Bonjour à tous.
Pour des raisons indépendantes de ma volonté, ce blog va connaître un petit arrêt.
J’en profite pour vous remercier toutes et tous de votre fidélité.
Je vous souhaite une excellente continuation.
Fred
Parfois, le réveil est brutal. Ouvert [sous un autre nom] avec un enthousiasme échevelé en mars 2008, ce blog affiche péniblement aujourd’hui, et ce, pour diverses raisons avariées, quelques centaines de posts.
En prévision du bouleversement de notre monde tel que nous le connaissons et la renaissance d’un ailleurs meilleur que l’on nous promet depuis le début de l’année [que personnellement je n'ai point vu passer], j’ai préparé un court sondage dont les résultats n’influenceront sans doute pas la réflexion que j’ai entamée voici déjà quelques temps sur la refonte, voire la pérennité du blog, mais seront toutefois fort précieux.
Merci d’avance à toutes celles et ceux qui voudront bien s’y arrêter deux minutes.
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Un conseil, une suggestion, un encouragement, une injure [dans la limite de la bienséance] que vous souhaitez discrètement partager ?
Ayons donc une pensée pour tous ceux qui ont décidé de braver les intempéries pour y exposer ou y chiner.
Quant à moi, je poursuis mon marathon du week-end avec ce brave Pat’.
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13h. Nomad/Lie huo qing chun de Patrick Tam_1982
avec Leslie Cheung, Ken Tong, Patricia Ha et Cecilia Yip
Plein soleil. 4 jeunes gens, beaux, plus ou moins riches — mais partageurs — et qui semblent s’ennuyer à périr jouent nonchalamment au jeu de l’amour vache et du hasard (Mention spéciale pour le couple Leslie Cheung dont on espère à tout moment une danse hypnotique et lascive devant le miroir d’une armoire* et Cécilia Yip, excellente en infernale chipie entretenue) tout en trainant un mal de vivre indéfinissable dans un Hong Kong nocturne d’une beauté inouïe.
Vivre vite, mourir jeune en laissant un beau cadavre semble être leur crédo. Ça tombe rudement bien. Leur existence oisive va prendre un étrange tournant lorsque l’ex-amant d’une des filles, dissident de l’Armée Rouge japonaise, vient se réfugier auprès d’eux et les invite à séjourner avec lui sur son bateau baptisé Nomad. Et le spectateur de se demander combien de temps il va falloir à notre ménage à trois pour imploser.
Mais l’homme est poursuivi par une de ses anciennes camarades, du genre hargneux, chargée de l’abattre. Ignorant tout de la menace qui rôde, voilà nos amoureux qui se livrent avec délices à leurs ébats, s’abandonnent pleinement aux caresses du soleil — il faut voir comment le réalisateur filme en long plans langoureux ses actrices, mais surtout ses acteurs, à moitié nus, endormis comme deux chérubins sur le sable, en saisissant en quelques plans la vanité de leurs jeunes chairs corruptibles pour avoir le souffle coupé — et attendent, on ne sait quoi. Et de nous inquiéter sur l’avenir improbable de ces petites créatures sans défense.
L’épilogue d’une invraisemblable brutalité — notre vengeresse ninja débarquant en plein farniente sabre au clair en vue de régler définitivement le sort des traitres de tous poils — ne laissera personne indemne et surtout pas le spectateur qui se demande volontiers si Patrick Tam n’aurait pas filmé cette romantique aventure que dans le seul but de la saccager et d’occire méchamment ses protagonistes. Comme si le bonheur n’était qu’utopie, voire niaiserie en ce bas monde. Surprenant !
* Ceux qui ont vu Nos années sauvages de Wong Kar Wai réalisé quelques huit années plus tard approuveront vivement.
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Si quelques fous rires nerveux ont accueilli le massacre final, un charmant jeune homme, encore abasourdi, m’a demandé près de la sortie comment j’entendais cette fin si étrange alors que tout le film était voué à l’exaltation d’une jeunesse libre et triomphante… Mais renseignements pris, il n’avait pas vu My love is that eternal rose ou il se serait méfié.
Je retrouve Shunrize qui avait mis le Yuen Wo Ping à son programme et nous croisons dans la salle 6 ce brave Alexandre Mathis échappé de la forêt où il réalise depuis un moment un court-métrage, flanqué de Nico et de Viguen.
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15h. Iron Monkey de Yuen Wo Ping_1993
avec Donnie Yen, Yu Rong-guang, Jean Wang, Tsang Sze-man et Yam Sai-koon
Danse avec les rondins. Iron Monkey est un robin des bois as du Kung-fu qui vole aux riches corrompus pour redistribuer ses rapines aux pauvres. Les hauts fonctionnaires ne l’entendant pas de la même oreille se mettent dans l’idée de faire embastiller toute personne pratiquant peu ou prou les arts martiaux, ce qui offrent quelques scènes réjouissantes pour les zygomatiques tant leurs sbires sont décrits comme d’improbables crétins (la palme à celui qui arrête un capucin).
Les geôles se remplissent mais le hors-la-loi sévit toujours. Profitant de l’arrivée d’un étranger en ville, fort versé dans les sports de combat et flanqué de son bambin, ils ne trouvent rien de plus intelligent que de le faire chanter en lui subtilisant le marmot qui ne retrouvera la liberté qu’en échange de la capture de cette fichue canaille d’Iron Monkey.
Bien mal leur en prend de caresser une idée si saugrenue. Après une échauffourée où les deux combattants s’observent, se jaugent et apprennent à reconnaître la noblesse de leurs intentions, voici nos preux chevaliers qui se liguent illico contre l’oppresseur.
Exaltant les qualités de cœur des âmes pures, Iron Monkey est une succession de combats, souvent nocturnes et magnifiquement chorégraphiés, où les adversaires jonglent aussi bien avec des ombrelles que du mobilier, s’envolent et se jouent de la pesanteur, cavalent sur les toits du village, échappent aux policiers — l’un d’entre eux ressemble à s’y méprendre à ce pleutre de sergent Garcia — en les ridiculisant, se dédoublent par la grâce de leurs disciples — Jean Wang est si charmante que notre voyageur s’en trouvera momentanément ému — et où, comme de bien entendu, les gens de bien triompheront inéluctablement du mal.
Sans compter que nos deux héros, Donnie Yen et Yu Rong-guang ne sont pas désagréables à regarder. Ils nous offrent par ailleurs, doués comme ils le sont également pour les tâches ménagères, une joute culinaire de derrière les fourneaux qui nous fait foncièrement saliver.
Si l’on précise qu’à leurs ennemis jurés se joignent en désespoir de cause des nonnes en délire commandées par un moine Shaolin, vendu au démon et spécialiste d’un superbe coup bas baptisé "la paume de King Kong", avec lequel nos vertueux vont entamer une homérique danse sur des rondins enflammés, il va de soi que le spectacle est enchanteur et le délire, particulièrement jouissif (et ce ne sont pas quelques menus problèmes techniques qui vont nous faire bouder notre plaisir).
A noter que vous pouvez retrouver Yuen Wo Ping dans sa masterclasss animée par Nicolas Saada aux 3Luxembourg intégralement enregistrée par 1kult ici.
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Les papilles en émoi, je me balade avec Valérie qui tient à faire un tour à la brocante et lui vante sournoisement les qualités de Nomad — et notamment son prodigieux final — avant de lui proposer de poursuivre l’après-midi avec le dernier opus de Patrick Tam prévu aux festivités, Love massacre, précédé ici d’une très flatteuse réputation de film culte où nous devons retrouver Chris et Anna, également tentés par l’expérience.
Miss Shunrize, que je commence à soupçonner d’être atteinte de masochisme latent, consent… Et débute un grand moment de rigolade que nous ne sommes pas prêtes d’oublier.
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17h. Love massacre/Ai Sha de Patrick Tam_1981
avec Brigitte Lin, Charlie Chin, Chang Kuo-chu, Tina Lau, Deanie Yip, Patrick Lung Kong et Ann Hui
Mélodie meurtrière en bleu blanc rouge. Second film de Patrick Tam et tourné en grande partie à San Francisco, Love massacre débute comme un drame existentiel où les héros totalement déconnectés de la vie réelle sombrent les uns après les autres dans une dépression carabinée avant de virer au jeu de massacre — au sens propre — lorsque l’un des protagonistes, à la santé mentale chancelante, laisse libre court à la violente frustration engendrée tant par le suicide de sa sœur cadette que par l’incapacité de survivre à une rupture amoureuse. Notre bonhomme se met à massacrer consciencieusement toutes les jeunes femmes habitant sous le même toit que celle qui l’a quitté et qu’il ne peut toutefois se résoudre à occire.
Love massacre est une œuvre tout bonnement effarante. Si l’on savait déjà que Jean Luc Godard est une de ses idoles, Patrick Tam s’embarque dès le prologue — une femme à la robe écarlate s’enfonce dans le désert et nous rappelle la fuite des héroïnes (é)perdues chères à Antonioni — dans des expériences visuelles étonnantes. Rendant tout autant hommage à Mark Rothko — le couple qui se délite erre longuement dans une galerie qui expose ses toiles hypnotiques — qu’à David Hockney, le réalisateur fait évoluer des personnages comme vidés de leur substance, qui s’intègrent au décor ou s’en détachent inconsciemment, images à peine mouvantes dans des plans sublimes où tranchent le bleu (des murs ou du ciel), le blanc (des vêtements) et le rouge (du sang qui gicle).
Si la palette dans la seconde partie du film — place désormais au slasher glauque — fait immanquablement songer aux recherches plastiques des maîtres du giallo, c’est pourtant un film en noir et blanc — où sont néanmoins insérés, comme des blessures, quelques plans en couleurs — qu’évoque irrémédiablement Love massacre, soit Les anges violés de Koji Wakamatsu, tourné en 1967 et inspiré du même fait divers sanglant qui endeuilla Chicago en 1966 et sur lequel la scénariste Joyce Chan (également auteur de Ah Sze, The spooky bunch et The secret de Ann Hui) a brodé cette schizophrénique variation.
Dans le rôle de la maîtresse infortunée, Brigitte Lin (future reine de glaces dans Zu, les guerriers de la montagne magique de Tsui Hark_1983 et héroïne en 1994 de Chungking express puis des Cendres du temps de Wong Kar Wai) balade son spleen d’héroïne tragique avec une grâce toute somnambulique tandis que le sinistre Charlie Chin est parfaitement répugnant dans le rôle du psychopathe. La scène finale entre les deux amants est proprement ahurissante de grandiloquence mélodramatique et de malaise diffus.
Notons que l’on ne peut parfois s’empêcher de rire tant certains dialogues, tantôt d’une niaiserie abyssale — ainsi un gandin souhaitant négligemment une bonne nuit à notre héroïne folle d’inquiétude tandis que derrière la porte notre dingo s’excite comme un foufou à poignarder ou étouffer la maisonnée — sonnent (involontairement ?) creux.
Il y a comme un détachement du réalisateur bien trop empressé à lécher ses plans qu’à offrir un peu de chair à ses ectoplasmes. Quoiqu’il en soit, Love massacre — qui fut un échec sanglant (sans jeu de mot) au box office — mérite d’être vu, ne serait-ce que comme curiosité tant il tranche de par l’intransigeance de ses partis pris stylistiques sur la production de l’époque.
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Valérie me maudit donc, mais à moitié, tant son voisin qui y croyait à fond et sursautait à chaque Bouh! l’a mise en joie.
Un peu échaudée par la mésaventure Wild, wild rose, je décide de privilégier une révision sur grand écran du chef d’œuvre nihiliste de Tsui Hark — accessoirement, pour me faire pardonner, j’y entraine Valérie qui ne l’a jamais vu et décide pour la peine de profiter de la première projection de Vulgaria dans la foulée, ce qui me prive de la découverte des films de Ton Shu-shuen, mais me permettra lundi de me lever un peu plus tard que prévu.
Le film de Tsui Hark est présenté par Léonard Haddad que nous aurions bien écartelé lorsqu’il s’avisa de causer du décorum de la dernière scène du film… Mais rendons toutefois grâce à HK Video (et à Christophe Gans) pour avoir en d’autres temps édité les deux versions du film. Celle qui nous est présentée aujourd’hui est le director’s cut que les producteurs retirèrent de l’affiche et pour laquelle Tsui Hark retourna quelques scènes qui n’édulcorèrent guère la critique corrosive émanant du projet. Ceci expliquant pourquoi les scènes censurées sont d’une piètre qualité technique. Mais ne boudons pas notre plaisir, notamment lorsque retentissent Dawn of the dead de Goblin emprunté à George Romero ou Oxygène de Jean-Michel Jarre (!).
Liste non exhaustive des morceaux de la bande (pas très) originale à lire ici.
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19h. L’enfer des armes/Di yi lei xing wei xian de Tsui Hark_1980
avec Lo Lieh, Lin Chen-chi, Albert Au, Paul Che et Lung Tin-sang
Les quatre de l’apocalypse. Après The butterfly murder_1979 et Histoire de cannibales_1980, L’enfer des armes (Dangerous encounter of the first kind ou Don’t play with fire) est un damné brûlot d’un cynisme éhonté qui clôt sur une note insolemment tragique la trilogie du chaos de Tsui Hark avant qu’il ne décide de s’embarquer dans d’ébouriffants spectacles débordant de guerrières acrobatiques, de combats de sabre et de manifestations fantasmagoriques.
Dès le prologue, le rouge est mis. Une bande de gamins s’amusent à balancer de la peinture rouge dans la cour de leur immeuble, éclaboussant au passage une des habitantes qui les maudit.
Trois étudiants bien propres sur eux, manifestement doués mais livrés à l’ennui décident, par défi, de fabriquer une bombe et de la poser dans un cinéma où, ironie du sort, est projeté un film de guerre explosif (rappelons que Tsui Hark s’est inspiré d’un fait divers qui secoua les bonnes âmes de Hong Kong à la fin des années 70). Manque de bol pour le trio, une jeune fille qu’ils pensent tout d’abord aisément impressionnable a été témoin de leur saloperie et en profite pour les faire chanter.
Nos velléitaires ne sont pas au bout de leur surprise. Car la belle orpheline élevée par son flic de frère* — un type alcoolique et violent en butte avec sa hiérarchie, dépassé autant par les événements que par cette adolescente révoltée qu’il ne comprend guère — est une anarchiste à tendance hautement suicidaire, une vraie de vraie, de celle qui ne fait pas dans la dentelle et n’a strictement rien d’autre à perdre que le dégoût de l’existence, en bref, une sociopathe de première dont on se demande si sa propension à supplicier et massacrer des bestioles sans le moindre repentir ne relèverait pas de la camisole. La demoiselle s’imagine dès l’abord qu’elle vient de croiser des frères de sang aussi prompts qu’elle à adopter contre une société qu’elle abhorre la solution finale : flinguer en masse, sans distinction en bombardant la cité en loucedé. Alléger sa douleur de vivre par la destruction systématique de l’autre, et surtout de ses biens, voilà qui titillait chaque jour la vénéneuse psyché de notre terroriste en herbe avant qu’elle ne tombe sur les trois stooges.
Mais ils ne viennent pas du même monde et nos petits bricoleurs ne sont guère enclins à se mélanger avec cette drôlesse qui les empêcherait plutôt de se ré-emmerder en rond. Nos lascars ont toutefois le plus grand mal à se débarrasser discrètement de cette verrue qui les colle jusqu’à ce qu’ils se découvrent un ennemi commun. Soit une bande de mercenaires menée par un Rambo blondinet (atroce caricature du vétéran du Vietnam revanchard, tatoué et psychopathe) auquel ils dérobent des bons au trésor auxquels était joint un mystérieux contrat avec lequel les petits anges se sont fait un plaisir de se torcher. Bras d’honneur face caméra auquel vont répondre tortures et rafales d’armes lourdes.
L’enfer des armes est sans appel, rappelant brutalement à tous leurs véritables places dans la chienlit ambiante. Les américains (Humour involontaire ? Les acteurs occidentaux débitent tous leurs lignes comme des croquemitaines issus d’une série Z, ce qui accroit encore la dinguerie de l’ensemble) ne sont que de vulgaires tueurs sans scrupule, le gouvernement en place, des gredins et les expatriés qui profitent des bienfaits de la ville, de vils colonisateurs. Il faut d’ailleurs noter de quelle manière le flic renvoie aux anglais leur propre racisme quand il se met dans l’idée de tabasser deux businessmen qu’il a pris pour des malfaisants sous le fallacieux prétexte qu’ils se ressemblent tous (rires dans la salle).
Mais il ne faut pas s’imaginer que Tsui Hark excuse automatiquement l’imbécillité des collégiens ou cautionne la folie de son héroïne — prodigieuse Chi Len Li à qui l’on filerait volontiers le pardon de bouddha sans confession —, la plus ahurissante des forcenées à avoir jamais erré dans son univers. Bien au contraire. Pour lui, on hérite des enfants que l’on mérite. Et manifestement, le temps n’est plus à leur abêtissement. Dans une société devenue sans repère, crevant dans l’œuf les espoirs et les ambitions d’une jeunesse déjà perdue, où ne règne plus que résignation et appât du gain, et qui ploie encore sous le joug des colonisateurs qui se partagent toujours les meilleures parts d’un gâteau qu’ils vont rétrocéder dans quelques années à un pays guère avenant, le réalisateur distribue à tout un chacun son dû.
Entraînés par notre passionaria qui ne songe qu’à tout brûler, nos bad boys de pacotille vont bientôt reconnaître l’évidence, qu’ils ne sont que de stupides chiots incompétents face aux impitoyables chiens de guerre, mafieux et autres profiteurs de tous poils. Pris dans le maelström d’une histoire qui les dépasse, leur cavale les mènera aux confins de la folie pour certains, directement à la mort pour d’autres. Le bloodshed hargneux sur lequel s’achève cette histoire pleine de bruit et de fureur laisse totalement pantois.
Amoureux des chats, des jeunes filles en fleurs et nostalgiques du bon vieux temps des colonies, s’abstenir. Merci.
* Magnifiquement interprété par Lo Lieh, qui trouve avec ce rôle de poulet borderline fringué comme l’as de pique, franc du collier et éminemment sympathique, l’occasion rêvée d’offrir un second souffle à une carrière débutée sous les auspices de la Shaw Brothers qui le cantonnait généralement dans des rôles d’affreux.
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21h. Vulgaria de Pang Ho-cheung_2012
avec Chapman To, Dada Chan, Ronald Cheng, Susan Shaw et Hiro Hayama
Se payer sur la bête. Pan Ho-cheung, réalisateur du mémorable Dream Home, film d’horreur viscérale sous couvert d’une critique acerbe des dérives immobilières à Hong Kong et présenté à L’Etrange festival 2010 s’essaie avec Vulgaria — qui porte remarquablement bien son titre — à la comédie burlesque mâtinée de mélancolie. Dur combat.
Un producteur de films de série Z (Chapman To, remarquable dans ce rôle de loser bien peu reluisant) est invité à causer de son grand œuvre devant des étudiants en cinéma. Définissant son métier comme celui d’un simple comptable prêt à toutes les bassesses pour taper les gens fortunés, il égrène sans fausse gêne des souvenirs quelque peu honteux ayant préludé au remake d’une comédie érotique des seventies tout en crachant subtilement dans la soupe et lève un voile sur la réalité peu glorieuse des conditions de travail dans l’industrie cinématographique hongkongaise (dont il profite cependant éhontément).
Dénonçant en une scène les liaisons dangereuses de producteurs aux abois avec un chef des triades, ce plaisantin de Pang Ho-cheung enfonce un clou déjà bien rouillé là où on ne l’attend pas, en transformant un diner d’affaires* en une orgie zoophile pas piquée des hannetons qui restera dans les annales et où l’expression "charger la mule" prend enfin tout son sens. Sans oublier des goûts tout aussi douteux en matière culinaire dont l’hénaurmité n’a d’égale que le désir de choquer le pékin.
La Chine en prend pour son grade, mais il va de soi que la plaisanterie est sans doute plus subtile pour les gens du cru, le réalisateur s’amusant des différences intrinsèques, tant de langage que de coutumes, qui séparent inéluctablement le hongkongais de base aux continentaux présentés ici comme une bande de peigne-culs. [Quoiqu’il en soit, de par son statut, Vulgaria ne passera jamais la frontière. Lire à cet effet l’excellente interview de Pang Ho-cheung sur Twitch].
D’ailleurs, tout à son récit, voici notre pathétique héros qui s’appesantit désormais sur l’échec total de sa vie familiale à peine tempéré par la rencontre d’une demoiselle de fort petite vertu, au surnom évocateur de Popping Candy, qui deviendra actrice tant ses compétences pour une certaine caresse buccale parfumée aux bonbecs frizzy-pazzy — cascade hautement improbable à ne pas réaliser chez soi — saura toucher le cœur de notre impénitent jouisseur.
Si le réalisateur ridiculise les mafieux souhaitant s’offrir à bon compte une économie parallèle où blanchir leur argent de poche et assène quelques vérités sur les difficultés que rencontrent les acteurs de Category III (Hiro Hayama, héros valeureux du 3e opus de Sex and Zen — en 3D, ça laisse rêveuse — joue ici son propre rôle) pour accéder à un cinéma mainstream, Pan Ho-Cheung en profite lui, pour changer de style, et abandonne brusquement la trivialité pour réorienter son délire grassouillet vers une comédie romantique fort tendre qui menace de s’achever dans une écœurante félicité.
Au grand dam des étudiants qui se fichent comme d’une guigne que leur conférencier atteigne le nirvana et ne souhaitent rien tant que d’obtenir plus de détails graveleux sur certains épisodes passés sous silence.
Tout autant que le spectateur bien marri de s’être tant marré, auquel Pang Ho-cheung tend en définitive un miroir peu amène. Inutile de préciser devant cette mise en abyme parfaitement orchestrée que les tabloïds ont encore de bien beaux jours devant eux.
* A noter, à la même table, la présence imposante de Suet Lam, acteur de second plan perpétuellement atteint de fringale aiguë et bien connu des amateurs des films de Johnnie To.
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La nuit Infernal affairs est annulée pour cause d’amical diner. En définitive, et après avoir appris le KO par forfait — soit pour cause d’infernal public aux projections du 3Luxembourg — d’Alexis, le taulier de PixAgain, je n’ai aucun regret.
A suivre…
Si vous avez raté le début
Du Tam en veux-tu, en voilà pour ce samedi. Je continue donc de découvrir son œuvre télévisuelle et deux raretés.
Pour m’en remettre, j’ai également mis au menu un thriller de Ann Hui et une seconde vision d’un wu xia pan de Yuen Wo Ping qui a offert hier une masterclass au Festival, tandis que je caresse l’idée de modifier en profondeur mon programme de fin de journée.
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© TVB
09h. C. I. D.: Four Moments of life (Dawn, Noon, Dusk, Night) de Patrick Tam_1976
avec Simon Yam, David Lo, Chan Ka-yee, Lui Mo-kan, Ching Nai-kan et Yu Yueng
C.I.D. Four moments of life met en scène, à divers moments d’une journée et dans un style ultra réaliste, quatre policiers de la Crime Investigation Département dont les enquêtes vont révéler les craintes et désillusions quant au bien-fondé de leurs efforts et à l’avenir de leur métier.
Dawn. Au son de la 7e de Beethoven, un Simon Yam des plus jouvenceaux s’éveille sous le regard perçant d’Alain Delon mais sa vie n’a rien de glamour lorsqu’il est confronté à une enfant victime de maltraitance de la part de sa mère et ce, sous le regard complice du père.
Noon. Un flic déjà bien fatigué des aléas de sa fonction, traine les pieds pour répondre à une plainte pour regards salaces et toute à la nonchalance de son enquête va non seulement débusquer un pédophile mais perdre encore plus foi dans son prochain lorsqu’il interrogera — dans un somptueux plan séquence — la présumée victime, une adolescente abandonnée à elle-même et d’un cynisme absolu.
Dusk. Deux petits vieux se cherchent et s’affrontent dans une maison de retraite jusqu’à ce qu’une plaisanterie stupide mette un terme sanglant à leur dispute. L’humour qui présidait à cette scène se change brusquement en horreur totale. Confronté au désespoir du meurtrier, le policier compatissant qui le questionne va se retrouver obsédé par ce crime, y compris dans la chaleur de son foyer.
Noon. Un flic soupçonné par la police anti-corruption confit ses angoisses à une amie tout en essayant de retrouver le coupable d’un délit de fuite.
Les quatre histoires — à noter que de vrais policiers ont parfois été à l’origine des scénarii de cette série — racontées sans complaisance nous plongent au cœur même de la misère humaine et des faits divers sordides auxquels sont confrontés des fonctionnaires souvent méprisés — quand ils ne sont pas soupçonnés de malversations ou de négligences — et guère armés psychologiquement pour y faire face sans y perdre santé, conscience professionnelle ou innocence.
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© TVB
Thirteen: Traces of her de Patrick Tam_1977
avec Yung Wai-man, Yim Ho et Pang Nei
Une jeune femme disparaît du jour au lendemain corps et biens et c’est de la faute à Godard (ou presque).
Débutant cet épisode de la série Thirtheen sous le regard bienveillant de Anne Wiazemsky – protagoniste en 1967 de La chinoise —, et traitant son histoire sous forme d’une enquête policière en questionnant relations estudiantines et amis, Patrick Tam procède à la reconstitution de la personnalité de son héroïne (la charmante Yung Wai-Man vue dans Father and son de Allen Fong) à la manière d’un puzzle ou bien plutôt selon les collages qu’a créés son petit ami — interprété par le réalisateur Yim Ho, auteur du très beau Homecoming —, un jeune photographe si obsédé par Jean-Luc Godard qu’il ne peut immortaliser, voire s’intéresser à sa bien-aimée, qu’en projetant inlassablement sur son corps des plans des films de son idole. On prendrait ses jambes à son cou pour moins que ça.
La résolution de "l’affaire" ne peut que confirmer la fuite en avant de la donzelle loin de l’existence des plus futiles qu’elle menait alors avec son fétichiste. L’anti Miu Kam-fung en quelque sorte.
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Thirteen: Suffocation de Patrick Tam_1977
avec Chow Yun-fat et Lui Shui-yung
Le sens de la vie. Campé par un Chow Yun Fat d’une vingtaine d’années — et déjà irrésistible — Suffocation est un étrange objet en forme d’hommage foncièrement morbide à Michelangelo Antonioni et son fameux Blow up, dont le morceau de bravoure final est à placer très haut sur l’échelle de la folie pure.
Chow y est un photographe obsédé par la mort et la violence. Manifestement, le seul truc qui le fasse bander est de collectionner des clichés de sa superbe maitresse dans des natures mortes des plus sanglantes — ceux qui ont vu Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon d’Elio Petri_1970 et les extravagantes mises en scène de Gian Maria Volonté sur le corps de Florinda Bolkan peuvent aisément imaginer la chose — ou de payer des petites frappes pour qu’elles se bastonnent tandis qu’il les mitraille. Quant il ne photographie pas avec une délectation toute frénétique un homme qu’il croit mort à une table de restaurant. A voir sa tête dépitée quand l’inconnu reprend conscience en dit long sur sa santé mentale.
Le jeune homme perd peu à peu pied entre fantasme et réalité, surprend des fantômes de ses “victimes” dans les couloirs et n’hésite pas à agresser un jeune mannequin pour la déstabiliser et entrevoir enfin la vérité de la femme sous le vernis des faux semblants.
Tout à sa démence créative, il n’hésitera pas — le geste onaniste est alors filmé en un très long plan séquence devant nos yeux ébahis — à s’enfermer lui-même dans un immense sac plastique aux fins — le doigt posé sur le déclencheur — de surprendre sur son visage les prémices de l’asphyxie qui ne peut manquer de l’emporter… jusqu’à ce que d’un poing rageur*, il ne crève l’enveloppe-cocon dans laquelle il expire et ne revienne à la vie.
Suffocation, objet télévisuel radical, tout en bénéficiant d’un jeu halluciné extrêmement maitrisé de son interprète principal, confirme que Patrick Tam est définitivement cinglé.
* Le taulier de Filmosphère en riait encore dans l’après-midi lorsque nous nous sommes croisés entre deux séances.
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© Hong Kong Film Archive
11h10. The secret/Fung gip de Ann Hui_1979
avec Sylvia Chang, Angie Chiu, Tsui Siu-keung, Alex Man et Lee Hai-suk
Exercice de style extrêmement brillant et inspiré d’un fait divers qui défraya la chronique dans les années 70, The secret, premier long métrage de Ann Hui, oscille en permanence entre chronique sociale d’une famille désemparée par un crime odieux, thriller haletant et fantasque conte — nettement plus mélancolique ici que dans The spooky bunch — de fantômes. Nonobstant, la multiplication des personnages — donc, des suspects — et la déconstruction permanente d’une histoire solidement alambiquée ne fait pas perdre de vue au spectateur bien cartésien qu’on le mène généreusement en bateau.
Les corps mutilés d’un couple — celui de la femme a connu quelques ravages — sont retrouvés dans une forêt où vit un simple d’esprit (ce brave Norman Chu en profite pour cabotiner à mort) protégé par une mère aussi acariâtre que possessive. Parallèlement à la police, une jeune voisine — interprétée par Sylvia Chang — littéralement hantée par les mânes d’une des victimes, décide de mener ses propres recherches. Seront révélés quelques troubles secrets à base de double vie, d’enfant conçu hors mariage et d’adultère qui se résoudront par un twist final pas piqué des hannetons.
Cette révélation, filmée de manière outrancière et en totale contradiction avec l’atmosphère étrange et vénéneuse qui prévaut toute l’aventure, entraine derechef quelques fous rires nerveux tant la frénésie qui s’empare de quelques uns des protagoniste et la trivialité des enjeux mettent dangereusement à nu les croyances ancestrales acceptées de facto dès lors que notre délicate héroïne se voit entrainée dans les souffrances hallucinées d’une grand-mère endeuillée.
A noter, en marge de l’enquête policière, une exceptionnelle description des bas fonds et du petit peuple de Hong Kong, ville tentaculaire et potentiellement dangereuse, qui n’est jamais aussi photogénique qu’au crépuscule, lorsque les spectres — vrais ou faux, peu importe — l’envahissent.
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Un déjeuner peu diététique sur le pouce et me voilà en pleine forme.
Après Tony Leung et Chow Yun Fat ce matin, c’est avec Leslie Cheung que j’ai rendez-vous en ce début d’après-midi pour l’avant-dernier film projeté dans le cadre du focus Patrick Tam et je suis fort curieuse de découvrir à quelle sauce le choupinet a été dévoré…
A suivre…
Si vous avez raté le début
Grand jour des délibérations* sous la houlette de notre bon Jérome Drago, toujours sur la brèche, et qui nous avait donné rendez-vous sur la terrasse du Limelight — sous le soleil exactement — où nous nous retrouvâmes flanquées de brioches, mignardises et autres douceurs fruitées, ces friandises excellant à ouvrir l’esprit et à rendre fort bon enfant quelques discussions qui s’avérèrent fructueuses.
Il ne fallut pas plus d’un vote pour exclure définitivement quelques films de notre liste de favoris mais il est à noter que chacun eut sa chance et son compte de soutiens. Sauf un — qui se retrouve au palmarès — et qui a fait l’unanimité contre lui sans que nous ayons besoin de trop nous concerter. Rien que le souvenir de notre fuite éperdue dans le noir évoque bien la détresse et la totale incompréhension ressenties devant cette chose.
De mémoire, Tabou de Miguel Gomes arrivait en tête, talonné par Our homeland et A simple life. De bonnes ondes se dégageaient également pour Rebelle, voire pour Historias.
Après moult échanges, nous convînmes que le très beau film de Ann Hui, de par son universalité, serait sans nul doute plébiscité par le public du Festival (qui se trompe rarement). Bingo !
Restaient donc en lice Tabou et Our homeland que d’ardents défenseurs ne voulaient point abandonner… au grand dam d’un certain qui commença à avoir des suées et sa veste de survêtement n’y était pour rien.
Second et dernier vote : Miguel est en tête avec 4 voix mais Yong-hi refuse de lâcher prise avec 2 voix. Nous sommes 5 dans le jury, cherchez l’erreur. Puis apprenez qu’il est bon de s’obstiner parfois. Car en désespoir de cause, nous nous tournons vers Jérome, notre éventuel sauveur, aux fins de resquiller un lot de consolation pour Our homeland et offrir, ainsi, sans regret aucun ni futur remords notre grand prix au croco portugais.
Le temps devenant peu clément, nous nous réfugions à l’intérieur et attendons patiemment la venue d’Aude Hesbert et Caroline Vautrot qui doivent nous confirmer que nous pouvons offrir un coup de cœur — qui n’a jamais aussi bien porté son nom, tant le film en a ému plus d’une — à Our homeland. Ce qui fut fait. Au soulagement de tous.
En mode détente totale après un devoir accompli sans cris ni larmes mais dans la joie et une bonne humeur constante, nous décidons de tous nous retrouver pour diner le dernier jour du festival avant la projection de Jane Eyre de Cary Fukunaga avec vous-savez-qui.
Puis, voilà Noémie qui se met en tête de lancer un palmarès plus-WTF-tu-meurs et nous fait bûcher, tout en nous mitraillant à l’occasion pour parachever son roman-photo du festival.
Une des charmantes barmaids ne trouve rien de mieux que de nous offrir un verre. Le petit blanc sec est excellent et agit brusquement comme un euphorisant sur mon estomac qui crie famine. La chouquette ne nourrit pas sa femme ou son gars en survet’, il fallait que ce soit dit. Nous avons désormais tous un petit creux et décidons de nous restaurer aux bons soins du Festival.
La conversation allant bon train — et la rigolade éhontée itou —, j’en oublie l’heure ou presque et laisse passer la projection de High noon de Heiward Mak prévue à 14h. Vous pouvez lire un avis sur ce film chez L’impossible blog ciné puisque son taulier le vit mercredi, jour de projection de The system et Just like weather. Les choix, parfois, sont cornéliens.
Alors que que Noémie nous avait quittés bien plus tôt, attendue qu’elle était au Festival de La Rochelle la veinarde, mes acolytes Valérie, Anna, et Chris partirent en milieu d’après-midi vaquer à leurs occupations et, tandis que j’abandonnais Jérome à son dur labeur de CM, je m’en allais — toujours bien guillerette — découvrir un vrai petit bijou, soit Father and son, le premier film d’Allen Fong.
* Mes préférences dans l’ordre : Tabou de Miguel Gomez & Our homeland de Yong Yang-hi ex-aequo, A simple life de Ann Hui, The king of pigs de Yeun Sang-ho (si mal aimable qu’il n’eut pas l’heur de plaire), Rebelle de Kim Nguyen, Historias de Julia Murat (bien lent à démarrer), Beyond the hill d’Emin Alper (à la fin complètement ratée).
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© HKFA
17h. Father and son/Foo ji ching de Allen Fong_1981
avec Shi Lei, Chu Hung, Lee Yue-tin, Cheng Yu-or et Yung Wai-man
Les 400 coups d’Allen Fong. Avant de faire improviser ses acteurs sur une trame minimaliste — Just like weather — ou dans un docu-fiction peu ou prou inspiré de leurs propres vies — Ah Ying —, Allen Fong fut, pour son premier film, son propre sujet d’observation.
Father and son, à haute teneur autobiographique, possède déjà les qualités intrinsèques d’un metteur en scène soucieux de creuser inlassablement le sillon d’une vérité sociale faite d’interrogations permanentes, de souci documentariste et de travail sur la mémoire, qu’elle soit collective ou individuelle. Et partant, de l’éternel conflit entre ancien et moderne, traditions ancestrales versus aspirations de la jeunesse.
Situant notamment un long flash-back dans le Hong Kong des années 60/70, il est étonnant de remarquer que la vision d’Allen Fong n’est pas très éloignée de celle qu’un Patrick Lung-Kong mis en œuvre en 1967 dans son polar Story of a discharged prisonner où filmant une société à double vitesse, il se préoccupa du sort des familles modestes n’ayant d’autre choix que d’habiter en marge de la ville dans d’insalubres bidonvilles. Au risque de voir détruire en une nuit tous les fruits de leur labeur.
L’un de ces pères si soucieux de voir réussir leur progéniture quitte à les éduquer avec trop de rigueur s’écroule victime d’une crise cardiaque au moment où il apprend que son fils — qui poursuit des études aux Etats-Unis comme le fit Allen Fong — a réussi ses examens. Pour faire court, il meurt de joie. Au grand dam du fiston qui a manifestement une revanche à prendre sur un paternel rigide jusqu’à l’injustice et qui a de tout temps tenté de brimer ses aspirations.
Les souvenirs affluent alors, d’une enfance et d’une adolescence vécues comme une longue dispute — brimades, rébellions et répressions permanentes — minant jusqu’aux fondations d’une famille où l’aînée se sacrifiera volontiers pour que le cadet puisse accéder à ses aspirations — cliché absolu du mélodrame cantonais —, querelle que la mort seule rendra caduc.
C’est que caramba ! le rejeton, faisant fi de réussite sociale, ne rêve dès son plus jeune âge que de devenir saltimbanque, attiré comme une phalène par les écrans des cinémas dans lesquels il s’introduit parfois subrepticement en compagnie de son meilleur ami, mauvaise graine en puissance, avec qui il va partager sa passion enflammée — parfois littéralement, la démonstration d’une lanterne magique artisanale fichant le feu un beau jour à la chambre des gamins — pour les jeux d’ombre.
Les 400 coups des deux garnements sont filmés avec la plus grande des tendresses par Allen Fong qui entame ainsi sa déclaration d’amour au cinématographe avec une fraicheur et une liberté telles, qu’elles nous transportent et nous renvoient élégamment à notre propre jeunesse, à cet instant précis où nous furent nous-mêmes irrémédiablement fascinés par les premières images (é)mouvantes projetées sur un mur blanc.
Pour un peu, nous souhaiterions rembobiner le film et en modifier la fin. Car qu’advient-il de la douleur et des désirs de réconciliation lorsque l’un des deux adversaires est désormais hors de combat ?
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Ne voulant pas rater Grace Chang dans The wild, wild rose, libre adaptation de l’opéra Carmen de Bizet par Wong Tin-lam — un grand mélodrame que l’on dit magnifique — prévu au programme et projeté au Forum des Images, me revoilà cavalant et toujours quelque peu peu ivre dans les couloirs de la ligne 14.
Résultat des courses : pas de Carmen qui tienne.
Car, après une alerte incendie déclenchée manifestement par erreur, et tandis que nous attendons fous d’espoir pendant une bonne demi-heure que le film démarre, la projection est purement et simplement annulée au regret des spectateurs (le film ne repassera pas puisqu’il s’agissait aujourd’hui de la seconde et ultime séance).
Les pompiers dépêchés sur les lieux arrivaient d’ores et déjà alors que je rentrais chez moi, si déçue, que j’en oublie sous le choc que j’avais prévu d’aller dénicher le trésor sur une île ruizienne. Une fois arrivée, je n’ai pas le courage de repartir au Nouveau Latina. Surtout que le week-end qui approche ressemble fort à un infernal marathon.
Adieu donc Melvil, Anna, Martin, Lou, Jean-Pierre et Sheila (oui, je suis sûre que L’ile au trésor vaut le coup d’être découverte).
A suivre…
Si vous avez raté le début
Une "petite" journée que ce mardi plus ou moins ensoleillé.
Je vais profiter d’une longue coupure entre deux Raoul Ruiz — la rétrospective se tient au Nouveau Latina qui expose également les photographies de tournages en noir et blanc de Bernard Hébert et ce, jusqu’au 31 août prochain — que je n’ai jamais eu l’occasion de voir (j’abandonne par contre définitivement l’idée de découvrir Cofralandes, n’étant pas parvenu à intégrer le film à mon petit programme) et les films en compétition pour tenter de commencer à gratter sur mes compte rendus… Ambitieux projet que je ne pourrais mener à bien qu’une fois les festivités achevées étant donné ma légendaire lenteur.
Et pour m’en griller une car mine de rien, cela fait quatre jours que je n’en ai pas trouvé l’occasion…
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13h40. Dias de campo de Raoul Ruiz_2004
avec Marcial Edwards, Mario Montilles, Belgica Castro, Ignacio Agüero, Rosita Ramirez, Monica Echevarria, Carlos Flores et Francisco Reyes
Souvenirs de la maison Chili. Dans un bar de Santiago, deux hommes s’enivrent de paroles et de vin. Vu leur âge, il est probable qu’ils tiennent chaque nouvelle rencontre pour la dernière. Se décrivant comme "imaginistes", "bricolistes", voire singulièrement anarchistes, on croit deviner que l’un d’eux qui prétend écrire un roman tend à égrener des souvenirs d’enfance. Cela reste à prouver.
Car ce diable de Raoul Ruiz se joue effrontément encore une fois de la chronologie et ses jeux de l’oie habituels empruntent ici de tortueux chemins de traverse entremêlant les époques, quand ses héros ne se dédoublent pas dans quelques existences parallèles. A moins que nos compagnons de voyage ne soient issus de la mémoire chilienne d’un exilé, narrant en voix off les rêves qui le hantent, où les défunts rajeunissent à peine refroidis et reviennent servir leur maître dont les songes ne sont jamais foncièrement les mêmes.
Sans compter que pour qui apprécie Borges, il ne fait aucun doute que le souvenir du héros principal de Dias de campos s’évanouira dès que le rêveur qui le rêve s’éveillera.
La méthode ruizienne file le tournis, oui.
Le Chili filmé par Raoul Ruiz n’a rien de flamboyant. Le film est sombre — et préfigure d’ailleurs étonnamment la palette terrienne de son dernier film, La nuit d’en face —, intimiste, tout entier confiné dans une grande maison austère, où les seuls points de couleurs sont les bateaux qui habitent les toiles accrochées aux murs. Même lorsque le réalisateur s’égare dans la campagne, l’atmosphère y est ouatée comme la réminiscence d’un long cauchemar dont on aurait du mal à se dépêtrer. Y compris lorsque l’on sent poindre, sous l’ironie du désespoir, cette hantise de la mort reconnue comme un mal nécessaire, un passage vers une autre réalité, le début d’une nouvelle aventure humaine et non comme une fin.
Soyons honnête, si l’on retrouve dans Dias de campos toutes les obsessions que Raoul Ruiz a semé de film en film, et ce jusqu’à son ultime réalisation, certaines private jokes demeurent quelque peu incompréhensibles si l’on est peu versé dans l’histoire chilienne. Une occasion en or pour notre farceur de nous perdre encore plus dans ses jeux labyrinthiques.
Mais on peut tout de même s’y amuser — ou se laisser aller tantôt à une douce torpeur (comme votre serviteur) en se laissant bercer par la voix off — et mesurer cette maison Chili à l’aune des disparitions et des fantômes qui habitent la résidence, des morts qui trainent éternellement sur les lieux de leurs crimes et des lettres apocryphes que les mères n’hésitent pas à s’envoyer pour continuer de croire encore quelque temps à la survie de leurs fils disparus.
Un film à revoir donc, avec l’esprit clair et quelques clés supplémentaires. Et accessoirement dans de meilleures conditions que celles qu’offre cette damnée salle du Nouveau Latina que certains spectateurs prennent pour un hall de gare.
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15h25. La Chouette aveugle de Raoul Ruiz_1987
avec Jean-Marie Böglin, Jean-François Lapalus, Alain Rimoux, François Berthet, Jean-Bernard Guillard, Alain Halle-Halle, Jessica Ford et Brigitte Coscas
Un homme (Jean-François Lapalus, un peu terne) marche la nuit dans une ruelle qui sent le carton pâte. L’avertissement "Toi qui entre ici abandonne toute espérance" apparaît à peine sur l’écran que notre inconnu pénètre dans un cinéma de quartier. L’humour ruizien vient encore de frapper et la blague est loin d’être courte.
A l’affiche, un étrange métrage oriental dont quelques dialogues en allemand non sous-titré nous parviennent dans la cabine où notre héros, projectionniste, se réfugie plus qu’il n’y travaille. C’est que l’héroïne du film l’a regardé droit dans les yeux et qu’il en est tombé éperdument amoureux. Et depuis qu’elle lui a mis la fièvre, il est victime de tant d’aberrantes hallucinations que l’on pourrait sans peine imaginer que cet homme dort debout.
Peu importe toutefois de ne pas avoir lu le dépressif roman de Sadegh Hedayat qui a plus ou moins inspiré Raoul Ruiz. S’ensuit une histoire totalement surréaliste et foncièrement angoissante — même si l’on rit beaucoup — où l’homme sans illusion ni famille — quoiqu’il ne cesse de croiser des étrangers qui prétendent lui être apparentés — va s’immiscer de l’autre côté de l’écran, devenir un assassin, vivre mille et une nuits dantesques et plusieurs vies qui sont autant de choix possibles et imaginables, et être le héros d’une de ces entreprises rocambolesques dont Dumas avait le génie.
Il croisera sur sa route — ou sur l’écran, qui sait ? — des femmes fatales — qu’il découpe en morceaux, puis trimballe dans des malles magiques — et des malandrins de purs mélodrames qui se plaisent à provoquer sa candeur velléitaire.
On ne peut que songer aux formidables péripéties du magnifique Trois couronnes du matelot [film malheureusement absent de la rétrospective consacrée cette année à Raoul Ruiz] en écoutant la voix du narrateur — héros de son propre fantasme à moins qu’il ne soit lui-même que le personnage d’un film autrefois projeté dans le cinéma où il prétend œuvrer — nous conter combien la vie s’est jouée de lui. Il est cependant regrettable que Jean-François Lapalus n’ait pas le charisme de Jean-Bernard Guillard, le fameux matelot aux 3 couronnes. Ce dernier fait une apparition en forme de clin d’œil dans le rôle d’un homme masqué se prétendant défiguré. Qu’il apparaisse enfin en plein jour et les souvenirs cinéphiles affluent.
Trompe l’œil, clair obscur et lanterne magique, tout le décorum est convoqué par Raoul Ruiz pour mieux nous perdre dans le labyrinthe de cette existence qui pourrait être bien misérable si quelques songes opiacés ne venaient la rehausser.
Mais le cinéma est, lui, bien réel nous martèle le réalisateur, et la seconde partie de La chouette aveugle, abandonnant brusquement notre personnage à la triste figure à ses aventures, nous fait pénétrer sans crier gare dans le film qui l’a tant fasciné. Et nous place derechef dans la peau du projectionniste. L’œuvrette est en arabe et en vieil espagnol non sous titré, nous ne pouvons en conséquence — sauf à être polyglotte — que deviner le drame qui se noue à l’écran, où des jumeaux se disputent, en sus du pouvoir, le cœur de sœurs jumelles dans un palais de Grenade. Avec force félons à l’appui. Nous sommes désormais aussi perdus que le narrateur et ne s’offre plus à nous qu’une seule option, nous immerger dans le spectacle en y notant le moindre détail ou fuir vers la sortie (ce que n’hésita pas à faire les ¾ des spectateurs. Dommage pour eux).
Malgré son intérêt, La chouette aveugle se doit d’être vu après avoir acquis quelques clés divinatoires sur les grandes mystifications ruiziennes. Sans compter qu’emporter avec soi les petits livres illustrés de Borges et de son compère Cortazar n’est certes pas de trop.
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Infernale cavalcade dans l’interminable échangeur de Châtelet Les Halles [Je me vois dans l'obligation de revoir mon programme de samedi soir, les travaux actuels dans le Forum des Halles — obligeant à des tours et des détours nettement moins amusants que ceux offerts par le cinéaste chilien — m'empêcheront définitivement d'arriver à l'heure dite pour The arch, à moins de téléportation] pour être de retour au MK2 Bibliothèque où comme d’habitude, notre mère à tous, Jérome, nous a donné rendez-vous pour nous remettre nos billets d’entrée.
Je le soupçonne de faire l’appel en douce pour s’assurer que le jury ne tente pas l’école buissonnière avec les films de la compétition.
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19h. Rebelle/War Witch de Kim Nguyen_2012
avec Rachel Mwanza, Alain Bastien et Serge Kalienda
Le réalisateur, Kim Nguyen, foncièrement aimable et doté d’un charmant accent québécois, était présent et s’est fait une joie d’entamer un Q&A avec le public. Son intervention débordait d’enthousiasme, tandis qu’il nous régalait d’anecdotes diverses sur les péripéties ayant présidé à son casting — il a même avoué trop aimer ses personnages pour souhaiter les voir disparaitre trop vite de l’aventure — ou sur certaines activités fort étranges dont il a été témoin lors du tournage.
Sortie prévue pour le 21 novembre 2012. Chronique à venir.
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Quelques achats de nourritures terrestres plus tard — esquimau, croque et chocolat — nous revoilà installés tous les quatre — avec Valérie, Anna et Chris (Noémie prise par des obligations professionnelles verra les films le lendemain) — dans cette fameuse salle 12 dont nous commençons à reconnaître nos sièges les yeux fermés et dans lesquels, je dois l’avouer, mon squelette devient derechef bien mollasson.
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21h15. Historias, les histoires n’existent que lorsque l’on s’en souvient/Histórias que só existem quando lembradas de Julia Murat_2011
avec Sonia Guedes, Lisa E. Fávero, Luiz Serra, Ricardo Merkin, Antônio Dos Santos, Nelson Justiniano et Maria Aparecida Campos
La réalisatrice étant absente pour cause d’accouchement imminent, le film est présenté par sa productrice qui très étonnamment nous enjoint de rire de bon cœur si l’idée nous en vient. Personnellement, n’ayant pas pour habitude de me priver, le conseil me parait bien hasardeux et m’inquiète quelque peu. Bingo ! Ce sera rarement l’hilarité générale dans la salle.
Sortie prévue pour le 18 juillet 2012. Chronique à venir.
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Après quelques échanges animés sur le parvis du MK2, nous sommes repartis vers nos pénates tout en regrettant fortement qu’Historias de Julia Murat n’ait pas tenu dès le départ les belles promesses qui ne se révèlent qu’au bout d’une demi-heure — fort esthétique, par ailleurs — d’ennui profond.
A suivre…
Si vous avez raté le début
Dois-je l’avouer ? Je me sens un peu lasse mais le merveilleux souvenir que m’avait laissé le film de Patrick Tam — un des rares que je connaisse de lui par ailleurs, en sus de The final victory, et il me tarde de voir ses autres réalisations — fait que je me botte sérieusement le cul et que je me tiens vaillante, et à l’heure dite, à l’entrée de la salle.
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© Fortune Star Media Limited
13h. The Sword de Patrick Tam_1980
avec Adam Cheng, Norman Chu Siu-keung, Jo Jo Chan, Wei Chiu-hua, Tien Feng et Ko Hung
Le chant des épées. D’une splendeur esthétique à couper le souffle, The sword est un poème tragique balafré rouge sang qui met en scène deux épéistes mus par de bien vilains desseins alors qu’ils tentent chacun de leur côté de retrouver un maitre d’armes fort réputé (interprété avec une belle prestance par Tien Feng, stakhanoviste de la Shaw Brothers, auguste maison pour laquelle il a bien souvent joué les crapules avec talent) qui s’est retiré des vanités de ce monde à la suite d’un combat de trop.
Le premier (Adam Cheng), disciple vertueux quoique fort orgueilleux, souhaite obstinément se mesurer au vieillard pour s’assurer de son habileté, le second (Norman Chu Siu Keung) — le félon de l’histoire, perpétuellement vêtu d’oripeaux immaculés et flanqué d’un ninja d’une spectaculaire agilité — pédant et cruel, convoiterait plutôt sa légendaire épée — baptisée du doux nom d’Etoile de glace et notoirement maudite — aux fins de compléter sa collection d’armes.
Si l’on ajoute que le vicieux a épousé l’amour de jeunesse de notre faillible héros dont il fait de la vie un enfer et que tous deux vont croiser sur leurs route d’expertes combattantes, respectivement fille et amante du reclus, on ne s’étonnera guère du chassé croisé qui va s’opérer dans des combats à mort filmés comme des ballets, tant la quête du pouvoir ou des biens d’autrui paraît brusquement bien absurde au regard de tout ce que l’aventure offre comme promesses de bonheur tant spirituel que terrestre.
Une seconde vision de ce wu xia pan confirme tout le bien qu’il y avait à penser de cette symphonie du désastre, d’une langueur tantôt surprenante, traversée par des assauts d’une fulgurante beauté, tandis que la musique — un même thème récurrent soulignant la fragilité de leur existence — se met au service des dames, éternelles victimes sacrificielles de la folie et de l’égoïsme mâles.
Ne reste plus aux bretteurs que le son des étoffes froissées et des lames qui s’entrechoquent. Avec, en guise de récompense pour le vainqueur, la solitude et d’éternels regrets.
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Il me semble bien en sortant du film reconnaître le duo de tauliers de PixAgain qui converse avec animation sur le parvis du MK2, mais déjà à la bourre pour le film de Michael Hui, je les abandonne à leur discussion animée. Après enquête, c’était bien eux… Notre café est donc reporté sine die.
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© Fortune Star Media Limited
15h. The Private Eyes de Michael Hui_1976
avec Michael Hui, Sam Hui, Ricky Hui, Angie Chiu, Shek Kin et Richard Ng
Après les amants tragiques de Patrick Tam, place à l’arrivisme à tout crin, à la libre entreprise et à l’exploitation du petit personnel. The private eyes (sorti en nos contrées sous le titre Mister Boo, détective privé) et réalisé quasiment en famille par Michael Hui — ses frères Ricky et Samuel, également responsable de la musique du film, jouent à ses côtés —, est une aimable pochade où pointe cependant une critique acerbe tant du monde du travail — les employés ne sont que des esclaves bons à se tuer à la tâche sans compensation aucune — que des autorités, et une fois encore, les fonctionnaires de police sont décrits comme de sombres crétins et savamment ridiculisés.
Pour faire court, c’est top con mais ça détend relativement les zygomatiques, notamment par la grâce de quelques excellents gags rondement amenés et une bonne humeur saupoudrée de mauvaise foi parfaitement assumée. L’humour enfantin, voire somptueusement infantile, de certaines scènes rappellent même dans une moindre mesure les pitreries de Mister Bean.
Deux scènes d’anthologie sont toutefois chaudement recommandables.
La première est une homérique bataille au kung fu approximatif dans une cuisine où notre détective combat hardiment un éventuel voleur à la tire à coups de louches, de woks et de requin marteau décédé avant de se saisir d’un chapelet de saucisse transformé pour l’occasion en nunchaku mortel. Notons qu’après un clin d’œil à Jaws, c’est Bruce Lee qui fait les frais de ce plaisantin de Michael Hui puisque son feulement tout droit issu de la bande originale d’Opération dragon (Enter the Dragon_1973) résonne alors que l’assaut fait rage et que la pièce est méticuleusement détruite.
Robert Clouse est manifestement à la fête puisque nous retrouverons bien plus tard, dans le rôle d’un machiavélique chef de gang, l’inénarrable Shih Kien (plus connu par les amateurs du Petit dragon sous le nom de Han, dont la mort dans la galerie des glaces de son imprenable forteresse a suffisamment marqué les esprits pour qu’il ait une poupée à son effigie !*), auteur ici d’un hold-up des plus fantaisistes.
La seconde scène, plutôt croquignolette, se tient dans un love hôtel où nos détectives ont filé une femme adultère (qui s’avèrera être procureur de la république. No comment) et où un waterbed et une baignoire — choisie comme planque — qui se vide et se remplit au gré de l’humeur coquine des amants sont les accessoires indispensables de cette comédie burlesque et, en définitive, très bon enfant.
Sans compter que la morale est sauve. Lah.
* Les amateurs peuvent se la procurer contre une modique somme ici.
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Je retrouve dans la salle 12 d’autres membres du jury qui n’ont pu être présents hier à la projection du 4ème film en compétition, en compagnie du taulier de Laterna magica.
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© Star Sands
17h. Our homeland de Yang Yong-hi_2012
avec Ando Sakura, Iura Arata, Yang Ik-june, Kyono Kotomi, Tsukayama Masane, Miyazaki Yoshiko et Suwa Taro
Le film — toujours présenté avec le plus grand enthousiasme par Caroline — n’a pour le moment pas de distributeur. Malheureusement, la salle était loin d’être comble mais les spectateurs présents ont sympathiquement réagi et se sont montrés fort avides d’en apprendre encore plus sur la biographie de Yang Yong-hi à la personnalité décidément passionnante. Le débat fut donc intéressant, dans la mesure où il a offert quelques clés sur une histoire d’une part, totalement inconnue de nos contrées — excepté sans doute pour les amateurs de la Corée —, d’autre part, si absurde qu’on la croirait issue de l’imagination débordante d’un scénariste. Et pourtant.
Chronique prévue fin juillet. Mais vous savez désormais que nous lui avons décerné notre coup de cœur.
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La petite salle 11 était comble, elle, pour la présentation de Starry, starry night de Tom Shu-yu Lin qui a reçu, lors de son arrivée, une formidable ovation de la part de ses compatriotes qui occupaient, il faut bien le reconnaitre les 2/3 de la salle. A noter cependant que l’un d’eux s’endormit tranquillement dès le début de la projection, à peine les lumières éteintes.
Passons très vite sur le discours officiel bien plombant et répétitif, pour ne tenir compte que du délicieux et lunaire réalisateur qui nous a avoué adorer Paris — un peu de vile flatterie ne gâte rien — et être tombé en amour devant le travail de l’illustrateur Jimmy Liao qu’il a décidé d’adapter pour l’écran.
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© Atom Cinema
20h. Starry, Starry night de Tom Shu-yu Lin_2011
avec Xu Jiao, Eric Lin Hui-Min, Rene Liu, Harlem Yu, Kenneth Tsang et Guey Lun-Mei
Une seule pièce vous manque et le puzzle est démembré. Récit d’apprentissage, Starry starry night nous conte le passage à l’âge de raison de Mei (Xu Jiao) à peine sortie de l’enfance.
Fille unique et rêveuse, Mei ne vit que pour l’art que lui a enseigné sa mère — autrefois étudiante à Paris et désormais frustrée — et passe son temps à reproduire des tableaux de maitre lorsqu’un jour, patatras, l’une des pièces maitresses d’un puzzle de La nuit étoilée de Van Gogh manque à l’appel.
Au moment même où elle ressent quelque émoi amoureux pour Jie, un camarade d’école nouvellement arrivé et qui semble avoir quelques troubles du comportement, ses parents se préparent à divorcer et son grand-père tant aimé passe de vie à trépas, laissant une sculpture inachevée. Tyrannisés au collège par quelques sombres crétins, les deux gamins fomentent une romantique fugue qui les mènera à la maison de l’aïeul, construite au fin fond d’une forêt où ils vont se perdre et finalement, y grandir.
Le réalisateur adapte dans des couleurs acidulées, le délicat livre de l’illustrateur taïwanais Jimmy Liao, dont quelques planches habillent le générique de fin, en mélangeant allègrement ses protagonistes à des images animées (origamis enchanteurs, puzzles menaçants, ombres chinoises qui révèlent ou camouflent) et réussit ainsi un très joli conte de Noël délibérément optimiste — Paris, la ville des rêves et de tous les possibles, est tout petit pour les gens qui s’aiment comme Mei et Jie d’un aussi grand amour* — affirmant que tous les obstacles peuvent être surmontés et les miracles survenir pour peu que le désir soit assez fort.
En résumé, Tom Shu-yu Lin aime dans le désordre la France, Jean Luc Godard, le charleston — surtout celui de Bande à part, mélancoliquement réinterprété ici par l’excellente Rene Liu avec une infinie tristesse — et Françoise Hardy… comme dans Moonrise Kingdom de Wes Anderson en somme, auquel le film fait immanquablement songer notamment lors de la ballade en forêt par les parti pris stylistiques et la tendresse teintée de drôlerie qui prévaut aux amours enfantines.
Nonobstant, Starry starry night est à réserver de préférence aux enfants, de peur que sa mièvrerie néanmoins parfaitement assumée n’écœure par trop les cyniques adultes que la vie fait de nous.
* © Marcel Carné et Jacques Prévert
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© Hong Kong Film Archive
22h. Homecoming de Yim Ho_1984
avec Josephine Koo, Siqin Gaowa et Tse Wai-hung
Choc des cultures. Homecoming est un film surprenant, comme hors du temps, qui vous cueille par surprise.
Suivant une dramaturgie somme toute relativement classique et ne favorisant jamais l’une ou l’autre des deux parties en présence — humilité de la vie campagnarde vs éclat de la nouvelle bourgeoisie hongkongaise — le film accompagne une femme d’affaires au bord du burn-out — Coral n’a ni mari ni enfant mais elle est toutefois flanquée d’une sœur acariâtre qui la tyrannise par téléphone interposée — qui retourne dans le petit village de la Chine continentale qui l’a vu naitre et y retrouve deux amis d’enfance qui ont fondé une famille. Elle, est devenue institutrice, lui est un paysan apparemment mal dégrossi.
Si les retrouvailles se fêtent dans la joie et la bonne humeur, des tensions ne tardent pas à éclater de par la dette morale que Coral a contracté (ses amis se sont occupés de l’enterrement de sa mère), leur différence de classes, l’éclatante liberté — bien illusoire — de cette femme sophistiquée et coquette qui tente de retrouver ses racines et avant tout l’insouciance de ses jeunes années, fut-ce au prix d’une trahison, et la jalousie inhérente à tout rapprochement entre de bons vieux copains qui semble vite suspect aux yeux de la communauté. Les rumeurs vont bon train et les masques tombent alors que le trio s’épie et s’affronte plus ou moins brutalement.
Pourtant, si l’on pouvait craindre une énième version du combat entre rat des villes et rat des champs avec adultère à la clé, le respect prédomine entre les trois protagonistes, bien plus complexes qu’il n’y paraît au premier abord. Et le trouble ne nait pas là où on l’attend.
Par la grâce du jeu subtil de Josephine Koo et Siqin Gaowa, transpire brusquement dans leurs échanges un amour bien plus profond et strictement féminin dont on imagine sans peine que les deux femmes s’y seraient volontiers abandonnées si la divergence de leurs choix mais surtout les conventions ne l’avaient étouffé définitivement dans l’œuf.
Les deux femmes unies comme au premier jour de leur amitié indéfectible, c’est sans amertume que Coral peut alors repartir vers Hong Kong, l’esprit et le cœur en paix.
Superbes actrices, magnifique film.
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C’est l’esprit légèrement embrumé et la démarche chancelante de fatigue que je me dirige vers le métro où l’attente d’une rame me paraît positivement intenable.
Demain, direction le Nouveau Latina pour y découvrir deux films de Raoul Ruiz qui manquent à ma collection.
A suivre…
Si vous avez raté le début
Grosse journée en perspective. J’essaie de ne pas me retrouver sur les rotules en me levant folle que je suis une heure plus tôt que nécessaire. Petit mémo à mon bonnet : ne jamais oublier de vérifier 1/ le jour que l’on est 2/ le programme établi.
Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, je continue avec le plus grand plaisir de découvrir la filmographie d’Ann Hui, revois un Ringo Lam et découvre, après avoir fait mon devoir, l’aberrant univers de Khavn de la Cruz. Un bon jour en somme.
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9h15. Social Worker: Ah Sze de Ann Hui_1976
avec Cecilia Wong Hang-say, Ng Wai-kwok, Ng Mang-tat et Damian Lau Chun-ya
Sur un sujet délicat — soit la prostitution de très jeunes émigrées clandestines — Ann Hui réussit un merveilleux portrait de femme.
Avec Ah Sze, tendron de 14 printemps débarquée illégalement à Macao et délibérément ignorée par une sœur ainée débordée de marmaille, la réalisatrice poursuit son exploration du monde parallèle d’un Hong Kong qui broie sans états d’âme ceux qui viennent s’y égarer.
En pleine détresse, Ah Sze tombe bientôt entre les mains d’un proxénète qui a tout d’abord revêtu le masque de l’entraide. Dès lors, plus rien ni personne ne pourra la sauver, et certes pas l’homme avec qui elle essaie de se reconstruire peu à peu au prix d’efforts que le malheureux détruit compulsivement au gré de ses shoots fréquents. Quoiqu’elle ne se pose jamais en victime, Ah Sze, mystérieuse et butée, semble mue par une certaine obstination à gâcher sa vie.
Ann Hui accompagne sur plusieurs années et avec tendresse son héroïne perdue, tout en décrivant scrupuleusement les obstacles qui — comme une malédiction — se dressent devant elle, de ses anciens clients à son amoureux velléitaire, de l’opinion publique à ses beaux-parents bien peu charitables qui la jugent quotidiennement. L’inéluctable se produit alors.
La jeune Cecilia Wong Hang-sau est étonnante de justesse dans le rôle d’Ah Sze et c’est le cœur serré qu’on l’abandonne au gâchis de son existence.
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© TVB
9h15. ICAC: A Man de Ann Hui_1977
avec Damian Lau Chun-yan, Kwan Chung, Wai Lit et Carol Cheng Yu-ling
Corruption ou délation, même combat. Un jeune policier naïf — interprété par Damian Lau Chun-yan qui sera en 1979 le héros de La dernière chevalerie de John Woo — nouvellement promu se retrouve dès son arrivée contraint de fermer les yeux devant les activités parallèles de ses collègues qui perçoivent ainsi double salaire en faisant payer chèrement aux contrevenants leur "protection".
Pris entre deux feux, le choix cornélien qui s’offre à lui n’est guère enviable : rester loyal envers son corps de métier et ses supérieurs tout aussi pourris que le petit personnel et ainsi rompre avec ses principes moraux ou dénoncer sans trop d’états d’âme à l’ICAC — soit l’Independant Commission Against Corruption créée en 1974 qui fait la fierté du régime de Hong Kong — toute la brigade qui sombrera corps et biens, au risque de perdre sa dignité et, accessoirement, ses amours.
Le drame est exposé sans fard, ni langue de bois, le délateur étant illico mis au banc des accusés pour insoumission au groupe. Le voilà brusquement déconsidéré, jaugé et sommé de s’expliquer sur sa vie privée, ses choix personnels et son passé.
Avec A man, Ann Hui s’attaque sans ambages à la plaie hongkongaise, soit la corruption qui gangrène jusqu’aux plus hautes sphères de la justice. Il n’est donc guère étonnant que ce portrait d’un "pur" ait été interdit d’antenne pendant plus de 20 ans, tant il est vrai que le monde sans foi ni loi, mais sous couverture policière, qu’il décrit est en contradiction totale avec les déclarations triomphantes gouvernementales.
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© Hong Kong Film Archive
11h15. The spooky bunch de Ann Hui_1980
avec Josephine Siao, Kenny Bee, Kwan Chung, Lau Hark-suen et Tina Liu
Entre traditions, revenants et autres superstitions de la vie moderne, The spooky bunch est un film radical, empreint de mysticisme mais totalement désopilant.
Une troupe d’opéra cantonais débarque sur une île et y sème la zizanie dès lors qu’un vieillard patelin jette son dévolu sur l’une des charmantes actrices interprétée par la délicieuse et mutine Josephine Siao. Il ne cherche cependant pas à en faire sa concubine mais bien l’honnête épouse de son neveu dans le seul but de contrer une malédiction ancestrale.
Fatalitas ! Les spectres ne l’entendent pas de la même oreille — bien que le spectacle soit magnifique et respectueux des traditions du folklore chinois — et mettent tout en œuvre pour empêcher cette union, meurtres sanglants à l’appui. On sursaute donc beaucoup, quasiment autant que les crédules acteurs qui ne cessent de croiser des trépassés au détour des couloirs (rires).
Le mélange jouissif d’horreur et de bonhomie — certains seconds rôles surjouent avec bonheur — fait de The spooky bunch un film à découvrir. Toutefois, que l’on ne s’y trompe pas, malgré la folie ambiante — que ce soit sur scène car les pièces qui y sont jouées pullulent d’apparitions fantasmatiques ou dans les coulisses où les quiproquos sont rois — les hilarantes scènes abracadabrantesques n’empêchent pas qu’un profond désespoir parcourt tout le film, les fantômes étant parfois foncièrement récalcitrants à accepter leur condition de décédé et à renoncer en conséquence à hanter les vivants et les laisser s’aimer en paix.
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© Hong Kong Film Archive
13h15. Story of Woo Viet/Woo Yuet dik goo si de Ann Hui_1981
avec Chow Yun-fat, Cherie Chung, Cora Miao et Lo Lieh
La jeunesse du "Killer". Ann Hui, avec Story of Woo Viet — sélectionné en 1982 pour La quinzaine des réalisateurs —, s’attache une nouvelle fois au pas de réfugiés vietnamiens condamnés à subir, à leurs espoirs défendant, un funeste destin.
C’est un juvénile mais déjà charismatique Chow Yun Fat que l’on retrouve ici dans le rôle d’un migrant qui tente de rejoindre Hong Kong sur une embarcation de fortune, puis les Etats Unis où il pourrait définitivement oublier son passé guerrier. Mais on ne peut échapper à sa destinée semble nous dire encore et toujours la réalisatrice qui nous prouve encore une fois que, quelque soit les désirs de renaissance ou de rédemption qui animent ses héros, cette chienne de vie se fait fort de les solder sans faillir par un irrémédiable gâchis.
A l’image du nourrisson décédé sur le bateau que sa mère laisse partir au fil de l’eau répondra bientôt celle du faux passeport que Woo brûle sur le sol philippin où les clandestins ont fait escale et dont les bas-fonds peuvent en remontrer dans la crasse et la malignité à sa voisine chinoise.
Pour avoir refusé de fermer les yeux sur un trafic d’esclaves et volé au secours d’une jeune femme vendue par d’ignominieux passeurs à un cruel proxénète, voilà notre preux qui accepte un marché de dupes : devenir l’homme de main de la crapule en échange des faveurs de la dame qui lui est offerte sur un plateau (et qui, par ailleurs, ne semble pas y trouver à redire).
Un tueur chevaleresque au regard mélancolique, l’amitié virile, les amours contrariés, la sauvagerie qui parcourt maintes fois le film jusqu’à l’explosif gunfight final, tout concoure à faire de Story of Woo Viet comme un étrange prequel de The killer de John Woo. Toutefois, Ann Hui excelle tout autant dans la chorégraphie de la violence — filmée sans glamour — que dans la description de puissants personnages féminins — faiblesse que l’on peut souvent reprocher aux films de Woo —. Deux femmes énamourées se disputent notre tragique héros, une amie (Cora Miao) qui le garderait bien près d’elle à Hong Kong alors qu’il ne rêve que d’Amérique et la jeune réfugiée (Cherie Chung) pour laquelle il abandonnera son honneur et ses rêves de liberté.
Story of Woo Viet est donc une excellente surprise qui donne encore plus envie de découvrir toute la filmographie de cette réalisatrice d’exception, manifestement aussi à l’aise dans le drame que dans le thriller pur et dur.
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© Fortissimo Films
15h. Autumn Moon de Clara Law_1992
avec Masatoshi Nagase, Li Pui-wai, Choi Siu-wan et Maki Kiuchi
Existentialisme à Hong Kong. A l’orée de la rétrocession de la ville à la Chine, Wai — l’impertinente à couettes Li Pui-wai —, adolescente de quinze ans plutôt délurée qui s’apprête à émigrer avec ses parents au Canada, croise sur un pont Tokio — l’impayable Masatoshi Nagas, héros du Mystery train de Jim Jarmusch_1989 —, fumeur invétéré du genre poseur, qui pêche dans la baie pour s’offrir une contenance.
Tokio, le touriste, n’a rien vu à Hong Kong si ce n’est l’abime de sa propre inutilité, Wai s’interroge anxieusement sur son avenir loin de sa ville. Tokio multiplie les aventures purement sexuelles, sa préférence allant à la sœur d’une ancienne maitresse rencontrée fortuitement, Wai va peut-être franchir le pas avec un camarade d’école. Ces deux là que tout oppose vont finir par se comprendre et s’offrir une parenthèse enchantée dans leur vie somme toute bien banale.
En définitive, Autumn moon se révèle être un joli petit film mélancolique et plutôt bavard où pointe cependant une grâce subtile.
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© Mei Ah Entertainment Group Ltd
17h10. Full alert de Ringo Lam_1997
avec Lau Ching-wan, Francis Ng, Jack Kao et Amanda Lee
Polar d’une violence extrême — on n’hésite guère à y tuer les femmes ou à y menacer les bambins —, Full alert de Ringo Lam, réalisé l’année de la rétrocession de la colonie britannique à la Chine, s’embarrasse non seulement de psychologie — les adversaires en présence semblent être d’ores et déjà à bout de forces alors que le film débute à peine — mais entraine les spectateurs dans les labyrinthes crasseux d’un Hong Kong devenu irrémédiablement hystérique.
Grâce à ses deux stars charismatiques — Liau Ching-wan (cinglé favori de Johnnie To) et Francis Ng (généralement moins flamboyant chez le même To) — qui se livrent un combat sans merci mais pourraient parfaitement échanger leurs rôles tant leurs personnages de flic intraitable* et de malfrat quelque peu psychopathe en proie aux doutes et à la culpabilité se répondent et se complètent — Full alert nous entraine dans une enquête haletante, pleine de bruit et de fureur, qui s’offre en guise d’épilogue un bain de sang doublé d’une apocalyptique déclaration d’amour.
Full alert demeure à ce jour un des plus grands polars hongkongais, d’une sauvagerie inouïe quoique sans complaisance. Et sur grand écran, y a pas photo, ça charcle grave.
* Témoin cette scène où notre poulet furieux s’immerge jusqu’aux coudes dans d’immondes poubelles encombrant une sombre ruelle pour y retrouver son arme, puis repart à la poursuite de la vermine qu’il s’est juré d’exterminer sans se soucier d’éventuels dommages collatéraux
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© Match Factory
19h. Just the wind//Csak a szél de Bence Fliegauf_2012
avec Lajos Sárkány, Katalin Toldi, Gyöngyi Lendvai et György Toldi
3ème film de la compétition internationale.
La chronique arrivera peut-être en fin de mois.
Puisque désormais, vous connaissez le palmarès, il n’y a plus de raison que je vous cache certaines choses. Nous nous sommes précipitamment enfuies dans le noir sans attendre le réalisateur qui arrivait de pied ferme pour un Q&A avec le public, n’ayant guère l’envie de l’écouter se justifier et d’augmenter ainsi le degré de souffrance que nous a causé son film qui fera l’unanimité contre lui dès le début des délibérations.
Mes collègues sont parties se restaurer et quant à moi, ayant prévu de voir un film philippin qui promettait d’être surprenant, j’ai singulièrement ressenti le besoin de me changer quelque peu les idées avant une nouvelle projection et d’effacer tous souvenirs indélicats de ma mémoire. Pour les impatients qui souhaitent lire plus avant sur cette chose, Chris — qui avait d’ores et déjà vu le film à Berlin où le jury présidé par Mike Leigh (sans doute ivre) lui a offert l’Ours d’argent — l’a quelque peu assassiné sur Accréds.
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Pour une fois qui n’est guère coutume donc, je fausse compagnie à mes collègues pour profiter pleinement d’un film qui m’intrigue. Je n’irai voir le 4ème long métrage en compétition — Our homeland de Yang Yong-hi — que demain avec les absents d’aujourd’hui.
D’ailleurs, pour être honnête, deux films à "juger" le même jour, c’est un poil too much. A moins que je n’en rêve comme cela m’est arrivé ces derniers jours avec Holy motors ou Tabou, j’ai grandement besoin de "digérer" le film que je vois avant de pouvoir émettre une opinion personnelle objective et opposer des arguments valables à d’éventuels contradicteurs.
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© Rapid Eye Movies
21h15. Mondomanila or how I fixed my hair after a rather long journey de Khavn de la Cruz_2012
avec Tim Mabalot, Marife Necesito, Palito, Alex Tiglao, Stefan Punongbayan, Jonathan Reyes, Whitney Tyson et Tony Hunt
Le freaks, c’est chic. Comédie musicale punk et trash parfaitement déjantée, Mondomanila ne faillit pas à la réputation de son metteur en scène, le prolifique (28 longs métrages et autant de courts à son actif) Khavn de la Cruz qui a déjà commis trois autres films depuis. Le réalisateur, fort hype en sa contrée, est venu dévoiler quelques secrets de fabrication avec un enthousiasme communicatif et s’est avant tout présenté comme poète et musicien*.
Adapté — fort librement sans nul doute, mais il reste à découvrir le bouquin — d’un roman de Norman Wilwayco, Mondomanila réussit là où Bence Fliegauf a échoué avec son Just the wind.
Car ce qui frappe avant tout dans ce gigantesque foutoir drolatique, introduit par un carnavalesque Monsieur Loyal, véritable empereur des gueux, fait d’intermèdes dansés au milieu des bidonvilles — en guise d’hallucination collective si l’on songe aux inondations survenues en 2011 dont quelques images télévisuelles ouvrent et closent le film, pour mémoire — et de collages criards selon la méthode du cut-up chère à William Burroughs, n’est pas tant l’humour ravageur qui parcourt le film en forme de happening que la totale empathie du metteur en scène avec ses personnages, aussi frappadingues ou monstrueux soient-ils.
Aucun jugement n’a droit de cité dans Mondomanila. Les jeunes gens, acteurs amateurs ou gamins des rues, qui peuplent le film ont droit chacun à toute notre considération. Qu’ils rappent, se cament, se prostituent ou flinguent à tout va, et même si Khavn de la Cruz n’hésite guère à les malmener, ils sont les chantres de la survie et témoignent d’une chienne d’existence — ni plus ni moins en réalité qu’une grotesque farce issue de l’imagination perverse d’un dieu bien cruel — qu’il faut embrasser avec toute l’énergie fulgurante de la jeunesse avant qu’elle ne vous crève.
* Pour en savoir plus, rendez-vous sur le non-site officiel (ou pas, car avec lui, rien ne semble jamais moins sûr que l’absurdité de la vie) du réalisateur : This is not a website by Khavn.
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Je rentre après cette vivifiante projection. Je suis sur les rotules. Heureusement, j’ai déjà vu The sword dans une minable copie. Je pourrais donc éventuellement continuer ma nuit en début d’après-midi si mes paupières se font trop lourdes.****
A suivre…
Si vous avez raté le début
Aujourd’hui, journée calme au MK2 bibliothèque.
Le seul événement d’importance de la journée — hormis le fait que les deux premiers films en compétition nous sont présentés dans la soirée — était de me lever assez tôt pour y être à 9h30 pour ne pas rater les programmes qu’Ann Hui a réalisé pour la télévision hong-kongaise en 1978 dans le cadre du cycle Below the lion rock.
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09h30. Below the Lion Rock: The boy from Vietnam de Ann Hui_1978
avec Tsang Chuen-sing, Lee Kwok-tsung, David King et Alfred Cheung Kin-ting
The boy from Vietnam est à l’image de son juvénile héros qui ne sourit jamais mais interroge inlassablement les hommes sur leur folie.
Pas une once de gras dans ce téléfilm où avec un souci constant de documentariste Ann Hui — ancienne assistante de King Hu — suit un jeune garçon solitaire illégalement débarqué à Hong Kong dans l’espoir d’y retrouver de lointains membres de sa famille et qui se heurte d’emblée à la saloperie de son prochain.
Débrouillard, le gamin hanté par la guerre survit obstinément malgré les obstacles et son jeune âge se révèle bien vite un atout dont il va profiter.
La réalisatrice va droit à l’essentiel, sans pathos ajouté dans ce portrait bien sombre où la ville est décrite comme un éternel chausse trappes pour les exilés. On peut également y lire en filigrane une subtile critique de l’ingérence des Etats Unis, qu’il s’agisse de leur présence meurtrière au Vietnam, de l’impunité des assassins de prostitué(e)s en situation irrégulière ou de ce mystérieux rêve américain de liberté que caresse chaque jour leurs victimes d’autrefois et qui les mène à leur perte.
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10h30. Below the Lion Rock: The bridge de Ann Hui_1978
avec Wong Sun, Shirley Huang Sa-lei, Tim Wilson, Cheung Ying, Nansun Shi, Jeremy Eccles, Lai Cheuk-cheuk et Lo Yuen
En dépit du sens commun, un pont pour piétons reliant un ensemble de logements sociaux (comprendre bidonville) à la ville va être détruit.
C’est sur ce mince argument qu’Ann Hui filme un brûlot politique* où tout le monde en prend pour son grade ; le journaliste étranger un poil naïf qui prend fait et cause pour les victimes de cette décision parfaitement arbitraire mais oublie que, bien qu’il s’exprime en cantonais, son implication peut être prise pour une ingérence inacceptable — cf. la scène où il donne une leçon d’éducation à une quidam qui vient de punir son enfant —, la fonctionnaire de l’état — qui finira par cueillir les fruits du travail d’un autre —, les politiciens corrompus, les activistes qui en rajoutent dans le joyeux bordel ambiant et les habitants eux-mêmes, souvent trop âpres au gain et en conséquence aisément manipulables.
Il faudra la mort (annoncée) d’un enfant pour qu’une solution immédiate soit trouvée avant que les cartes ne soient redistribuées et que les magouilles ne reprennent. Quant au chroniqueur, il apprendra, mais un peu tard, qu’à Hong Kong, le linge salle se lave en famille. Brutal.
* A noter que la diffusion de ce téléfilm, réalisé comme un reportage, se verra bloquée pendant de nombreux mois.
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14h30. Drunken Master de Yuen Wo Ping_1978
avec Jackie Chan, Simon Yuen Siu-tin, Hwang Jang-lee et Dean Shek
Pif paf pouf ! Premier film du chorégraphe Yuen Wo Ping et hilarant biopic de la jeunesse aventureuse du révolutionnaire et maître en arts martiaux Wong Fei-Hung, Drunken master est un petit chef d’œuvre de la Kung Fu comedy où explose un Jackie Chan juvénile et doté d’un brushing aérodynamique. Pas un tif ne bouge malgré les coups, les bosses, les envolées ou les torsions auquel il soumet son corps d’une effarante élasticité.
Adolescent des plus turbulents et quelque peu hardi auprès de la gente féminine guère moins batailleuse que les mâles — sa tante a tôt fait de lui botter le cul pour lui apprendre la politesse —, Wong/Jackie est expédié derechef chez son oncle (le tout aussi excellent Simon Yuen Siu-tin), un hargneux définitivement alcoolique, pour y apprendre à la dure quelques rudiments de Kung fu qui lui permettront de combattre les malfaisants — et surtout un fameux assassin (Le formidable Hwang Jang Lee) à l’impassible visage orné d’une moustache à la Fu Manchu et coiffé à la Stone qui possède un coup de pied du tonnerre.
L’entraînement est à se tordre, notamment lorsqu’est décliné l’art martial propre à toute ménagerie qui se respecte [se reporter éventuellement aux 5 venins mortels de Chang Cheh pour les plus audacieux] et qu’enfin le roué tonton se décide à lui inculquer les secrets des huit immortels bourrés — dont une dame (indignation du garçon à l’idée de tortiller de la croupe mais il est à noter que la préciosité sied à merveille à l’acteur) —, soit un combat à mains nues, le muscle zen mais le foie et la raison bien attaqués par la liqueur, où tout combattant éméché se doit de jouer un maximum avec le corps de son adversaire jusqu’à le rendre dingo et donc, passablement faillible. Attention : anatomie caoutchouteuse de rigueur exigée.
Ce film est un bonheur. Point.
NB. Ceux qui souhaitent en apprendre plus sur le Zui Quan ou « boxe de l’homme ivre » trouveront une petite explication de texte ici.
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17h. Deaf mute heroine/Long ya jian de Wu Ma_1971
avec Helen Ma, Tang Ching, Shirley Wong, Yeung Wai et Wu Ma
Dernier combat. Un Wu xia pian dont l’héroïne — sourde et muette comme le précise le titre anglais mais également pas très catholique — rattrape les flèches de ses agresseurs avec les dents ou les mouches qui l’importunent à table entre deux baguettes ne peut pas être complètement raté [même si la copie présentée ici est plus que passable*].
Pas de héros ultime sans peur ni reproche, mais de superbes combats virevoltants et des poursuites effrénées, dans cette pelloche où le seul acte de courage est mû par l’amour irraisonné d’un jeune teinturier pour une voleuse de grand chemin — mais qui pourrait croire, même pour rire, qu’une guerrière vengeresse va se transformer en femme au foyer à l’ombre d’un demi-sel ? — et automatiquement châtié par un prompt décès.
Histoire de vauriennes — les deux femelles en présence sont létales — et de coupe-jarrets, Deaf mute héroïne nous en offre, entre romance contrariée et trahisons multiples, pour notre argent. Ça charcle, ça s’envole, ça tranche, ça bondit, ça expire dans de déchirants râles et l’épilogue, soit un fantastique face à face de deux anciens amants épéistes et revanchards, filmé en danse macabre dans un paysage désertique, nous fait regretter que le film n’ait pas connu de restauration, surtout que de temps à autre quelques rares plans, notamment sur la garde robe de la malfaisante de service, témoignent de sa splendeur d’antan.
* Aurélien, le spécialiste es-films hongkongais du Festival nous avait prévenu que les sous-titres anglais étaient réduits de moitié (mais l’on comprend très bien l’histoire sans avoir besoin de les déchiffrer) et les couleurs "passées" (euphémisme pour ne pas nous avouer que tout le film est ahem, rose).
Attention. Le film de Wu Ma sera projeté une seconde fois lundi 9 juillet à 21H au MK2 Bibliothèque.
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Et en avant toute pour les deux premiers films de la compétition, dont vous ne saurez strictement rien, devoir de réserve oblige.
19h. Tabou/Tabu de Miguel Gomes_2012
avec Teresa Madruga, Laura Soveral, Ana Moreira, Henrique Espírito Santo, Carloto Cotta et Isabel Cardoso
Le réalisateur était présent pour un petit Q&A avec le public. Silence radio comme convenu, la chronique n’arrivera qu’à la fin du festival [Enfin, disons plutôt seconde quinzaine de juillet], après l’annonce du Prix des blogueurs et du web.
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21h30. The king of pigs de Yeun Sang-ho_2011
avec les voix de Yang Ik-june, Oh Jeong-se, Kim Hye-na, Kim Kkobbi et Park Hee-von
Déjà visionné lors de la reprise de la Quinzaine des réalisateurs MAIS même punition que précédemment. Le réalisateur étant à Taïwan, il n’y a donc pas eu débat.
Et après une discussion animée sur le chemin du métro en compagnie de quelques collègues, je me suis laissée aller à aimer mon lit comme jamais.
A suivre…
Si vous avez raté le début
Un double café et un étirement s’imposent alors que la nuit Category III se poursuit par un film réalisé — d’après Julien Sévéon — sous l’unique et fallacieux prétexte d’exploiter la beauté nubile de Loletta Lee.
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00h15. Crazy Love de Roman Cheung_1993
avec Loletta Lee, Tom Poon, Sing Fui-on, Tommy Wong et Rico Chu
Crazy love est une cucuterie à nulle autre pareille, uniquement destinée à faire se déshabiller au maximum Miss Lee, jamais avare, certes, de ses charmes. Et c’est bien là, malheureusement que réside sa seule qualité.
Jeune fille de bonne famille un peu tête en l’air prétendument partie en séjour linguistique en Grande Bretagne — elle offre généreusement son billet au boyfriend d’une camarade de classe qui se lamente à l’idée de quitter son amoureux [J’avoue que l’humour de la chose m’a un peu échappé tant les acteurs sont atroces mais il faut croire que leur grande scène était déchirante étant donné l’hilarité de mes voisines. Par moment, je regrette fort de ne pas causer le cantonais] — , elle décide après avoir surpris son amant en fort galante compagnie au fin fond d’une armoire (rires) de jeter sa gourme et d’y aller elle aussi d’une vie dissolue.
Restons sérieux. Si le début du film laissait présager une comédie débridée (pardon), la demoiselle sortant de la salle de bain à moitié nue et affolant un prêtre bouddhiste venu vérifier le Feng shui de la maison paternelle en compagnie d’un (très) jeune disciple [Loletta Lee a un vrai sens de l’hygiène, on la verra très souvent sous la douche. NDLR à l’usage des adolescents boutonneux], Crazy love se révèle tantôt être un soap opéra déguisé en soft porn que l’on soupçonne les ¾ du temps de n’être en réalité qu’une parodie réalisée par les Nuls.
La jeune actrice a un jeu des plus limités et les hommes — du baba cool hédoniste (le seul protagoniste réellement amusant) au scénariste jaloux et immature en passant par les libidineux de service — sont en général de monstrueuses caricatures et surjouent ignominieusement. On s’attend d’ailleurs qu’après chaque vignette soient insérés des rires et applaudissements pré-enregistrés.
Une musique guillerette comme sortie d’une guinguette accompagne des scènes érotiques bien peu inventives (hormis quelques gags sonores).
Loletta Lee censée affoler tous les gars qu’elle rencontre pour mieux les ridiculiser, son air ingénu bien peu expressif contribue à faire de cette pochade un divertissement des plus moyens. Car, le politiquement correct reprenant bien vite le dessus, notre pimpante topless, plus collégienne délurée que vamp séductrice, ne cherche finalement que l’amour éternel, celui qui dure toujours.
« Amour fou » donc. Sitôt vu, déjà oublié.
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Troisième tournée de café tandis que le jeune homme accompagnant mes voisines du fond de la salle s’offre une courte sieste sous les sièges. Le bienheureux !
La salle, elle, se vide et se remplit au gré des départs et arrivées, mais demeure quasi comble. Place donc pour le second morceau de choix de la nuit, un vrai petit joyau qui réveilla nos ardeurs bien plus sûrement qu’une décharge électrique. Et Bruce Lee est prié d’aller se rhabiller.
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02h. Story of Ricky de Nam Nai-choi et Herman Yau_1991
avec Louis Fan, Fan Mui-sang, William Ho, Gloria Yip et Tetsuro Tamba
Ricky est une fleur poussée sur du fumier. Ricky est grand. Ricky est beau. Ricky est fort. Ricky est bon. S’il en a pris pour dix ans c’est parce qu’il a transformé en steak tartare l’ignominieuse crapule qui a tenté de corrompre son tendron de fiancée qui a préféré le suicide à l’infamie.
Ricky n’a peur de rien ni de personne. Ricky est invincible. Ricky est la tendresse faite homme. Toutefois, Ricky peut aussi décerveler du malfaisant d’un seul coup de son petit poing et jouer ensuite un air de flûte pour recompter ses chakras.
Ricky est également une exceptionnelle petite main qui recoud ses tendons déchirés avec ses propres ligaments. Ricky est patient. Ricky est bouddhiste. De temps en temps il brame : Aaaaaaaaaaaaaaaaaaargh mais nous sommes des êtres humains, nous avons droit au respect ! Et quand Ricky braille, ça échauffe son kung fu. Et ensuite, ça charcle. Grave.
Et Serpent-Borgne (C’est le nom du manchot), l’âme damnée du directeur du pénitencier, ça l’inquiète quelque peu — entre deux prises de bonbons à la menthe dissimulés dans son œil de verre [Promis, je n’ai bu que du café] — ce mépris de la force brutale et débile du pouvoir dont il est un représentant bien peu reluisant.
Et ça dépote dans les brancards. Car il est dans la nature des prisonniers d’accepter sans broncher de se faire crucifier, découper en rondelles ou écorcher vif en un clignement d’œil. Puisqu’il faut bien que les matons se détendent ou ce serait la chienlit.
Salement gore, Story of Ricky est un enchaînement quasiment ininterrompu de bastons grotesques dont l’ "hénaurmité" — une vermine qu’une beigne de Ricky vient d’éventrer ne tente-t-elle pas encore d’étrangler notre jeune héros avec ses intestins au lieu de recommander son âme à Bouddha ? — ne peut que déclencher des fous rires libérateurs.
En bref, Story of Ricky c’est de l’or en barre pour les zygomatiques, du Tom et Jerry sous acide, le Diabolik du kung fu.
Inspiré d’un manga que ne renieraient certainement pas les dingos de Sushi Typhoon, le film de Nam Nai-choi et Herman Yau se joue de situations radicalement irréalistes avec une bonne humeur doublée d’une prodigieuse énergie et un ton iconoclaste résolument cartoonesque, en n’oubliant cependant pas de dénoncer encore et toujours l’autorité policière dépravée et corrompue (pour preuve les enfants dégénérés qu’elle engendre).
Un must !
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Parfaitement réveillée désormais, toutefois aidée d’un dernier gobelet de café, c’est d’un oeil torve que je m’apprête à découvrir la suite de Sex and Zen, demeurée dans mon souvenir comme une coquine et fort plaisante parodie.
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04h. Sex and Zen II/Yu pu tuan II: Yu nu xin jing de Chin Man-kei_1996
avec Loletta Lee, Shu Qi, Elvis Tsui, Ben Ng, Elvis Tsui Kam Kong et Lok Tat-wah
Fatalitas ! Après une splendide entrée en matière follement paillarde, soit la présentation du père de l’héroïne, riche marchand priapique — interprété par l’inénarrable Elvis Tsui Kam Kong — se faisant un devoir d’honorer tout jupon passant à sa portée et qui, entre autres aberrations, se muscle les bijoux de famille en soulevant des poids, Sex and Zen 2 se contente paresseusement de capitaliser sur le succès du précédent épisode.
Notre ardent paternel donc, qui n’hésitera pas à honorer la femme de son propre rejeton, fort inquiet que sa fille adorée ne tombe par mégarde sur un joujou extra, ne l’autorise à poursuivre ses études qu’à la seule condition qu’elle porte une ceinture de chasteté qui émasculera sans autre forme de procès tout coquin qui tentera quelque sournoise approche.
Un accident bête arrivant bien vite, voilà qu’un soupirant se trouve obligé de se faire greffer un nouvel organe. Alors que l’on pouvait craindre qu’il tente d’égaler les prouesses du héros de Sex and Zen, premier du nom, le braquemart d’étalon devenu une denrée bien rare, notre maladroit se voit affublé d’un membre rotatif qui a le don de s’ouvrir en ombrelle dès que l’émotion pointe. Quelques gags bien sentis émailleront épisodiquement l’aventure que l’on aurait tout de même souhaitée bien plus haute en couleurs.
Surtout que le film surfe également sur la veine des fameux fantômes chinois, la jeune héroïne devenant la proie d’un succube se camouflant sous le ravissant visage de Shu Qi — le reste de sa personne est d’ailleurs à l’avenant —, sans pour autant s’en démarquer avec un minimum d’imagination. Les décors en l’occurrence sont d’un cheapouille achevé. Et les scènes saphiques se succèdent, dans une profonde monotonie et comme filmées à la va-vite, avec cette brave Loletta Lee, toujours aussi peu avare de ses charmes mais qui peine à exprimer un quelconque sentiment tandis que Miss Qi semble parfois se demander ce qu’elle est venu faire dans cette galère. [Il semblerait d'ailleurs que la belle renie avec force émotion cette erreur de jeunesse, si l'on en croit notre docteur ès-Category III, Julien Sévéon].
Les hommes s’en sortent mieux et n’hésitent pas à se vautrer dans le ridicule, comme ce grand cabotin d’Elvis Tsui, voire — tel Ben Ng en Ironman, chasseur de démons — à assumer pleinement les rôles archétypaux qu’ils tiennent.
C’est bien peu et fort frustrant. Un comble pour une pelloche qui promet de titiller le coquin qui sommeille en chacun de nous.
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Un petit déjeuner rapide, le temps que s’ouvrent les portes du métro et enfin, le nirvana : je colle la viande dans le torchon et bénéficie d’une nouvelle mais bien courte sieste réparatrice.
A suivre…
Si vous avez raté le début
Si l’ouverture "officielle" du Festival Paris Cinéma a eu lieu hier soir avec la projection en avant-première d’Holy motors de Leos Carax [et un p'tit pince-fesses à la Mairie de Paris où j'ai retrouvé Jérome — qui sera notre guide spirituel durant tout le festival — et les autres membres du Jury, Valérie, Anna, Noémie et Chris] , les hostilités débutent réellement avec une nuit blanche placée cette année donc, sous le signe de Hong-Kong. Dans la salle 500 archicomble — j’ai ouïe dire que l’on y avait refusé du monde — , Johnnie To et ses amitiés viriles, dans la 100 (au secours !) la nuit Category III qui promet violence, sang et stupre à tous ceux qui s’y risquent.
Le secret d’une d’insomnie réussie ? Bénéficier d’une sieste réparatrice d’une heure ou deux avant — et envisager le risque d’arriver à la bourre — et d’un taux de caféine humainement acceptable. Ne pas oublier de ré-injecter le poison après chaque film.
Et c’est parti, avec tout d’abord une petite mise en bouche signée Jeff Mills.
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Ciné Mix de Jeff Mills sur Études sur Paris d’André Sauvage_1928
Paris a décidément une gueule d’atmosphère devant la caméra d’André Sauvage et l’on se surprend même à imaginer que Gabin va surgir à l’avant de la loco d’un train de péniches et que c’est Carette qui se prélasse clope au bec dans l’herbe tendre. Le sang des bêtes s’écoule près du marché aux ânes tandis que les mistons se bécotent sur les quais de la Seine, où canotent quelques demoiselles sous l’éternelle surveillance des chimères de Notre Dame.
N’étant guère fan de techno, il me faut reconnaitre une qualité essentielle à Jeff Mills, celle de ne jamais vouloir écraser le film sous sa création musicale. Grâce à son rythme hypnotique savamment dosé, la part la plus belle est laissée à l’image sans fard d’André Sauvage qui nous trimballe dans les quartiers de la capitale des années 30 et nous prouve décidément que la nature profonde de Paris demeure encore et toujours.
Une bien agréable récréation en somme avant le plat de résistance.
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Un double café et direction la petite salle 100 — où certains films seront présentés en vidéo, les copies originale étant irrémédiablement abîmées —, tout de même remplie aux 3/4 de déviant(e)s en tous genres. La nuit Category III est présentée par Julien Sévéon, auteur entre autres de l’excellent Category III, sexe, sang et politique à Hong Kong et du Cinéma enragé du Japon. L’auteur s’étonna de tant de présence féminine dans la salle comme quoi les clichés ont la vie dure. Comme si les donzelles du XXIe siècle — et ce ne sont pas mes charmantes voisines asiatiques qui n’ont cessé de rigoler pendant sept heures qui me contrediront — ne pouvaient avoir envie, elles aussi, de voir de la cervelle voler, des membres arrachés valdinguer, des minots se faire torturer, des jeunes filles garçons virils prendre leur douche (indice : y a un film de prison dans le programme), des cantiques s’élever, oui enfin bon, je vous laisse le soin de rayer les mentions inutiles.
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22h. The Untold story de Herman Yau_1993
avec Anthony Wong, Danny Lee, Emily Kwan, Lau Siu-ming, Sing Fui-on et Julie Riva
Inspiré d’une histoire vraie qui prouve encore une fois que l’imagination du citoyen lambda dépasse de bien loin celle de tout scénariste au cerveau normalement constitué, The untold story s’attache à un cuistot assassin, impuissant — le viol d’une employée par baguettes interposées a brusquement rendu la salle fort silencieuse — et neurasthénique (n’en jetons plus) fichtrement réputé pour l’exceptionnelle saveur de ses petites brioches au porc (jeu de mot). Les 3/4 du commissariat de Macao peut en témoigner…
Lorsqu’ayant commis la bévue — dont il se repentira plus tard, mais certes pas de ses crimes — de balancer les membres de ses victimes hargneusement découpées à la mer, il se voit encerclé par une bande de flics plus ou moins abrutis et amateurs de chairs bien fraiches [la seule femme du groupe se voit d’ailleurs réduite au rôle de larbin de collègues masculins parfaitement débiles et d'idiote soupirant à la vue de son supérieur hiérarchique qui lui préfère des péripatéticiennes] et sombre peu à peu dans une folie autodestructrice.
Dans le rôle du psychopathe aux petits nerfs incontrôlables, nous avons la joie de retrouver ce stakhanoviste d’Anthony Je-suis-partout Wong — bien connu des amateurs de Johnnie To — qui réussit à ne pas trop en faire dans un rôle sur mesure de dingo perdant peu à peu les quelques pédales qui lui restent, voire même à devenir touchant (un comble !) quand, de bourreau, il devient victime de brutalités vengeresses sous l’œil goguenard de gardiens de prison résolument laxistes et de tortures par l’autorité policière elle-même qui tente de lui extorquer quelques aveux en vue de clore leur dossier et d’améliorer leurs statistiques. Il faut tout de même — pour y croire sans peine — voir ce brave Wong se ronger les veines avec les dents pour éviter le sort funeste de pourrir en prison en y subissant coups bas et vexations quotidiennes.
Garanti sans trucage, le climax du film consiste à nous faire revivre les souvenirs de ce tordu vaincu par la police et quelques injections maousses (hurlements de rire dans la salle) de sérum de vérité, soit le massacre en règle puis le dépeçage d’une famille de huit personnes, enfants terrifiés compris — la petite histoire voudrait que les gamins apeurés pleurnichaient réellement devant le hachoir de cet excité de Wong — et à apprendre quelques secrets de cuisine… De quoi en devenir définitivement végétariens.
A noter que ces deux frappadingues d’Herman Yau et Anthony Wong — en totale roue libre cette fois-ci — commettront ensemble un Ebola syndrome en 1996 irrémédiablement taré.
A suivre…
Si vous avez raté le début
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Ne vous impatientez pas, il finira bien par arriver ce petit journal prévu par mes folles ambitions pour le Festival. Mais dans la mesure où je préfère aller voir des films que louper une séance pour gratter sur la précédente, il y aura sans doute léger retard sur l’horaire.
Sans compter qu’entre temps, soit j’ai compétition et c’est pas triste avec les autres membres du jury, Valérie, Anna, Noémie et Chris, jamais tous à la fois, ce serait d’un monotone, soit je joue à cache-cache avec les tauliers de PixAgain et de L’impossible blog ciné. Ça m’occupe les interludes.
Quoiqu’il en soit, je tiens bon la barre, je n’ai pas encore raté une seule pelloche épinglée à mon petit programme. Ravie, je suis. Et causer comme Yoda, j’en profite.
D’ici là, allez au cinéma (comme madame, ou faites comme Miss Lalalère que je salue ici, noyez vous donc dans les archives).
A suivre…