d’Alexander, un tantinet interloqué par cette bourrasque qui s’invite si effrontément dans sa vie, et l’entraîne — à son corps consentant — dans sa propre existence, faite de rêves et de fantaisie. Nouvel homme, nouvelle vie ? Que nenni. L’objet de l’affection change certes, mais l’amour demeure, inchangé.

Qu’importe donc le flacon, pourvu qu’Alexander soit réel — et rien de plus concret que ce professeur charmant et délicat, doté d’un vrai boulot, d’un véritable ami et accessoirement d’une maitresse — et pourvu de suffisamment d’humour, d’imagination et de tendresse pour consentir tout de go sans grande réticence aux projets d’avenir que lui impose Martha, sous prétexte de jeux de rôles.

L’amour et rien d’autre — soit, l’amour comme réflexe de survie — est un drôle d’objet, qui n’admet ni la réserve ni les questionnements. Le film repose entièrement sur les frêles (?) épaules de l’étonnante Sandra Hüller, tout aussi crédible en amante fantasque à la foufoune frétillante que profondément bouleversante dans la violence du déni.

Il est évident que le réalisateur est épris de son héroïne et n’a pas dans l’idée de la faire souffrir plus avant. Il va même jusqu’à lui offrir, après moult atermoiements, un happy end digne de sa folie amoureuse. Que l’on sera en droit — tant les faux-semblants forment la matière même du récit — de nier, en soupçonnant sur la base d’ahurissants clichés (Marseille, son port, son soleil et la voix de Khaled branchée sur Magic System) Martha de fantasmer encore.

Mais si — se demandent les amoureux de l’amour — tout cela était vrai ? Alors, Marc Levy peut aller se rhabiller.

© Sophie Dulac Distribution

L’amour et rien d’autre/Über uns das All de Jan Schomburg_2011
avec Sandra Hüller, Georg Friedrich, Felix Knopp, Kathrin Wehlisch et Valérie Tscheplanow

BLANCHE-NEIGE, LE PRINCE NOIR ET LES 7 NAINS de Paolo Tamburella

Dans Aventure, Cinéma, Comédie, DVD, Fantastique, Italie le 13/05/2012 à 10:08

Si des fadaises nous étaient contées.

Tout un chacun sait comment s’achève les contes et la Blanche-Neige des frères Grimm ne déroge pas à la règle. Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Fin.

Le film de Paolo William Tamburella débute après cette fausse déclaration. Car s’ils semblent vivre dans le même château, il est à craindre que le prince — Roberto Risco, d’une fadeur désespérante —, blondinet bondissant plus occupé à bichonner son arc qu’à lutiner sa belle, ne soit guère emballé à l’idée de fonder une famille nombreuse. Pourtant, Rossana Podesta  — plantureuse star du péplum, elle incarna un jour Hélène de Troie* —  alors à l’aube de sa carrière (17 ans au compteur) a suffisamment  d’atours pour damner un saint. Mais non, le nigaud préfère s’en aller guerroyer. Et Blanche-Neige de s’inquiéter, et de s’ennuyer mortellement.

Tandis que sur l’idée de sa bonniche elle fait mander les 7 nains — les dames s’occupent comme elles peuvent en ces temps là —, un soldat pas très catholique lui apprend que son grand niais la mande à ses côtés, tout blessé qu’il est. Il est évident, à l’air fourbe du messager, qu’il y a complot. Surtout que ses sept petits amis ont le plus grand mal à venir la rejoindre car le vent, la foudre et autres pièges cataclysmiques — leur rencontre avec des sirènes, un monument de kitsch abracadabrant aux décors plus que cheap, restera dans les annales — ont été mis en œuvre pour les stopper. Par quel mystère ? Bon sang ne saurait mentir, ce ne peut être que le prince noir (Georges Marchal… aaaaaargh !) nourrissant de libidineuses pensées pleines de stupre et de fureur pour la jouvencelle.

Prisonnière du malfaisant en sa sombre demeure, où tout n’est — uniquement dans les coulisses de notre imagination pour notre malheur — que luxure, bacchanales et volupté, la prude quoique sensible aux tentations Blanche-Neige va devoir affronter seule le libertin sorcier (Georges Marchal… aaaaaargh !) qui tente de la soumettre tandis que les nains, très occupés à faire des cabrioles, vont partir alerter l’autre freluquet du drame qui se noue.

Soyons francs, plutôt que de baver sur le casting masculin, il aurait été judicieux de s’intéresser de plus près à la fiche technique du film puisque le titre original — I sette nani alla riscossa — ne ment pas sur la marchandise. Les héros de cette aventure sont bien les 7 nains et de fait, la Blanche et son perfide séducteur (Georges Marchal… aaaaaargh !) de simples comparses, dont la trouble relation est totalement sacrifiée sur l’autel du « spectacle familial ». D’où l’ennui qui guette. Car bien que la bande annonce de l’époque (en bonus et à ne pas rater) clame qu’ont été embauchés « d’authentiques et sympathiques » nains, ce que ces pauvres hommes ont à faire ne relève que de la grimace ou de la cabriole hamstérienne. Ils ne peuvent donc éventuellement faire rire qu’un enfant de moins de deux ans, et très tolérant qui plus est.

Ce choix est d’autant plus regrettable que le prince noir (Georges Marchal… aaaaaargh !) possède un laboratoire infernal digne des plus grands savants psychotiques, bêtement sous-utilisé — pour la magie, faudra repasser — puisque nous ne le découvrons que lors de sa destruction finale et que la psychologie de ses complices — dont une étrange servante (une favorite répudiée ?) qui passe sans explication superfétatoire du bon côté de la force — est réduite à la portion congrue, à croire que des coupes sombres ont été opérées dans le scénario. Dommage, car le sublime et très équivoque Georges Marchal (aaaaaargh ! oui) est impérial en félon amoureux. Bien qu’il soit affublé d’une moumoute saugrenue (qui d’ailleurs, s’assombrira mystérieusement à l’épilogue) surmontée de deux insolites demi-macarons à rendre fous de jalousie Nicolas Cage et la princesse Leia réunis, son jeu théâtral un tantinet distancié fait merveille dans le tragi-comique de la situation. Sans compter que le collant lui sied à merveille.

Le film est présenté en version française — qui nous fait profiter du timbre grave et profond de Georges Marchal (aaaaaargh ! donc) — mais il est fort douteux que les galipettes et singeries de nos sept petits amis soient plus captivantes en italien.

* Helen of Troy de Robert Wise_1956

A noter. Dans les suppléments, un passionnant exposé de l’elficologue (rions un peu) Pierre Dubois qui tente de nous achever en nous perdant corps et biens dans le mythe.

© Artus Films

Blanche-Neige, le prince noir et les 7 nains/I sette nani alla riscossa de Paolo William Tamburella_1951
avec Georges Marchal, Rossana Podesta, Roberto Risco, Rossana Martini, Ave Ninchi et Mario Mastrantonio

LE TEMPS DURE LONGTEMPS de Özcan Alper

Dans Allemagne, Özcan Alper, Cinéma, Drame, Turquie le 11/05/2012 à 10:47

© Arizona Films

La mémoire des peuples.

Il faut prendre le temps de se laisser happer par le second long métrage de fiction d’Özcan Alper — Le temps dure longtemps — dont les plans fixes, d’une étonnante beauté plastique, recèlent une langueur quasi hypnotique.

Dans une atmosphère fantasmagorique, un cheval fou de terreur galope dans une plaine désolée. Des coups de feu retentissent, la bête s’écroule. Le souvenir de cet animal abattu en pleine course vibrera à nouveau au cours du film, lorsque Sumru recueillera les confidences d’un vieil arménien, vigilant gardien de la mémoire de son peuple.

Sumru est turque et étudie l’ethnomusicologie. Son amant kurde l’a brutalement abandonnée, lui préférant le chant de la guérilla. Il lui a cependant promis de revenir vers elle dès la fin des combats. En attendant patiemment de ses nouvelles, telle une moderne Pénélope, Sumru s’installe dans un quartier populaire de Diyarbakir, dans le sud-est du pays, aux fins de rassembler pour son master des élégies anatoliennes.

Nous sommes devenus un sujet sociologique remarquera amèrement Ahmet, vendeur de DVDs pirates, grand cinéphile devant l’éternel et autoproclamé directeur de la cinémathèque kurde — soit une documentation anarchique et non exhaustive de témoignages des victimes des exactions de l’état turc qui perdurent depuis l’aube du XXe siècle —, accessoirement tombé sous le charme de Sumru dès leur première rencontre et qui va complaisamment l’aider dans ses recherches.

Entre ces deux solitaires pourrait naitre un tendre sentiment s’ils n’étaient, chacun, empêchés de s’y abandonner par le poids d’une inconsolable perte (la disparition de son amant pour Sumru, le massacre des siens pour Ahmet).

Özcan Alper tente de fondre fiction et documentaire dans un même mouvement élégiaque tandis que l’histoire personnelle de Sumru, héroïne tragique, rejoint subtilement la grande — celle avec un grand H qui ne cesse de bégayer — et y reconnaît un ennemi commun, l’assourdissant silence de l’oppression, qui condamne les voix qui se sont tues à l’oubli et étouffe les clameurs qui s’élèvent.

La lenteur du rythme de cet élégant road movie de la mélancolie épouse parfaitement la forme. Le réalisateur s’attache longuement aux déambulations erratiques de son héroïne qui parcourt les rues, armée d’un menaçant micro destiné à enregistrer jusqu’aux battements de cœur des habitants de Diyarbakir, se faufilant parfois témérairement sur les toits de la ville. Et c’est dans le calme et un semblant de sérénité qu’il filme l’espérance d’une Sumru insomniaque, veillant à la fenêtre d’un appartement vide.

Nonobstant, en marge des chants funèbres et du travail de deuil, un humour de bon aloi tempère la noirceur fondamentale du propos. Grâce, notamment, à l’excellent Durukan Ordu dont les échanges avec un ami consterné par sa cinéphilie auteuriste sont fort savoureux. Quant à sa douloureuse incapacité de garder une certaine contenance face à l’intimidante Sumru, il a beau, face au miroir de sa chambrette décorée d’affiches de films (Yol de Yılmaz Güney, palme d’or 1982, y est à l’honneur), imiter la gestuelle d’un Belmondo nonchalant, il a toujours le souffle court dès qu’il la croise. Et le mutisme latent. Pour un peu, il trouverait ça "dégueulasse".

Louons donc la délicatesse d’Özcan Alper qui nous convie ici à une fascinante enquête, tant musicale que politique. Et ce, jusqu’au dénouement, dans un petit village enneigé perdu au fin fond du Kurdistan (on y passe sur une certaine route immortalisée par Nuri Bilge Ceylan) où Ahmet se confronte à son passé et Sumru à la réalité. Les luttes pour la reconnaissance ne sont pas prêtes de s’achever. Ni l’affliction, d’être rassasiée.

© Arizona Films

Le temps dure longtemps/Gelecek Uzun Sürer d’Özcan Alper_2011
avec Gaye Gürsel, Durukan Ordu, Sarkis Seropyan et Osman Karakoç

AVÉ de Konstantin Bojanov

Dans Bulgarie, Cinéma, Drame, Konstantin Bojanov le 10/05/2012 à 10:35

© Le Pacte

Ballade de l’intranquillité.

Tu crois vraiment tout ce que l’on te dit ? demande doucement Avé à l’empoté qui craint de la blesser. Non. L’idée qu’elle lui avait une nouvelle fois raconté des craques n’a pas effleuré ne serait-ce qu’une seconde l’esprit de Kamen. Pourtant, depuis que l’adolescente en fuite lui a imposé sa fantasque compagnie alors qu’il tentait d’aller en stop à l’enterrement de son meilleur ami, elle n’a cessé d’affabuler.

Avé s’invente d’autres vies que la sienne et ment comme elle respire, sans état d’âme. Sur le pourquoi de sa présence sur la même route que lui, aux conducteurs qui acceptent de les prendre à bord — et les en éjectent illico dès qu’ils sont mis au fait de sa galopante mythomanie par les démentis consternés de Kamen — mais aussi, dans une moindre mesure, à elle-même.

Kamen, lui, est un adepte de l’honnêteté et de la droiture à tout prix, dut-elle blesser ou lui nuire. Il se moque bien de ne pas avoir à s’efforcer de composer avec les autres, tandis qu’Avé s’y emploierait presque avec enthousiasme. Outre qu’elle a bien plus de conversation que Kamen, dont l’exceptionnelle réserve confine à l’autisme, son imagination fertile l’autorise à s’offrir au pied levé une personnalité qui empathise aisément, que ce soit dans la nécessité ou le partage. Voire, la provocation. Ainsi, les premiers échanges avec un chauffeur routier sont symptomatiques de la marotte d’Avé de se mettre incessamment en danger, sans que l’on puisse deviner s’il s’agit là d’un innocent divertissement ou d’une manière originale de s’affirmer vivante.

Leur aventure culmine lors d’un très long repas d’une tristesse à mourir — entre mélancolie, vertige et folie douce —, durant lequel va se révéler Avé, intronisée par erreur bien-aimée du fils suicidé par des parents éplorés. Kamen, foudroyé par cette nouvelle mystification et l’insolent aplomb de la gamine, boit comme un trou et laisse ainsi planer le doute sur un éventuel aveu explosif. Avé, quant à elle, se glisse dignement dans son nouveau rôle puis met au défi le garçon d’aller troubler la sérénité de la famille endeuillée — forcément touchée de sa présence en des temps si cruels — en leur révélant la supercherie.

Le premier film de Konstantin Bojanov risquerait de n’être qu’un road movie de plus — avec en toile de fond les paysages désertiques (et magnifiquement filmés) de la Bulgarie et son compte de scènes glauques ou répétitives — mettant en scène un juvénile duo que tout oppose, si nos écorchés vifs ne partageaient une blessure secrète, doublée d’une incapacité notoire à affronter la réalité.

Malgré leurs différences qu’ils croient irréconciliables, nos jeunes gens vont subrepticement se rapprocher. Quand Avé finira par entrouvrir à Kamen son jardin secret en lui confiant le vrai motif de sa fugue, ce sera pour mieux l’abandonner. Du moins aura-t-il entre temps (un peu) grandi.

Le couple d’acteurs, Anjela Nedialkova et Ovanes Torosian, ajoute au charme de cette ballade funèbre mais sans affèterie, où le chagrin qui affleure, et pourrait alourdir, est vite évacué par une énergie vorace.

Et nous, spectateurs, sommes désormais prêts à suivre Konstantin Bojanov sur d’autres routes.

© Le Pacte

Avé de Konstantin Bojano_2011
avec Anjela Nedyalkova, Ovanes Torosyan, Martin Brambach, Svetlana Yancheva et Nikolay Urumov

QUAND SATANA EMPOIGNE LE COLT [Manos torpes] de Rafael Romero Marchent

Dans Cinéma, CInéma Bis, Cinémathèque, Espagne, Italie, Rafael Romero Marchent, Western le 06/05/2012 à 10:00

© Aitor Films

Fatum.

Comme ce fut le cas pour Tire, Django, tire, le titre français de Manos torpes (soit, les mains malhabiles) est des plus fantaisistes puisqu’il n’y a pas l’ombre d’un Sa(r)tana qui tienne. Cette mauvaise plaisanterie mise à part, le film de Rafael Romero Marchent se révèle une excellente découverte.

Le possesseur de ces fameuses mains gauches se nomme Peter. Jeune homme charmant, bien fait de sa personne et fort gentillet, Peter est bonniche à tout faire dans un ranch perdu au milieu de nulle part et sait aussi bien parler aux oreilles des cheveux que faire fondre la très convoitée jouvencelle du coin, Dorothy (la piquante Pilar Velázquez). Ce grand timide se fait à l’occasion traiter de petit noms d’oiseau quand il affirme devant quelques jaloux machistes ne pas comprendre la nécessité de porter une arme.

C’est que Peter a un sombre secret — lorsqu’il était gamin, son père a été abattu sous ses yeux par un chasseur de primes — qui le fait furieusement cauchemarder. Chaque nuit, sous une pluie torrentielle, un homme immense et entièrement vêtu de noir lui demande s’il se souvient de ce qu’il a fait l’été dernier l’abat sans sommation d’une balle dans la tête. Comme un avant-goût d’un avenir tout tracé.

De quelle manière Peter a abouti dans ce coin paumé, nul ne le sait. Mais il n’a pas l’ombre d’une chance d’épouser sa bien-aimée. Car le propriétaire des lieux n’entend pas se séparer d’une aussi bonne carte qui peut lui rapporter gros. Soit, l’irrigation éternelle de ses terres, tributaire de l’humeur du possesseur des domaines environnants, le très puant Johnny (Manuel de Blas, parfait dans l’onctuosité cynique), rejeton malfaisant de son meilleur ami désormais décédé. Ça tombe bien. Johnny qui ne porte pas d’armes — pour ne pas déformer ses jolies fringues — mais que l’on n’insulte pas sauf si l’on cherche des noises à ses hommes de mains, cherche à tout prix à convoler avec la donzelle qui lui résiste fort.

Patatras ! La roucoulade découverte, Peter est fouetté (avec sa chemise), puis viré sans indemnités, et les parents bien marris font comprendre à leur virginale enfant qu’il va falloir payer de sa personne en épousant le gandin sans principe. L’amour étant le plus fort — et les filles bien têtues —, voilà nos tourtereaux qui s’enfuient tout en se jurant fidélité et le paternel de maudire leur union car Johnny le plombier a coupé l’eau en signe de représailles. Seconde flagellation de Peter (sans chemise cette fois, ça lui apprendra) qui finirait certainement par prendre goût à la punition s’il n’était abandonné dans le désert pour y crever. Tandis que le fourbe Johnny attend paiement en nature de la belle Dorothy que les parents n’hésitent pas une seconde à sacrifier sur l’autel de leur survie.

Quand t’es dans le désert depuis trop longtemps, tu ne te demandes plus rien, tu te contentes d’halluciner, et fort. Et Peter ne fait pas exception à la règle. Si ce n’est que l’homme en noir qui se dresse brusquement devant lui n’est ni un cauchemar — quoiqu’il prenne son métier un peu trop à cœur —, ni une chimère. Mais bien un chasseur de primes nommé Latimore (Le génial Alberto de Mendoza, décédé en décembre dernier et à la carrière prolifique en Espagne et en Italie, où il fut notamment un grand second rôle — souvent perfide — chez Lucio Fulci et Sergio Martino) lancé aux trousses de quatre malfaisants des familles, parmi lesquels l’ineffable Aldo Sambrell qui, comme à son habitude, ne survivra pas à la première bobine et sera ignoble jusque dans la mort, puisque le facétieux Latimore va attacher son corps à celui d’un de ses complices, bien vivant, qu’il abandonnera à son sort.

Se prenant d’une étrange affection pour le naïf garçon, Latimore — qui pourrait ou pas avoir abattu son père — l’envoie en colonie de vacances dans un modeste monastère se faire soigner le corps et l’âme par Chang, un étrange professeur…

Il est énormément question de mains, d’habileté et de désastre dans Manos torpes. Le géniteur de Dorothy a perdu une fortune au poker sur une mauvaise main. Si Peter est doué pour le dressage des canassons, il devra apprendre à fortifier ses paluches avant de se servir d’une arme (pour se faire justice). Enfin, rare apport humoristique (volontaire) du film, un pilier de bar nourrit sa cirrhose en subtilisant avec dextérité ses verres vides contre des pleins qu’il écluse inlassablement.

Nonobstant, récit sur la perte des illusions et la corruption des innocents, Manos torpes est un étrange hybride d’éprouvant mélodrame pur et dur (après s’être offerte en échange d’un point d’eau, la pauvre Dorothy devient prostituée), de western nimbé de perversité (on y châtie impunément tout à son aise), de récit d’initiation (l’épisode Kung Fu d’où Peter "le petit scarabée" sortira habillé en croque-mort — gloussements garantis —, tout comme son « sauveur » venu autrefois en stage chez Chang) et flirte allègrement avec le fantastique, voire le film de zombies, lorsqu’Aldo et ses crétins d’acolytes  se rendent maîtres d’une ville fantôme ravagée par la peste, où Latimore (Terminator ?) — présenté comme invincible — n’hésitera pas à venir les débusquer.

Le scénario signé Santiago Moncada tient parfaitement les routes sinueuses qu’il emprunte et l’interprétation est excellente (du moins ce que l’on peut en juger, puisque — comme pour le film de Bruno Corbucci — la copie présentée est en VF et a subi les outrages du temps, montrant ça et là quelques accrocs et un certain défraîchissement des couleurs).

On en a souvent vu de ces godelureaux mal dégrossis apprendre à devenir des as de la gâchette, mais il règne sur cette histoire une atmosphère délibérément funèbre et Peter Lee Lawrence balade tout au long du film un air tristounet de perpétuel angoissé existentiel comme si, frappé de malédiction dès la naissance, il ne pouvait échapper à son cruel destin. La vengeance est sienne, certes, mais la fin abrupte et d’une implacable noirceur témoigne d’un nihilisme forcené. L’histoire se répète inlassablement et il n’y a point de salut pour les âmes pures condamnés à payer les fautes de leurs pères.

Film projeté dans le cadre de la soirée Cinéma bis : histoire permanente du western italien.

© Aitor Films

Quand Satana empoigne le colt/Manos torpes de Rafael Romero Marchent_1970
avec Peter Lee Lawrence, Alberto De Mendoza, Pilar Velázquez, Antonio Pica, Manuel de Blas, Antonio Casas, Aldo Sambrell, Luis Induni et Frank Braña

TIRE, DJANGO, TIRE de Bruno Corbucci

Dans Bruno Corbucci, Cinéma, CInéma Bis, Cinémathèque, Italie, Western le 05/05/2012 à 19:32

© Cemo Film

Fils de personne.

Il est certain que Spara, Gringo, spara (Inutile de chercher Django, il est aux abonnés absents et son patronyme n’a été utilisé que pour de basses raisons commerciales), signé Bruno Corbucci, souffre du rapprochement avec les réussites westerniennes du grand frère Sergio. Et il est encore plus évident que, question charisme ou cabotinage éhonté, le couple de chamailleurs Brian Kelly (le brun) et Fabrizio Moroni (le blond) ne peuvent soutenir la comparaison avec Tomas Milian et Franco Nero.

Nonobstant, après une seconde vision — et dans des conditions relativement difficiles, la bande était en VF (rions un peu avec le doublage d’un autre temps de dialogues sacrément gratinés) et abîmée par le temps ; ce dernier souci ajoutant néanmoins un cachet supplémentaire à cette série B —, le film se laisse voir sans déplaisir et notamment grâce à l’évolution des relations entre les deux acteurs susnommés.

Brian Kelly (Chad en VO, Django donc, en VF), un déserteur vaguement outlaw et connu comme le loup blanc par tous les gredins de cette vaste terre, s’évade d’une manière bien singulière de la prison où il moisit depuis des mois. Après s’être débarrassé d’un associé indélicat, le voilà menacé de pendaison par le maître d’une hacienda. Les miracles ayant lieu au Mexique, l’irascible Don (Folco Lulli qui en fait des tonnes dans l’œil larmoyant et à qui on ne confierait pas le goûter de ses enfants) lui offre la vie et la bourse contre un menu service, lui ramener pieds et poings liés s’il le faut son chenapan de fils qui préfère — l’ingrat ! — trainer ses guêtres avec une bande de malfrats américains qu’être calife en son royaume.

Django part donc chercher le galopin (Fidel en VO, Miguel — un prénom très couleur locale pour sûr — en VF). L’héritier mexicain se révèle être un nonchalant blondinet (!) doté d’une longue mèche, à l’allure très Swinging London et maquillé comme un chariot volé.

Les deux hommes se rencontrent lors d’une bataille homérique dans un saloon où les ivrognes du coin s’achèvent à coup de volaille vivante ou d’énormes jambons. Puis Django découvre que Miguel est trop content de s’être recréé une nouvelle famille parmi la bande de bras cassés d’un certain Major (Keenan Wynn, dont la petite histoire raconte qu’il était ivre du matin au soir sur le plateau pour ne dessaouler que lorsqu’il devait chevaucher. Et il est vrai qu’il tangue parfois au gré du vent et a surtout l’air de n’être là que pour son chèque de fin de semaine) pour rentrer au pays. C’est donc à l’insu de son plein gré que le garçon va être kidnappé sans sommation et ramené — avec quelques complications — à ses (euh) parents éplorés.

La véritable histoire peut désormais débuter. Les deux hommes vont se jauger, jouer au chat et à la souris, à celui qui pisse le plus loin, qui est le plus fort, voire le plus fûté (attention spoiler, c’est le grand brun), se sauver mutuellement la vie, se faire des niches, rouler gaillardement dans la poussière, bref, apprendre à se connaître et à s’estimer, et plus si affinités. Ainsi, en plein désert, voit-on Django saucissonner le chérubin pour enfin passer une bonne nuit et ce dernier ramper vers un cigarillo abandonné par son geôlier. L’image est osée mais la raison en est pratique : tirer deux/trois taffes du mégot pour brûler ses liens. Plus tard, totalement outré de s’être fait gruger par un bambin — pour un peu, il lui collerait bien une fessée — le Django préfèrera sacrifier leur eau, quitte à ce qu’ils crèvent ensemble dans ce lieu abandonné de tous.

De tous ? pas réellement, le scénariste ayant prévu d’y faire passer une caravane de migrants où les deux garçons pourront croiser la sculpturale veuve Erika Blanc (bien connue des amateurs de giallo, mais corsetée elle est, très habillée elle restera), caution féminine sans laquelle nous pourrions nous poser quelques questions (rire général lorsque Django préfère servir lui-même de l’eau à son captif plutôt que de laisser cette rousse incendiaire l’approcher). La belle étant vite évacuée, Django n’est pas au bout de ses surprises au sujet de l’amour paternel. En définitive, un gunfight monstrueux règle le problème de surpopulation au Mexique et les deux hommes de chevaucher de conserve au soleil couchant vivre heureux etc etc.

Les paysages  sont superbes ; le film a été tourné à Almeria, d’où l’agréable sensation d’être en terrain connu. Cependant,  Spara, Gringo, spara souffre parfois d’un cruel manque de rythme malgré le nombre de scènes « à faire » et les événements multiples et variés qui le parsèment — l’attaque de la banque notamment manque de panache et la description de la bande du Major, de truculence. On peut toutefois s’interroger sur le palot aviné que Keenan Wynn roule à un canard dont il semble être tombé amoureux. Bizarrerie gratuite ou clin d’œil à l’amour fou qui lie Jack Palance/Curly à son faucon dans Il mercenario de Sergio Corbucci ? Un bon point, l’humour constant. Ainsi en va-t-il de ce vétérinaire véreux persuadant les propriétaires d’une truie de la nécessité d’amputer leur bestiole et rapportant chez lui le morceau de bidoche ou de Monsieur Mèche saoulant les chevaux de soldats abrutis en prévision d’une échappée spectaculaire.

Néanmoins, de par ses charmants sous-entendus, la personnalité atypique de son héros et, surtout, l’incongruité du sens de l’honneur mexicain, cette pellicule pas prétentieuse pour deux pesos nous donne suffisamment l’occasion de rire aux éclats pour que l’on s’estime satisfaits.

Film projeté dans le cadre de la soirée Cinéma bis : histoire permanente du western italien.

© Cemo Film

Tire, Django, tire/Spara, Gringo, spara de Bruno Corbucci_1968
avec Brian Kelly, Keenan Wynn, Fabrizio Moroni, Erika Blanc, Rik Battagla et Linda Sini

LOCK OUT de Stephen St. Leger et James Mather

Dans Action, Cinéma, James Mather, SF, Stephen St. Leger, USA le 04/05/2012 à 10:21

© EuropaCorp Distribution

Escape from MS One.

Seul contre 500… où est le problème ? nous apostrophe pince-sans-rire la baseline de Lock out, film écrit et réalisé à quatre mains par James Mather et Stephen St. Leger, d’après — rions un peu — une idée de Luc Besson. Bah ! Dans la mesure où, en 1997, un certain borgne a échappé à une ville entière, puis s’est payé le luxe d’éteindre la planète en 2013, rien ne peut plus nous surprendre.

Hors donc, que Guy Pearce — qui file un mauvais coton depuis sa lamentable participation au puant Seeking justice de Roger Donaldson — se sorte quasi sans une égratignure 1/ d’un coup monté, 2/ d’un interrogatoire musclé (Peter Stormare est trop méchant pour l’être réellement mais laissons Lucifer), 3/ d’une mission suicide et embarque un clone de Leslie Bibb en prime après s’être castagné pendant plus d’une heure avec des crevures caricaturales, voilà qui ne nous sort guère de l’ordinaire, soit le recyclage en règle de quelques films d’action foncièrement bourrins estampillés « je n’ai qu’un neurone et l’ai malencontreusement oublié à la maison ».

Ce brave Pearce semble avoir avalé un clown en sus de quelques stéroïdes et sans nécessairement lui souhaiter de s’égarer encore à son âge en plein désert chaussé de Louboutins et armé d’un boa, il lui manque un je ne sais quoi de j’m’en foutisme narquois pour piétiner avantageusement les plates bandes de John McClane.

Rappelons le pitch fissa. Pour lui faire payer son insolence — et sa capacité à encaisser les gnons sans être victime d’un AVC —, quelques gredins gouvernementaux condamnent un super agent à ronfler à perpétuité sur MS One, une prison spatiale bien loin de la terre ferme. Au même moment, la fifille du président (Maggie Grace, fifille kidnappée de Liam Neeson dans Taken) y débarque pour une mission humanitaire, le sommeil artificiel dans lequel sont plongés les prisonniers semblant leur laisser quelques séquelles irréversibles. Bien évidemment, l’affaire tourne au vinaigre pour cause de crétinerie sécuritaire (coucou Jackie Ido !), le malfaisant de service (Joseph Gilgun, croisement improbable entre un rat épileptique et une murène) ouvre la porte aux oiseaux, une mutinerie éclate, la bande d’affreux manquant singulièrement d’imagination menace de détruire la planète, fifille est prise en otage, tout le monde souffre, c’est la chienlit. Sa peine métamorphosée en mission-suicide, Zorro arrive et de fait, ça charcle. En vrai, il se nomme Snow et ne tient pas à ce qu’on l’appelle par son prénom ou il devra manifestement s’allonger quelques années supplémentaires sur le divan du psy. C’est totalement idiot mais le principal est de ne pas avoir omis de laisser sa cervelle au vestiaire.

Le meilleur moment du film — Pearce y excelle en garçon coiffeur — consiste à transformer en un clignement d’œil notre endive blonde en mignon, aux fins de lui faire traverser sans encombre (!) la salle de réveil où plus de 400 sales gueules patentées en manque de tendresse offriraient bien une tournante dans les douches aux nouveaux arrivants.

Ils se sont donc mis à deux pour réaliser ce thriller futuriste, l’un pour écrire les blagues Carambar, l’autre pour en rire. Le contrat est sauf. Yippee-ki-yay patin couffin.

© EuropaCorp Distribution

Lock out de Stephen St. Leger & James Mather _2012
avec Guy Pearce, Maggie Grace, Vincent Regan, Joseph Gilgun, Lennie James, Peter Stormare, Jean-Jacques Ido et Tim Plester

BLUE SUNSHINE [Le rayon bleu] de Jeff Lieberman

Dans Cinéma, DVD, Horreur, Jeff Lieberman, Thriller, USA le 03/05/2012 à 10:22

Chauve qui peut !

Une petite soirée entre amis dégénère lorsque l’un des participants (Richard Crystal, frère de Billy. Si si), crooner d’opérette, entreprend une belle entre deux vocalises et la serre d’un peu trop près. Son conjoint semble en prendre ombrage, tente de retenir le bellâtre et ô stupéfaction ! ne voilà-t-il pas qu’il se retrouve une perruque à la main.

Notre chanteur, victime d’une alopécie galopante, prend alors la fuite sous les quolibets amicaux. Honteux de leur moquerie, certains partent à la recherche du malheureux tandis que Jerry Zipkin, le héros du film arborant une mine éternellement renfrognée de misanthrope endurci, abandonne momentanément trois femmes dans la maison. Il ne les reverra pas vivantes. Notre déplumé en proie à une folie furieuse est revenu sur ses pas et les a massacrées. Les amoureux de morts bizarres trouveront sans doute délicieux le fait qu’il enfourne d’un coup d’un seul une des invitées dans la cheminée pour qu’elle y rôtisse à son aise.

Comptant bien s’offrir encore quelques bonnes tranches de rigolade, le grand fou poursuit Jerry mais se fait malencontreusement heurter par un camion. Notons que les chauffeurs sont prêts à jurer leurs grands dieux que le timbré n’a atterri sous leurs roues que parce que son pote l’y a poussé…

Et Jerry Zipkin de s’enfuir, « faux coupable » en puissance. Il ne cessera d’ailleurs jamais de décamper devant les forces de l’ordre, ce qui au bout d’un moment commence à faire doucettement rire, l’enquête parallèle qu’il mène se soldant par des morts accidentelles. Mais il faut bien avouer que son physique digne d’un psychopathe ne l’aide pas… Regard absent et moue fébrile, Jerry nous fait la surprise d’entrer en transe sur un lieu du crime où, tel un émule de Will Graham pourchassant le dragon rouge, il « voit » le massacre perpétré par le maitre des lieux — un policier admirable sous tous rapports — qui étonnamment portait aussi moumoute. Damned, la brigade des pelés a encore frappé !

Après moult rebondissements, notre brave Jerry — aidé par un ami médecin (rires) et soutenu moralement par sa douce et blonde amie qui n’a droit en retour qu’à des regards de chien mouillé ou au mieux, un rictus nerveux en guise de sourire — en vient à la conclusion que bon sang mais c’est bien sûr, tous ces foldingues dégarnis ont dix ans auparavant tâté d’un acide joliment baptisé Blue sunshine et qu’ils en subissent les effets secondaires. Quoique n’ayant plus dorénavant de soucis de pellicules, ils sont assaillis par d’atroces migraines, puis font montre d’une fâcheuse tendance à se muer en maniaques homicides.

Quant au dealer de cette dope, figurez-vous que ce sagouin se présente aux élections ! Le problème à résoudre est de déterminer si le politicien dont s’agit — chevelure fournie, dents de requin et ressemblant à s’y méprendre à un héritier Kennedy — a goûté ou non à sa marchandise.

Après un extravagant finale où un chauve bâti comme un quarterback pète les plombs dans un night-club — boules à paillettes et disco à fond les manettes sont des circonstances toutefois parfaitement atténuantes — l’histoire s’achève dans un centre commercial et préfigure curieusement l’invasion des morts-vivants dans le Dawn of the dead de George Romero, tourné la même année.

Malgré le manque cruel de moyens et quelques raccourcis des plus abscons, Blue sunshine réussit à nous tenir en haleine. Par son suspense rondement mené tout d’abord — la baby-sitter va-t-elle entre chaque doliprane occire deux infernaux bambins ? —, mais surtout par un humour décapant qui préside à chaque scène. Blue sunshine est un conte psychédélique absurde où le monde semble s’être irrémédiablement divisé en deux ; d’un côté, les anciens hippies camés rangés des voitures et arborant tous un masque de respectabilité, de l’autre, Jerry Zipkin décrit comme un esprit libre et quelque peu en marge de la bonne société.

Avouons néanmoins que l’ahurissante « prestation » de Zalman King est à hurler de rire. Outre qu’il a constamment l’air de vivre sous l’emprise d’une substance illicite et de se demander ce qu’il fiche dans le décor, ce garçon semble être dans l’incapacité notoire de s’empêcher de jouer les mains dans les poches tant il est évident qu’il ne sait que faire de ses battoirs. Il est si mauvais qu’il en devient inoubliable et confère au film un charme insolite. Rappelons que le cher homme — qui nous a quitté dans la plus grande indifférence au mois de février dernier — ne persistera pas (trop) dans l’actorat et deviendra célèbre en réalisant des films « érotiques » dont les plus beaux fleurons sont sans contexte Two moon junction avec Sherilyn Fenn et L’orchidée sauvage avec le couple Rourke/Otis, deux créations pleines de stupre et de sueur. Ce qui manque singulièrement ici. Les amateurs de gore en seront également pour leurs frais, les homicides étant filmés hors cadre (coupures drastiques dans les finances obligent).

Entre autres anecdotes fort savoureuses, Jeff Lieberman, réalisateur du répugnant La nuit des vers géants/Squirm_1976 s’amuse dans l’interview délivrée en bonus (à ne voir qu’après le film) à détailler le scénario original qu’il avait écrit et qui nécessitait un budget relativement confortable. La somme finalement allouée ayant été réduite à peau de chagrin — Fi donc des flashbacks prévus sur les années estudiantines de nos petits chimistes —, Blue sunshine a désormais des allures de brouillon du grand film paranoïaque qu’il aurait pu être.

Nonobstant, avec son image un poil craspec’ chère aux seventies, le fameux Rayon bleu possède malgré tout assez d’étrangeté jusque dans ses imperfections pour nous divertir agréablement.

A noter. Est également disponible sur le DVD, The ringer, premier court-métrage de Jeff Lieberman où sont cruellement épinglés société de consommation et marketing sauvage. S’agissant à l’origine d’un film de commande censé marteler que « la drogue, c’est le mal », le réalisateur s’est manifestement diverti à détourner totalement le message prévu.

© BAC Video

Blue sunshine [Le rayon bleu] de Jeff Lieberman_1978
avec Zalman King, Deborah Winters, Mark Goddard, Robert Walden, Charles Siebert, Brion James, Ann Cooper et Richard Crystal